23.07.2011
Comment Nicolas Sarkozy jette 90 milliards par la fenêtre
Avant-hier, les dirigeants européens ont concocté un plan de près de 160 milliards d’euros pour sauver les créanciers de la Grèce. Un plan illusoire qui ne règle en rien les problèmes d’Athènes et qui va coûter dramatiquement cher aux ménages européens.
L’austérité pour payer les créanciers
Comme le rappelle très clairement Nicolas Dupont-Aignan dans une tribune publiée dans le Monde (version longue sur le site de Debout la République), ces plans ne résolvent rien. Certes, les banques privées sont impliquées (ce qui est positif, car il aurait été immoral que seuls les contribuables paient), mais ils ne règlent en aucun les problèmes de la Grèce. Dans trois ans, le PIB grec aura encore baissé, la dette monté et le pays sera donc encore moins en position de payer.
En fait, les pays européens vont fournir l’argent pour assurer les échéances des trois prochaines années, mais rien n’est fait pour que la Grèce retrouve la croissance. Rendez-vous donc dans trois ans pour un bilan qui sera forcément mauvais. En revanche, les créanciers privés auront pu réduire leurs engagements (certes, pas autant qu’ils l’espéraient) et la dette grecque sera alors détenue à plus de 50% par des institutions publiques, qui devront alors assumer le probable défaut.
En outre, comme le montre Moral El Hattab dans une tribune publiée sur Agoravox, les dirigeants européens ont aussi sauvé de nombreuses institutions financières du dénouement de CDS sur la dette grecque. En fait, même si les banques devront contribuer à hauteur de 50 milliards au plan (220 pour les Etats au cumul des deux plans), ce sont bien pour elles que s’impose cette austérité sauvage dans tous les pays européens. Les contribuables paient encore pour sauver les banques.
Irresponsabilité financière
On a beaucoup glosé sur les 15 milliards qu’engage la France dans ce nouveau plan grec. Le problème est qu’il faut y ajouter notre contribution au premier plan grec (17 milliards) ainsi que celle aux plans irlandais et portugais. En clair, notre pays a engagé près de 60 milliards, qui servent uniquement à rembourser les créanciers de ces trois pays. 60 milliards, 3% du PIB, la moitié du déficit public prévu cette année, une augmentation d’environ 4% de notre dette publique !
Pire, il ne faut pas oublier que la France va emprunter ces 60 milliards et que nous allons devoir payer des intérêts aux marchés financiers puisque nous ne pouvons pas monétiser. Notre pays devra donc payer environ 2 milliards d’euros d’intérêt pendant quinze ans (puisque les prêts accordés par le fonds européen courent sur cette durée). En clair, on peut estimer que sur cette période, la France va donc payer 30 milliards d’euros d’intérêts. Au total, la facture atteint 90 milliards !
Bien sûr, si la Grèce remboursait cette somme et payait les intérêts, alors, ce serait relativement neutre pour nous (sauf que c’est nous qui avançons la somme). Mais le problème est qu’il est totalement illusoire de croire que nous retrouverons cette somme car la Grèce sera encore moins en position de rembourser dans trois ans qu’elle ne l’est aujourd’hui. Il est donc fort probable que l’argent que nous prêtons aujourd’hui ne sera pas récupérée, au alors, seulement de manière partielle.
Bref, il est totalement irresponsable d’engager de telles sommes. Mais le pire est que beaucoup de fédéralistes sont prêts à signer des chèques beaucoup plus importants. Jacques Attali évoque un fonds européen de 2000 milliards d’euros, soit 400 milliards pour la France. Ils ont vraiment perdu la tête !
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Europe, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (34) | Envoyer cette note | Tags : euro, grèce, nicolas dupont-aignan, le monde, debout la république, morad el hattab, agoravox, jacques attali, nicolas sarkozy
18.10.2010
Le grand retour de la TVA sociale
Il y a trois ans et demi, elle était accusée d’avoir coûté cinquante sièges à la majorité et elle avait été mise au congélateur des idées politiques. En quelques semaines, elle vient de recevoir le surprenant soutien de députés socialistes, UMP et même de la Commission Attali.
Pourquoi la TVA sociale revient dans le débat ?
L’idée de mettre en place une TVA sociale pour financer notre système de protection est ancienne puisqu’on en débattait déjà au début des années 90. Le débat a ressurgi pendant l’élection présidentielle du fait de l’importance prise par les délocalisations. En effet, beaucoup la voient (à juste titre) comme une arme contre ces délocalisations. Mais la passe d’arme entre Jean-Louis Borloo et Laurent Fabius en juin 2007 a mis un coup d’arrêt à cette proposition du programme de Nicolas Sarkozy.
Debout la République n’a jamais abandonné cette proposition, qui faisait partie des 101 propositions du candidat Nicolas Dupont-Aignan en 2007. Il m’est même revenu d’en prendre la défense lors de notre colloque pour l’emploi en avril 2010 à l’Assemblée Nationale. Mais, coup sur coup, le vent a tourné et ce sont Jean-François Copé, Manuel Valls et Jacques Attali qui viennent de s’exprimer en faveur d’une TVA sociale basée sur le modèle Allemand.
Pourquoi la TVA sociale revient dans le débat ?
Quelque part, même les tenants de la libéralisation du commerce et de la finance finissent par se rendre compte des limites d’un système qui met en concurrence les salaires des ouvriers et des employés comme les systèmes de protection sociale. Et le fait de faire supporter le financement de la Sécurité Sociale sur les salaires renchérit considérablement le coût de ce travail et joue un rôle majeur dans les délocalisations et la persistance d’un chômage de masse.
L’avantage de la TVA sociale est d’avoir été expérimentée avec un succès apparent en Allemagne (même s’il faut relativiser cette expérience qui a seulement consisté à augmenter la TVA outre-Rhin de 3 points). En outre, il s’agit d’une mesure qui peut se décider à l’échelle nationale et qui ne remet apparemment pas en cause les idées dominantes de libéralisation économique. C’est pour cela que des socialistes comme des membres de l’UMP peuvent soutenir une telle idée.
Moyen de financement complémentaire ou principal ?
Le problème avec certaines propositions évoquées est que la TVA sociale semble davantage un moyen de combler les déficits d’aujourd’hui qu’une réforme structurelle et plus radicale du mode de financement de notre protection sociale. Une réforme à l’Allemande serait insuffisante pour véritablement freiner le flot des délocalisations par exemple. Seul un transfert massif des cotisations sociales vers une Contribution Sociale sur la Valeur Ajoutée changerait les choses.
Bien sûr, il faudrait ajuster une telle réforme pour éviter qu’elle ne soit injuste socialement, mais cela serait possible en différenciant les taux de TVA et CSVA et il ne faudrait pas hésiter à profiter d’une remise à plat complète de notre fiscalité pour bien en compenser tous les éventuels effets pervers. Malheureusement, ni le rapport Attali, ni Jean-François Copé ou Manuel Valls ne semblent partants pour une réforme radicale, tellement contraire à leur manière de procéder.
Certes, François Fillon a opposé une fin de non recevoir à cette idée hier soir. Malgré tout, il faut se réjouir des progrès faits par cette idée dans l’opinion des dirigeants politiques. Elle pourrait contribuer fortement à une réduction du chômage en favorisant le fabriqué en France.
12:05 Publié dans Actualités, Economie, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (96) | Envoyer cette note | Tags : tva sociale, françois fillon, jean-françois copé, manuel valls, jacques attali
28.05.2010
Jacques Attali, socialiste néolibéral
Mercredi soir, Jacques Attali était l’invité du Grand Journal de Canal Plus. Il a affirmé qu’il avait voté à gauche toute sa vie et que c’était sa famille politique. Mais il représente sans doute mieux que personne la dérive néolibérale du Parti Socialiste.
« Un plan de rigueur insuffisant »
L’ancien sherpa de François Mitterrand vient de sortir un livre sur la dette publique, sujet de prédilection de Jean-Michel Apathie. Il se demande si nous sommes ruinés et ne répond pas par la positive tout en disant que pour éviter cela, il faut absolument agir dans les prochains mois et que si les deux années qui viennent ne sont pas utilisées pour radicalement redresser nos finances publiques, alors nous pourrions bien l’être. Pour lui, les annonces du gouvernement sont beaucoup trop timides.
Il appelle à un plan beaucoup plus radical, mais sans rentrer dans le détail des mesures, ce qui est une position beaucoup plus confortable. Pourtant, Jacques Attali sait pondre de nombreuses mesures précises, comme il l’avait fait dans son « plan pour la libération de la croissance de la France », où il proposait des dizaines de mesures de déréglementation, où il proposait entre autre de laisser beaucoup plus de liberté aux institutions financières (nous étions encore avant le gros de la crise…).
Bref, il est absolument hallucinant de constater à quel point certaines figures du « socialisme » font une allégeance absolument totale et sans mesure aux idées néolibérales de déréglementation financière, de démantèlement des barrières douanières et de rigueur budgétaire. Pire, pas une fois il n’a évoqué le sort des millions de Français qui sont au chômage et qui seraient sans doute les premières victimes du plan d’austérité sévère qu’il appelle de ses vœux.
Du respect du secret médical
Plus tard, un médecin est intervenu pour dénoncer le non respect du secret médical concernant Johnny Hallyday. Il a dénoncé l’attitude de Christophe Barbier en soulignant que si l’on suit la logique du patron de l’Express, alors une personne qui obtiendrait son dossier médical serait également en droit de le publier. Mais il est allé plus loin en soulignant que tous ceux qui avaient suivi étaient d’une grande hypocrisie puisque dès qu’un confrère cassait un interdit, ils suivaient sans état d’âme.
Même si Jean-Michel Apathie a commencé timidement par défendre la profession, en affirmant qu’il n’était pas possible de taire cette « information » ce matin, il a fini par se ranger plus ou moins à la thèse selon laquelle les journalistes auraient dû taire cette violation du secret médical et se faisaient complice en relayant sans la moindre hésitation des choses qui devraient rester privées. Jacques Attali, décidemment adepte du laisser-faire, n’y a vu rien à redire.
Certains pourraient croire que Jacques Attali n’est qu’une exception au sein de la famille socialiste. Mais est-ce qu’au contraire sa liberté ne lui permet pas de dire tout haut ce que pensent vraiment la majorité du parti ? Et si les socialistes n’étaient que des néolibéraux vaguement compassionnels ?
10:52 Publié dans Actualités, Parti Socialiste | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : jacques attali, grand journal, canal plus, parti socialiste



