31.10.2010

Faut-il critiquer les journalistes ?

Mon papier de vendredi sur la stratégie de Jean-Luc Mélenchon a déclenché une belle polémique sur Agoravox, où il a été repris et ici. Il a été pris comme une agression à l’encontre du président du parti de gauche alors que ce n’était absolument pas mon propos.

Jean-Luc Mélenchon, excessif mais estimable

Avant d’aborder la question des journalistes, je crois qu’il est important de revenir sur cette figure de la gauche Française. Je ne suis pas hostile à Jean-Luc Mélenchon. Il y a même un certain nombre de convergences programmatiques entre nos partis, y compris sur des points importants comme la remise en cause de la loi de 1973, le rejet de la liberté de circulation des capitaux ou la critique de la construction européenne.

A titre personnel, je peux même dire qu’il est l’un des rares hommes politiques que j’estime car il semble avoir de vraies convictions (ce qui est rare aujourd’hui) et ne va pas à la soupe. Surtout, qualité peu commune (et que je retrouve chez Nicolas Dupont-Aignan), il me semble se soucier profondément et sincèrement du destin collectif de la France et des Français et ressentir physiquement la détresse de bon nombre de nos compatriotes aujourd’hui.

Après, je ne suis pas d’accord avec tout ce qu’il dit, loin de là (même s’il semble s’orienter vers une démarche plus souverainiste dernièrement). Je ne suis pas anticapitaliste comme il se qualifie. Je crois à une économie de marché encadrée par l’Etat pour éviter l’anarchie et assurer que le développement se fait au profit de tous. Mais je crois aussi que la liberté économique peut beaucoup apporter. Et, sujet du jour, je crois que ses attaques contre les journalistes sont une erreur.

Des attaques souvent injustes et improductives

Tout d’abord, aujourd’hui, tous les partis politiques critiquent les médias, les accusant pêle-mêle,  d’être orientés, de mal traiter l’information, de les ignorer… Le PS, avec Martine Aubry, se montre très critique, comme l’UMP depuis que Nicolas Sarkozy est devenu impopulaire. François Bayrou en a fait son fond de commerce pendant un temps. Du coup, ce discours est d’une banalité affligeante. En outre, il est souvent nombriliste et n’intéresse guère les Français.

De plus, il est en bonne partie injuste. Il faut rappeler que les règles de notre pays ne donnent qu’un tiers du temps de parole à l’opposition. Du coup, un parti qui pèse 4% des voix n’a droit qu’à 2% du temps de parole global en suivant les règles. La discrétion médiatique d’un parti est souvent relativement proportionnelle à son poids électoral. De plus, les journalistes travaillent aussi avec leurs contraintes, dans un métier rendu plus difficile par la crise violente du modèle économique des médias.

Pour toutes ces raisons, je crois que les attaques contre les journalistes sont improductives. Nous devons d’autant plus les éviter que tout le monde tient ce discours et que si c’est ce qui passe dans les médias, cela parasitera le message beaucoup plus important que nous souhaitons passer, à savoir le combat contre la globalisation néolibérale et supranationale. En outre, comment susciter la moindre bienveillance d’une profession en perdant notre temps dans des attaques souvent injustes ?

C’est pourquoi je crois que le virage stratégique de Jean-Luc Mélenchon est une erreur. Les journalistes ne font pas plus mal leur métier que les autres. En les attaquant, nous perdons du temps qui pourrait être consacré à défendre nos idées et nous nous cantonnons dans un registre protestataire et caricatural.