11.07.2011
Immigration : le grand mythe de l’envahissement de la France
C’est le couplet généralement entonné par les identitaires : la France serait menacée par un flux totalement incontrôlé d’immigrés, faisant de notre pays le « champion d’Europe de l’immigration » pour reprendre les propos de Marine Le Pen. Un discours qui ne résiste pas aux faits.
La France, pays de faible immigration
C’est l’immense surprise que provoque l’examen des chiffres de l’immigration dans les autres pays. En effet, même si l’on conteste les chiffres de l’INSEE, pour qui le solde net d’immigrés se situe à 70 mille personnes par an (190 mille entrées et 120 mille départs) et que l’on prend le chiffre de départ avancé par Michèle Tribalat et Jean-Paul Gourévitch (90 mille), on aboutit à un solde net de 100 mille entrées par an. Le solde se situe donc entre 1 et 1,5 pour mille habitants.
Mais comme le rapporte The Economist, le solde net en Italie est compris depuis dix ans entre 300 et 600 mille, soit entre 5 et 10 pour mille habitants, cinq à dix fois le flux de notre pays ! En Espagne, le nombre d’immigrés a progressé de plus de 600 mille certaines années, soit un taux de 13 à 14 pour mille habitants, dix fois le taux français. La Grande-Bretagne accueille 500 000 immigrés par an, pour un solde net de 200 mille, soit plus de 3 pour mille habitants, plus du double de notre pays.
Et si on va un peu plus loin, on constate que d’autres pays acceptent des flux incomparablement plus importants que nous. L’Australie, pays de 22 millions d’habitants, avait un solde net de 340 mille personnes (plus de 15 pour mille habitants, plus de dix fois le chiffre Français). Depuis, ce chiffre est tombé à 200 mille, soit 9 pour mille (6 à 9 fois notre score). Enfin, les Etats-Unis ont un solde migratoire net moyen d’environ 4 pour mille habitants (soit 3 à 4 fois plus que nous).
Démythifier le débat sur l’immigration
En clair, Marine Le Pen ment quand elle dit que la France est « championne d’Europe de l’immigration » et Claude Guéant est bien mal inspiré quand il parle « d’excès d’immigration ». La France a aujourd’hui une des politiques les plus restrictives des pays dits développés en la matière. Il faut noter que l’Allemagne, après des vagues très importants d’immigration, notamment dans les années 90, a nettement réduit ses flux migratoires, qui sont aujourd’hui équivalents aux nôtres.
Bref, il n’y a strictement aucun risque que l’identité de notre pays change étant donnée la modération des flux actuels. Et cela est d’autant plus vrai que notre démographie est très dynamique, contrairement à nos voisins. En effet, en Italie, le solde naturel est négatif de 75 mille personnes, l’immigration permettant à la population de ne pas baisser. Et l’Allemagne voit sa population baisser depuis 2002, du fait d’un solde naturel négatif (près de 200 mille personnes en 2009).
Du coup, l’attitude du Front National et d’une partie de l’UMP est extrêmement choquante car ils attisent des tensions qui n’ont pas lieu d’être. En cela, leur comportement est profondément antinational. Cela ne signifie pas non plus qu’il faille ouvrir davantage nos frontières aujourd’hui. Les tensions au sein de notre société et les conditions économiques extrêmement difficiles plaident au contraire pour une restriction des flux migratoires pour favoriser l’intégration des immigrés déjà présents.
Oui, la situation sur le front de l’intégration se détériore. Mais loin de venir de flux migratoires incontrôlés, il s’agit beaucoup plus d’une conséquence de notre crise économique, qui rend plus difficile l’intégration, des tensions de notre société ainsi que d’un Etat qui n’assume plus ses fonctions.
10:55 Publié dans Actualités, Société | Lien permanent | Commentaires (53) | Envoyer cette note | Tags : immigration, marine le pen, claude guéant, insee, michèle tribalat, jean-paul gourévitch, the economist
13.04.2011
Immigration : la réalité chiffrée
Le moins que l’on puisse dire est qu’il y a une forte crispation de la société Française sur les questions d’immigration. Si elle est attisée par des faits divers, le discours de l’UMP et du FN n’arrange rien. Mais quelle est la réalité chiffrée ? Y-a-t-il une menace pour notre identité ?
Ecarts statistiques
Il n’est pas si facile de trouver des chiffres complets sur l’immigration. Aussi, j’ai croisé plusieurs sources : INSEE, INED mais aussi les chiffres de Michèle Tribalat. Il y a de vraies différences. Selon l’INSEE, il y aurait 3,51 millions d’étrangers en France en 2004 (2,96 millions nés à l’étranger et 550 000 nés de parents étrangers). Et il y aurait 4,93 millions d’immigrés (les 2,96 millions nés à l’étranger et 1,97 millions de Français par acquisitions nés à l’étranger).
Il est donc important de comprendre qu’au sein des immigrés, il y a les Français naturalisés nés à l’étranger. Mais une étude internationale publiée par l’INED estime ce nombre à 6,7 millions en 2010, soit environ 11% de la population. Michèle Tribalat et Jean-Paul Gourévitch estiment le total à 7,7 millions, soit 12% de la population mais ils incluent les enfants d’immigrés nés en France – exclus des autres statistiques – et les clandestins. Du coup, leurs chiffres confirment ceux de l’INED.
Sur la composition de la population immigrée, selon l’INSEE, 40% viennent d’Europe, 45% d’Afrique et 15% d’Asie et d’Amérique. Les chiffres avancés par les trublions de la statistique sont très différents puisqu’ils attribuent 75% à l’Afrique et seulement 10 à 15% pour l’Europe. Mais les statistiques longues montrent tout de même une forte présence de l’immigration italienne, espagnole et portugaise en France, qui semble extrêmement sous-évaluée par le duo.
La France, pays de faible immigration relative
Récemment, la présidente du Front National a affirmé que la France est « championne d’Europe de l’immigration ». Mais la réalité des chiffres montre qu’elle ment ou qu’elle ne maîtrise pas son sujet. En effet, selon les statistiques officielles, nous sommes le pays le plus fermé des grands pays européens depuis l’an 2000 avec un solde migratoire annuel de 1 pour 1000 contre 2,1 en Italie, 2,3 au Royaume Uni, 2,5 en Allemagne et 9,7 pour l’Espagne (2,6 pour l’UE).
Et même si l’on prend en compte les chiffres de Michèle Tribalat et Jean-Paul Gourévitch, le solde migratoire de notre pays resterait dans le bas du tableau. En outre, si on suit les chiffres avancés par l’INED, alors, la France aurait même un solde encore plus bas puisque le nombre d’immigrés n’aurait progressé que de 400 000 en 10 ans, soit un solde d’à peine 0,7 pour 1000 par an. Enfin, le duo Tribalat / Gourévitch semble arrondir les chiffres vers le haut sans le justifier.
En effet, ils évoquent 215 000 entrées par an alors que les dernières statistiques officielles du ministère font état de 190 000 entrées (chiffre avancé par Marine Le Pen lors de sa conférence de presse). Le nombre de départ est sujet à débat, entre les 120 000 évoqués dans les chiffres officiels et les 90 000 qu’avance le duo Tribalat –Gourévitch. On peut donc raisonnablement estimer que le solde migratoire annuel est compris entre 70 000 et 100 000 par an.
Sur les 192 000 immigrés rentrés en France en 2010, 31 000 l’étaient pour des raisons professionnelles (en forte progression), 84 000 pour des raisons familiales (en légère baisse), 66 000 étudiants et 10 000 en vertu du droit d’asile (en baisse, où la France est peu accueillante). La famille représente donc plus de 40% des motifs d’immigration en France, et les études plus de 30%. En effet, la France est une des premières destinations étudiantes au monde, ce qui nous apporte argent et influence.
D’ors et déjà, contrairement aux dires de Marine Le Pen, on peut soutenir que la France n’est pas du tout championne de l’immigration en Europe, mais au contraire, un des pays qui a les frontières les moins ouvertes par comparaison avec nos voisins, quelles que soient les sources, y compris frontistes.
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