28.08.2011
Le grand bluff de la taxe sur les riches
200 millions d’euros : voilà donc la contribution que le gouvernement va faire peser sur les ménages les plus riches dans le cadre de son plan d’austérité dévoilé cette semaine par François Fillon. Une mesure plus que symbolique qui témoigne des bricolages injustes et superficiels de l’équipe au pouvoir.
L’imposture gouvernementale
Hervé Nathan, sur Marianne, a mis en parallèle ces 200 millions avec les 11 milliards du plan. En clair, moins de 2% de l’effort national sera concentré sur les ménages les plus riches. La situation est d’autant plus paradoxale que 16 personnalités très riches ont demandé au gouvernement à les faire contribuer à l’effort national. Cependant, outre la modestie de l’effort, cette taxe est temporaire et sera supprimée quand le déficit atteindra 3% du PIB, soit dès 2013…
Mais si on prend un peu de recul, cette décision apparaît comme encore plus symbolique car le bilan 2011 du gouvernement de l’imposition des ménages les plus riches apparaît encore très déséquilibré. En début d’année, Nicolas Sarkozy a essayé de nous vendre la suppression du bouclier fiscal, très contesté dès 2007, par une baisse de l’ISF. Sauf que le premier coûtait 900 millions d’euros aux finances publiques et que la baisse du second devrait coûter au moins 2 milliards.
Bref, au final, la fiscalité des ménages les plus aisés devrait baisser d’environ un milliard à l’issue de ce tour de passe-passe. En outre, on peut toujours se poser des questions sur le rendement prévu du nouvel ISF, qui semble très optimiste. En outre, comment ne pas constater que les 16 personnalités se sont bien abstenus de revenir sur les détails de cette réforme. Au global, ils seront bel et bien gagnants. Nicolas Sarkozy reste le président des riches.
Ce qu’il faudrait faire
C’est pourquoi Thomas Piketty, auteur, avec Camille Landais, d’un excellent livre sur la fiscalité, a sévèrement critiqué le gouvernement en qualifiant cette contribution de « totalement anecdotique ». Le gouvernement ajoute rustine sur rustine. Plutôt que de réformer globalement la fiscalité et de supprimer les niches fiscales, il diminue un peu les plafonds, maintenant la complexité et donc l’injustice de notre système fiscal, qui aurait besoin d’une réforme en profondeur.
A ce titre, il faut saluer les propositions de Jean-Louis Borloo, qui propose deux nouvelles tranches d’impôt sur le revenu à 45 et 50%. Il propose également une taxe sur les transactions financières, pour laquelle je me bats depuis longtemps. Il propose également de remonter la fiscalité sur les revenus du capital (en passant le prélèvement forfaitaire libératoire de 19 à 25%) ainsi que la suppression de la niche Copé sur les ventes de filiales des grands groupes, qui coûte 6 milliards.
Mais si ces propositions sont justes, Jean-Louis Borloo fait sans doute l’erreur de vouloir imposer une austérité trop radicale, sans proposer de mesure pour relancer la croissance. Car vouloir réduire rapidement les déficits a forcément un impact négatif sur la croissance, déjà pas bien vaillante, comme l’a démontré la hausse du chômage en juillet. Bref, l’austérité seule est une voie extrêmement dangereuse, comme le souligne Joseph Stiglitz dans son dernier livre.
Comme souvent, cette taxe exceptionnelle sur les riches est de la poudre aux yeux, comme le montre bien le dossier de Marianne 2. Dès que l’on prend un peu de recul, Nicolas Sarkozy reste encore et toujours le président des riches, celui qui démantèle l’ISF.
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19.08.2011
Le bien mauvais débat sur la dette publique
C’est la nouvelle pierre philosophale de la pensée unique qui domine la vie politique française. La France a trop dépensé pendant des années et doit maintenant mener une politique d’austérité pour assainir la situation. Même les candidats du PS y cèdent, les uns après les autres.
Une autre vision de la dette
Bien sûr, je n’ai pas l’intention de glorifier la dépense publique pour la dépense publique, de dire qu’il n’y a pas de problème, ou même de prôner un comportement démagogique. Cependant, avant d’analyser ce qu’il faut faire, il faut questionner cette pensée qui s’impose à gauche, à droite et au centre. En effet, Nicolas Sarkozy veut faire de ce sujet un moyen de disqualifier les socialistes. Jean-Louis Borloo surenchérit et les socialistes montrent patte blanche aux agences de notation.
Tout d’abord, il faut relativiser la position de la France. Bien sûr, notre endettement a beaucoup augmenté depuis trois ans. Cependant, la France reste un des rares pays à conserver son AAA, du fait d’une dette relativement mieux maîtrisée que la moyenne des grands Etats. En outre, nous ne raisonnons qu’en dette brute, alors qu’en dette nette (diminuée des actifs financiers de l’Etat), la position de la France s’améliore nettement, comme souligné par Alternatives Economiques ou André-Jacques Holbecq. Mieux l’ensemble du patrimoine de l’Etat Français reste positif.
Les causes de notre endettement
Il faut ensuite analyser les causes de notre endettement. Il est tout de même assez incroyable que les médias ne soulignent pas davantage le rôle majeur joué par la crise financière de 2008 dans le dérapage des finances publiques. En effet, en 2007, notre endettement était légèrement supérieur à 60% du PIB et en légère baisse par rapport à notre richesse nationale. C’est la crise causée par les excès du monde financier et son sauvetage qui a déséquilibré une situation stabilisée auparavant.
En effet, notre dette tournait autour de 60% du PIB depuis le milieu des années 1990. En outre, comme le souligne justement André-Jacques Holbecq, il ne faut pas oublier que la France a payé 1340 milliards d’euros d’intérêts de 1979 à 2009 alors que la dette a augmenté de 1250 milliards… Et s’il est normal de payer des intérêts à un prêteur qui nous confie son épargne, le débat change quand on constate que l’Etat a renoncé à la création de la monnaie, confiée aux banques privées…
Du coup, outre l’augmentation conjoncturelle de 20 points de notre dette consécutive à la crise financière, l’analyse des raisons plus structurelles de la dette pose également problème. Par-delà l’abandon de la création monétaire en 1973, on peut également attribuer le déficit structurel de l’Etat à une mondialisation qui assèche le tissus productif français et explique la persistance d’un chômage de masse et d’une stagnation du pouvoir d’achat, qui pèsent tous deux sur les déficits…
Que faut-il faire ?
Aujourd’hui, on culpabilise les Français et si certains gouvernements ne sont pas tout blancs (« l’état calamiteux » des finances publiques laissé par Balladur et Sarkozy en 1995, la « cagnotte » dilapidée par Lionel Jospin ou les baisses d’impôt de Nicolas Sarkozy), le concours d’austérité auquel participent Hollande, Aubry, Borloo et Pécresse est inquiétant. Car trop d’austérité risque de tuer la croissance sans même réduire les déficits, comme cela se passe en Grèce…
Comme le souligne NDA, l’urgence aujourd’hui dans toute l’Europe est de relancer la croissance en relocalisant la production industrielle, qui porte une lourde part de responsabilité dans le niveau actuel des dettes publiques. Par-delà la monétisation partielle des dettes publiques, une réforme en profondeur du système monétaire et financier est absolument nécessaire. Vous trouverez une excellente analyse sur le blog de Joël Halpern sur la base du 100% money.
Sous la pression des marchés et des agences de notation, le thème de la dette publique risque de prendre une place importante dans les débats pour la présidentielle. Nous y serons bien armés pour dénoncer un système qui saigne les peuples au profit du système financier.
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09.08.2011
La crise boursière, symptôme d’un système fou
Hier, le CAC 40 a baissé pour la 11ème séance consécutive, du jamais vu. L’indice parisien a donc perdu plus de 18% en quinze jours, à la limite technique de la définition d’un krach. Un nouvel exemple de la folie d’un système où les gouvernements sont à la remorque de la corbeille.
La corbeille reine
Par-delà leur exubérance irrationnelle (qui accentue les hauts et les bas), les marchés expriment néanmoins une crainte légitime sur le modèle de croissance des pays dits développés. Ils constatent simplement qu’austérité et croissance ne vont pas de pair et s’inquiètent donc à la fois du climat économique à venir et du remboursement des dettes souveraines. A ceci s’ajoute le fait que les dirigeants ne semblent pas savoir que faire, réagissant uniquement aux problèmes du moment a minima.
Bref, l’économie mondiale vogue, comme un radeau sans voile, sur les flots agités de l’économie néolibérale, à deux doigts de se disloquer en plein mois d’août. Tel Ulysse, les dirigeants de la planète écoutent les sirènes du marché. Il y a deux ans, elles leur demandaient de sauver les banques et relancer l’économie. Aujourd’hui, elles demandent la reprise les dettes souveraines dont les banques ne veulent plus et des politiques d’austérité sauvage pour rembourser les dettes….
La folie de l’austérité
Mais cette austérité est proprement suicidaire. Le poids d’une dette s’apprécie en fonction de la richesse nationale. Si la richesse nationale baisse, le poids de la dette augmente. Or l’austérité casse la croissance, comme on le voit bien en Grèce, donc l’austérité n’améliore que très marginalement la situation financière des Etats puisque la réduction des dépenses est en bonne partie compensée par la baisse des recettes fiscales induites et l’augmentation du poids relatif de la dette…
Pourtant, ils n’ont que cela à la bouche. Elie Cohen hier soir parlait de l’instauration d’une camisole budgétaire dans tous les pays européens. Plus royaliste que le roi, Jean-Louis Borloo n’a pas hésité à réclamer une réduction du déficit à 3% dès 2012 au lieu de 2013. L’austérité britannique passerait pour une aimable plaisanterie à côté de ce que cela imposerait chez nous…
L’hystérie actuelle sur la dépense publique et les déficits est assez incroyable car ce sont les mêmes experts qui demandaient hier de coûteux plans de relance aux gouvernements pour sauver l’économie de la crise provoquée par les excès de la dérèglementation néolibérale. Et aujourd’hui, on voudrait accélérer ce même recul de l’Etat qui a provoqué la crise de 2008 à travers cette austérité !
Ce qu’il faudrait faire
Naturellement, les gouvernants cherchent à faire croire qu’il n’y a pas d’autres solutions possibles, que l’austérité serait la seule voie raisonnable. Par la même, ils demandent aux plus pauvres de se serrer une ceinture sans cesse rétrécie au bouillon de la mondialisation pour payer pour les créanciers des Etats, les principaux bénéficiaires de la croissance des dernières années. Car naturellement, il ne serait pas possible de faire autrement, du fait de cette globalisation.
C’est bien pourquoi un retour aux frontières, pour les mouvements de biens, de capitaux et de personnes, est le moyen de retrouver leur capacité d’action et ainsi de reconstruire un système économique plus juste. Ainsi, nous pourrons mettre aux arrêts le dragon de la finance (taxe Tobin, réforme bancaire séparant a minima banques d’affaires et de dépôt, renationalisation de la création monétaire, et interdiction des pratiques spéculatives dangereuses et des parasites fiscaux).
Les Etats européens doivent relancer leur croissance et mettre prioritairement fin au chômage de masse, qui créé drames humains et gâchis monstrueux. Par la mise en place d’un véritable protectionnisme conjugué à une politique industrielle ambitieuse et une fiscalité plus favorable à l’emploi, nous pouvons vaincre le cancer de nos sociétés dites modernes. Enfin, le retour à des monnaies nationales permettra à chacun d’avoir une politique monétaire adaptée à sa réalité nationale.
Malheureusement, toutes ces solutions sont contraires à la doxa des marchés et des dirigeants en place. Mais l’absurdité de ce que nous vivons depuis trois ans pourrait bien permettre une prise de conscience de l’opinion qui permettra l’émergence de nouveaux Roosevelt ou un nouveau 1958.
Lire ici la contribution de Julien Landfried, porte-parole de Jean-Pierre Chevènement
10:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (37) | Envoyer cette note | Tags : crise boursière, cac40, austérité, grèce, jean-louis borloo, julien landfried
15.07.2011
Des présidentielles entre clarifications et complications
Avec l’élimination définitive de DSK et l’élection d’Eva Joly comme candidate pour les Verts, la situation semble se simplifier. Cependant, les incertitudes des primaires socialistes et de sondages très contradictoires compliquent encore l’analyse de la situation.
Sondages et complications
Coup sur coup, deux sondages ont été publiés et si certaines données sont cohérentes, ce n’est pas le cas d’autres points où les différences peuvent même sembler totalement aberrantes. En effet, les deux sondages (LH2 pour Yahoo et Ipsos pour France Télévisions) indiquent une remontée de Nicolas Sarkozy entre 21 et 24% selon les scénarios. De même, ils confirment l’avance des candidats socialistes sur le président sortant au premier comme au second tour.
Pourtant, pour Ipsos, les deux favoris des primaires socialistes font le même score (29%) alors que LH2 accorde 3 points de moins à la première secrétaire. Mais les deux s’accordent pour un second tour entre Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen en cas de candidature de Ségolène Royal, ce qui devrait définitivement plomber sa seconde tentative. Bizarrement, Ipsos voit Marine Le Pen stable entre 17 et 18% quand LH2 la voit en baisse de 2 à 5 points, entre 15 et 13%.
Pire, les deux sondages présentent des configurations contradictoires pour le centre. Pour LH2, François Bayrou prend les devants avec 10 à 11% (et même 13% avec Ségolène Royal) en gagnant 3 à 4 points, dépassant Jean-Louis Borloo alors qu’Ipsos affirme l’exact inverse, à savoir un essoufflement du président du Modem, à seulement 5% contre 7% pour Eva Joly et 8% pour l’ancien ministre de l’environnement. Les deux s’accordent sur la baisse de Villepin.
D’incertaines conclusions provisoires
Même si Nicolas Sarkozy remonte, ses scores demeurent extrêmement faibles car il est littéralement écrabouillé au second tour par les candidats socialistes et c’est bien lui qui reste menacé pour la présence au second tour. En outre, on ne voit pas bien comment il pourrait renverser la vapeur. Il n’est pas inintéressant de constater le plafonnement ou la baisse de Marine Le Pen, qui ne parvient clairement pas à dépasser l’étiage haut du Front National.
Toute la question réside dans la capacité d’émergence d’un quatrième homme, qui pourrait devenir le troisième, voir même le second. Si l’on croît LH2, François Bayrou pourrait espérer. En effet, il ne faut pas oublier qu’il était parti à 3/4 % en 2007 avant d’atteindre plus de 18% au premier tour. En outre, avec plus de 20% dispersé sur quatre candidats au centre, cet électorat pourrait se cristalliser sur un seul de manière à jouer la qualification pour le second tour.
A moins que la surprise ne vienne d’ailleurs. NDA et Jean-Pierre Chevènement restent faibles, mais c’est totalement logique étant donnée leur faible présence médiatique. Pourtant, leurs idées sont aujourd’hui de plus en plus populaires, comme l’a montré le sondage sur le protectionnisme ou le référendum sur le TCE. Du coup, ils pourraient bien être les surprises de cette élection. Et la jeunesse du président de Debout la République pourrait bien en faire la révélation de 2012.
Si le rejet de Nicolas Sarkozy est confirmé, le maintien du Front National à la périphérie de notre vie politique semble bien confirmé malgré tous les efforts de Marine Le Pen. La surprise viendra-t-elle alors du centre et de son unification ou d’un candidat alternatif ? Le contexte exige théoriquement le second…
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14.06.2011
Oui au mariage pour tous !
Aujourd’hui, l’Assemblée devrait s’exprimer sur la proposition du Parti Socialiste de modifier le code civil, pour lequel le mariage est réservé aux couples hétérosexuels afin qu’il puisse être contracté par « deux personnes de sexe différent ou de même sexe ».
A droite, les lignes bougent
Il est loin le temps où la droite s’opposait très largement au PACS, laissant Roselyne Bachelot isolée au sein de sa famille, faire un discours émouvant applaudi par la gauche de l’hémicycle. Même si l’UMP conserve en soin sein des députés comme Christian Vanneste ou Brigitte Barèges, qui ne lui font pas honneur par leurs déclarations assez révoltantes, on constate que plusieurs députés de la majorité ont pris ouvertement position en faveur du texte socialiste.
Outre Roselyne Bachelot, Franck Riester a pris publiquement position pour le mariage homosexuel. Le Parti Radical de Jean-Louis Borloo s’est largement exprimé en faveur de cette loi, par la voix de son président, d’Yves Jego ou de Laurent Hénart. Mieux, Bruno Le Maire, ministre de l’agriculture, qui coordonne la rédaction du projet majoritaire pour 2012, s’il ne s’est pas exprimé en faveur du mariage, s’est prononcé pour une égalité de droits entre tous les couples.
Bref, la défection d’une partie non négligeable des rangs de la droite pourrait bien rendre le vote de cette loi assez serré. Les mentalités bougent et si le texte ne passe pas aujourd’hui, cela ne semble qu’une question de temps. Du côté de la blogosphère, on note qu’Authueil s’est également prononcé en faveur du mariage homo dans une note publié samedi et que l’Hérétique est favorable à une égalité des droits, même s’il évoque davantage un contrat d’union civile.
Un véritable progrès sociétal
Il y a encore 18 mois, je n’étais pas favorable au mariage homo. Mais à force d’en discuter, je suis arrivé à la conclusion qu’une telle évolution est absolument nécessaire. Par delà le côté volontiers homophobe des opposants les plus virulents, comme Christian Vanneste ou Brigitte Barèges, qui a fait un parallèle assez répugnant avec la zoophilie, il faut se poser, à mon avis la question du sens de l’autorisation (ou non) du mariage pour tous les couples.
En effet, quel message envoie notre société, notre République en refusant d’accorder aux couples homosexuels le droit de se marier comme les couples hétérosexuels ? Implicitement, cela revient à dire qu’il y a deux poids, deux mesures, qu’il y a des couples de première catégorie et des couples de seconde catégorie. La loi telle qu’elle est aujourd’hui porte un jugement de valeur sur la sexualité en accordant moins de droits aux couples homosexuels.
Et ce jugement de valeur contribue sans doute aux discriminations, moqueries, voir même aux violences portées contre les homosexuels. Il me semble impératif que la République affirme haut et fort qu’elle ne distingue pas ses enfants en fonction de leur sexualité, qu’ils sont égaux en droits et en devoirs, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. En refusant tout jugement de valeur entre hétérosexualité et homosexualité, l’Etat enverrait un bien beau message de tolérance et de respect.
Nul doute que le mariage homosexuel, ou plutôt, le mariage pour tous, finira par s’imposer, tant il semble gagner l’opinion et une partie grandissante de la classe politique. Et aujourd’hui, si j’étais en position de m’exprimer à l’Assemblée, je voterais en faveur du projet de loi.
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07.05.2011
Hervé Morin : au centre, le vide
Il n’en vendra sans doute pas beaucoup, mais le président du Nouveau Centre a trouvé le moyen d’exister médiatiquement : sortir un livre très critique à l’encontre de Nicolas Sarkozy. Le seul moyen de donner un peu de contenu à son hypothétique candidature.
Indécence et copyright
Hervé Morin s’était déjà illustré par un grand manque d’élégance républicaine lors du remaniement en annonçant lui-même et avant l’annonce officielle son départ du gouvernement. Il fait une nouvelle muflerie aujourd’hui en publiant un livre très critique à l’encontre de Nicolas Sarkozy. Il est difficile d’y voir autre chose qu’un moyen d’exister pour un candidat très creux. Il est assez indécent qu’un ancien ministre descende aussi rapidement la main qui le nourrissait il y a peu.
Il devrait apprendre auprès de Jean-Louis Borloo ce qu’est le comportement normal d’un ancien ministre de la République. En outre, il est difficile de ne pas voir le côté extrêmement réchauffé de sa critique du président de la République. Nous avons droit à un gloubiboulga indigeste et déjà-vu des critiques exprimées depuis près de cinq ans (en prenant en compte la campagne présidentielle). Naturellement, Hervé Morin n’apporte rien de nouveau sur le sujet.
Le candidat inutile et invisible
Ce bébé Sarkozy (car, après tout, il n’existe que parce que le président a voulu faire monter un centriste qui avait trahi François Bayrou pour concurrencer le Modem) est un nouvel exemple du vide absolu du sarkozysme. Car si Hervé Morin veut être candidat à l’élection présidentielle, il n’a toujours pas réussi à expliquer clairement pourquoi il le fait, à part pour exprimer sa volonté d’exister politiquement et être cohérent avec la grande idée qu’il semble avoir de lui-même.
Mais le centriste est parfois couard. C’est pourquoi Hervé Morin aimerait bien que Jean-Louis Borloo y aille car il ne semble pas convaincu de faire un grand score étant donné le vide sidéral de son discours et de sa personne. Son parcours depuis quatre ans parle contre lui : une trahison, un passage totalement transparent dans un grand ministère où il n’a laissé aucun souvenir, des vœux totalement ridicules et maintenant un livre qui ne fait que reprendre ce qui était dit il y a longtemps.
On retient aussi d’un président les personnes qu’il a fait émerger politiquement. Le vide sidéral de certains bébés Sarkozy, souvent couplé à une très haute idée d’eux-mêmes trouve un nouvel exemple dans la personne d’Hervé Morin. Qu’il se présente, on rira bien.
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11.04.2011
Jean-Louis Borloo entre sécession et dissuasion
L’ancien ministre de l’écologie a fait un grand pas vers le Rubicon la semaine dernière en annonçant sa décision de quitter l’UMP, de créer un nouveau rassemblement et d’envisager sa candidature pour 2012. Mais quelles sont ses véritables intentions ?
Embouteillage au centre
La perspective d’une candidature de Jean-Louis Borloo pour 2012 est à multiple tranchants. Bien sûr, beaucoup y voient le risque d’une division des voix de la majorité qui pourrait bien contribuer à éliminer Nicolas Sarkozy du second tour de l’élection présidentielle. Mais les implications sont peut-être plus complexes. En effet, beaucoup de candidats se bousculent autour du centre politique, pas forcément au détriment du président sortant par ailleurs.
En effet, outre François Bayrou et Hervé Morin, Jean-Louis Borloo chasse plus largement sur les terres de Dominique de Villepin, et même Eva Joly ou Dominique Strauss-Kahn. Tous ces candidats sont relativement proches sur l’échiquier politique, partagent une même acceptation de la mondialisation néolibérale ou de l’Europe, et un refus de la dérive sécuritaire et identitaire de l’UMP. Mais Jean-Louis Borloo présente la particularité d’être le seul à ne pas être hostile au président sortant.
Borloo, téléguidé par Sarkozy ?
On peut donc légitimement se poser cette question car l’ancien ministre est un ami du président et l’a vu très récemment, comme le soutient aussi Juan. Et son éventuelle candidature n’est pas forcément inutile à l’Elysée. En effet, rien ne dit qu’il ne touchera pas principalement des électeurs qui n’auraient de toutes les façons pas souhaité voter pour Nicolas Sarkozy. Il est possible qu’il tire son électorat des rivaux du président plutôt que de celui du président lui-même.
En outre, une candidature Borloo complique plus encore une éventuelle candidature de Villepin qui aurait un concurrent de plus, sachant qu’il affronte déjà DSK et Bayrou, qui sont sur des registres très proches. La menace d’une candidature de l’ancien ministre pourrait achever de dissuader l’ancien premier ministre d’y aller. Enfin, rien n’empêcher Jean-Louis Borloo de tester sa candidature et de la retirer au dernier moment s’il s’avèrerait qu’elle gêne plus le président qu’elle ne l’aide.
La déclaration de Jean-Louis Borloo est trop rapidement vue comme un affaiblissement de Nicolas Sarkozy. C’est peut-être le cas. Mais cela pourrait aussi être un ballon d’essai destiné à en dissuader d’autres et à créer une aile centriste pour contrebalancer une UMP droitisée.
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30.03.2011
Copé, Fillon : la discorde chez la majorité
Il y a quelques mois, l’UMP ricanait des tiraillements entre membres du Parti Socialiste et des petites phrases que les écuries présidentielles se balançaient par média interposés. Mais avec des sondages calamiteux, les esprits s’échauffent et la chienlit est passée à droite.
Règlement de compte à UMP-Corral
Les médias ne sont pas tendres. Gérard Courtois a signé un papier enlevé dans le Monde parlant de « crise d’autorité ». Jack Dion se charge de l’exécution sur Marianne 2, évoquant « la chienlit à l’UMP ». Il faut dire que c’est une chose de voir les menuisiers en chef de la majorité tenter d’expliquer que la raclée des cantonales n’est pas vraiment une défaite, que rien n’est joué à un an de la présidentielle et soutenir sans rire que la ligne de la majorité était très clair pour le second tour.
Mais le tir de snipers qui a démarré lundi n’était pas sans rappeler les pires heures des affrontements socialistes. La charge de Jean-François Copé dans le Grand Journal de Canal Plus de lundi soir, dénonçant la « posture » d’un premier ministre qui ne jouerait pas assez collectif et chercherait à se placer pour l’après 2012 en jouant la défaite du président était hautement comique. On avait surtout l’impression qu’il reprochait à François Fillon de faire du… Jean-François Copé.
La guerilla s’est poursuivie mardi avec l’appel à la démission du secrétaire général de l’UMP par un député proche du premier ministre, avant que le président ne siffle péniblement la fin de la récréation par une rencontre entre les deux hommes, qui ont assuré que l’incident était clôt. Outre les prises de position pro-Fillon ou pro-Copé, le gouvernement s’est aussi retrouvé embarrassé par les déclarations contradictoires des uns et des autres sur le débat sur la laïcité
Majorité au bord de la crise de nerfs
Les élus UMP craignent de plus en plus les échéances de 2012 devant l’échec patent de la stratégie présidentielle que l’Elysée ne semble pas vouloir remettre en cause. Du coup, les critiques fusent, notamment de la part des centristes et de Jean-Louis Borloo. Mais même Christian Estrosi a exprimé des craintes sur la stratégie suivie. Bref, non seulement c’est la panique, mais en outre, elle s’étale à la une des médias dans un feuilleton digne des pires productions socialistes.
Les sondages exécrables font ressurgir l’idée d’un candidat alternatif. Mais il s’agit d’un serpent de mer tant il est évident qu’il compte se représenter (d’autant plus qu’y renoncer serait un aveu d’échec assez peu probable étant donné son caractère). Bien sûr, Juppé, Fillon et Copé sont évoqués comme des candidats alternatifs possibles. Mais les deux premiers ne semblent pas vraiment le vouloir, et le troisième mise sur 2017 (et sans doute un échec en 2012).
Comment Nicolas Sarkozy va-t-il pouvoir organiser son radeau de la méduse en vue des élections présidentielles ? A un moment, un minimum de discipline devrait théoriquement s’imposer pour éviter d’aller vers un désastre complet. Cependant, les tensions actuelles préfigurent déjà la lutte en cours pour récupérer les décombres de la majorité présidentielle après l’échec prévisible de 2012. Du coup, il n’est pas impossible qu’elles persistent et enfoncent plus encore le président.
Nicolas Sarkozy s’est construit de 2002 à 2007 en instaurant la discorde au sein de la majorité présidentielle de l’époque. Assez logiquement, il en récolte aujourd’hui les fruits, à savoir une discorde dirigée contre lui qui l’enfonce plus encore en vue des élections présidentielles de l’an prochain.
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19.11.2010
Gouvernement, PS : la chienlit au pouvoir !
L’action politique est forcément collective. Si elle nécessite un chef et une hiérarchie, elle repose sur une équipe et son efficacité dépend aussi de la discipline qui y règne. Un temps, « on fermait sa gueule ou on démissionnait ». Aujourd’hui, chacun étale ses divergences au grand jour.
Gauche-droite : match nul !
Depuis Nicolas Sarkozy, le terme de « solidarité gouvernementale » a gravement été mis à mal. Si elle a fini par être sanctionnée, Rama Yade a été pendant longtemps la sauvageonne du gouvernement. Nous avons eu d’autres exemples avec le remaniement. Brisant tous les usages, trois ministres ont carrément annoncé leur départ avant l’annonce officielle. Ensuite, nous avons eu droit à une litanie d’anciens déversant leurs états d’âme dans les médias.
Hervé Morin décroche le pompon en cumulant l’annonce de son départ et un épanchement bien peu républicain. En se comportant comme le recalé amer d’une émission de téléréalité, comment espère-t-il avoir la moindre crédibilité pour être candidat à la présidence? Fadela Amara a qualifié François Fillon de « bourgeois de la Sarthe » et a dénoncé « l’inertie et le sectarisme » dont elle a été victime. Jean-Louis Borloo a taclé le premier ministre qui aurait son premier opposant.
Mais le manque de décence n’est pas limité à la droite. Le Parti Socialiste avait réussi depuis la rentrée à afficher une certaine unité. Mais la machine à baffes est repartie de plus belle il y a quelques jours avec la présentation du projet sur « l’égalité réelle ». Même si ce texte est critiquable, il est incroyable que les socialistes soient incapables de laver leur linge sale en famille. Bien sûr, chaque saillie attire les médias, mais elle fait un effet désastreux sur l’image collective du parti.
De l’éthique à l’ego
L’action collective impose une certaine discipline. Il est parfaitement naturel que les membres d’un même parti ne soient pas d’accord sur tout en permanence. Mais les dissensions internes devraient au mieux être consignées à l’intérieur du parti ou, au pire, ne jamais déraper en critiques directes. Les membres du PS comme de l’UMP ne semblent animés que par leurs intérêts et leurs pulsions sans être capables d’envisager l’importance du destin commun qui devrait primer sur leurs petites personnes.
C’est ce que Jean-Pierre Chevènement avait théorisé en affirmant qu’ « un ministre, ça ferme sa gueule, ou ça démissionne ». Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il a appliqué sa maxime tout au long de sa vie. Aujourd’hui les ambitieux aux dents longues de l’UMP, du PS ou du Centre pensent tellement à leur nombril qu’ils sont incapables de comprendre qu’ils se font aussi mal à eux-mêmes en critiquant sans cesse d’autres membres de leur parti. Les bienfaits de la discipline individuelle ont été oubliés.
Cette chienlit politicienne a une cause toute simple : l’absence de convictions. En effet, quand on croit en un idéal, on peut accepter de suivre la majorité et jouer le jeu de l’équipe. En cela, les débordements actuels en disent long sur la médiocrité du personnel politique des grands partis.
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05.11.2010
Remaniement : Nicolas Sarkozy dans les pas de Mitterrand ?
Cela fait des mois que le président de la République chercher à tenir en haleine le pays avec le remaniement ministériel qui devrait avoir lieu ce mois-ci. Petit point sur les dernières spéculations.
Un vrai soap-opéra
Dans un premier temps, le président ne semblait pas pouvoir se passer de son premier ministre, qui a tant enduré et que les Français apprécient. Puis, le locataire de Matignon a semblé entamer une tournée d’adieu en se permettant même quelques pics contre son patron. Ce dernier a alors lancé plusieurs pistes pour son remplacement maris un grandissime favori a rapidement émergé, Jean-Louis Borloo, qui pourrait incarner un virage plus social rendu nécessaire par le conflit sur les retraites.
Malheureusement, malgré le capital sympathie de ce dernier, les Français persistent à lui préférer largement l’actuel hôte des lieux et sa gestion controversée des pénuries d’essence renforce les craintes sur sa capacité à tenir le poste. Du coup, François Fillon semble indiquer que finalement il est disponible et il reçoit alors l’appui de nombreux députés et ministres. Le suspens devrait prendre fin dans quelques semaines avec la nomination du nouveau gouvernement.
Pourquoi une telle manœuvre ?
Si François Fillon est finalement reconduit, on ne saura jamais si l’option Jean-Louis Borloo était réelle ou seulement destinée à entretenir un faux suspens pour donner une impression de surprise au maintien du locataire actuel. Mais il est quand même assez peu probable que le maintien du premier ministre permette de donner un nouveau souffle au quinquennat. Quand à Jean-Louis Borloo, l’écart de popularité avec le président risque d’être encore plus grand qu’aujourd’hui.
Cependant, ce dernier reste une option sérieuse pour trois raisons. Tout montre qu’il s’y prépare, sa présence pourrait être remise en question s’il n’est pas promu et il pourrait contribuer utilement au recentrage de l’image du président. La seule autre solution serait d’opter pour l’effet de surprise avec la nomination d’un lieutenant fidèle (Hortefeux, Guéant ou Châtel). Après des semaines passées sur un faux duel Fillon-Borloo, le président pourrait surprendre. Mais pour quel bénéfice ?
Et si la séquence qui vient de se dérouler renforçait finalement les deux grands favoris ? Un autre choix de la part d’un président impopulaire reviendrait à refuser deux personnalités qui bénéficient d’une bonne image dans l’opinion. Du coup, ils sont sans doute à juste titre les deux grands favoris.
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