09.09.2011
Grèce : le retour de l’horreur européenne
L’Assemblée Nationale a fini par voter le second plan d’aide aux créanciers de la Grèce cette semaine, sans enthousiasme, tellement tout le monde sait bien qu’Athènes ne remboursera pas l’argent qui lui est prêté. Un nouvel exemple de l’absurdité de cette Europe.
Un plan imbécile
Ce qui est incroyable, c’est que depuis 16 mois, de nombreuses personnes affirment que ces plans ne servent à rien, qu’imposer une austérité sauvage à la Grèce ne résoudra rien, qu’au contraire, cela va empirer le mal au lieu de le soigner. C’est ce que disaient de nombreux économistes, NDA, ou moi-même. Depuis, tout ce que nous disions s’est vérifié. La Grèce s’enfonce dans une dépression tellement violente qu’elle compense les économies réalisées.
La situation à Athènes ne cesse de se détériorer. Les déficits ont progressé sur la première moitié de l’année, au lieu de baisser, alors que les résultats de l’année 2010 avaient déjà été décevants. Bref, la Grèce est dans une impasse. A quoi bon imposer cette austérité sauvage si au final, elle alourdit le fardeau de la dette en faisant s’effondrer la production ?
En fait, pendant ce temps, les créanciers privés sont remboursés de leurs créances par les aides publics. Car c’est bien le point totalement scandaleux des rachats des dettes souveraines européennes. Il s’agit d’une aide gratuite et sans contrepartie fournie par les autorités européennes aux différents créanciers, qui peuvent ainsi réduire leur exposition aux dettes souveraines risquées à moindre coût, et sans que les Etats ne prennent de participation dans leur capital. Bref, ils ont le beurre, l’argent du beurre et la crémière, alors que la Grèce saigne son peuple pour les payer !
Le débat public évolue
Heureusement, le débat public évolue petit à petit. Hier matin sur RTL, par-delà la rubrique d’Eric Zemmour, il fallait noter l’inflexion dans le discours de certains journalistes. Bien sûr, Alain Duhamel reste un indécrottable fédéraliste, mais Vincent Parizot a posé la question qui fait mal en sous-entendant que l’Europe, ce n’est pas l’euro. Et Jean-Michel Apathie tient un discours relativement équilibré, comprenant la position allemande sur les euro obligations.
Il a souligné que ce n’est pas vraiment la Grèce qui est aidée, mais bien les banques des pays européens, un véritable progrès. En outre, tout le monde constate que les plans mis en place ne résolvent rien. Mieux, le discours de Nicolas Dupont-Aignan à l’Assemblée Nationale est un gros succès sur internet et devrait donner une bonne dynamique pour les universités de rentrée, qui commencent demain à Dourdan (l’entrée est libre pour le discours de dimanche).
Mieux, si la cour de Karlsruhe a autorisé la participation de l’Allemagne au nouveau plan d’aide aux créanciers de la Grèce, il faut noter qu’elle a également formellement pris position contre des euro obligations qui viennent ici de mourir de leur belle mort étant donné que le principal créancier de la zone euro refuse de sauter le pas de cette aventure irresponsable, qui, de toutes les façons, ne résoudrait rien. Bref, tout se met en position pour une nouvelle crise.
Il est proprement hallucinant que le gouvernement ait fait voter en même temps un plan d’économie de 12 milliards tout en jetant par la fenêtre 15 milliards pour les banques qui avaient prêté à la Grèce. Encore un nouvel exemple de l’inconsistance économique de l’équipe en place.
08:56 Publié dans Actualités, Dupont-Aignan, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (22) | Envoyer cette note | Tags : grèce, nda, assemblée nationale, eric zemmour, vincent parizot, jean-michel apathie, alain duhamel, cour de karlsruhe
07.07.2011
Quand la mondialisation rend la « gauche » antisociale
Hier matin, Manuel Valls était l’invité de Jean-Michel Apathie. Connaissant bien son hôte, il a entamé un couplet sur le nécessaire équilibre des finances publiques, allant même jusqu’à dire qu’il n’était pas réellement possible de financer les emplois jeunes du programme socialiste…
Les « socialistes » antisociaux
La mondialisation néolibérale et la crise placent les gouvernements de gauche dans une drôle de position. C’est un gouvernement socialiste qui fait le sale travail demandé par la troïka technocratique FMI / BCE / Commission Européenne en Grèce. Idem au Portugal. Le gouvernement de Zapatero cherche désespérément à protéger le crédit de son pays auprès des investisseurs. En France, des candidats aux primaires socialistes promettent du sang et des larmes.
Les tenants de la globalisation néolibérale se féliciteront de ce ralliement de la « gauche » à une forme de « réalisme ». Mais cette conversion (qui remonte à 1983 en France) démontre trois choses. Tout d’abord, que sur les questions économiques, il devient bien difficile de distinguer le discours de l’aile modérée du PS de celui de l’UMP. Qui peut croire aujourd’hui que François Hollande ou Manuel Valls sont très différents d’Alain Juppé ou François Fillon ?
Ensuite, cela pose le problème du débat démocratique. En effet, en matière économique, les Français se retrouvent à choisir entre bonnet blanc et blanc bonnet, ce qui n’est pas sain. Enfin, cela démontre que la mondialisation et l’effacement des frontières conduit à réduire le champ des possibles démocratiques, ce qui revient à dire que seul un rétablissement des frontières (sans tomber dans l’autarcie bien sûr) nous permettra de reprendre notre destin en mains.
Du « care » au « racisme social »
La première réaction de la gauche était merveilleusement résumée par le « care » de Martine Aubry. Non seulement cet anglicisme démontrait une soumission à l’ordre économique anglo-saxon. Mais en outre, il illustrait bien le rôle que voulait jouer le PS dans cette jungle qu’est la globalisation néolibérale : une infirmière qui va cajoler les pauvres Français avec de gentilles allocations ou des emplois publics. L’assistance comme un contrepoids à la globalisation.
Malheureusement, si cette politique était possible de 1997 à 2002 quand il y avait une « cagnotte » et que l’euro valait moins d’un dollar, aujourd’hui, le contexte financier est beaucoup plus dur, avec une dette qui atteint 85% du PIB. Du coup, plutôt que de remettre en cause la libéralisation de la finance, du commerce ou l’euro, certains « socialistes » semblent prêts à se transformer en petits soldats sans pitié de la globalisation, dans un tête-à-queue idéologique absolument incroyable.
La fondation Terra Nova, bien consciente du divorce définitif que cela devrait provoquer avec les classes populaires, a donc théorisé une nouvelle stratégie électorale pour la « gauche », abandonnant carrément les ouvriers et les exclus du système au Front National pour privilégier les « inclus » et déplacer le débat sur les sujets de société. Jean-François Kahn vient de signer une remarquable tribune dans le Monde fustigeant cette évolution qu’il qualifie de « racisme social ».
Le Général de Gaulle aurait dit « qu’il n’aimait pas les socialistes parce qu’ils n’étaient pas socialistes » (et « les siens parce qu’ils aimaient trop l’argent »). Encore une fois, ses paroles ne prennent pas une ride et traversent le temps comme les prophéties d’un homme qui savait anticiper l’avenir.
10:55 Publié dans Actualités, Parti Socialiste | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : manuel valls, jean-michel apathie, grèce, portugal, mondialisation, care, martine aubry, jean-françois kahn
17.05.2011
Affaire DSK : n’oublions pas la victime !
Hier, comme beaucoup, j’ai fait un papier sur l’affaire du jour. Mais si j’ai respecté la présomption d’innocence du président du FMI, j’aurais dû évoquer le sort de la victime présumée, comme l’avait très justement fait Nicolas Dupont-Aignan.
Il y a deux protagonistes dans cette affaire
Bien sûr, il convient de respecter la présomption d’innocence de Dominique Strauss-Kahn. On ne sait pas s’il est coupable ou non, et s’il ne l’était pas, le traitement imposé par le système judiciaire étasunien (qui permet aux médias de saisir tous les moments de la procédure) n’en serait que plus cruel et révoltant. A quoi bon en effet permettre cette publicité de toutes les étapes des procédures judiciaires, comme le souligne Daniel Salvatore Schiffer sur Marianne 2.
Malheureusement, dans un souci de respecter la présomption d’innocence, on peut finir par tomber dans une trop grande complaisance. Pire, on peut également finir par oublier qu’il y a aussi une victime présumée, qui, si les faits sont avérés, a traversé un véritable enfer. Comme le note NDA, « force est de reconnaître qu’aux Etats-Unis – à juste raison – on ne plaisante pas, comme trop souvent en France, avec ce type d’acte, même s’il est commis par un personnage puissant ».
Finalement, très peu de commentateurs (Jean-Michel Apathie sur RTL ou Michel Broué sur Médiapart ont été d’heureuses exceptions) ou d’hommes politiques ont évoqué le sort de la victime présumée. Et c’est une erreur car cela revient à faire deux poids deux mesures entre les deux protagonistes de cette sinistre affaire. Même si DSK est plus proche de nous, la gravité des faits pose problème. Attention à ne pas sombrer dans une complaisance malsaine, comme Michèle Sabban.
Vision française contre anglo-saxonne
Les médias anglo-saxons se régalent de ce scandale et en profitent très largement pour essayer de démontrer la supériorité de leur modèle sur le nôtre. Mais ils pratiquent volontiers l’amalgame pour arriver à une telle conclusion. En effet, c’est une chose de ne pas parler des aventures d’un homme politique, c’en serait une autre de couvrir des actes répréhensibles qu’il aurait commis. Il y a une différence de nature fondamentale que cette presse n’arrive pas à comprendre.
En outre, dans le cas de Dominique Strauss-Kahn, on ne peut pas vraiment dire que sa réputation de séducteur était couverte par une omerta médiatique. A partir de l’affaire avec une économiste hongroise du FMI, une bonne partie de ce que la France compte d’humoristes politiques ne se privait pas d’évoquer cet aspect de la personnalité de DSK, même s’il est vrai que très peu de journalistes le faisaient, à l’exception notable de Jean Quatremer de Libération.
La protection qui existe en France autour de la vie privée des hommes politiques n’est pas invalidée par cette affaire. Dans le cas de Dominique Strauss-Kahn, ce qui pourrait être en question serait une protection d’actes délictuels (l’affaire Tristane Banon) ou très limites (Aurélie Filippetti, élue socialiste qui aurait déclaré ne pas vouloir être seule dans une salle fermée avec lui). Couvrir des comportements répétés répréhensibles par la loi poserait un problème.
Bien sûr, Dominique Strauss-Kahn n’a jamais été condamné et il faut respecter la présomption d’innocence. Mais il ne faut pas tomber dans une complaisance malsaine, ne pas oublier que la victime, si les faits étaient avérés, a traversé un calvaire ignoble.
10:55 Publié dans Actualités, Dupont-Aignan, Parti Socialiste, Société | Lien permanent | Commentaires (36) | Envoyer cette note | Tags : dominique strauss-kahn, dsk, fmi, nicolas dupont-aignan, nda, jean-michel apathie, michel broué, médiapart, michèle sabban, jean quatremer, libération, tristane banon, aurélie filippetti
01.12.2010
Wikileaks : quand Le Monde fait du Voici
C’est l’évènement médiatique de la semaine : la publication par le Monde des fuites du service diplomatique étasunien. Le contenu de milliers de correspondances internes du ministère des affaires étrangères des Etats-Unis a été révélé au grand public par cinq journaux.
Une méthode choquante
Ces révélations diplomatiques posent de nombreux problèmes. Lundi soir, sur le plateau du Grand Journal de Canal Plus, Sylvie Kauffman du Monde était venue défendre la décision de son journal de participer à cet évènement. De manière intéressante, les chroniqueurs étaient assez divisés, Jean-Michel Apathie étant assez critique sur le choix du quotidien vespéral. Il a justement souligné qu’il s’agissait in fine d’un vol de correspondances et que le Monde faisait quelque part du recel.
Mais ces publications posent d’autres problèmes. Même si les journalistes assurent avoir fait le tri dans les correspondances pour éviter de mettre quiconque en danger, Jean-Pierre Raffarin soulignait fort justement que des personnes impliquées dans les dossiers évoqués pouvaient parfaitement reconnaître des interlocuteurs dont le nom aurait été masqué. En outre, se pose également la question des conséquences de ces révélations et de ceux qui vont en tirer profit.
Enfin, ces « révélations » posent la question de la transparence revendiquée par les défenseurs de Wikileaks pour justifier d’avoir publié ces documents. La démocratie en a-t-elle réellement besoin ? Est-il vraiment utile que des échanges privés soient dévoilés au public ? Tout le monde saisit bien qu’il y a une différence entre ce qui est dit en petit comité et ce qui peut être dit devant davantage de monde. Il est normal que la parole privée soit un peu moins diplomatique que la publique.
Un résultat choquant
En fait, cela montre sans doute un aspect malsain de cette démarche. Wikileaks, c’est un peu le Voici de la diplomatie, qui consiste à divulguer ce qui n’était pas destiné à être montré, un vol d’échanges privés mis sur la place publique. D’ailleurs, ce qui ressort de ces révélations est bien digne d’un journal people. Tel dirigeant aurait un caractère difficile, un autre ferait trop la fête… Bref, nous sommes très loin de la politique, mais plutôt dans une forme de voyeurisme…
Pire, ces anecdotes sont révélées sans la moindre mise en contexte, comme si elle représentait des vérités établies. Le Monde en dit trop (à mon sens), ou pas assez. Car « révéler » le jugement d’un diplomate étasunien de manière aussi lapidaire est ridicule. Une anecdote ne fait pas une réalité. Ce n’est pas parce qu’un diplomate a transmis une fois un jugement peu favorable à l’égard de David Cameron que le Premier Ministre Britannique est réellement mal vu par la diplomatie étasunienne…
Certaines « révélations » sont de simples anecdotes qui perdent totalement la vue d’ensemble et dont l’intérêt réside uniquement dans la divulgation d’une critique privée d’une personne publique. Et Le Monde devrait comprendre que cela revient à montrer la politique par le petit bout de la lorgnette. Si l’homme est un être un social et sociable, c’est aussi parce qu’il sait se comporter en société et donc garder pour lui-même ou un petit cercle certains jugements dont la publicité n’aurait aucun intérêt.
Par delà les aspects légaux et la mise en danger potentielle, ces « révélations » sont choquantes. Que diraient ces journalistes si leurs propos privés étaient étalés par un autre sur la place publique ? Pire, ici, cela réduit la diplomatie à des anecdotes dignes des journaux people. Honte sur le Monde.
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