27.04.2011
Rama Yade, ange ou démon ?
Alors que l’on peine à se souvenir du nom des secrétaires d’Etat, elle est aujourd’hui une des personnalités politiques les plus populaires et les plus invités (elle était de nouveau invitée au Grand Journal de Canal Plus la semaine dernière). Que se cache-t-il derrière cette star de la politique ?
Jeune, jolie, et rebelle…
A priori, Rama Yade a tout pour plaire. C’est une belle femme issue des minorités visibles qui a démontré une vraie force de caractère depuis le voyage très controversé de Muhammad Kadhafi en France, où elle avait exprimé des réserves qui prennent aujourd’hui un sens particulier. N’a-t-elle pas eu raison, a posteriori, de marquer sa différence ? Et en quatre ans, elle a gagné un solide aplomb qui lui donne maintenant un certain charisme quand elle s’exprime.
Il est sûr que par rapport aux soutiens inconditionnels du président de la République comme Nadine Morano et Frédéric Lefebvre, elle apporte une liberté de penser a priori rafraîchissante. Si elle sait parfaitement pratiquer la langue de bois, elle n’hésite pas à souligner ses points de désaccord avec le président de la République. Et il est vrai qu’étant donné l’impopularité record de Nicolas Sarkozy, une position critique vis-à-vis de son action est un bon gage de succès.
Mais aussi perso…
Et c’est justement tout le problème. En fait, Rama Yade fait à Nicolas Sarkozy ce que ce dernier avait fait à Jacques Chirac. Elle exprime de manière transparente tous ses désaccords, au mépris de la plus élémentaire solidarité gouvernementale ou majoritaire. Bien sûr, un homme politique n’est pas forcément sensé reprendre mot pour mot et en toute circonstance tout ce que son chef dit. Mais entre la soumission servile et la rébellion permanente, il y a des nuances.
Et Rama Yade ne s’en est pas beaucoup embarrassé. Elle n’a pas hésité à exposer ses désaccords avec ses ministres de tutelle. Malheureusement, le président, en ayant montré le mauvais exemple de 2002 à 2007, puis en ayant trop longtemps laissé faire, a encouragé un tel comportement. Est-il vraiment étonnant qu’un bébé Sarkozy la joue perso en politique ? En outre, il est difficile de ne pas y voir des postures, comme lors de la polémique sur le prix de l’hôtel des bleus.
Et suffisante
Rama Yade, après s’être rapproché de Jean-François Copé, a finalement décidé de suivre Jean-Louis Borloo dans son aventure, officiellement parce que le parti majoritaire ne lui permettrait pas de travailler sur les sujets sur lesquels elle souhaite travailler… Pourtant, au Grand Journal, elle a été bien incapable d’avancer la moindre proposition sur ces sujets dont elle dit qu’ils lui tiennent tant à cœur. En fait, l’ambitieuse n’avait pas eu le poste qu’elle attendait il y a quatre mois...
En clair, la direction actuelle de l’UMP n’était pas prête à lui confier des responsabilités à la hauteur de la grande idée qu’elle se fait déjà d’elle-même. Et aux rumeurs sur son limogeage de sa mission d’ambassadrice pour l’UNESCO, du fait de ses prises de parole intempestives étant donnée la fonction qu’elle est sensée occuper, elle ose répondre « j’existais avant, j’existerai après », comme si elle existait avant 2007… Bref, le bébé Sarkozy a pris la grosse tête.
Bien sûr, sa popularité est une belle réussite. Mais pour l’instant, elle n’a fait que répliquer les méthodes de son chef et bénéficie de son éloignement alors qu’il est devenu très impopulaire. Rama Yade a encore du chemin à faire pour démontrer qu’outre une grand idée d’elle-même, elle a du fond.
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30.03.2011
Copé, Fillon : la discorde chez la majorité
Il y a quelques mois, l’UMP ricanait des tiraillements entre membres du Parti Socialiste et des petites phrases que les écuries présidentielles se balançaient par média interposés. Mais avec des sondages calamiteux, les esprits s’échauffent et la chienlit est passée à droite.
Règlement de compte à UMP-Corral
Les médias ne sont pas tendres. Gérard Courtois a signé un papier enlevé dans le Monde parlant de « crise d’autorité ». Jack Dion se charge de l’exécution sur Marianne 2, évoquant « la chienlit à l’UMP ». Il faut dire que c’est une chose de voir les menuisiers en chef de la majorité tenter d’expliquer que la raclée des cantonales n’est pas vraiment une défaite, que rien n’est joué à un an de la présidentielle et soutenir sans rire que la ligne de la majorité était très clair pour le second tour.
Mais le tir de snipers qui a démarré lundi n’était pas sans rappeler les pires heures des affrontements socialistes. La charge de Jean-François Copé dans le Grand Journal de Canal Plus de lundi soir, dénonçant la « posture » d’un premier ministre qui ne jouerait pas assez collectif et chercherait à se placer pour l’après 2012 en jouant la défaite du président était hautement comique. On avait surtout l’impression qu’il reprochait à François Fillon de faire du… Jean-François Copé.
La guerilla s’est poursuivie mardi avec l’appel à la démission du secrétaire général de l’UMP par un député proche du premier ministre, avant que le président ne siffle péniblement la fin de la récréation par une rencontre entre les deux hommes, qui ont assuré que l’incident était clôt. Outre les prises de position pro-Fillon ou pro-Copé, le gouvernement s’est aussi retrouvé embarrassé par les déclarations contradictoires des uns et des autres sur le débat sur la laïcité
Majorité au bord de la crise de nerfs
Les élus UMP craignent de plus en plus les échéances de 2012 devant l’échec patent de la stratégie présidentielle que l’Elysée ne semble pas vouloir remettre en cause. Du coup, les critiques fusent, notamment de la part des centristes et de Jean-Louis Borloo. Mais même Christian Estrosi a exprimé des craintes sur la stratégie suivie. Bref, non seulement c’est la panique, mais en outre, elle s’étale à la une des médias dans un feuilleton digne des pires productions socialistes.
Les sondages exécrables font ressurgir l’idée d’un candidat alternatif. Mais il s’agit d’un serpent de mer tant il est évident qu’il compte se représenter (d’autant plus qu’y renoncer serait un aveu d’échec assez peu probable étant donné son caractère). Bien sûr, Juppé, Fillon et Copé sont évoqués comme des candidats alternatifs possibles. Mais les deux premiers ne semblent pas vraiment le vouloir, et le troisième mise sur 2017 (et sans doute un échec en 2012).
Comment Nicolas Sarkozy va-t-il pouvoir organiser son radeau de la méduse en vue des élections présidentielles ? A un moment, un minimum de discipline devrait théoriquement s’imposer pour éviter d’aller vers un désastre complet. Cependant, les tensions actuelles préfigurent déjà la lutte en cours pour récupérer les décombres de la majorité présidentielle après l’échec prévisible de 2012. Du coup, il n’est pas impossible qu’elles persistent et enfoncent plus encore le président.
Nicolas Sarkozy s’est construit de 2002 à 2007 en instaurant la discorde au sein de la majorité présidentielle de l’époque. Assez logiquement, il en récolte aujourd’hui les fruits, à savoir une discorde dirigée contre lui qui l’enfonce plus encore en vue des élections présidentielles de l’an prochain.
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22.03.2011
Cantonales : une répétition pour 2012 ?
Dimanche, une petite moitié des Français appelés aux urnes ont voté pour les élections cantonales. Un scrutin qui confirme les sondages : une déception générale de la politique illustrée par l’abstention, l’UMP au plus mal, un PS devant par défaut et une percée spectaculaire du FN.
Une confirmation des sondages
Finalement, le vote des Français démontre que les derniers sondages ont du sens. Je vous invite à vous rendre sur le blog de Laurent de Boissieu qui présente un historique des résultats aux élections cantonales, en analysant les résultats de 2004 et de 2008. La percée du FN n’en prend que plus de relief : 15%, soit trois fois plus que les 5% en 2008, dépassant le record de 2004 (12%). En outre, le score moyen monte à 19% dans les cantons où il est présent.
Parallèlement, le score de l’UMP est désastreux : 22% avec la majorité (17% stricto sensu), contre 25% en 2004 et 2008. Le total de la droite (qui inclut des partis d’opposition comme DLR, qui a signé quelques beaux résultats), ressort à 31% contre 37% en 2004 et 41% en 2008 ! Le score du PS est médiocre (25% ou 32% avec les divers gauche), soit moins qu’en 2004 (33.5%) et en 2008 (35%). La gauche de la gauche se maintient à 9%, les Verts doublent leur score à 8%.
Bref, le résultat est assez clair : un désastre absolu pour la majorité présidentielle qui perd dix points en seulement trois ans, au profit intégral du Front National. Le vote des Français est net : ce que perd l’UMP est directement récupéré par le Front National. Le Parti Socialiste ne profite qu’indirectement de la déconfiture des troupes de Nicolas Sarkozy, signe qu’il ne convainc pas du tout les Français puisque les écologistes lui grignotent même quelques électeurs.
L’UMP, entre déni et ubuesque
Il faudra un jour que quelqu’un dise à Nicolas Sarkozy à quel point les éléments de langage qu’il transmet à ses équipes sont totalement grotesques. Le ministre de l’intérieur n’a vraiment pas eu peur du ridicule en additionnant les voix de tous les divers droite à celles de l’UMP mais sans le faire pour le Parti Socialiste, permettant à Martine Aubry et Marine Le Pen d’attaquer cette présentation malhonnête des choses. En niant la réalité, ils perdurent dans l’erreur…
La position présentée par Jean-François Copé pour les seconds tours PS/FN a sans doute atteint le comble du ridicule. En refusant d’appeler à faire barrage au FN tout en indiquant qu’il appelait à ne pas voter pour eux, l’UMP parvient l’exploit de se fâcher avec tout le monde en boycottant le parti de Marine Le Pen, qui n’est pas véritablement moins ostracisé tout en ne rendant pas son pareil à la gauche qui a indiqué clairement qu’elle soutenait l’idée de Front Républicain.
Se faisant, si Copé est devenu le menuisier en chef de la langue de bois, au lieu de l’arrêter, sa position est contredite ou complétée de manière anarchique par ses troupes entre un Xavier Bertrand qui indique qu’il votera blanc et une Valérie Pécresse qui dit qu’elle fera barrage au Front National, tout comme François Fillon. Bref, beaucoup ne suivent pas la position ubuesque proposée par le Secrétaire Général de l’UMP qui semble décidemment jouer la défaite en 2012.
Bref, entre une majorité largement désavouée et perdue dans des discours inaudibles et un Front National qui récupère tous les déçus de Nicolas Sarkozy, le Parti Socialiste devrait gagner par défaut, sans le moindre enthousiasme des Français, faute de mieux.
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05.03.2011
Sarkozy 2012 = Giscard 1981 + Mitterrand 1993
Le président de la République semble diriger le radeau de la méduse. Son précédent remaniement a tenu à peine trois mois, sa majorité se chamaille à la première occasion, et son gouvernement erre, sans cap, surfant sur des polémiques stériles et des mesures ahurissantes.
Un candidat évident
Ecartons tout d’abord une hypothèse franchement improbable, malgré les convictions de Jean-Michel Apathie. Nicolas Sarkozy sera bel et bien candidat en 2012. Il tient déjà un discours de candidat et le sentiment d’invincibilité donné par sa victoire de 2007 pourra toujours lui faire croire qu’il arrivera à s’en sortir. En outre, qui pour le remplacer ? Même si 60% des Français ne veulent pas qu’ils se représentent, il reste largement le meilleur candidat dans les sondages.
Qu’un président aussi impopulaire arrive encore à devancer ses rivaux potentiels dans son parti montre l’étendue du désastre pour l’UMP. François Fillon reste transparent, et affaibli par ses vacances en Egypte qui questionnent son bon sens. Alain Juppé, même s’il est le nouvel homme fort du gouvernement, ne nourrit plus d’ambition présidentielle, et préfèrera regarder Nicolas Sarkozy tomber, ce qui convient parfaitement à Jean-François Copé en vue de 2017.
La discorde à l’UMP
Faut-il y voir une raison pour laquelle le patron de l’UMP multiplie les déclarations tranchantes et les polémiques (TVA sociale, débat sur l’Islam…), outre le virage noté par Gaël Brustier ? Après tout, il a sans doute intérêt à une défaite en 2012 car il serait plus difficile pour lui de gagner en 2017 après vingt-deux ans de présidence de droite… Du coup, tout en jurant loyauté au président, il pourrait bien dynamiter sa campagne de l’intérieur, l’air de ne pas y toucher…
Pire, alors que les socialistes s’étaient spécialisés dans les querelles intestines, c’est maintenant l’UMP qui semble le camp le moins discipliné. François Fillon tacle Alain Juppé lundi matin sur RTL en soulignant qu’il devra consacrer moins de temps à Bordeaux ? Ce dernier ne revient à Paris que mardi et égratigne le premier ministre. Les députés et les anciens ministres (Yves Jego, Rama Yade…) agissent comme des snipers contre le gouvernement. C’est la chienlit à droite !
Une élection perdue d’avance ?
Bien sûr, une élection n’est jamais perdue d’avance. Mais entre un bilan très mauvais et en décalage criant avec les promesses de campagne, un comportement peu apprécié des Français et l’usure du pouvoir, Nicolas Sarkozy semble très mal parti. Le président semble carbonisé. Certes, il se raccroche à l’espoir de faire comme en 2002, mais, là, le PS est dans l’opposition et celui qui pourrait bien être éliminé à force de pousser Marine Le Pen, ce pourrait bien être lui…
Le gouvernement semble aussi usé que le gouvernement Bérégovoy nommé en 1992. Le chef de gouvernement n’a de chef que le nom. Il n’a plus aucune prise sur l’actualité, qui le ballotte dangereusement. Bien sûr, la réforme fiscale et la dépendance sont de vrais sujets, mais ils sont explosifs et les qualités d’artificier de Nicolas Sarkozy laissent présager le pire. En outre, l’Elysée semble dans la même bulle que Valéry Giscard d’Estaing en 1981.
Le scénario le plus probable aujourd’hui est un lourd échec de Nicolas Sarkozy. Sa réussite de 2007 peut lui donner l’illusion qu’il va redresser la situation en instrumentalisant le FN. Mais à moins que le PS ne soit très maladroit (ce qui ne peut pas être totalement exclu), sa défaite est très probable.
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18.10.2010
Le grand retour de la TVA sociale
Il y a trois ans et demi, elle était accusée d’avoir coûté cinquante sièges à la majorité et elle avait été mise au congélateur des idées politiques. En quelques semaines, elle vient de recevoir le surprenant soutien de députés socialistes, UMP et même de la Commission Attali.
Pourquoi la TVA sociale revient dans le débat ?
L’idée de mettre en place une TVA sociale pour financer notre système de protection est ancienne puisqu’on en débattait déjà au début des années 90. Le débat a ressurgi pendant l’élection présidentielle du fait de l’importance prise par les délocalisations. En effet, beaucoup la voient (à juste titre) comme une arme contre ces délocalisations. Mais la passe d’arme entre Jean-Louis Borloo et Laurent Fabius en juin 2007 a mis un coup d’arrêt à cette proposition du programme de Nicolas Sarkozy.
Debout la République n’a jamais abandonné cette proposition, qui faisait partie des 101 propositions du candidat Nicolas Dupont-Aignan en 2007. Il m’est même revenu d’en prendre la défense lors de notre colloque pour l’emploi en avril 2010 à l’Assemblée Nationale. Mais, coup sur coup, le vent a tourné et ce sont Jean-François Copé, Manuel Valls et Jacques Attali qui viennent de s’exprimer en faveur d’une TVA sociale basée sur le modèle Allemand.
Pourquoi la TVA sociale revient dans le débat ?
Quelque part, même les tenants de la libéralisation du commerce et de la finance finissent par se rendre compte des limites d’un système qui met en concurrence les salaires des ouvriers et des employés comme les systèmes de protection sociale. Et le fait de faire supporter le financement de la Sécurité Sociale sur les salaires renchérit considérablement le coût de ce travail et joue un rôle majeur dans les délocalisations et la persistance d’un chômage de masse.
L’avantage de la TVA sociale est d’avoir été expérimentée avec un succès apparent en Allemagne (même s’il faut relativiser cette expérience qui a seulement consisté à augmenter la TVA outre-Rhin de 3 points). En outre, il s’agit d’une mesure qui peut se décider à l’échelle nationale et qui ne remet apparemment pas en cause les idées dominantes de libéralisation économique. C’est pour cela que des socialistes comme des membres de l’UMP peuvent soutenir une telle idée.
Moyen de financement complémentaire ou principal ?
Le problème avec certaines propositions évoquées est que la TVA sociale semble davantage un moyen de combler les déficits d’aujourd’hui qu’une réforme structurelle et plus radicale du mode de financement de notre protection sociale. Une réforme à l’Allemande serait insuffisante pour véritablement freiner le flot des délocalisations par exemple. Seul un transfert massif des cotisations sociales vers une Contribution Sociale sur la Valeur Ajoutée changerait les choses.
Bien sûr, il faudrait ajuster une telle réforme pour éviter qu’elle ne soit injuste socialement, mais cela serait possible en différenciant les taux de TVA et CSVA et il ne faudrait pas hésiter à profiter d’une remise à plat complète de notre fiscalité pour bien en compenser tous les éventuels effets pervers. Malheureusement, ni le rapport Attali, ni Jean-François Copé ou Manuel Valls ne semblent partants pour une réforme radicale, tellement contraire à leur manière de procéder.
Certes, François Fillon a opposé une fin de non recevoir à cette idée hier soir. Malgré tout, il faut se réjouir des progrès faits par cette idée dans l’opinion des dirigeants politiques. Elle pourrait contribuer fortement à une réduction du chômage en favorisant le fabriqué en France.
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01.09.2010
La discorde chez la majorité
Alors que le PS retrouve une certaine unité, c’est l’inverse à l’UMP : Fadela Amara, Bernard Kouchner et François Fillon prennent leur distance, Jean-François Copé critique le premier ministre et Xavier Bertrand ; ce dernier réplique instantanément : c’est la chienlit dans la majorité !
Quand la désunion passe du PS à l’UMP
Il n’y a pourtant pas si longtemps, l’ensemble des troupes majoritaires récitaient comme des robots le même argumentaire pondu par l’Elysée. Si cela n’était pas sans limite, au moins, cela communiquait une unité que le Parti Socialiste était bien incapable de montrer entre les tirs de snipers de Manuel Valls ou ceux de Vincent Peillon. La discipline était clairement la force de la majorité et la désunion la caractéristique de l’opposition. Cela expliquait sans doute le fait que Nicolas Sarkozy avait encore de bons sondages présidentiels étant donné la faiblesse de sa cote personnelle.
Le PS a retenu la leçon et la belle unité affichée le week-end dernier rend clairement plus crédible l’opposition. Parallèlement, c’est l’UMP qui perd de sa superbe. Si, depuis le démarrage, la contestation a toujours était présente (Rama Yade…), ces derniers jours ont été une véritable farce. Alors que l’unité était essentielle pour reprendre pied après la descente aux enfers du printemps dernier, on assiste à une multiplication de déclarations de ministres critiquant un autre membre du gouvernement ou de parlementaires s’en prenant également à des ministres.
Nicolas Sarkozy a d’ors et déjà complètement raté sa rentrée, d’autant plus que la désunion de son camp contraste cruellement avec l’unité retrouvée du camp adverse. Il ne reste décidemment plus grand-chose à l’hôte de l’Elysée… La discorde chez la majorité commence à créer une atmosphère de fin de règne qui n’est pas sans rappeler les précédents de 1995 ou 2007, c’est dire ! Plus personne ne semble avoir d’autorité et chacun semble désormais jouer sa carte en fonction de ses intérêts propres sans jamais se poser la question d’un quelconque intérêt général.
Pourquoi un tel désordre ?
Après un printemps aussi calamiteux, il aurait fallu que le gouvernement et la majorité agissent parfaitement de concert, sans le moindre couac. Nicolas Sarkozy aurait pu opposer un professionnalisme de bon aloi à toutes les polémiques qui l’assaillent. Mais non, le gouvernement répond dans le désordre et en se tirant dans les pieds. On croirait revivre les pires heures de la rue de Solférino. Il est sidérant de constater l’incapacité du gouvernement à agir comme une équipe, le tout sans la moindre réaction du président qui laisse faire cette chienlit qui mine pourtant son quinquennat.
En fait, il faut dire que le désordre gouvernemental est en bonne partie la conséquence du comportement de Nicolas Sarkozy de 2002 à 2007 comme ministre de Jacques Chirac. Pendant cinq ans, la solidarité gouvernementale a été une option pour l’ambitieux candidat à la présidentielle qui faisait toujours prévaloir ses intérêts sur ceux de l’équipe gouvernementale. Il n’est donc pas étonnant que ses ministres fassent de même d’autant plus qu’il s’est montré incapable de sanctionner les ministres qui outrepassaient leur devoir de réserve ou de solidarité.
Il est assez incroyable que Nicolas Sarkozy passe à ce point à côté de sa rentrée. La chienlit gouvernementale donne l’impression d’une équipe à bout de souffle et d’un président inutile pour remettre de l’ordre. Même la perspective d’un remaniement ne parvient pas à les discipliner !
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29.03.2010
L’horreur économique révélée par Le Monde
J’ai d’abord cru à une blague de Malakine. Un 1er avril avec quelques jours d’avance ? Dans un papier très enlevé sur Jean-François Copé, qui affirme chaque jour davantage son attachement à la pensée unique, se trouvait une perle de Pierre Antoine Delhommais du Monde.
L’économie, vue par la pensée unique
L’énormité du texte m’amène à le reproduire dans son intégralité, tant il faudra s’en souvenir. C’est la conclusion d’un édito sur le réalisme économique et il représente, pour l’auteur, ce que les hommes politiques devraient dire aux Français :
"Françaises, Français, Ne vous lamentez pas trop sur votre sort actuel, car le plus dur reste à venir. D'abord, le chômage ne va pas baisser. Les Chinois, avec leur coût du travail vingt fois plus faible et leur yuan sous-évalué, vont s'attaquer à de nouveaux produits et monopoliser de nouveaux marchés. Ce qu'ils vont gagner en niveau de vie, vous allez le perdre. Les délocalisations vont s'accélérer. La seule chance, pour la France, d'améliorer sa compétitivité et de rester dans la course, ce sera de se serrer très fort la ceinture sur les salaires, comme le font les Allemands depuis des années. Vous allez gagner moins, mais vous allez devoir travailler plus et plus longtemps, pour espérer toucher une retraite à peine décente. Avec une protection sociale réduite, car l'Etat-providence, étant donné notre niveau de dette publique, c'est terminé. Terminé. Pour réduire nos déficits et rembourser nos emprunts, vous allez aussi devoir payer plus d'impôts. Vous, mais aussi vos enfants et vos petits-enfants. C'est à peu près le seul moyen d'échapper, et ce n'est même pas sûr, au sort de la Grèce."
Voilà reproduit ici, dans sa nudité la plus crue, l’opinion des tenants de la pensée unique qui domine notre vie politique depuis un quart de siècle. Voici le futur riant qui serait l’horizon indépassable des pays occidentaux en général et de la France en particulier. Le modèle Allemand pour tous ! Je précise, au cas où vous ne l’auriez pas compris, que la modération salariale ne s’appliquera qu’à 90 ou 95% de la population. Les plus hauts salaires ne seront pas plus touchés qu’hier…
Les ravages de l’anarchie néolibérale
Tout l’intérêt de ce texte est de montrer jusqu’où la logique néolibérale nous mène. La Grande-Bretagne et les Etats-Unis ont pu faire croire à certains qu’il y avait un modèle de croissance adapté aux pays développés dans cette loi de la jungle. Las, leur croissance ne reposait que sur le crédit et une bulle immobilière et financière. Le seul modèle vaguement viable est la désinflation compétitive Allemande. Et encore, ce modèle s’effondrera lui-aussi s’il est suivi car il repose tout de même sur la croissance de la consommation des clients qui importent des produits Allemands…
Il est donc urgent de créer des écluses, (commerciales, monétaires, financières, sociales et salariales) entre les différentes zones économiques pour éviter que l’anarchie économique ne produise un alignement vers le bas généralisé des conditions salariales et sociales de 90% de nos sociétés. Comme le disait le Général de Gaulle à propos du « laissez-faire » et du « laissez-passer », « on ne saurait méconnaître qu’il en est résulté beaucoup de rudes secousses et une somme énorme d’injustices ». Le rétablissement de frontières économiques est la seule condition pour retrouver le chemin d’une croissance pour tous.
Merci au Monde de révéler le fond de la pensée unique, qu’elle soit socialiste, centriste ou « de droite ». En plaçant la mondialisation comme un horizon indépassable, elle va provoquer une cure d’austérité sans précédent. Au moins, on ne pourra pas dire que nous n’étions pas prévenus.
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15.02.2010
Jean-François Copé, l’analphabète du libre-échange
C’est Malakine qui a déniché ce petit bijou de langue de bois et de soumission à la pensée unique. Jean-François Copé explique sur Slate pourquoi il ne faut pas craindre les délocalisations.
L’éloge du politiquement correct
C’est ainsi que notre aspirant à l’élection présidentielle de 2017 voit quatre raisons pour lesquelles il n’y aurait pas de fatalité aux délocalisations, ce qui permettrait à la France d’envisager un avenir industriel. Première raison selon lui : il suffit d’investir dans les industries d’avenir. En effet, si la sidérurgie n’emploie plus que 20 000 salariés aujourd’hui (dix fois moins qu’il y a 35 ans), nous pouvons compenser avec les nouveaux marchés, comme le développement durable ou la voiture électrique.
Ensuite, les délocalisations ne se révèleraient pas toujours si intéressantes puisque les salaires progressent plus vite dans les pays émergents (l’écart de salaire entre la France et la République Tchèque est passé de 1 à 8 à 1 à 5…). En outre, la taxe carbone devrait renchérir les coûts de transport et pénaliser les importations. Enfin, on pourrait baisser le coût du travail, par une augmentation de la productivité, un transfert des cotisations sociales sur la TVA ou en « travaillant plus pour gagner autant » !
Une vision dépassée du libre-échange
Comment ne pas être choqué par l’indigence de ce raisonnement. Jean-François Copé devrait savoir que la Chine a pris le leadership de l’éolien et que l’Europe a bien du mal à s’imposer dans les nouvelles technologies. Ensuite, si les écarts de salaire se réduisent, non seulement ils restent considérables, mais en plus, les industriels trouveront toujours un pays où ils sont moins élevés. Il se passera assez de temps pour que l’industrie Française disparaisse avant que les salaires Chinois rattrapent les nôtres.
D’ailleurs, il suffit de constater à quel point nos constructeurs automobiles délocalisent puisque la part de la production faite en France est passée de 60 à 40% de 2004 à 2008 ! Si l’idée de la TVA sociale est intéressante, le moins que l’on puisse dire est que la majorité semble frileuse sur le sujet. Quant à l’idée de demander aux Français de travailler plus pour un même salaire, elle montre surtout à quel point le libre-échange a un effet dépressif sur les salaires et le pouvoir d’achat.
Face à des Français qui comprennent tous les jours davantage les risques des délocalisations, Jean-François Copé tente d’avoir un discours rassurant. Mais sa dernière proposition démontre de manière transparente la logique du moins-disant social du « laisser passer »…
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21.10.2009
Copé, entre langue de bois et Sarkozy bis
Jean-François Copé trace sa route avec un seul objectif en vue : l’élection présidentielle de 2017, où il espère pouvoir être le candidat de l’UMP et gagner. On retrouve chez lui beaucoup de ce qui a fait le succès de Nicolas Sarkozy, aisance verbale, ambition, travail. Faut-il craindre son ascension ?
Le menuisier en chef de la langue de bois
Paradoxalement, celui qui avait écrit un livre qui promettait d’arrêter la langue de bois est sans doute un des plus habiles utilisateurs du rideau de fumée sémantique qu’utilisent les hommes politiques. A une question sur le risque de rupture entre le président et sa majorité, il répond « le débat, ce n’est pas la rupture, il est normal et sain que la majorité s’exprime librement. C’est Nicolas Sarkozy lui-même, par son dynamisme et sa franchise, qui nous y incite ». Chapeau l’artisan menuisier !
En fait, chez Jean-François Copé, on sent que tout est calculé au millimètre par rapport à sa trajectoire présidentielle souhaitée. Il se positionne donc systématiquement comme porte-parole de la majorité du parti, sans jamais prendre le risque d’une position iconoclaste : ainsi, il convient de faire une pause dans l’ouverture (le député UMP espère devenir ministre), il ne faut pas monter les impôts (discours classique de droite) et il défend Jean Sarkozy et Frédéric Mitterrand.
La rupture bis mais moins radicale
Mais s’il reste systématiquement sur la ligne majoritaire au sein de son parti, il en profite pour marquer sa différence avec le président de la République. C’est ainsi qu’il souligne la « coproduction » des textes de lois par le gouvernement et le parlement et les avancées qu’il a apporté au texte sur la taxe professionnelle, qui fait débat auprès des élus locaux UMP. Il reprend la vieille antienne sarkozyste de l’échec des trente dernières années, cette fois-ci sur l’intégration, manière de marquer sa rupture à lui.
Le Monde l’a bien compris en titrant sur « la nation se fissure en silence ». Jean-François Copé commence à faire à Nicolas Sarkozy ce que ce dernier faisait à Jacques Chirac. Le thème de l’unité nationale est assez bien trouvé dans le sens où il rebondit sur une des thématiques principales du candidat gagnant en 2007, ce qui est le moyen de signifier son échec. En revanche, s’il est très à l’aise devant les médias, il manque clairement de densité idéologique et personnelle.
Jean-François Copé est doué. Cependant, venant après trop de dirigeants politiques sans colonne vertébrale idéologique et trop centrés sur leurs ambitions personnelles, il n’est pas évident que les Français veuillent tenter leur chance avec un nouveau spécimen.
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06.07.2009
La résistible ascension de Jean-François Copé
Le président du groupe UMP à l’Assemblée Nationale continue à préparer l’après Sarkozy sans même s’en cacher. Sommes-nous condamnés à le voir rejoindre l’Elysée en 2017 ?
Le parcours sans faute d’un ambitieux
Il faut dire que la route que Jean-François Copé s’est tracée ressemble à l’ascension de la présidence de la République par son actuel locataire. Il s’est imposé sur la scène politique depuis 2002, en devenant secrétaire d’Etat et porte-parole du gouvernement après avoir pris la mairie de Meaux en 1995, à seulement 31 ans. Nicolas Sarkozy ayant refusé de lui confier un ministère, il s’est emparé de la présidence du groupe UMP à l’Assemblée en 2007, une des rares positions qui offre du poids au sein du parti majoritaire.
Son ambition est claire : il a affirmé penser à 2017 sur Canal Plus et construit patiemment son parcours pour atteindre son objectif. Il a ainsi fondé Génération France en 2006, un club véhicule de son ambition. Il est sans doute le mieux placé pour prendre l’UMP de l’après Sarkozy. À cette fin, il construit patiemment ses réseaux, comme le montre l’article du Monde et peut déjà compter sur un certain nombre de soutiens. Cet avocat, enfant de la télévision, parle avec habileté et aisance.
Un Sarkozy trop lisse ?
Pourtant un fait révèle que son chemin vers l’Elysée ne sera heureusement pas si facile. Son dernier livre « un député, ça compte énormément », a fait les titres des journaux pour la modestie de ses ventes, à peine 800 exemplaires vendus en une semaine alors que François Bayrou écoulait plus de 10 000 unités de son « Abus de pouvoir ». Bref, les Français ne sont guère intéressés par la prose boisée de l’ambitieux. Déjà, le bien mal nommé « demain, j’arrête la langue de bois » n’avait guère enthousiasmé les foules.
Car derrière Jean-François Copé, on ne voit aucune idée, aucun dessein, rien qu’il souhaite proposer aux Français. On ne voit que de l’ambition et un professionnalisme certain pour arriver à ses fins. Et les chiffres dérisoires de vente de ses livres témoignent sans doute que les Français ont bien compris qu’il n’y avait rien derrière cette pure ambition professionnelle. Au moins (sic), Nicolas Sarkozy avait un véritable agenda idéologique cohérent de 2002 à 2006.
Et c’est clairement un des manques de Jean-François Copé. Son habileté verbale est d’autant plus soulignée qu’elle n’est pas au service de la moindre idée. Seule son ambition transparaît, pas la moindre vision. Son discours est trop poli, calibré et maîtrisé pour paraître un minimum honnête. Résultat, il n’est pas vraiment populaire car tout le monde comprend qu’il n’est, et ne sera jamais, qu’à son propre service.
Difficile de savoir ce qu’il adviendra de Jean-François Copé. La construction méthodique et réussie de sa carrière impose un minimum d’attention. Espérons que la France ait un meilleur choix à faire dans 8 ans que cet ersatz de Sarkozy, très pro, mais heureusement trop lisse.
Source : http://www.lemonde.fr/politique/article/2009/07/03/jean-f...
http://eco.rue89.com/2009/05/14/dernier-succes-en-librair...
10:55 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : jean-françois copé, ump



