29.05.2011
Europe : le cauchemar économique qui donne raison au « non » de 2005
Il y a six ans, nous dénoncions cette Europe anti-démocratique, technocratique et néolibérale, qui avait oublié que le progrès se doit d’être social en faisant de la « concurrence libre et non faussée » l’objectif monstrueux du TCE. Malheureusement, les faits montrent que nous avions raison.
Une impasse économique insoluble
En 2005, comme en 1992, on nous a dit que plus d’Europe, ce serait plus de croissance et plus d’emplois. Il n’y a plus que les banquiers centraux pour tenir encore un tel discours complètement déconnecté de la réalité de ce que vivent les peuples, à Athènes, Dublin, Lisbonne, Madrid, mais aussi à Berlin, où les salaires stagnent depuis quinze ans. Loin d’être progressiste, cette Europe organise une immense régression sociale sur toute la partie occidentale du continent.
En effet, les politiques européennes menées depuis 25 ans produisent d’immenses déséquilibres provoqués par la conjonction de la monnaie unique et de l’ouverture anarchique des économies européennes aux mouvements de biens et de capitaux. En outre, la situation actuelle n’est pas tenable, comme le rapporte très justement Patrick Artus dans une nouvelle note. Le chef économiste de Natixis démontre à son corps défendant que la zone euro est condamnée.
Il commence par faire une synthèse utile des immenses déséquilibres de la zone euro, où l’on voit que paradoxalement, alors que des monnaies nationales permettaient de faire converger les économies européennes, une monnaie unique les fait diverger. Ensuite, il souligne les écarts colossaux d’évolution des coûts salariaux entre les pays et les déséquilibres immenses des balances de paiement (jusqu’à 10% de déficit pour la Grèce et le Portugal).
Les deux issues qui n’en sont pas
Patrick Artus voit deux solutions. La première, qu’il balaie rapidement, est un fédéralisme budgétaire, mais devant l’ampleur des problèmes, il faudrait que l’Allemagne accepte de transférer plusieurs points de PIB tous les ans vers l’Europe du Sud. Cela est bien sûr totalement illusoire, après l’intégration de l’ancienne Allemagne de l’Est et avoir consenti à une stagnation des salaires pour assurer la compétitivité de l’industrie nationale en Europe. En outre, cela ne règlerait pas tout.
La seconde solution consiste à une baisse des salaires et de la demande intérieure pour équilibrer la balance des paiements courants. L’économiste chiffre l’effort à 3-4% du PIB pour la France, l’Espagne et l’Italie et 10% pour la Grèce et le Portugal. Mais la baisse de la demande devrait être nettement supérieure pour produire un tel ajustement, puisqu’elle comprime également la demande de produits intérieurs. On peut anticiper un effort environ deux à trois fois plus important.
Bref, en l’absence de possibilité de dévaluation, Patrick Artus nous promet une austérité inédite et sauvage. Et d’ailleurs la situation de la Grèce, du Portugal et de l’Espagne nous démontre aujourd’hui que cette construction économique est une impasse qui ne pousse qu’à une immense régression sociale, une envolée du chômage et un effondrement du pouvoir d’achat, tout ça pour ne pas remettre en cause cette monnaie unique, ce veau d’or du 21ème siècle.
Il y a quelque chose d’effrayant à voir cette Europe refuser même la moindre restructuration de la dette grecque, par la voix d’Herman Von Rompuy ou de Jean-Claude Juncker. Au nom de cette Europe, le peuple grec est simultanément saigné et pillé (avec une vague de privatisations des services publics qui va donner de belles rentes de situations à des entreprises étrangères) alors que les créanciers de la Grèce, et notamment les banques, sont totalement protégés.
Le prix à payer n’est-il pas totalement démentiel ? La colère populaire est totalement légitime et ne va pas se calmer de sitôt. Tôt au tard, les peuples du Sud de l’Europe finiront par se révolter démocratiquement pour sortir de cette impasse. On ne peut pas saigner un pays sans réaction.
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note | Tags : tce, 2005, grèce, espagne, irlande, portugal, patrick artus, herman von rompuy, jean-claude juncker
11.12.2010
Merci Angela !
L’Allemagne a une position compliquée aujourd’hui. D’une part, certains évoquent le modèle économique que notre voisin d’outre-Rhin représenterait et qu’il faudrait copier. De l’autre, d’autres dénoncent ses excédents commerciaux et sa réticence à prêter aux pays de la zone euro en difficulté.
Un modèle en partie dicté par l’Europe
Tout d’abord, il faut relativiser le « modèle Allemand ». Leur croissance annuelle n’a été que de 0.8% pendant les années 2000 contre 1.5% en France. Seule l’Italie a fait moins bien. Car si le pays accumule les excédents commerciaux vis-à-vis de ses partenaires de la zone euro, la compression des salaires pèse sur les salaires et le pouvoir d’achat, ce qui limite grandement la croissance globale du pays. En outre, sa désindustrialisation n’est pas moins rapide que celle de la France…
Bien sûr, le modèle Allemand est non coopératif dans la mesure où il s’appuie sur les exportations. Ce n’est donc pas un modèle réplicable à l’échelle du continent dans la mesure où tous les pays ne peuvent pas afficher un excédent. Mais ce modèle ressemble aux modèles asiatiques. Malheureusement, nous laissons également le Japon, la Corée du Sud ou la Chine accumuler les excédents en exportant comme bon leur semble en Europe alors qu’ils ferment souvent leurs marchés.
Et puis, l’euro a joué un grand rôle dans l’accentuation du modèle Allemand. C’est aussi parce que Berlin est entré dans la monnaie unique avec des coûts salariaux 25% supérieurs à la moyenne que l’Allemagne a mis en place cette politique de compression des coûts salariaux qui est passée par une stagnation des salaires et une réforme fiscale introduisant une part de TVA sociale. Dans les années 80, l’Allemagne se souciait moins de sa compétitivité coût qui fluctuait avec le cours des monnaies.
Vérités d’outre-Rhin
Même si je crois que l’Allemagne est davantage un contre-modèle qu’un exemple et que sa politique n’est pas soutenable si tout le monde l’imite, en revanche, on peut reconnaître qu’en règle générale, Angela Merkel défend bien mieux les intérêts Allemands que nos dirigeants ne le font avec les intérêts de la France et des Français. C’est simple, l’Allemagne se comporte de plus en plus comme la Grande-Bretagne, défendant bec et ongle ses positions.
C’est ainsi qu’Angela Merkel refuse l’émission d’euro-obligations, nouvelle idée farfelue de Jean-Claude Juncker, le président d’un paradis fiscal qu’il faudrait remettre à sa place. Et la chancelière Allemande a bien raison car au final, ce serait son pays qui assumerait la responsabilité de ces emprunts étant donnée sa situation financière meilleure que les autres. Elle a parfaitement raison de refuser de signer un chèque en blanc à une Europe qui place les banques au-dessus des peuples.
Angela Merkel a également raison de dire que les créanciers devraient prendre leur part dans les efforts d’assainissement des finances publiques. Il n’est pas juste que seuls les peuples paient les pots cassés de la crise financière. Les institutions européennes protègent les créanciers sans se soucier des conséquences de plans d’austérité pour les peuples. La chancelière Allemande est la seule dirigeante politique à avoir osé casser ce tabou et il faut l’en remercier.
Si l’Allemagne accentue la crise par son modèle et son refus de faire un chèque en blanc pour sauver les créanciers des autres Etats, elle montre l’exemple d’un Etat qui défend l’intérêt de ses citoyens. Ainsi, elle démontre tous les vices de cette construction monétaire artificielle. Pour cela, merci Angela !
11:15 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : angela merkel, modèle allemand, jean-claude juncker, zone euro, euro-obligations



