20.03.2011

Libye : la France à la tête du combat pour la liberté

Hier, Nicolas Sarkozy a réuni à l’Elysée un sommet pour mettre au point l’intervention militaire en Libye. Après le coup de bluff du cessez-le-feu de Kadhafi, l’aviation Française est intervenue la première pour bombarder des positions des troupes à proximité de Benghazi.

Merci à nouveau à Nicolas Sarkozy

Oui, merci à Nicolas Sarkozy pour avoir pris la direction effective des opérations, que personne ne semblait capable de prendre. Si l’opération aboutit et que la Libye se libère du joug du colonel Kadhafi, nous serons liés d’une bien belle manière au peuple libyen et cela sera grâce à l’action résolue du chef de l’Etat. En outre, notre diplomatie a su avancer de manière intelligente en obtenant l’accord des Nations Unies et de la Ligue Arabe et en refusant d’impliquer l’OTAN.

La réunion d’hier était un modèle du genre car nous avons impliqué les pays arabes, point essentiel pour ne pas donner une couleur colonialiste à l’intervention. Bref, non seulement la France dicte le tempo mais en outre, elle arrive à le faire en impliquant la communauté internationale au sens large. En outre, nous n’avons pas hésité à envoyer nos troupes en premier. Bref, même si nous ne pouvons pas être sûrs des résultats, l’intervention en Libye est remarquablement gérée.

La Libye n’est pas l’Irak

Certains s’inquiètent à juste titre de la possibilité d’enlisement. Mais tout d’abord, le fait qu’Hubert Védrine Alain Juppé et Nicolas Dupont-Aignan soient des partisans de l’intervention est a priori très rassurant. Ensuite, cette intervention n’a rien à voir avec celles d’Irak ou d’Afghanistan. Tout d’abord, il n’y a pas d’envoi de troupes terrestres, mais seulement des interventions aériennes. Ensuite, elle se fait avec l’agrément des Nations Unies et même de la ligue arabe, en impliquant ses membres.

Mais surtout, il ne s’agit pas d’envahir un pays pour faire tomber un dictateur et ensuite imposer notre modèle sans tenir réellement en compte la volonté du pays. Ici, il s’agit d’aider un peuple qui s’est soulevé contre son tyran et qui, après avoir failli le renverser, finit par ployer sous la répression armée de son autocrate. Ici, nous venons à l’aide des rebelles, à leur demande, en concertation avec la communauté internationale et sans arrière-pensées pétrolières.

Malgré tout, je comprends les limites d’une telle intervention, comme je l’ai souligné ces derniers jours. J’avais dénoncé la répression au Bahrein et je ne vois malheureusement pas ce qui pourrait être fait, à part des protestations verbales. Ce cas montre bien que si nous intervenons, c’est parce que le pouvoir Libyen n’est pas très fort. Cela souligne bien à quel point l’ingérence présente de grandes limites. Mais je persiste à croire qu’elle vaut le coup d’être risquées. L’alternative était-elle acceptable ?

Un merci qui n’absout pas tout

Bien évidemment, certains soupçonnent Nicolas Sarkozy d’arrière-pensées. Mais aurait-il été possible d’avancer aussi vite et fort uniquement avec cela ? Je ne veux pas croire que ce ne soit pas le souci humaniste de protéger le peuple libyen de son despote sanguinaire qui ait pu provoquer une telle réaction et convaincre la communauté internationale. S’il n’y avait pas eu cela, je ne peux pas croire que les dirigeants de tant de pays se seraient mis d’accord.

Et Nicolas Sarkozy est le chef incontestable de cette coalition. C’est pour cela que je l’ai remercié dans un papier il y a deux jours, qui a provoqué un gros débat sur le blog comme sur Marianne 2.  Bien naturellement, un satisfecit sur le dossier Libyen ne remet nullement en cause un jugement global extrêmement négatif sur l’ensemble de cette présidence, sans direction, faite de postures et dont les résultats demeurent très mauvais dans bien des domaines.

Néanmoins, je crois que ce n’est pas parce que l’on est un opposant résolu à un gouvernement qu’il faut sombrer à la facilité de critiquer tous ces faits et gestes. Parfois, j’ai eu l’impression que ses critiques du jour l’auraient également critiqué s’il avait laisser-faire. Si ce comportement peut plaire à des activistes, je crois qu’il oublie les Français moins engagés et qui ont moins de préjugés. En outre, les critiques perdent de leur valeur quand elles sont systématiques.

Bien sûr, la situation est loin d’être résolue. Kadhafi est encore là. Les rebelles affrontent le feu de ses troupes à Benghazi. Malgré tout, l’essentiel me semble être qu’à date, nous avons sauvé Benghazi.

27.01.2011

L’Afrique et le monde arabe entre violences et espoirs démocratiques

L’actualité internationale est très ambivalente en ce moment. D’une part, de multiples dérapages violents montrent la triste actualité des violences religieuses. De l’autre, un vent de démocratie et de liberté semble souffler sur certains régimes autocratiques, en Tunisie, en Algérie ou en Egypte.

Du désespoir à l’espoir

Fin 2010, l’actualité est uniformément noire avec de nombreux cas de violences religieuses meurtrières. En Irak, les violences contre les chrétiens montrent bien que l’invasion du pays par les Etats-Unis semble avoir accentué les querelles religieuses. En Egypte, Al Qaida poursuit les assassinats contre la communauté copte. Au Nigéria, les violences religieuses ont également fait une centaine de victimes. Bref, les violences religieuses, souvent tournées contre les chrétiens, continuent.

Cependant, une lueur d’espoir est apparue en Tunisie avec la révolte populaire qui a poussé le dictateur Ben Ali à quitter précipitamment le pays, contre toute attente. L’aspiration à la liberté est non seulement forte mais se répand puissamment en Algérie ou en Egypte. Dans un monde arabe aujourd’hui peu familier avec la démocratie, un grand espoir s’est levé et, s’il est beaucoup trop tôt pour crier victoire, on peut espérer un effet de contagion semblable au printemps d’Europe de l’Est.

Le rôle de l’Occident

Le rôle des pays occidentaux et de la France en particulier (en Egypte, les manifestants demandent à Moubarak de « dégager ») sera important, non pas comme lors de l’invasion de l’Irak. Cette intervention était surtout un nouvel exemple de la loi du plus fort qui protégeait son pétrole. Non, nous devrons respecter la souveraineté des pays, cesser de préférer les autocrates à des islamistes issus des urnes, leur conférant une aura d’émancipation démocratique qui les renforcent.

Bien sûr, la France doit continuer à défendre les droits de l’homme. Notre vision laïque de l’Etat est d’autant plus importante que dans ces pays, les conflits religieux sont légions et qu’ils ont provoqué de multiples massacres. Il faut espérer que les voies choisies par les peuples arabes les éloigneront de l’islamisme radical mais nous ne devons pas ignorer qu’il existe un Islam modéré et démocratique que nous devons encourager sans jamais remettre en cause sa souveraineté.

L’Occident en général et les Etats-Unis en particulier ont fait beaucoup d’erreurs dans le passé, en préférant les autocrates aux islamistes démocrates, en envahissant sans raison valable l’Irak et en ne parvenant pas à contribuer à une résolution du conflit Palestinien. Le monde arabe trouvera son salut en lui-même.

03.01.2010

Avatar, blockbuster politique

C’est l’évènement cinématographique de la fin d’année : le nouveau film de James Cameron repousse toutes les limites en matière d’effets spéciaux, de budget et de spectacle. Mais derrière le blockbuster, il y a également un film très engagé politiquement.

Un grand film

Avatar, c’est avant tout un film extrêmement spectaculaire, qui devient la nouvelle référence en matière d’animation, dépassant le Seigneur des Anneaux ou la deuxième trilogie Star Wars. Presque chaque image du film est composée d’une myriade d’effets spéciaux qui donnent vie à la faune et la flore de la planète Pandora d’une manière aussi réaliste qu’inventive. L’imagination de l’équipe du film est vraiment incroyable et elle est parfaitement servie par les prouesses de l’équipe numérique.

L’histoire est également rendue passionnante par la description de la culture des Na’vis, les habitants de la planète. James Cameron a vraiment imaginé un univers complexe et foisonnant, ce qui explique la longueur du film. Cependant, il est vrai que le déroulé reste assez classique : l’histoire d’amour impossible, la rivalité entre le héros et l’autochtone, les méchants très méchants, la bataille qui manque d’être perdue avant une intervention surprise, le quota de gentils qui meurent…

Mais après tout, ces figures imposées sont communes à quasiment tous les grands films d’action, même quand ils sont issus de livres (Seigneur des Anneaux, Harry Potter). Une narration trop originale ou complexe n’aurait peut-être pas permis de s’attarder autant sur les somptueuses images, la culture des Na’vis ou sur le message politique sous-jacent… Ce sont ces derniers points qui constituent la richesse du scénario et c’est très bien comme cela.

Un film engagé

Du coup, cela laisse du temps pour se concentrer sur la lecture plus politique du film. Quelques grincheux pourront soutenir que le message écologiste et pacifiste est un peu basique, voire déjà-vu. Néanmoins, Avatar va très loin dans la critique des travers de l’humanité en général, et des Etats-Unis en particulier. Comment ne pas voir le parallèle entre le film et la quête de l’or par les colons de l’Amérique qui n’hésitaient pas à massacrer les populations indigènes pour l’argent ?

Plus prêt de nous, ce film dénonce également les interventions des Etats-Unis en Irak ou en Afghanistan. Il y a un moment particulièrement saisissant ou les Na’vis disent qu’ils pourront se défendre face à un ennemi plus fort dans les montagnes qu’ils connaissent si bien… Avatar représente une critique radicale du néo-conservatisme étasunien, qui se juge supérieur aux autres et qui ne respecte rien. Le film porte un message de respect de l’autre et de sa souveraineté, qui, à défaut d’être nouveau, est bien renouvelé.

Et à un moment où même les démocrates conservateurs imposent le non-remboursement des avortements dans le projet de réforme du système de santé de Barack Obama, il est heureux de voir un message d’opposition aussi net aux idées conservatrices qui règnent outre-Atlantique. Cela rappelle le message de Wall-E, pamphlet qui représentait les hommes du futur comme des obèses incapables de marcher qui avaient fini par annihiler toute possibilité de vie sur la Terre.

Pour cela, mais tout autant pour le magnifique spectacle qu’il procure, Avatar est un film particulièrement réussi, que je vous recommande vivement. Cela fait plaisir qu’un film étasunien avec un tel message connaisse un tel succès. Les Etats-Unis changeront. Un jour.

20.01.2009

Les Etats-Unis, de l’ombre à la lumière

C’est aujourd’hui que Barack Obama est devenu officiellement le nouveau président des Etats-Unis en remplacement d’un Georges Bush qui sera très peu regretté. Le nouveau résidant de la Maison-Blanche porte de grandes espérances qui ne lui seront pas faciles de combler.

Au revoir Georges !

L’histoire ne gardera sans doute pas une bonne image du 43ème président des Etats-Unis. Déjà contesté avant sa première élection pour ses innombrables gaffes (les « bushisme »), son bilan désastreux a fait de lui le président le plus impopulaire depuis Richard Nixon, qui avait quitté son mandat à cause du scandale du Watergate. Celui qui s’était fait élire en 2000 en se présentant comme un « conservateur ayant de la compassion » a fait tout le contraire en dirigeant son pays avec un agenda idéologique très marqué à droite sur toutes les questions, qu’elles soient économiques ou sociales.

Mais on retiendra aussi de cette présidence un certain manque de professionnalisme. Les conflits en Irak et en Afghanistan ont été déclenchés pour de mauvaises raisons et très mal préparés. L’administration Bush n’a pas su réagir au désastre de la Nouvelle-Orléans, laissant se développer une situation indigne de la première puissance économique de la planète. Il a refusé de signer le protocole de Kyoto, ne permettant pas l’émergence d’un accord global pour lutter contre le réchauffement climatique et la création d’une zone de non-droit et de torture à Guantanamo Bay représente une honte pour les Etats-Unis.

À ce bilan désastreux s’est ajoutée la pire crise économique traversée par le pays depuis la Grande Dépression. Bien sûr, Georges Bush n’est pas le responsable de cette crise, mais il était le représentant de l’idéologie ultralibérale et dérégulatrice qui l’a provoquée. Et s’il n’a pas hésité à mobiliser les moyens de l’Etat pour sauver les institutions financières, l’administration Bush n’a pas su répondre aux angoisses d’une population qui voit les saisies et le chômage s’envoler. En outre, alors qu’il avait trouvé un excédent budgétaire, il laisse un déficit de plus de 1000 milliards de dollars !

Bienvenue Barack !

Bref, il ne sera pas difficile à Barack Obama de faire oublier son prédécesseur. Il apparaît d’ors et déjà beaucoup plus professionnel et plus sérieux qu’un Georges Bush qui n’a pas hésité à donner dans un humour parfois plus que douteux et indigne de sa fonction. Le nouveau président a démontré de grandes qualités de leadership et d’animation d’équipe pendant la campagne électorale en arrivant à battre Hillary Clinton puis les républicains. Il a su conserver un calme olympien, tout en restant plus positif et moins agressif que ses deux rivaux. Il semble avoir la trempe d’un grand dirigeant.

Sur le fond, la présidence Obama est porteuse de promesses mais également de quelques limites. Elle promet un grand professionnalisme par le calibre des membres de son administration. Elle promet également une réponse à la mesure de la dureté de la crise puisque le plan de relance devrait largement dépasser les timides initiatives européennes. En revanche, si la réponse budgétaire à la crise promet d’être à la hauteur, on peut se poser des questions sur la nécessaire refondation du capitalisme, tant son équipe semble peu ouverte aux suggestions des économistes alternatifs.

Même si Barack Obama ne répond pas à toutes les attentes placées en lui, nul doute qu’il sera un bien meilleur président que Georges Bush. Ce sera tout le paradoxe des Etats-Unis que d’avoir fait passer leur pays de l’ombre à la lumière en passant d’un blanc à un métis.

Source : http://www.liberation.fr/monde/0101311627-ce-que-l-on-reg...

04.04.2008

Dominique de Villepin, essence présidentielle

Hier soir, l’ancien Premier Ministre était l’invité des Mardis de l’ESSEC, qui se tenaient un jeudi pour l’occasion. Une occasion de constater à nouveau que tout le monde n’a pas forcément besoin d’efforts pour faire président…

C’est devant un amphithéâtre archi-comble que Dominique de Villepin a répondu pendant plus de deux heures aux questions des étudiants. International, Sarkozy, institutions, laïcité, il a abordé de nombreux sujets tout en définissant une véritable philosophie du pouvoir et de la vie. L’international demeure le sujet de prédilection de l’ancien ministre des affaires étrangères dont le discours à l’ONU du 14 février 2003 demeurera un moment fort de notre Histoire. À une question sur ce qu’il avait ressenti personnellement ce jour-là, Dominique de Villepin est rentré dans un registre plus personnel en disant qu’on peut se préparer toute une vie pour un moment comme cela, que défendre un tel principe, qui le dépassait, donnait du sens à une vie par-delà toutes les difficultés de la politique.

L’ancien diplomate a fait un tour de l’actualité internationale en exposant les grands principes qui le guident. S’inscrivant dans la droite ligne du Général de Gaulle et de Jacques Chirac, il a plaidé pour un respect de toutes les cultures et une meilleure écoute de l’occident à l’égard des autres pays. Il a souligné à quel point la position de la France en 2003 avait été essentielle pour l’équilibre de la planète dans la mesure où notre opposition (avec l’Allemagne et la Russie) à l’attaque américaine a permis d’éviter de transformer cette invasion en guerre de civilisation de l’Occident contre l’Orient ou en une nouvelle croisade contre l’Islam qui aurait pu enflammer de manière très dangereuse le globe. Dominique de Villepin a souligné à quel point la France peut être le trait d’union entre l’Ouest et l’Est, le Nord et le Sud, parce que nous cherchons à comprendre les autres sans chercher à imposer notre modèle.

En cela, il a souligné l’échec de la politique américaine au Moyen-Orient, que ce soit en Afghanistan ou en Irak, en montrant bien que ces invasions n’avaient absolument rien réglé et qu’elles avaient plutôt contribué à envenimer une situation qui n’en avait pas besoin. Il a dénoncé l’enlisement de la situation en plaidant pour l’instauration de mandat à durée limitée en posant la question du nécessaire renouvellement du mandat d’intervention en Afghanistan, qui date d’octobre 2001. Il a tenu à souligner que ses propos étaient les propos d’un ami qui parle franchement à un autre ami et qu’il n’était animé d’aucun antiaméricanisme. Enfin, il a souligné à quel point la situation au Moyen-Orient devait être la priorité de la communauté internationale, dont il a souligné qu’elle manque de structures pour trouver des solutions aux crises.

Dominique de Villepin a également affirmé que trouver une solution à la crise israélo-palestinienne était beaucoup plus important pour les droits de l’homme que les questions du boycott de la Chine, même s’il a souligné qu’il donnait la priorité à la défense des valeurs sur les intérêts matériels. Il a plaidé pour maintenir une pression diplomatique réelle mais discrète et s’est demandé si certains ne se donnaient pas bonne conscience en prenant des postures déconnectées de tout souci d’efficacité, critiquant implicitement la position d’Alain Juppé, prise « dans la solitude du petit matin devant son écran ». Il a souligné qu’il fallait faire cheminer les droits de l’homme au fond et que, de toutes les façons, la Chine avait besoin d’une solution au problème tibétain d’ici les Jeux pour éviter tout débordement.

L’international a évidemment été un moyen de prendre ses distances avec Nicolas Sarkozy en réaffirmant le principe cardinal d’indépendance de la France et de l’Europe, que l’OTAN dans sa forme actuelle ne respecte pas. Il a également souligné ses divergences avec les prises de position du président sur la religion en affirmant qu’il ne fallait pas opposer curé et instituteur et qu’il convenait de conserver la stricte séparation entre Etat et religion quand on voit les ravages du fondamentalisme religieux. Il a également affirmé que la Constitution n’avait pas besoin de toilettage dans la mesure où elle est suffisamment souple pour s’adapter au style de chacun et qu’il pense que la réforme des institutions n’est vraiment pas une priorité par rapport à ce qui reste à faire d’un point de vue économique et social.

Le plus frappant a clairement été la tonalité toute présidentielle de Dominique de Villepin, qui, outre une très grande maîtrise des dossiers, a développé des convictions profondes et une philosophie de vie (effort, ouverture aux autres, curiosité au-delà de la politique). Tout ce qu’on pourrait attendre d’un président…

30.03.2008

Les centaines de milliers de morts irakiens oubliés

Il y a une semaine, le cap des quatre mille morts américains a été dépassé et nous avons eu droit à des reportages sur les ravages que la guerre en Irak a provoqués aux Etats-Unis. Pourtant, ce conflit a été bien plus meurtrier pour la population irakienne, souvent à peine évoquée.

La couverture par certains médias du passage du cap des quatre mille morts américains pour la guerre en Irak a été l’occasion d’une mise en scène assez choquante. Bien sûr, on peut évoquer le sort des soldats américains, tués ou mutilés à vie, comme l’ont fait beaucoup de journalistes, qui ont montré des familles ayant perdues un membre lors de la guerre et qui doivent être suivies psychologiquement pour tenir le choc. Cette épreuve est douloureuse et il est difficile de ne pas compatir avec le sort individuel de familles qui souffrent de la perte d’un être cher, même s’il faut noter que l’engagement dans l’armée comporte malheureusement des risques.

Mais aux quatre mille morts américains, il faut comparer le nombre de victimes irakiennes. Et là, les estimations varient amplement, entre cent mille et un million… Il y a eu 25 à 250 fois plus de morts irakiens que de morts américains suite à la guerre que les Etats-Unis ont déclarée unilatéralement et sur un faux prétexte … En outre, cette guerre a provoqué le déplacement de quatre millions de personnes. Comment ne pas être choqué qu’une telle attention ait été consacrée aux pertes infiniment plus légères des Etats-Unis ? Après tout, ils ont agressé l’Irak pour une mauvaise raison, sans même sérieusement organiser la sortie de la guerre, créant le chaos dans le pays occupé.

Car le triste anniversaire de cette invasion impérialiste de l’Irak par les Etats-Unis devrait être l’occasion de dresser le triste bilan de cette guerre, des morts irakiens, de la désorganisation profonde d’un pays qui souffre encore cinq ans après. Une analyse plus critique des raisons de la guerre devrait être conduite car il est difficile de ne pas croire que le contrôle du pétrole irakien était la vraie raison de l’intervention. La volonté déclarée de promouvoir la démocratie est d’une hypocrisie rare : les Etats-Unis soutiennent des dictatures largement plus rétrogrades que ne l’était le régime irakien.

Cinq ans après le déclenchement de cette guerre impérialiste aux relents colonialistes, je pense aux centaines de milliers d’irakiens morts et aux millions qui souffrent plus encore que sous Saddam Hussein. Merci à Jacques Chirac et Dominique de Villepin de s’être opposés à l’arrogante Amérique, pour la France, et surtout, pour le monde.