11.04.2008

Tibet contre Jeux Olympiques ?

Les nombreux incidents qui ont émaillé le parcours difficile de la flamme olympique lors de sa traversée de Paris lundi ont à nouveau rallumé le débat sur la réaction que doit avoir la France à la répression du Tibet par la Chine. Je persiste à me demander si la mesure n’est pas la meilleure voie.

Bien sûr, ce qui se passe en Chine et au Tibet est horrible. Répression sanglante, censure, police politique, camp d’internements : le régime de Pékin dispose d’un arsenal répressif impressionnant. La France, patrie des droits de l’homme, ne peut que dénoncer de tels agissements. Mais que cherchons-nous à faire : changer les choses, accompagner la Chine vers la démocratie et un plus grand respect de l’homme ou prendre des postures, certes cohérentes et justes dans l’absolu, mais qui peuvent envenimer la situation et finalement n’être que des postures un peu faciles ? Après tout, l’isolation dont ont été victimes certaines dictatures (Cuba, Irak), n’ont absolument pas contribué au progrès des droits de l’homme. En revanche, elle ont appauvri leur population tout en épargnant les dirigeants tellement honnis...

Et puis, pour être honnête, l’attitude de l’Occident ne fait-elle pas un peu dans le « deux poids deux mesures » ? Nos pays ne trouvent pas grand-chose à redire à des régimes autoritaires et bien peu reluisants, du moment qu’ils servent nos intérêts. Pourquoi l’Arabie Saoudite est-elle à ce point épargnée ? Il est aussi paradoxal d’attribuer les Jeux Olympiques à la Chine pour ensuite vouloir gâcher cette ouverture sur le monde que les chinois souhaitaient tellement. L’attitude de l’Occident peut être difficilement compréhensible pour eux. En fait, elle risque d’apparaître comme terriblement arrogante pour des pays qui traînent aussi quelques casseroles (Guantanamo Bay, la guerre d’Irak).

La volonté de défendre nos idéaux peut nous faire prendre des voies contreproductives qui risquent de pousser la Chine vers l’isolation et une absence complète d’écoute. Certaines dénonciations peuvent être prises comme une insulte ou une humiliation de l’honneur nationale, ce qui n’est jamais bon et risque de créer un ressentiment qui sera peut-être lourd de conséquences. Nos politiques sont aujourd’hui sommés de dire qu’ils envisagent un boycott. Mais la diplomatie la plus efficace n’est pas forcément une diplomatie qui se fait sous les caméras. Ne peut-il pas exister une voie qui respecterait à la fois les valeurs que nous défendons, mais qui respecterait mieux la nation chinoise indépendamment des actes que peuvent commettre ses dirigeants ?

Bien sûr, il ne s’agit pas de transiger sur nos valeurs ou même de tout conditionner à des intérêts purement matériels. Je crois qu’il faut recevoir le dalaï-lama à l’Elysée et dénoncer la répression au Tibet. Mais, organiser une course de la flamme de la liberté parallèlement à la flamme olympique n’aurait-il pas pu être une solution moins agressive que de chercher à éteindre cette dernière ? Le boycott de la cérémonie d’ouverture peut rester une possibilité et il serait inconcevable de participer si le régime de Pékin poursuit sa répression. Mais, ne vaut-il mieux pas laisser les options ouvertes pour encourager les Chinois ? Si nous devons rester fermes, il convient également de respecter la nation chinoise. Nous devons dénoncer les dérives mais sans humilier ses dirigeants car à travers eux, ce sont les Chinois dans leur ensemble que nous attaquons et cela ne fera pas avancer les droits de l’homme.

Il est difficile de savoir quel est le meilleur comportement à adopter dans cette crise. J’ai néanmoins l’impression que la réaction de l’Occident, si elle répond à de nobles principes, peut, au final, se révéler contreproductive par le manque de distinction qu’elle fait entre la critique d’abus d’un régime et la critique de tout un peuple.

07.04.2008

Faut-il boycotter les J.O. de Pékin ?

C’est le débat du moment en France depuis l’accélération de la répression au Tibet. D’un côté, des associations qui réclament un boycott de la cérémonie d’ouverture, a minima, de l’autre, des athlètes qui ont opté pour une voie plus modérée.

Se pencher sur les agissements du régime de Pékin pousse évidemment vers le boycott. La semaine dernière, Marianne décrivait bien les agissements des autorités chinoises, dotées de tout l’arsenal des régimes totalitaires, entre camps de travail, police politique ou manipulation des médias. La répression sanglante au Tibet ne peut que choquer dans le pays des Droits de l’Homme. Le discours des autorités chinoises, qui dénoncent les appels à la violence du pourtant pacifique dalaï-lama qui refuse pourtant tout boycott, rappelle douloureusement 1984 de Georges Orwell. Bref, à première vue, il semble évident que les pays démocratiques doivent marquer leur opposition aux agissements du régime de Pékin et boycotter la cérémonie d’ouverture, si ce n’est les J.O., par respect de nos valeurs.

Malheureusement, la question est sans doute plus compliquée. Tout d’abord, comme le soulignait fort justement Jean-Michel Apathie, l’Occident se réveille un peu tard. Même si nous déplorons les agissements actuels des autorités chinoises, ils n’étaient pas bien différents quand les Jeux furent attribués à la Chine. La véritable question qu’il faudrait se poser est s’il faut ou non attribuer les Jeux Olympiques à une dictature. Car la Chine n’est pas moins démocratique aujourd’hui qu’en 2001. En fait, l’idée de départ était que l’attribution des Jeux devait être un encouragement dans la route que la Chine prendra, on l’espère, vers la démocratie et le respect des droits de l’homme.

Le principal objectif que nous pouvons avoir est l’accompagnement de ce mouvement. Et malheureusement, je doute qu’un boycott un peu agressif des nations occidentales ait l’effet souhaité. Une telle action pourrait froisser les Chinois et représenter une forme d’humiliation nationale qui pourrait ne pas les pousser dans la bonne direction. Car malgré tout, il faut également se mettre à la place des autorités chinoises pour anticiper leur réaction. S’il faut bien sûr continuer à faire pression sur la question du Tibet, la discrétion me semble largement préférable dans un souci d’efficacité. Car des actions trop agressives pourraient provoquer le repli de la Chine dans une attitude totalitaire et empêcher tout dialogue avec l’Occident, alors que c’est ce dialogue qui permettra l’évolution du pays. S’il faut respecter nos valeurs et donc recevoir le dalaï-lama, il ne faut sans doute pas non plus humilier un pays qui a soif de reconnaissance et qu’un traitement trop cavalier pourrait enfermer avec ses démons.

À dire vrai, cette question du boycott soulève beaucoup de questions que j’ai du mal à trancher. S’il convient de respecter nos valeurs, j’ai peur que l’humiliation de la Chine ne serve pas réellement le but que nous avons. Ainsi, aux cris de certains, je préfère finalement la réaction positive des athlètes, qui permet de préserver un dialogue dont on peut espérer qu’il aura plus d’effet qu’une dénonciation agressive.