29.01.2010

L’affaire Clearstream tourne à la farce

A peine Dominique de Villepin relaxé de l’affaire Clearstream, l’affaire connaît deux rebondissements surprenants : Nicolas Sarkozy annonce qu’il ne fera pas appel, alors qu’il n’en a pas le pouvoir, et le procureur annonce, a contrario, qu’il fait appel.

Le retour du complot politique

Le commentaire de la présidence est scandaleux. Le Chafouin a bien raison de parler d’un « douteux mélange des genres ». En effet, une journaliste de l’AFP soulignait hier soir sur le Grand Journal de Canal Plus, que les attendus du jugement ne sont pas sévères à l’encore de l’ancien Premier Ministre, contrairement aux allégations de l’Elysée. Et le fait de dire qu’il renonce à faire appel est totalement ridicule étant donné qu’il n’en a pas le droit.

A moins que Nicolas Sarkozy n’ait cherché par avance à se dédouaner de la décision qu’il aurait suggéré à Jean-Claude Marin. Après tout, le timing est trop idéal, et la tribune choisie par le procureur de la république (bananière) beaucoup trop amicale pour le pouvoir, pour n’y voir qu’un hasard. Déjà, Jean-Claude Marin s’était exprimé de manière très forte sur cette même antenne. Toutes ces coïncidences font qu’il est de plus en plus difficile de ne pas y voir un procès politique.

Le dernier baroud de l’Elysée ?

Mais toute cette séquence ne devrait guère profiter au pouvoir. En effet, le fait de dire qu’il renonce à faire appel alors qu’il n’en a pas le droit décrédibilise un Nicolas Sarkozy pourtant avocat de formation. En outre, un soupçon tenace de pression sur Jean-Claude Marin subsiste. La précipitation de l’Elysée à dire qu’il ne souhaitait pas d’appel (quitte à faire une erreur juridique) prend une perspective bien différente avec l’appel du procureur. La présidence le savait et souhaitait sans doute se disculper.

Pire, pour l’opinion, il n’est pas sûr que l’effet recherché (le discrédit d’un des plus féroces adversaires du président) soit atteint. Il est difficile de ne pas voir dans ce procès une manipulation destinée à détruire un rival par tous les moyens mais la résistance de David Villepin face à Goliath Sarkozy pourrait finalement desservir le second. Qui pourra croire que l’Elysée n’est pas derrière l’appel annoncé ce matin au micro d’un des journalistes les plus proches du président ?

L’affaire Clearstream est une vraie honte pour notre République, tout juste bonne à servir de scénario à une série B qui nous aurait semblés bien invraisemblable si elle n’était pas réelle. Rendez-vous ce soir sur Canal Plus au Grand Journal pour écouter la réponse de Dominique de Villepin…

05.09.2009

Clearstream est un procès politique

Après les attaques de Jean-Claude Marin au micro d’Europe 1 la semaine dernière, c’est au tour d’Imad Lahoud de charger l’ancien Premier Ministre dans le Journal Du Dimanche à la veille du procès. Une nouvelle illustration de l’aspect purement politique de l’affaire.

Lagardère charge Villepin

A l’origine déjà, le timing de l’affaire Clearstream était suspect. En effet, elle avait éclaté à peine quelques jours après la fin de l’épisode du CPE, comme un second et définitif coup de massue porté sur le seul rival crédible de Nicolas Sarkozy pour l’élection présidentielle. Les interventions consécutives de deux protagonistes majeurs de cette affaire, quelques semaines avant le début du procès, le tout sur des médias appartenant au groupe Lagardère, le groupe de celui qui se déclare être comme un « frère » pour le président, renforce la suspicion que l’on peut avoir sur toute cette affaire.

En effet, il est déjà extrêmement choquant que Jean-Claude Marin se soit exprimé publiquement sur l’affaire en mettant lourdement en cause Dominique de Villepin. Mais, pire, il le fait sur Europe 1, au micro de Jean-Pierre Elkabbach, qui ressemble plus à un « pom pom boy » du président qu’à un véritable journaliste. Cette semaine, il a émaillé son interview de Martin Hirsch de « bravo » alors qu’il retrouvait son mordant face à Jean-Christophe Cambadélis… De même, les confessions d’Imad Lahoud se sont faites dans le JDD. Comment ne pas y voir l’influence de l’Elysée ?

Un procès de Moscou à Paris

Même le tribunal de Nanterre a jugé récemment qu’il y avait une asymétrie anormale dans ce procès entre l’accusé, Dominique de Villepin, et le plaignant, Nicolas Sarkozy, dans la mesure où le locataire de l’Elysée ne peut pas être inquiété par la justice, du fait de son immunité. Il faut rappeler ici que ce dernier est le premier président de la République qui mène une action judiciaire pendant l’exercice de ses fonctions, alors qu’il peut exercer une influence non négligeable sur le cours de la justice. Et avec le soutien de Lagardère, il est à la fois, juge, partie et commentateur…

Il est temps que cette farce, qui dure depuis plus de trois ans, se termine. Aujourd’hui, il semble de plus en plus clair que ce procès est avant tout un outil pour essayer de tuer politiquement un des rares hommes politiques capables de remettre en question le président. Le comportement de Jean-Claude Marin amène à se poser la question de l’indépendance d’une partie de la justice, qui semble de parti-pris. Mais outre la partialité apparente du pouvoir judiciaire, s’y ajoute un plan médiatique, lancé par un groupe proche du pouvoir, redoutablement orchestré pour décrédibiliser le Premier Ministre.

L’addition de tous ces points amène à s’interroger sur Clearstream. Qui manipule qui ? Qui a réellement bénéficié de toute cette affaire ? D’où viennent les fuites destinées à mouiller l’accusé ? On peut se demander si, un jour peut-être, les rôles ne seront pas inversés devant les tribunaux…

Source : http://www.lemonde.fr/societe/article/2009/09/05/affaire-clearstream-lahoud-mouille-de-villepin-et-gergorin_1236191_3224.html

31.08.2009

Europe 1 : bienvenue à Sarkozy FM !

La semaine dernière, j’ai décidé d’écouter la nouvelle formule de la matinale d’Europe 1, dont les nouvelles chroniques me semblaient intéressantes. Puis, sont arrivées les interviews de Jean-Pierre Elkabbach…

Trois hommes et un soutien

L’ancien président de France Télévisions a décidé d’interviewer François Pérol, René Ricol, puis Jean-Claude Marin. Ces trois hommes ont beaucoup en commun. Ce sont à la base de hauts fonctionnaires qui occupent des postes importants, qui doivent tout à Nicolas Sarkozy, et le lui rendent bien… Le premier, ancien membre du cabinet du président, qui a supervisé la catastrophique création de Natixis, est aujourd’hui le président du regroupement des Caisses d’Epargne et des Banques Populaires. Le second est le médiateur du crédit et le troisième procureur de la République.

Et il est peu de dire que le ton des interviews n’était guère inquisiteur. Jean-Pierre Elkabbach a renoncé à quasiment toute question dérangeante, préférant valoriser leur chef à tous, Nicolas Sarkozy. François Pérol a défendu la réforme des bonus annoncée par le président. René Ricol, ne voulant pas être en reste, est allé jusqu’à dire qu’elle allait permettre de réduire drastiquement les pratiques spéculatives des traders (par un miracle qu’il s’est bien gardé de révéler). Quant à Jean-Claude Marin, il a jeté son fiel sur Dominique de Villepin à la veille du procès Clearstream.

L’Etat Sarkozy

Nicolas Sarkozy pense en effet que verrouiller le plus possible l’Etat, les grandes entreprises et les médias est une forme d’assurance-vie pour gagner en 2012. Il devrait pourtant se méfier d’abus aussi grossiers. En 2005, passant outre l’avis de plus de 90% des médias trop bien-pensant, 55% des Français ont rejeté un Traité Constitutionnel Européen qui était pourtant censé leur apporter paix et prospérité alors que son rejet devait nous plonger dans la guerre et le malheur. Le soutien grossier apporté au président par Europe 1 est aussi grossier que la campagne de 2005 et pourrait donc se révéler contre-productif.

Dans le cas bien concret de l’affaire Clearstream, comment ne pas être choqué par les déclarations du procureur de la République ? Pourquoi avait-il besoin de s’exprimer publiquement de la sorte ? On peut imaginer que le camp Sarkozy a préféré l’attaque plutôt que de chercher à se défendre contre la remise en question formulée par le tribunal de Nanterre qui affirme que « l’immunité pénale dont bénéficie Nicolas Sarkozy dans la Constitution introduisait une atteinte au principe d’égalité des armes avec les prévenus », comme le rappelle Mancioday dans un très bon papier.

Nicolas Sarkozy veut tout contrôler et refuse toute tête qui dépasse, un peu à la manière de Valéry Giscard d’Estaing. Puisse-t-il connaître le même destin et ne pas être réélu en 2012.

Source : http://reversus.fr/affaire-clearstream-une-justice-execut...