12.06.2009
Risques et opportunités de la taxe carbone
Dans un timing tellement parfait qu’il en devient suspect, le gouvernement a annoncé qu’il souhaitait mettre en place une taxe carbone. Une bonne initiative sur le fond mais dont les détails en feront une bonne ou une mauvaise mesure.
Le besoin d’une taxe carbone
Pour être honnête, le gouvernement devrait souligner qu’il existe déjà une taxe carbone : la TIPP, qui augmente considérablement le coût de l’essence pour les particuliers. L’existence de cette taxe fait que les Français ont choisi des véhicules plutôt sobres, par comparaison avec les Etats-Unis où l’absence de taxes et donc le bas prix de l’essence n’ont pas dissuadé les Américains d’acheter des véhicules extrêmement gloutons. On peut noter que ni le fuel, ni le kérosène ne subissent de taxe carbone.
De nombreuses études scientifiques montrent que le climat de la planète se réchauffe du fait de l’activité de l’homme, et notamment de sa consommation d’énergie fossile. Le gaz carbonique n’est pas le seul responsable du réchauffement et d’autres gaz (notamment le méthane) portent une part de responsabilité, sujet qu’il faut également traiter. Mais les conclusions de ces études sont claires : si nous ne prenons pas des mesures rapidement, alors l’impact sur le climat pourrait devenir dramatique.
Pour l’instant, la politique des droits à polluer de l’Europe est un échec patent. Le choix de ce mécanisme relevait d’un dogmatisme libéral qui a prouvé ses limites. Le lobbying des uns et des autres dans l’attribution des droits distord le système. Ensuite, les variations brutales des prix du CO2 ne permettent pas aux industriels d’investir. Résultat, le pionnier de la thèse du réchauffement climatique, James Hansen, le prix Nobel d’économie Paul Krugman et même le très libéral The Economist plaident pour une simple taxe.
Le diable est dans les détails
Mais tout dépendra des modalités de cette taxe. En effet, elle devra favoriser les comportements « vertueux » mais sans pénaliser les industriels Français. En effet, une taxe qui pèserait sur les producteurs serait extrêmement dangereuse dans la mesure où elle ferait subir un coût de plus aux entreprises produisant en France par rapport aux entreprises produisant ailleurs. Résultat, elle représenterait une nouvelle incitation aux délocalisations pour aller chercher le moins-disant environnemental.
C’est pourquoi il est essentiel que cette taxe soit une taxe sur la consommation par un mécanisme qui prenne en compte l’ensemble de l’impact environnemental d’un produit. Il serait normal de taxer davantage un produit venu d’Asie, qui a donc fait des milliers de kilomètres pour arriver en France par exemple. Naturellement, un tel système serait complexe, mais il serait possible de répartir les produits en classes, comme pour l’électroménager et appliquer une taxe en fonction de ce classement.
Les atouts de la Taxe Carbone sur la Consommation
On pourrait par exemple imaginer un système qui prendrait en compte trois critères : les matières premières utilisées (plus ou moins recyclées ou recyclables), le processus de production (plus ou moins économe en CO2) et le transport. À partir de ces trois critères, le produit serait classé de A à E. Le produit A subirait une taxe nulle et le produit E la taxe la plus élevée. Cela permettrait d’abaisser le prix du produit A par rapport au E, poussant les consommateurs à davantage le choisir.
En outre, les industriels chercheraient à améliorer leurs produits et on peut parier que rapidement, les produits classés E disparaîtraient du marché. Les critères pourraient alors être revus pour assurer une progression. Pour commencer, le système pourrait s’appliquer aux activités les plus polluantes pour assurer un impact maximal. Il faudrait veiller à prendre des critères relativement simples pour ne pas faire de cette taxe un monstre bureaucratique. L’exemple du bonus / malus automobile est plutôt réussi en ce sens.
C’est le seul système qui permettrait de pousser l’ensemble de la planète à aller dans la bonne direction alors qu’un système de taxe à la production reviendrait à donner une prime au moins-disant environnemental… Si l’Europe adoptait une telle taxe, alors même la Chine serait contrainte de mieux intégrer l’exigence environnementale dans ses méthodes de production. Mieux, une telle taxe serait une forme de protectionnisme qui pourrait pousser à la relocalisation de certaines activités.
Le gouvernement a raison de se lancer dans ce chantier. Mais tout dépendra du détail. Et il serait juste que cette taxe vienne en substitution de la TVA pour éviter de peser un pouvoir d’achat des ménages déjà bien malmené depuis de trop nombreuses années.
Source : http://www.lemonde.fr/planete/article/2009/06/10/une-taxe...
10:56 Publié dans Actualités, Economie, Environnement | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : taxe carbone, the economist, james hansen, paul krugman, droits à polluer
13.04.2009
Les progrès du protectionnisme environnemental
Le sommet du G20 a démontré une nouvelle fois que le protectionnisme reste une idée taboue pour les dirigeants de la planète. Pourtant, comme le montre cet article du Monde, l’idée de protectionnisme progresse fortement pour la protection de l’environnement.
Le protectionnisme comme outil pour la défense de l’environnement
C’est Steven Chu, le secrétaire d’Etat Américain à l’énergie qui vient de relancer le débat en affirmant ne pas exclure d’y recourir « contre ceux qui ne prennent pas d’engagements pour réduire leurs émissions ». En outre, un membre du Congrès a déposé une proposition de loi allant dans ce sens. Jean-Louis Borloo s’est également exprimé en faveur de cette hypothèse. Les pays émergents sont en général moins favorables à une telle démarche et la Chine a ainsi menacé de saisir l’OMC.
La problématique est assez simple. En l’absence de protection, le moins-disant environnemental risque d’être gagnant dans la compétition internationale contre les pays qui auront établi les règles les plus strictes pour limiter les émissions de gaz polluants. En effet, quand l’Union Européenne met en place des quotas d’émission et des droits à polluer, cela renchérit les coûts de production. La solution des industriels peut consister à délocaliser leur activité dans des pays moins contraignants.
L’environnement comme instrument de remise en cause du néolibéralisme
Un protectionnisme sous la forme de droits de douane environnementaux compensatoires permettrait aux pays qui souhaitent agir pour l’environnement de le faire sans pénaliser leur compétitivité et protéger leurs emplois. Mais il faut noter la formidable proximité de ce raisonnement avec le raisonnement des défenseurs d’un protectionnisme plus global. C’est bien parce que le laissez faire et le laissez passer provoquent une harmonisation par le bas des salaires et de la protection sociale qu’il faut l’appliquer de manière plus large !
Mieux, les néolibéraux pensaient avoir trouvé la pierre philosophale dans le marché des droits à polluer, moyen de concilier environnement et liberté économique. Mais aujourd’hui, de plus en plus d’experts prennent position contre ce mécanisme. La fondation Nicolas Hulot, le climatologue James Hansen, les prix Nobel d’économie Paul Krugman et Joseph Stiglitz plaident plutôt pour une taxe carbone.
Même The Economist reconnaît depuis quelques mois les disfonctionnements du système de marché de droits à polluer. En effet, la variabilité des cours freine les investissements, dont la rentabilité est incertaine. Au contraire, une taxe carbone bien conçue assure un environnement plus propice aux entreprises dans la mesure où le prix du carbone est stable et connu à l’avance.
Si le débat sur le protectionnisme demeure tabou pour les dirigeants de la planète, l’urgence des mesures pour limiter les émissions de gaz à effet de serre ouvre un débat bienvenu sur le protectionnisme environnemental qui pourra servir de préparation à un débat plus global.
Source : http://www.lemonde.fr/planete/article/2009/04/08/la-taxe-...
11:20 Publié dans Actualités, Economie, Société | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : taxe carbone, protectionnisme, paul krugman, joseph stiglitz, james hansen, nicolas hulot, the economist, droits à polluer, steven chu
09.02.2009
L’urgence environnementale
La crise économique a fait passer le réchauffement climatique au second plan des préoccupations de la plupart des pays. Pourtant, même si nous ne le ressentons guère depuis quelques semaines, le sujet préoccupe plus que jamais les scientifiques, qui craignent que le point de non-retour soit proche.
De nombreuses solutions envisagées
Il n’y a plus grand monde aujourd’hui pour contester que la planète est entrée dans une phase de transformation rapide sous le coup de l’action de l’homme. Jamais autant d’espèces n’ont disparu depuis 65 millions d’années et la disparition des dinosaures. Jean-Pierre Dupuy affirme ainsi « qu’on ne sait pas si le réchauffement climatique issu des gaz déjà présents dans l’atmosphère provoquera (…) une augmentation de température de moins de deux degrés ou de plus de sept degrés, la différence d’impact entre ces deux conjectures étant du même ordre que celle qui sépare un bobo au menton d’un choc mortel sur le crâne ».
C’est pourquoi de multiples initiatives ont été lancées : le processus de Kyoto ainsi que les quotas de CO2 échangeables en Europe. Mais certains scientifiques, inquiets que l’action de l’homme sur les émissions de gaz à effet de serre soit trop lente, travaillent sur des solutions ayant pour but d’agir directement sur le climat, indépendamment des émissions. Deux idées sont plus avancées aujourd’hui : l’envoi de particules de sulfates dans l’atmosphère pour réfléchir les rayons du soleil afin de refroidir l’atmosphère, ou la culture extensive d’algues stockant le dioxyde de carbone.
Toutes les solutions ne sont pas bonnes à prendre
Les interventions directes sur le climat posent de nombreux problèmes, tant juridiques (qui en sera responsable ?) que scientifiques (il y a des doutes sur les effets secondaires). Le système de quotas d’émission et d’échanges des droits à polluer n’a même pas convaincu les plus libéraux. En effet, en l’absence d’un accord mondial global, il suffit aux entreprises de déplacer leur production dans des pays moins regardants. En outre, les variations erratiques du cours de la tonne de CO2 ne permettent pas aux industriels d’investir sur le long terme.
James Hansen, un climatologue qui avait averti le monde des dangers du réchauffement climatique dès 1988, a ainsi adressé des recommandations à Barack Obama. Plutôt que d’avoir recours aux quotas et au marché, il recommande des interdictions pures et simples et une taxation du carbone. Les quotas échangeables sur des marchés ne marchent pas car chacun se bat pour pouvoir polluer davantage. Il recommande donc un système de taxation en fonction de la consommation dont les recettes seraient redistribuées afin de pénaliser les gros consommateurs et favoriser les petits.
Il y a urgence à avancer sur la question des gaz à effet de serre. La communauté internationale est parvenue à sauver l’ozone en interdisant les CFC. Il faut espérer que nos dirigeants sauront aller plus loin qu’à Kyoto sur le réchauffement climatique.
Source : http://contreinfo.info/article.php3?id_article=2448, The Economist
10:55 Publié dans Actualités, Société | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : environnement, effet de serre, co2, james hansen, jean-pierre dupuy



