18.10.2008
Crise économique : la double erreur européenne
Malgré un fort rebond en début de semaine suite à l’annonce du plan de soutien au secteur bancaire des dirigeants européens, les marchés sont retombés devant l’avalanche de mauvaises nouvelles sur le front économique. L’Europe subit la conséquence de deux erreurs économiques majeures.
La première erreur est une erreur de politique monétaire. Alors que la banque centrale Américaine avait baissé rapidement ces taux, dès l’été 2007, les faisant passer de 5,25 à 2% en quelques mois, la BCE les avait augmentés à 4,25% au printemps. Il y a quelques jours, les deux premières banques centrales ont baissé simultanément leur taux de 0,5 point. L’histoire a tranché : les craintes inflationnistes de la BCE n’étaient pas vraiment fondées puisque le reflux de l’inflation est aujourd’hui aussi fort des deux côtés de l’Atlantique et que les économistes parlent aujourd’hui d’un risque déflationniste pour 2009. Monsieur Trichet a eu tort, comme toujours, serais-je tenté de dire. Mais cette nouvelle erreur n’est pas sans conséquence : du fait de l’euro cher, la zone euro est ainsi entrée en récession un trimestre avant les Etats-Unis, ce qui est un comble quand on sait que la crise vient d’Outre-atlantique ! Et surtout, le coût de l’argent est désespérément plus élevé en Europe, ce qui affaiblit les banques du vieux Continent.
La deuxième erreur peut heureusement encore être rattrapée : il s’agit du plan de soutien à l’économie pour éviter que la crise financière n’ait des conséquences trop désastreuses sur l’économie réelle. Les Etats-Unis et l’Espagne ont décidé d’injecter de l’argent public pour soutenir la demande, tirant la leçon des enseignements keynésiens de la Grande Dépression. Mais Jean-Claude Juncker, président de l’Eurogroupe et premier ministre du « paradis fiscal » qu’est le Luxembourg a rejeté l’idée « d’un plan de relance généralisé » pour respecter le Pacte de Stabilité. Cette attitude est d’autant plus choquante que le sauvetage des banques ne s’est pas fait en prenant de telles précautions, illustrant le choix des priorités fait par certains dirigeants européens. Pourtant, qui pourrait croire qu’il ne serait pas possible de financer un tel de relance après l’annonce de soutien des banques ? Et c’est la seule solution pour éviter une récession qui sera sans doute plus sévère qu’habituellement.
Le seul point positif est le retour des politiques en Europe et la démonstration de la supériorité de l’Europe des nations sur le modèle fédéraliste. En effet, la solution à la crise bancaire n’est pas venue de la BCE ou de la Commission de Bruxelles, mais bien de la décision des gouvernements européens dimanche dernier. Cette primauté des politiques sur les technocrates est malheureusement mise à mal par des traités européens qui ont tendance à affaiblir les représentants de la démocratie. L’occasion de revenir sur une initiative intéressante qui consiste à imaginer l’Europe de 2020. Vous retrouverez ici la contribution de Malakine, du blog Horizons, puis là celle de Toréador. Pour ma part, voici le lien vers le papier que j’avais écrit cet été.
Si les dirigeants européens ont su protéger les banques, ils ont pour l’instant échoué à protéger la croissance et l’emploi à cause d’une politique monétaire trop restrictive et du refus d’un plan de relance. Malheureusement, l’addition sera surtout pour l’an prochain…
Source : http://www.lefigaro.fr/economie/2008/10/16/04001-20081016ARTFIG00504-ue-sarkozy-plaide-pour-une-gouvernance-economique-.php
11:27 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : crise économique, bce, juncker, fed



