02.04.2010

Sarah Palin à la rescousse de John McCain

Il y a un an et demi, il la faisait coacher pour la préparer aux questions des média. Aujourd’hui, elle vient à sa rescousse pour qu’il sauve le siège qu’il détient depuis plus de deux décennies. Les destins croisés de John McCain et Sarah Palin illustrent bien l’évolution incroyable de l’opinion étasunienne…

L’incroyable appel de John McCain

J’avoue que j’étais assez estomaqué quand j’ai lu le papier du Figaro sur les primaires républicaines de l’Arizona. John McCain, un homme très apprécié, une figure de la vie politique, apprécié pour son courage, son parcours, sa capacité à porter des projets, y compris avec les démocrates, est aujourd’hui menacé lors des primaires de son parti par un ancien député ultraconservateur. Il a donc appelé à la rescousse sa colistière de 2008, Sarah Palin !

Il y a deux ans, il était perçu comme le seul républicain capable de résister à la lame de fond qui portait Barack Obama, et sans la crise, le duel aurait été beaucoup plus serré qu’il n’a été. Son aura et tout ce qu’il a fait auraient du le protéger mais la situation a changé et ce papier montre qu’il est en danger de perdre l’investiture républicaine face à un candidat à la droite du parti qui dénonce le fait qu’il a travaillé avec les démocrates sur l’immigration ou l’environnement.

Résultat, John McCain est contraint d’appeler à la rescousse Sarah Palin, extrêmement populaire auprès des ultraconservateurs, pour se défendre sur la droite. Son ancienne colistière, qui lui doit son existence politique, devient, par un incroyable renversement de situation, son meilleur atout. La star des « Tea Party » conservatrices qui dénoncent le poids de l’Etat lui a donc décerné le titre de premier membre, vantant les qualités de celui qui fut son patron le temps d’une campagne.

Le grand virage à droite des Etats-Unis

L’établissement démocrate des deux côtes a sans doute tort de se moquer de Sarah Palin, des notes qu’elle écrit sur sa main ou de ses connaissances limitées en politique étrangère. Car la candidate républicaine à la vice-présidence est devenue une véritable star, qui a vendu plus de trois millions d’exemplaires de son dernier livre et qui pourrait bien devenir l’épouvantail des primaires républicaines de 2012. Elle bénéficie d’une immense popularité au sein de la base conservatrice.

En outre, les railleries d’une certaine élite pourraient bien être contre-productives car cela pourrait renforcer le positionnement de Sarah Palin comme la représentante de l’Amérique profonde, pleine de bon sens, par opposition à des élites côtières socialisantes, et qui dépensent sans compter l’argent des contribuables, que ce soit pour sauver les banques ou mettre en place l’Assurance-Maladie généralisée. On ne pourrait imaginer un climat plus propice à une ascension à la Maison Blanche

Pire, elle serait sans doute une adversaire redoutable pour Barack Obama. L’histoire semble déjà écrite. Une femme contre un noir. Une représentante de l’Amérique profonde contre le représentant des élites. Le bon sens populaire contre des intellectuels dépensiers. Quelque soit le bilan du président sortant, l’opposition sera telle que l’élection risque de se faire sur les valeurs et les républicains ont paradoxalement une longueur d’avance dans leur présentation de la crise.

Dès janvier 2009, j’avais évoqué la perspective d’une élection de Sarah Palin à la présidence des Etats-Unis. Malheureusement, plus le temps passe et plus ce pronostic funeste semble devoir devenir réalité. Cet épisode montre à nouveau que le climat politique lui est favorable.

21.02.2010

Sarah Palin, en route vers la Maison Blanche ?

Je l’avais évoqué il y a un peu plus d’un an, en espérant que cette prévision serait infirmée par la réalité. Malheureusement, plus le temps passe, et plus elle semble pouvoir devenir réalité…

Un renversement narratif

Pourtant, la campagne présidentielle de 2008 n’avait pas forcément été à l’avantage de la candidate à la vice-présidence de John McCain. Inexpérimentée, peu à l’aise dans l’équipe du candidat républicain, elle était volontiers moquée par les commentateurs démocrates pour son manque de connaissance de l’international et sa rusticité d’élue de l’Alaska. Enfin, la crise économique avait laissé le parti de l’éléphant dans une situation inconfortable, ne sachant comment y répondre.

Mais depuis, les républicains ont réussi à écrire une histoire qui leur est favorable. Alors que c’est la déréglementation qu’ils ont poussée qui a provoqué la crise et qui a imposé à l’Etat fédéral une coûteuse intervention, qu’ils ont accepté en partie, ils utilisent aujourd’hui l’envolée des dépenses publiques et de l’endettement pour mener une offensive radicale contre l’Etat et les démocrates, en n’hésitant pas à recourir aux pires abus, comme on a pu le voir dans le débat sur la réforme du système de santé.

Population en colère, Palin présidente ?

C’est ce que décrit un sondage de The Economist du 13 février. Quand on demande aux étasuniens ce qu’ils pensent de l’Etat, 24% des démocrates se décrivent « en colère » (et 35% insatisfaits), de même que 60% des républicains et 52% des indépendants. La violence du sentiment anti-Etat semble proche de celle qui avait mené Reagan à la présidence en 1980, quand il déclarait que « l’Etat n’était pas la solution mais le problème » ou de la révolution de Newt Gingrich de 1994…

Bref, le terreau semble fertile pour une candidate comme Sarah Palin qui pourra attaquer à loisir Washington, le gaspillage d’argent public et un Barack Obama qui sera dépeint comme le représentant d’élites déconnectées de la réalité. D’ailleurs, elle est déjà l’héroïne des « Tea Party » qui fleurissent dans le pays. Et elle a toutes ses chances pour gagner des primaires républicaines qui se remportent en général par la droite. Et elle bénéficie d’une notoriété sans égal…

Bien sûr, elle sera durement attaquée par les élites libérales (au sens étasunien du terme) des deux Côtes, comme cela a été le cas avec ses antisèches marquées sur la main il y a quelques semaines. Même la Maison Blanche s’est moquée d’elle. Malheureusement, ces attaques des élites pourraient la servir car cela renforce son côté représentante du peuple par rapport à des élites déconnectées et volontiers arrogantes à l’égard des classes populaires.

Si un tel scénario venait à se réaliser, les historiens se pencheront avec intérêt sur une période qui a vu la faillite des idées néolibérales avec la crise mais qui aura mis au pouvoir les partisans les plus extrêmes de ces idées, en espérant que la suite soit plus favorable aux idées alternatives…

06.11.2008

Au revoir, John McCain

Après une campagne médiocre, John McCain a logiquement perdu les élections présidentielles Américaines au profit de Barack Obama. Mais son discours de défaite, sans doute le meilleur de sa campagne, montre qu’il valait beaucoup mieux que l’image qu’en ont donné la majorité des médias.

Il suffit de penser aux discours de défaite de Ségolène Royal ou de Lionel Jospin pour voir la différence de nature de John McCain. Le candidat républicain a publiquement reconnu sa défaite et en a pris toute la responsabilité, exonérant totalement son entourage et ses soutiens et reconnaissant avoir fait des erreurs, avec une modestie rare dans la classe politique. Il a demandé à ses soutiens de collaborer avec Barack Obama pour le bien du pays. Cet appel à la collaboration a pris par surprise certains républicains. John McCain n’a pas hésité à féliciter son adversaire et surtout à reconnaître ses qualités. Bref, nous avons retrouvé le meilleur de John McCain, un homme dont le destin personnel s’efface devant l’intérêt de la nation, un homme capable de travailler avec ses adversaires, un homme qui refuse l’extrémisme et les excès partisans d’une frange importante de son parti. Un discours d’une élégance rare.

Et cela fait du bien après une campagne où le candidat républicain semble avoir trop cédé à une équipe composée en partie non négligeable d’anciens de l’équipe Bush. C’est ainsi qu’il a mené une campagne négative très agressive à l’égard de son adversaire démocrate, multipliant les publicités et les déclarations extrêmement abusives (qualification du programme d’Obama de socialiste, présentation des hausses d’impôt…). Pour conquérir l’aile religieuse du parti républicain, John McCain est revenu sur certaines de ses positions (critique des baisses d’impôt de Georges Bush…) et a choisi Sarah Palin comme colistière. Bref, John McCain a fait trop de concessions pour représenter un parti républicain où il a toujours été perçu comme un original, mal accepté par l’aile droite. C’est sans doute ce qui l’a perdu, avec le bilan de Bush et la crise économique, qui décrédibilisait les idées républicaines.

En cela, son score dans un contexte si peu favorable aux républicains et avec une campagne médiocre montre que le bonhomme vaut plus que son parti. En 2000, Georges Bush n’a pu le battre qu’en s’appuyant sur l’aile religieuse, que John McCain avait qualifié « d’agents de l’intolérance ». Et il n’a jamais manqué d’exprimer sa différence avec le président sortant en critiquant les baisses d’impôt, la conduite de la guerre en Irak (demandant plus de moyens dès 2003), la non signature des accords de Kyoto. Il a fait voter une loi pour fermer Guantanamo Bay. Et John McCain a toujours été quelqu’un qui a fait passer ses idées avant son intérêt propre, n’hésitant pas à demander plus de moyens pour l’Irak à un moment où cela était extrêmement impopulaire et où cela pouvait détruire sa campagne. C’est aussi quelqu’un qui a été très actif au Sénat, faisant voter de nombreuses lois, souvent avec les démocrates, que ce soit sur l’immigration ou la réforme du système de financement de la politique.

Si sa défaite est logique à l’issue de la campagne, John McCain a honoré son pays et l’idée même de la politique à travers son comportement exemplaire depuis des décennies (à l’exception de cette campagne). Dommage que les Etats-Unis soient passés à côté de lui en 2000 et merci.

Source : http://elections.nytimes.com/2008/results/president/speec...