29.04.2011

Asymétries protectionnistes

C’est un des angles morts les plus incroyables de la pensée économique dominante, véhiculée par Alain Minc, Jacques Attali et consorts. S’ils clouent au pilori toute personne ayant l’audace de parler de protectionnisme commercial, ils oublient les autres protectionnismes.

Les protectionnismes oubliés

Si les quotas ou tarifs douaniers sont anathèmes pour les néolibéraux et tous ceux qui, au PS ou à l’UMP, suivent leurs préceptes, bizarrement, ils oublient qu’il existe bien d’autres formes de protectionnisme pas moins efficaces que les bons vieux droits de douane aux frontières. Après tout, aujourd’hui, l’euro est surévalué de près de 40% par rapport au dollar : cela revient à un tarif du même niveau. Et le wuan est lui-même sous-évalué de 40% par rapport au dollar…

La différence est que le protectionnisme monétaire est accepté (certes en grommelant) alors que les droits de douane sont interdits. Il y a quelque chose de totalement ubuesque à permettre à des pays de mettre en place des barrières commerciales, du moment qu’elles sont monétaires, alors qu’il est très difficile de mettre en place des droits de douane. L’asymétrie entre les deux laisse songeur, et amène à questionner la sincérité de ceux qui agissent contre l’un mais pas l’autre.

Mais il y a encore d’autres protectionnismes que les libre-échangistes peinent à prendre en compte : les protections non tarifaires, les normes, les barrières pour la distribution ou l’installation. C’est la spécialité des pays asiatiques, extrêmement protectionnistes pour leur marché intérieur (plus de 95% des voitures vendues au Japon, en Corée du Sud et en Chine sont fabriquées localement), mais aussi les normes DIN qui protègent les industriels Allemands.

Banaliser le protectionnisme

Bien sûr, les défenseurs inconditionnels du libre-échange ne manqueront d’agiter le spectre de la Grande Dépression en expliquant que le protectionnisme aurait lourdement accentué la crise de l’économie mondiale dans les années 1930. Mais trois prix Nobel (Maurice Allais, Paul Krugman, Joseph Stiglitz) expliquent que le protectionnisme est une conséquence de la crise et non une cause, ce qui est confirmé par l’effondrement du commerce international en 2009.

En fait l’Europe devrait adopter une attitude dédramatisée à l’égard du protectionnisme, bien loin de ces traités qui sanctifient imbécilement « la concurrence libre et non faussée ». La Commission Européenne a fait du continent le dindon de la farce de la mondialisation néolibérale. Alors que le Japon a obtenu au début des années 1990 l’ouverture totale de notre marché à la vente de ses voitures, la réciproque n’est toujours pas vraie, de même qu’en Corée du Sud…

Si le protectionnisme n’est pas une fin en soi et sans aller jusqu’à l’autarcie, les quotas, les écluses tarifaires, ou normatives permettent à la fois d’assurer le maintien d’une industrie et d’un équilibre de nos échanges (sans quoi, à être ouverts à des pays fermés à nos produits, on finit mal) mais aussi un moyen de contrôler la qualité des produits qui rentrent et d’éviter que la libéralisation n’aboutisse à une course au moins-disant social, salarial et environnemental.

Si les idées protectionnistes gagnent du terrain (le parti socialiste semble évoluer par la voix d’Arnaud Montebourg ou de Benoît Hamon), les avancées sont encore timides. C’est pourquoi il est important de montrer que finalement, tout le monde est protectionniste, à part l’UE…

17.03.2011

Indépendance nationale, service public et énergie

La catastrophe nucléaire au Japon a logiquement poussé quelques hommes politiques à surfer sur la vague de l’horreur et demander un arrêt (bien impossible à court terme) des centrales ou un référendum. Pourtant, d’autres réflexions peuvent être engagées.

L’énergie est un service public

N’en déplaisent aux cabris de Bruxelles, la première conclusion que l’on peut tirer est que l’énergie est un service public, qui ne saurait encore moins être privatisé quand il s’agit de centrales nucléaires, comme le soulignent Jack Dion sur Marianne 2 et Nicolas Dupont-Aignan. Il est tout de même inquiétant d’apprendre dans l’Usine Nouvelle qu’il y a aujourd’hui des problèmes de maintenance des centrales nucléaires avec les prestataires privés employés par EDF.

L’expérience Japonaise montre qu’il est dangereux de privatiser EDF et de libéraliser le marché de l’énergie. En effet, le principal objectif d’une entreprise privée et cotée est logiquement le profit. Ne vaudrait-il pas mieux qu’EDF consacre une part de ses profits ou de ses investissements à l’étranger pour reprendre en main directement la sécurité de nos centrales ? L’objectif d’EDF ne doit pas être le profit mais la sécurité et le service public. Point barre.

En outre, les partisans de cette libéralisation (soutenue par le PS, l’UMP, les Verts ou le Modem), nous avaient vendu une plus grande efficacité, des prix plus bas. Le voile est tombé comme le montre bien Hervé Nathan : cette libéralisation ne sert nullement l’intérêt général puisqu’elle se traduit par une hausse du prix de l’énergie. En revanche, elle profite bien aux actionnaires comme le montrent les bénéfices de 4,6 milliards d’euros de GDF-Suez en 2010.

L’indépendance énergétique et la sécurité comme objectifs prioritaires

Mais par delà la nécessité de revenir à un service public de l’énergie, la question fondamentale des sources d’énergie se pose pour l’avenir. Aujourd’hui, nous dépendons essentiellement des hydrocarbures et du nucléaire, pour 80% de notre électricité. Cela pose de nombreux problèmes, de dépendance (le pétrole, le gaz et l’uranium sont importés), d’environnement (les rejets de CO², les déchets radioactifs) et de sécurité (même si notre filière semble nettement plus sûre).

A ce sujet, je vous conseille le papier de Marc Cohen, « Mensonges d’Etat contre foutaises écolos ». Bien sûr, la filière pose de vrais problèmes, mais non seulement nous n’avons pas encore d’alternatives solides (même si cela serait souhaitable) et plus encore, la situation du Japon n’a rien à voir avec celle de notre pays puisque nous ne risquons pas un séisme de magnitude 9 suivi d’un tsunami de 17 mètres de haut. En outre, notre EPR améliore à la fois la sécurité et les déchets…

La situation est modifiée par des découvertes massives de pétrole bitumeux dans le Bassin Parisien et de gaz de schistes, plutôt dans le midi. Ces découvertes permettraient de garantir notre indépendance énergétique pour des décennies. Malheureusement, les techniques d’exploitation semblent provoquer de véritables catastrophes écologiques (outre les émissions de CO²) et Corinne Lepage vient de saisir le Conseil d’Etat sur l’attribution des droits d’exploitation de ces gaz.

Bref, si le nucléaire et les hydrocarbures resteront pour quelques années nos principales sources d’énergie, il convient de préparer d’accélérer la transition vers des énergies plus propres, sûres, nationales et pas trop chères pour ne plus dépendre de ces pétromonarchies : géothermie, biocarburants, comme le rapporte Yann. Mais surtout, il conviendra de ne pas céder aux sirènes de Bruxelles pour lesquelles le secteur doit être libéralisé. Le rôle de l’Etat doit rester primordial.

Oui, la catastrophe nucléaire du Japon pose de vrais problèmes, et c’est aussi le cas de la rareté et de la pollution des hydrocarbures. Pour le coup, un Grenelle de l’énergie serait le bienvenu pour que la France montre qu’elle a des idées pour assurer ses sources d’énergie à l’avenir.

25.10.2010

La zone euro, cocue de l’anarchie monétaire

Certaines personnes semblent découvrir, ou peut-être font mine de découvrir, qu’il y a une guerre monétaire. Pourtant, l’utilisation de la valeur de la monnaie pour stimuler son économie est une vieille pratique, que seule la zone euro refuse d’utiliser, pour notre plus grand malheur.

Un G20 toujours aussi vain

Une réforme du FMI vient d’être décidée. Les pays européens abandonnent deux sièges au conseil d’administration, au profit des BRIC qui en auront désormais tous un. Par contre, naturellement, rien n’a été fait pour rééquilibrer l’anarchie monétaire qui règne depuis maintenant bientôt quarante ans. Bien sûr, les participants ont fait une déclaration condamnant les manipulations, mais rien de concret n’a été décidé. Le yuan restera sous-évalué face au dollar, de même que ce dernier face à l’euro…

Il est frappant de constater que la communauté internationale ne parvient à se mettre d’accord que pour sauver des banques ou les créditeurs d’un pays très endetté comme la Grèce. En revanche, il est toujours impossible de se mettre d’accord pour aider les victimes de la crise… Pire, le G20 laisse une paix royale aux banquiers pour se réformer, laissant le comité Bâle 2 établir la réforme dont la finance a tant besoin, celui qui avait conçu les règles qui nous ont mené au bord du précipice en 2008…

Une zone euro totalement passive

D’un côté, les Etats-Unis ont agi rapidement pour baisser leurs taux d’intérêt, ce qui a provoqué une baisse rapide du dollar face à l’euro. La Grande-Bretagne ou la Suède ont agi de la même manière pour soutenir leur économie. La Chine maintient la parité du yuan à un niveau très bas (que certains estiment à 50% de sa véritable valeur face au dollar). Le Japon intervient sur le marché des changes pour freiner la montée du yen, qui fait du mal à son économie et à ses exportateurs.

Il n’y a guère que la zone euro pour ne pas intervenir afin d’influencer la valeur de sa monnaie. Résultat, l’euro est une des monnaies les plus surévaluées du monde (25 à 40% aujourd’hui par rapport à un dollar lui-même surévalué par rapport au yuan…). Nous sommes les dindons de la farce de cette anarchie monétaire. La raison en est simple : quelques psychopathes croient qu’il est bon pour l’économie d’avoir une monnaie chère, comme les saignées des médecins d’antan.

Que faire ?

La première chose que peut faire la France est de quitter l’euro. En effet, de cette manière, nous pourrions profiter d’une dépréciation probable du franc de 10 à 20% par rapport au deutsche mark, ce qui contribuerait fortement au rééquilibrage de notre commerce international. Ensuite, il serait essentiel de mettre en place une véritable politique monétaire européenne au service de l’économie et non des riches rentiers qui apprécient de pouvoir faire du tourisme à l’étranger à prix discount.

Pour cela, nous pourrions mettre en place des droits de douane compensatoires pour les pays dont la valeur de la monnaie est sous-évaluée. Pour cela, un critère simple pourrait être utilisé : le niveau de la balance commerciale. Le niveau de l’excédent déterminerait le niveau de la taxe. Un tel mécanisme pourrait même être mis en place au niveau international, les pays en déficit étant seuls autorisés à dévaluer de manière à pousser les balances commerciales vers l’équilibre.

Depuis vingt ans, les économies européennes subissent de manière totalement passive les mouvements de l’euro, le plus souvent à notre détriment. Mais pour sortir de cette logique mortifère qui plombe notre économie, il faudra être prêt à des décisions radicales.

23.08.2010

L’impact du réveil de la Chine

Marianne 2 a publié cette semaine une interview en trois parties (un, deux et trois) de Valérie Niquet sur la Chine visant à relativiser la puissance de l’Empire du milieu au moment même où il vient de détrôner le Japon du rang de deuxième puissance économique de la planète.

Une mise en perspective intéressante

Cette interview est rafraîchissante dans la mesure où elle modère les nouvelles habituellement exposées par les médias. Certes, la Chine vient de prendre la 2ème place en matière de PIB, mais elle n’est encore que 98ème au monde pour le PIB par habitant. En outre, son succès est à relativiser par la pauvreté d’une grande partie de sa population, qui consomme toujours aussi peu (35% du PIB contre 60% dans les pays occidentaux). En outre, son poids diplomatique est à modérer par sa rivalité profonde avec l’Inde ou le Japon, ce qui n’en fait pas le leader de l’Asie.

En outre, le pays reste tout de même sensible à la conjoncture internationale. Le pays n’est-il pas trop dépendant d’hydrocarbures polluants dont le prix pourrait exploser dans les prochaines années ? Que se passerait-il si dans quelques années, les multinationales décidaient de délocaliser en Inde plutôt que dans l’Empire du milieu ? Quelles seront les conséquences de la politique de l’enfant unique et du déséquilibre démographique ? Enfin, même si la société Chinoise s’est libéralisée depuis une trentaine d’années, le pays n’est pas une démocratie. La transition pourrait être difficile.

La poursuite du grand bond en avant

Mais malgré les points très justes de Valérie Niquet, il faut reconnaître que la puissance d’un pays se mesure aussi à sa démographie et à son poids, indépendant de la richesse par personne. Le Luxembourg ne pèse pas grand-chose sur la scène internationale… Et aujourd’hui, la Chine est donc la 2ème puissance économique de la planète selon le PIB. Et encore, on pourrait argumenter que cela sous-estime la puissance réelle du pays, devenu le premier exportateur mondial ou le premier pays pour les réserves de change (plus de 2000 milliards de dollars).

En outre, la Chine dispose d’atouts forts pour poursuivre sa trajectoire. Son rattrapage est directement inspiré de ceux du Japon ou de la Corée du Sud et on peut donc en déduire qu’il y a de fortes chances que la croissance de la Chine reste forte dans les années à venir. Le pays pourrait de plus en plus utiliser son moteur interne pour croître, comme le montre le fort relèvement du salaire minimum. Bref, le scénario d’une forte croissance pour les deux ou trois décennies à venir amenant la Chine au premier rang économique mondial est tout sauf improbable.

Quelles conséquences pour le monde ?

Un scénario noir serait que le grand bond en avant engendre des tensions nationalistes potentiellement guerrières, notamment vis-à-vis de Taïwan. Ce scénario ne peut pas être balayé d’un revers de main, même si le précédent Japonais montre que l’ascension économique peut être pacifique, y compris pour un pays au passé belliqueux. En effet, on peut se demander comment le géant Chinois se comporterait en cas de pénurie sévère de matières premières…

Le rôle de la Chine sera également particulièrement intéressant pour la refondation du capitalisme. Et si l’Empire du milieu rejoignait l’Europe continentale et le Japon pour pousser un modèle de capitalisme plus souverain, solidaire et dirigiste alors que l’Inde pourrait soutenir le capitalisme plus sauvage promu par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ? La prochaine crise du capitalisme mondial sera peut-être l’occasion d’un tel rapprochement après les échecs du G20.

Bien sûr, la poursuite de la croissance de ce géant ne sera pas sans poser des problèmes, mais le poids de Pékin, déjà considérable dans l’économie mondiale, a toutes les chances de se renforcer fortement dans les années à venir. Et cela pourrait être une opportunité.

27.07.2010

Quand la France toisera l’Allemagne et l’Europe

1er janvier 2100 : alors que la population de la France se rapproche de plus en plus du cap des cent millions d’habitants, le Japon n’en compte plus que 65 millions, l’Allemagne compte moitié moins d’habitants que l’Hexagone. Les évolutions  démographiques ont bouleversé l’Europe.

La révolution démographique à venir

Les chiffres sont impressionnants. Pendant les Trente Glorieuses, l’Allemagne comptait plus d’un million de naissances par an, contre plus de huit cent mille en France. Aujourd’hui, notre pays fait toujours plus de huit cent mille enfants par an. En revanche, notre voisin d’Outre-Rhin n’a accueilli que 675 000 nouveau-nés en 2008, près de 20% de moins que chez nous. Si les tendances restent les mêmes, ce sont moins de cinq cent mille naissances que l’Allemagne devrait compter dans trente ans !

C’est vers 2040 que notre pays devrait devenir le premier pays d’Europe par la population quand nous atteindrons 75 millions d’habitants, comme notre voisin d’outre Rhin. Dès 2050, l’écart devrait se creuser puisque la population Allemande devrait tomber à moins de 70 millions d’habitants. Cette étude prévoit seulement 45 millions d’Allemands en 2100, moitié moins que la France. Notre pays sera alors plus peuplé que le Japon, qui compte pourtant aujourd’hui deux fois plus d’habitants !

Un bouleversement européen

Le paysage européen devrait être bouleversé dans les décennies à venir, à moins que les pays à la population déclinante ne recourent massivement à l’immigration. Il faut noter que ces prévisions sont basées sur une reproduction par les prochaines générations des comportements actuels ce qui les rend très crédible. Mieux, même si la prochaine génération Allemande adoptait la fertilité Française, à terme, notre population dépasserait quand même celle de notre voisin.

Dans quarante ans, la France sera le pays le plus peuplé d’Europe, devant le Royaume Uni (s’il n’a pas éclaté) et l’Allemagne ne pointera plus qu’en troisième position. L’Italie pourrait compter moitié moins d’habitants que la France. Bref, le dynamisme démographique de la France pourrait bien redonner à notre pays la prééminence qu’il a déjà eu dans le passé. Il faudra néanmoins savoir traduire l’opportunité démographique en opportunité économique.

A tous ceux qui croient que la France est trop petite pour influencer le cours du monde, ces quelques chiffres devraient les faire réfléchir. Le dynamisme démographique de notre pays devrait bouleverser les équilibres politiques au sein de l’Europe dans les décennies à venir.

06.07.2010

Le modèle de développement asiatique est protectionniste

C’est un des mythes les plus tenaces de la théorie économique : les développements du Japon, de la Corée du Sud et de la Chine démontreraient les bienfaits du libre-échange. Et si c’était l’inverse qui était vrai ?

Libre-échange chez les autres, protectionnistes chez eux

En fait, voilà la réalité du développement économique de ces pays. Grosso modo, les plus grandes puissances économiques du Sud-est Asiatique comptent sur l’ouverture commerciale des autres pays pour exporter un maximum tout en protégeant fortement leur marché intérieur et leurs entreprises. Ce n’est pas un hasard si plus de 95% des voitures vendues dans ces trois pays sont produits localement, contrairement à ce qui se passe aux Etats-Unis et en Europe…

L’exemple de la Chine est particulièrement parlant. Il y a une vingtaine d’années, ce pays a décidé de développer une industrie automobile. L’Etat a donc mis en place des droits de douane de plus de 100% sur les importations de véhicules, imposant à tous les constructeurs de construire des usines de montage sur place. Et pour s’assurer un transfert de technologie, la Chine a également imposé qu’un partenaire local détienne la moitié de l’entreprise.

Dans un second temps, la Chine a remonté les droits de douane sur les pièces détachées pour faire venir l’ensemble de la filière sur son territoire. Enfin, une fois la pompe amorcée, les droits de douane sur les véhicules importés ont été diminués (à 35% tout de même) et les anciens partenaires des constructeurs occidentaux ont commencé à produire leurs propres véhicules, souvent des copies de modèles occidentaux au démarrage, avant de passer à la phase exportation, pour bientôt.

Un modèle dirigiste, protectionniste et patriote

Même si chemin n’est pas exactement le même, il est difficile de ne pas voir dans la politique de la Chine une réplique du modèle japonais. Les pays asiatiques ont compris que s’ils avaient ouvert de manière anarchique et dogmatique leur marché intérieur, alors, ils n’auraient pas pu construire une forte industrie. Il est essentiel de protéger une industrie naissante pour lui permettre de se développer et de se tourner ensuite vers l’exportation. Voilà ce que montre le modèle asiatique.

Mais ce qui est très intéressant également est de voir que les pays asiatiques conservent une protection de leur marché intérieur, comme le montre cet article de Marianne 2, favorisant par des normes et des règlements leurs industriels au détriment des industriels occidentaux. Ce patriotisme économique donne une base arrière solide aux entreprises locales, qui, si elle entretient sans doute des prix plus élevés, assure une stabilité propice aux investissements pour l’avenir.

Le modèle de développement asiatique, bien loin des idéaux néolibéraux, est un modèle de développement dirigiste, protectionniste et patriote. L’Etat donne une direction ferme à l’économie, à travers une politique industrielle menée dans la durée. L’Etat protège son territoire national de l’anarchie commerciale. Et l’Etat favorise son industrie nationale, par un protectionnisme commercial et tout un ensemble de règles qui limite les importations quand il l’estime nécessaire.

En gros, le modèle de développement asiatique est l’exact contraire de la voie suivie par l’Europe d’aujourd’hui, libérale, libre-échangiste et supranationale. La divergence des taux de croissance donne sans doute une bonne indication de la pertinence des deux modèles…

08.09.2009

L’espoir venu du pays du soleil levant

Il y a une semaine, les élections législatives au Japon ont provoqué une vraie révolution dans le pays. Après cinquante années passées au pouvoir de manière quasiment ininterrompue, le PLD a subi une cuisante défaite qui permet à l’opposition de s’emparer fermement des rênes du pouvoir.

Un pays en recherche d’un nouveau souffle

Pendant des décennies, le Parti Libéral Démocrate a présidé aux destinées du pays du soleil levant. Sa capacité à organiser la croissance économique du pays lui a longtemps permis de régner sur le pays sans véritable opposition. Les Japonais étaient heureux de l’essor de leur pays, dont ils profitaient largement. Personne n’avait intérêt à changer une formule gagnante. Curieusement, il aura fallu presque vingt ans au Japon pour remettre en question la domination du PLD depuis que l’économie est entrée dans une torpeur dont le pays ne parvient pas à sortir.

Si le PLD a brièvement été exclu du pouvoir dans les années 90, c’était par le biais d’une alliance de courte durée des principaux partis d’opposition. Il avait alors conservé sa place de premier parti du pays. En fait, son règne a été prolongé par le passage de Junichiro Koizumi comme Premier Ministre, le seul depuis longtemps à être resté cinq ans au pouvoir. Il avait réussi l’exploit de convaincre les Japonais à voter PLD pour changer leur pays, malgré les résistances de certains de ses collègues de parti. Mais le PLD s’est ensuite montré incapable de changer pour changer le Japon.

Une leçon pour le monde ?

Résultat, les électeurs Japonais ont bouleversé la donne politique lors des élections législatives, provoquant un changement radical de majorité. Le PLD, qui avait plus de 300 sièges dans l’Assemblée sortante, n’en gagne qu’à peine plus de 100. A contrario, le Parti Démocrate du Japon, qui avait à peine plus de 100 sièges dans la précédente législature, a remporté plus de 300 sièges, avec un mandat très clair de changement et de remise en question du statut quo qui dominait le Japon depuis des décennies. Le parti a pris des engagements concrets de réforme en rupture avec le passé.

Le fait que les électeurs Japonais aient renversé la table et changé aussi brutalement d’orientation politique peut donner un espoir de changement pour d’autres pays sclérosés par la présence d’un ou de deux partis dominants. Certes, on pourra dire que la situation Japonaise est atypique dans le sens où un seul parti a dominé la vie politique nationale pendant des décennies. Mais cela signifie également qu’un changement aussi radical de majorité représente un véritable saut dans l’inconnu et que les Japonais n’ont pas hésité à bousculer l’ordre établi. En cela, ce vote représente un message d’espoir pour le monde.

L’avènement du PDJ représente un immense message d’espoir pour tous ceux qui se désespèrent du manque d’une véritable alternance démocratique. Les peuples, finissent toujours par se réveiller et renverser démocratiquement les tenants d’un ordre qui a failli.

Source : http://www.lefigaro.fr/international/2009/08/31/01003-20090831ARTFIG00444-japon-le-raz-de-maree-de-l-opposition-aux-legislatives-.php

23.05.2009

Japon, Allemagne : l’illusion commerciale

Il y a 20 ans, le Japon et l’Allemagne étaient les exemples donnés à tous en matière économique : des pays innovants, tournés vers l’exportation. Aujourd’hui, ces pays sont plus violemment que les autres victimes de la crise économique, remettant en cause leur modèle économique.

Un modèle économique en échec

-15,2% en rythme annuel : telle est la baisse du PIB Japonais au premier trimestre 2009, après une baisse de 13% au quatrième trimestre 2008. En seulement six mois, l’économie japonaise a vu sa richesse se réduire de 7%. La violence de la récession n’y a rien d’équivalent depuis la Grande Dépression. Elle aussi, l’économie allemande subit une récession très violente puisque le PIB y a reculé de 3,8%, soit 15% en rythme annuel. Sur un an, le PIB Allemand recule de plus de 6%…

Pourtant, l’Allemagne et le Japon n’avaient pas connu la moindre bulle immobilière avant le déclenchement de la crise. Et si l’Etat Japonais était considérablement endetté avant la crise, ce n’était pas le cas de l’Allemagne, qui gérait avec modération ses finances publiques. Avant le déclenchement de la crise, l’Allemagne était montrée comme l’exemple à suivre, parce qu’elle avait construit son modèle sur les exportations et n’avait pas hésité à comprimer ses salaires pour gagner en compétitivité.

Un modèle à bout de souffle

Les chiffres d’aujourd’hui montrent bien que pour les pays riches, un modèle économique tourné vers les exportations ne fonctionne plus. En période de croissance mondiale, les efforts de modération salariale dépriment le marché intérieur et donc la croissance pour assurer la compétitivité commerciale. Et en cas de retournement économique mondial, ces pays sont les premiers à souffrir de l’effondrement économique. Quelle que soit la situation économique, ils perdent !

C’est qu’un modèle économique basé sur les exportations industrielles dans un pays développé n’est plus viable aujourd’hui dans un monde où la déréglementation commerciale met en concurrence des pays dont les écarts de coûts salariaux vont de 1 à 20. Sans écluse commerciale, ces pays sont condamnés au mieux à une croissance molle et au pire à un effondrement économique s’ils finissent par être dépassés par les pays émergents.

Il faut espérer que cette crise fasse prendre conscience à l’Allemagne et au Japon des limites de leur modèle économique. Ainsi, ils pourraient devenir les acteurs de la construction d’un nouveau modèle, incluant notamment des éléments protectionnistes.

Source : http://www.lefigaro.fr/economie/2009/05/20/04001-20090520...

http://www.lesechos.fr/info/inter/reuters_00148349-le-pib...