20.09.2011
Libye : une bataille a été gagnée
Il y a six mois, sous l’impulsion de la France et de la Grande-Bretagne, une partie de la communauté internationale décidait d’intervenir en Libye pour aider les rebelles à renverser Kadhafi. Même s’il reste beaucoup à faire, il semble que cette décision était bien la bonne.
La Libye, ce n’est pas l’Irak
Pour être clair, sur le principe, je suis opposé à l’ingérence militaire dans un pays. Comme le souligne remarquablement bien Jacques Sapir, cette ingérence est toujours le fait du plus fort sur plus faible que lui. Qui plus est, cela représente également une puissante incitation pour tous les dictateurs à s’armer toujours plus pour éviter que d’autres pays ne puissent se mêler de leurs affaires et les renverser. Bref, intervenir est une décision délicate et je comprends que l’on puisse s’y opposer.
Bref, le cas pour intervenir n’était pas facile, d’autant plus qu’il y avait les précédents irakien et afghan qui démontraient les limites d’une intervention occidentale. Malgré tout, la Libye, ce n’était pas et ce n’est toujours pas du tout l’Afghanistan. Quatre conditions bien spécifiques permettaient de justifier cette opération : le vote des Nations Unies, le soutien de la ligue arabe, la demande d’une partie du peuple libyen et la perspective d’un massacre à Benghazi.
Ces conditions bien spécifiques permettaient à mon sens de faire une exception à la règle d’opposition de principe à toute ingérence militaire. Bien sûr, certains soulignent que nous avons soutenu une faction contre une autre et que n’aurions pas du nous mêler d’un conflit interne. Sauf que d’un côté, il y avait un dictateur et de l’autre une opposition qui semble réellement vouloir mettre en place la démocratie. Dans ces conditions, il est possible de faire deux poids deux mesures.
L’action déterminante de la France
En outre, il faut noter que cette opération était soutenue par des personnalités respectées dans le monde diplomatique et plutôt connues pour leur attachement à la souveraineté nationale, ce qui les avait conduit à s’opposer à la guerre en Irak. Une fois que les rebelles auront libéré les derniers bastions, le plus dur restera à faire, à savoir construire un Etat démocratique et apaisé, ce qui ne sera pas une mince affaire, même si l’argent des hydrocarbures devrait aider…
Globalement, même si cela a pris du temps, le déroulé des opérations a parfaitement justifié l’opération : il n’a pas été nécessaire d’envoyer des troupes sur place, l’opération est restée limitée dans le temps (contrairement à l’Afghanistan) et, comme l’a montré la libération de Tripoli, rapide, la réaction de la population semble démontrer que les Libyens n’étaient pas particulièrement attachés à leur dictateur. Il n’y a pas de résistance forte aux rebelles.
Et si nous en sommes là aujourd’hui, c’est bien grâce à l’action déterminée de Nicolas Sarkozy. Si cela ne change en rien mon jugement global très négatif, il porte la responsabilité de cette opération, qui efface en partie les guerres d’Irak et d’Afghanistan. Et comment ne pas vibrer devant les images de Tripoli et Benghazi acclamant la France la semaine dernière ? Mieux, le président Français a eu pour une fois le bon goût de partager la vedette avec David Cameron.
Comme l’avait bien souligné Coralie Delaume il y a un mois, cette première bataille a été gagnée et elle était sans doute juste. Bien sûr, tout reste à reconstruire, mais il semble que la direction soit la bonne. Pour la Libye, pour la France, pour une fois, merci Nicolas Sarkozy !
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27.04.2011
Rama Yade, ange ou démon ?
Alors que l’on peine à se souvenir du nom des secrétaires d’Etat, elle est aujourd’hui une des personnalités politiques les plus populaires et les plus invités (elle était de nouveau invitée au Grand Journal de Canal Plus la semaine dernière). Que se cache-t-il derrière cette star de la politique ?
Jeune, jolie, et rebelle…
A priori, Rama Yade a tout pour plaire. C’est une belle femme issue des minorités visibles qui a démontré une vraie force de caractère depuis le voyage très controversé de Muhammad Kadhafi en France, où elle avait exprimé des réserves qui prennent aujourd’hui un sens particulier. N’a-t-elle pas eu raison, a posteriori, de marquer sa différence ? Et en quatre ans, elle a gagné un solide aplomb qui lui donne maintenant un certain charisme quand elle s’exprime.
Il est sûr que par rapport aux soutiens inconditionnels du président de la République comme Nadine Morano et Frédéric Lefebvre, elle apporte une liberté de penser a priori rafraîchissante. Si elle sait parfaitement pratiquer la langue de bois, elle n’hésite pas à souligner ses points de désaccord avec le président de la République. Et il est vrai qu’étant donné l’impopularité record de Nicolas Sarkozy, une position critique vis-à-vis de son action est un bon gage de succès.
Mais aussi perso…
Et c’est justement tout le problème. En fait, Rama Yade fait à Nicolas Sarkozy ce que ce dernier avait fait à Jacques Chirac. Elle exprime de manière transparente tous ses désaccords, au mépris de la plus élémentaire solidarité gouvernementale ou majoritaire. Bien sûr, un homme politique n’est pas forcément sensé reprendre mot pour mot et en toute circonstance tout ce que son chef dit. Mais entre la soumission servile et la rébellion permanente, il y a des nuances.
Et Rama Yade ne s’en est pas beaucoup embarrassé. Elle n’a pas hésité à exposer ses désaccords avec ses ministres de tutelle. Malheureusement, le président, en ayant montré le mauvais exemple de 2002 à 2007, puis en ayant trop longtemps laissé faire, a encouragé un tel comportement. Est-il vraiment étonnant qu’un bébé Sarkozy la joue perso en politique ? En outre, il est difficile de ne pas y voir des postures, comme lors de la polémique sur le prix de l’hôtel des bleus.
Et suffisante
Rama Yade, après s’être rapproché de Jean-François Copé, a finalement décidé de suivre Jean-Louis Borloo dans son aventure, officiellement parce que le parti majoritaire ne lui permettrait pas de travailler sur les sujets sur lesquels elle souhaite travailler… Pourtant, au Grand Journal, elle a été bien incapable d’avancer la moindre proposition sur ces sujets dont elle dit qu’ils lui tiennent tant à cœur. En fait, l’ambitieuse n’avait pas eu le poste qu’elle attendait il y a quatre mois...
En clair, la direction actuelle de l’UMP n’était pas prête à lui confier des responsabilités à la hauteur de la grande idée qu’elle se fait déjà d’elle-même. Et aux rumeurs sur son limogeage de sa mission d’ambassadrice pour l’UNESCO, du fait de ses prises de parole intempestives étant donnée la fonction qu’elle est sensée occuper, elle ose répondre « j’existais avant, j’existerai après », comme si elle existait avant 2007… Bref, le bébé Sarkozy a pris la grosse tête.
Bien sûr, sa popularité est une belle réussite. Mais pour l’instant, elle n’a fait que répliquer les méthodes de son chef et bénéficie de son éloignement alors qu’il est devenu très impopulaire. Rama Yade a encore du chemin à faire pour démontrer qu’outre une grand idée d’elle-même, elle a du fond.
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23.03.2011
Les dérapages de Claude Guéant
Le bras droit de Nicolas Sarkozy était peut-être le parfait secrétaire général à l’Elysée (à part pour les ministres, qu’il passait son temps à court-circuiter). Il se révèle être un déplorable ministre de l’Intérieur, multipliant les déclarations plus critiquables les unes que les autres.
Les pieds dans le plat… de l’UMP
Ses récents propos évoquant « l’immigration incontrôlée » et « le sentiment (des Français) de ne plus être chez eux » lui ont valu une carte d’adhérent de prestige du Front National. Par-delà la énième tentative d’instrumentaliser les questions d’immigration politiquement, cette déclaration est complètement stupide. Marine Le Pen n’a pas eu tort de lui donner symboliquement cette carte tant elle pourrait avoir du sens de la part d’un membre de son parti, mais pas d’un ministre.
Car si l’immigration est incontrôlée et les Français ont le sentiment de ne plus être chez eux, qui peut en être davantage responsable que Nicolas Sarkozy et son bras droit, en charge de ces questions depuis neuf ans ? Nicolas Sarkozy a été ministre de l’intérieur quatre ans, avec Claude Guéant comme directeur de cabinet et il est aujourd’hui à l’Elysée. S’il y a un problème, c’est qu’il ne l’a pas réglé et qu’il en est responsable. Inconsciemment, il se tire dans les pieds.
Le serial gaffeur de la place Beauvau
Mais ce n’est pas tout. Naturellement, il a confirmé ses propos en disant « qu’un excès d’immigration trouble les Français ». Cette capacité à susciter la peur des Français, à entretenir les fantasmes de nos compatriotes tout en y répondant par une agitation ne produisant aucun résultat est le cocktail idéal pour continuer à faire monter le Front National. Comment Nicolas Sarkozy ne se rend pas compte que cette stratégie est totalement suicidaire pour lui ?
Pire, le ministre de l’Intérieur s’est également distingué dimanche soir pour la présentation totalement abusive des résultats des élections cantonales, en additionnant le score des candidats de la majorité présidentielle mais aussi celui de divers droites dont certains étaient dans l’opposition (Debout la République, apparentés Modem…) pour gonfler le score bien maigrelet de l’UMP. Ce faisant, il n’a pas même pas additionné les divers gauches au PS.
Et hier, il a commis une nouvelle énorme bévue en se félicitant que « Nicolas Sarkozy ait pris la tête de la croisade contre Kadhafi ». Cette déclaration, digne d’un néoconservateur étasunien de la pire espèce, est plus que maladroite de la part d’un ministre en exercice. Elle contribue à faire de l’intervention en Lybie un nouvel épisode de la guerre entre un Occident chrétien et le monde arabe, contrairement à tout ce que la diplomatie Française essaie de faire.
Ce dernier dérapage est totalement inacceptable. En tant que ministre d’une République engagée dans une intervention militaire en Libye, Claude Guéant doit absolument présenter ses excuses pour ces propos qui sont inadmissibles dans un tel contexte.
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20.03.2011
Libye : la France à la tête du combat pour la liberté
Hier, Nicolas Sarkozy a réuni à l’Elysée un sommet pour mettre au point l’intervention militaire en Libye. Après le coup de bluff du cessez-le-feu de Kadhafi, l’aviation Française est intervenue la première pour bombarder des positions des troupes à proximité de Benghazi.
Merci à nouveau à Nicolas Sarkozy
Oui, merci à Nicolas Sarkozy pour avoir pris la direction effective des opérations, que personne ne semblait capable de prendre. Si l’opération aboutit et que la Libye se libère du joug du colonel Kadhafi, nous serons liés d’une bien belle manière au peuple libyen et cela sera grâce à l’action résolue du chef de l’Etat. En outre, notre diplomatie a su avancer de manière intelligente en obtenant l’accord des Nations Unies et de la Ligue Arabe et en refusant d’impliquer l’OTAN.
La réunion d’hier était un modèle du genre car nous avons impliqué les pays arabes, point essentiel pour ne pas donner une couleur colonialiste à l’intervention. Bref, non seulement la France dicte le tempo mais en outre, elle arrive à le faire en impliquant la communauté internationale au sens large. En outre, nous n’avons pas hésité à envoyer nos troupes en premier. Bref, même si nous ne pouvons pas être sûrs des résultats, l’intervention en Libye est remarquablement gérée.
La Libye n’est pas l’Irak
Certains s’inquiètent à juste titre de la possibilité d’enlisement. Mais tout d’abord, le fait qu’Hubert Védrine Alain Juppé et Nicolas Dupont-Aignan soient des partisans de l’intervention est a priori très rassurant. Ensuite, cette intervention n’a rien à voir avec celles d’Irak ou d’Afghanistan. Tout d’abord, il n’y a pas d’envoi de troupes terrestres, mais seulement des interventions aériennes. Ensuite, elle se fait avec l’agrément des Nations Unies et même de la ligue arabe, en impliquant ses membres.
Mais surtout, il ne s’agit pas d’envahir un pays pour faire tomber un dictateur et ensuite imposer notre modèle sans tenir réellement en compte la volonté du pays. Ici, il s’agit d’aider un peuple qui s’est soulevé contre son tyran et qui, après avoir failli le renverser, finit par ployer sous la répression armée de son autocrate. Ici, nous venons à l’aide des rebelles, à leur demande, en concertation avec la communauté internationale et sans arrière-pensées pétrolières.
Malgré tout, je comprends les limites d’une telle intervention, comme je l’ai souligné ces derniers jours. J’avais dénoncé la répression au Bahrein et je ne vois malheureusement pas ce qui pourrait être fait, à part des protestations verbales. Ce cas montre bien que si nous intervenons, c’est parce que le pouvoir Libyen n’est pas très fort. Cela souligne bien à quel point l’ingérence présente de grandes limites. Mais je persiste à croire qu’elle vaut le coup d’être risquées. L’alternative était-elle acceptable ?
Un merci qui n’absout pas tout
Bien évidemment, certains soupçonnent Nicolas Sarkozy d’arrière-pensées. Mais aurait-il été possible d’avancer aussi vite et fort uniquement avec cela ? Je ne veux pas croire que ce ne soit pas le souci humaniste de protéger le peuple libyen de son despote sanguinaire qui ait pu provoquer une telle réaction et convaincre la communauté internationale. S’il n’y avait pas eu cela, je ne peux pas croire que les dirigeants de tant de pays se seraient mis d’accord.
Et Nicolas Sarkozy est le chef incontestable de cette coalition. C’est pour cela que je l’ai remercié dans un papier il y a deux jours, qui a provoqué un gros débat sur le blog comme sur Marianne 2. Bien naturellement, un satisfecit sur le dossier Libyen ne remet nullement en cause un jugement global extrêmement négatif sur l’ensemble de cette présidence, sans direction, faite de postures et dont les résultats demeurent très mauvais dans bien des domaines.
Néanmoins, je crois que ce n’est pas parce que l’on est un opposant résolu à un gouvernement qu’il faut sombrer à la facilité de critiquer tous ces faits et gestes. Parfois, j’ai eu l’impression que ses critiques du jour l’auraient également critiqué s’il avait laisser-faire. Si ce comportement peut plaire à des activistes, je crois qu’il oublie les Français moins engagés et qui ont moins de préjugés. En outre, les critiques perdent de leur valeur quand elles sont systématiques.
Bien sûr, la situation est loin d’être résolue. Kadhafi est encore là. Les rebelles affrontent le feu de ses troupes à Benghazi. Malgré tout, l’essentiel me semble être qu’à date, nous avons sauvé Benghazi.
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16.03.2011
Les dictateurs contre-attaquent, les démocraties laissent faire
Finalement, Paris et Londres n’auront pas obtenu raison. Les pesanteurs, les intérêts divergents, mais aussi les limites d’une telle intervention ont eu raison des velléités interventionnistes en Libye. Kadhafi devrait malheureusement reprendre le contrôle de son pays.
La communauté internationale paralysée sur la question libyenne
On pouvait être enclin à une intervention en Libye sous la forme de bombardements des troupes de Kadhafi car sur la base des informations que nous avons, de tels raids semblent pouvoir être le coup de pouce qui permettrait une libération du pays du joug sanglant de son dictateur. En cela il est difficile de résister au cri du cœur du Monde ou de Guy Sitbon sur Marianne 2, d’autant plus que les quelques raids nécessaires n’ont rien à voir avec les interventions en Irak ou en Afghanistan.
Même si les pays de la ligue arabe ont fini par accepter la zone d’exclusion, non seulement il y a des difficultés de mise en place, mais surtout, tout le monde comprend aujourd’hui que ce n’est pas à la hauteur de l’enjeu. Soit nous bombardons maintenant les armées de Kadhafi avant qu’elles ne prennent la capitale des rebelles, soit nous laissons faire. Tous ceux qui évoquent un entre-deux, de nouvelles discussions ou des brouillages de radar, ne font que noyer le poisson.
Plus généralement, le cas de la Libye démontre toutes les limites des « machins » supranationaux que sont les Nations Unies et l’Union Européenne. Bien sûr, il ne s’agit pas de revenir à la loi de la jungle, où chaque nation ferait ce que bon lui chante, mais au final, n’est-ce pas ce qui se passe déjà, ou s’est passé à Kaboul et Bagdad ? La seule solution serait que quelques pays oublient ces cénacles où il est couru d’avance qu’aucune décision ne sera prise…
Et pendant ce temps à Bahrein…
J’ai eu la chance de tomber sur ce papier du Figaro assez hallucinant. Lundi, des forces armées saoudiennes (pays à majorité sunnite) ont pénétré les frontières du Bahrein pour soutenir le roi (sunnite) qui fait face à une révolte de la majorité (chiite) de la population. Certes, cette intervention se fait à la demande des autorités du pays, et en vertu d’accords de défense militaire qui prévoient l’intervention des troupes d’autres pays dans d’autres territoires.
Mais il est tout de même choquant de voir une rébellion populaire matée par les troupes d’un autocrate voisin qui aide un autre dictateur à se maintenir au pouvoir contre la volonté de son peuple. Et dans le cas de l’Arabie-Saoudite, il faut être clair, personne ne dira rien étant donné que ce pays dispose des premières réserves mondiales de pétrole. Les autorités saoudiennes peuvent pratiquement faire ce qu’elles veulent car elles nous tiennent par les hydrocarbures.
En fait, les partisans de la globalisation ne l’ont jamais admis, mais la globalisation, le développement des échanges, s’ils ont des aspects positifs, créent aussi une interdépendance et même parfois, seulement une dépendance, y compris vis-à-vis de régimes dictatoriaux parfois sanguinaires et infréquentables. C’est pourquoi, même s’il ne s’agit pas de sombrer dans l’autarcie, l’indépendance nationale chère au général de Gaulle reprend tout son sens aujourd’hui.
Ces épisodes nous enseignent deux choses. La première, un peu triste mais logique, est que sur cette planète règne la loi du plus fort (que ce soit militairement, ou économique). La deuxième est que l’indépendance est le seul moyen de garder son libre arbitre.
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12.03.2011
Faut-il intervenir en Libye ?
Nicolas Sarkozy et David Cameron ont tenté hier de persuader leurs collègues européens d’intervenir pour briser la reconquête de la Libye par les troupes du colonel Kadhafi. Et comment ne pas les comprendre ? Cependant, une telle intervention n’est pas sans poser de lourds problèmes.
L’humanisme commande d’intervenir
Il n’y a pas besoin d’être un néoconservateur interventionniste et impérialiste pour vouloir intervenir en Libye. En effet, comment ne pas avoir envie d’aider les révolutionnaires de Libye à se débarrasser d’un dictateur sanguinaire qui n’a pas hésité à faire tirer sur des manifestants ? Mieux, il semble évident que quelques raids bien placés pourraient définitivement régler son sort à ce régime dictatorial, alors justement que le régime reprend le dessus sur ses opposants.
En effet, comment rester sourd aux appels des insurgés qui demandent désormais clairement l’aide de la communauté internationale ? Aujourd’hui, il semble malheureusement probable qu’en l’absence de notre intervention, la rébellion pourrait bien être matée, avec toutes les conséquences que cela pourrait avoir. Après tout, si le peuple libre de Libye, en conflit ouvert avec un dictateur, nous demande d’intervenir, n’avons-nous pas le devoir de le faire ?
En outre, le sort de la Libye ne sera pas sans impact sur l’ensemble des pays arabes. Il est évident que si Kadhafi tombe, malgré sa répression sanglante, alors, le vent de la liberté et de la démocratie reprendra de plus belle, contraignant les autocrates à libérer leurs peuples ou provoquant leur destitution. En revanche, si le régime de Tripoli renverse la situation, alors, cela représentera un formidable encouragement pour les dictateurs à choisir la voie de la fermeté, fût-elle celle de la terreur et du sang. Bref, c’est une partie très importante qui se joue sous nos yeux.
Une intervention qui n’est pas si simple
Malheureusement, tout n’est pas si simple. En effet, il n’y a pas de consensus au niveau international pour agir. Il ne sera sans doute pas possible d’intervenir sous couvert des Nations Unies, du fait de l’opposition probable de la Chine et de la Russie. La ligue arabe n’accepte qu’une zone d’exclusion militaire. Faut-il alors passer outre et intervenir à quelques pays, malgré l’absence d’accord international, un peu comme en Irak, même si, ici, les principes sont clairement plus nobles et désintéressés ?
Faut-il s’immiscer dans les affaires Libyennes et peser de tout notre poids en faveur des rebelles ? En effet, il ne s’agit pas de renverser un régime autoritaire stable, mais d’aider la partie de la population qui s’est rebellée à faire tomber définitivement un dictateur qui résiste. En même temps, si nous intervenions en Libye, ce serait uniquement parce que ce pays est suffisamment faible et que nous sommes plus forts que lui. En réalité, il y a deux poids et deux mesures.
Nous ne nous poserions même pas la question si ce qui arrivait en Libye arrivait en Chine ou en Russie. Et cela pose un double problème. Pour paraphraser Jacques Sapir, cela montre bien que l’ingérence est toujours celle du fort sur le faible, ce qui pose problème. En outre, cela ne risque-t-il pas de pousser plus encore les dictateurs de la planète à être toujours plus forts (et, par exemple chercher à avoir l’arme nucléaire) pour ne pas pouvoir être menacé dans de telles circonstances ?
Malgré toutes ces limites, le contexte d’une population qui se révolte contre un tyran qui semble pouvoir mater la rébellion par la force incite à vouloir intervenir, par-delà toutes les convenances. Mais dans quel cadre et comment le faire assez vite tout en étant acceptable ?
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