08.09.2008
Debout la République en route vers les élections européennes
Samedi et dimanche se tenaient les universités de rentrée de Debout la République. Outre un débat de choix sur le thème « France, Europe, mondialisation : comment sortir de la régression économique et sociale ? », Nicolas Dupont-Aignan y a précisé sa stratégie pour les élections européennes.
Le débat sur la régression économique et sociale a été particulièrement intéressant, du fait de la qualité des intervenants : Gérard Lafay, Jean-Pierre Gérard (président des N°1 Français à l’exportation), Jean-Luc Gréau, Emmanuel Todd et Jean-François Kahn. Tous ont plaidé pour un meilleur encadrement du capitalisme, dont les excès sont aujourd’hui largement démontrés et qui ne font quasiment plus débat. Jean-Pierre Gérard, citant Gandhi, a souligné que l’entrepreneur devait être « moral ». Reprenant les thèses de Jean-Luc Gréau, il a plaidé pour une régulation du capitalisme par des organisations régionales, pour éviter la « déflation salariale » que provoque le libre-échange. Emmanuel Todd a affirmé que la lutte contre « l’anarchie néo-libérale » passe par une initiative franco-allemande pour mieux réguler l’économie. Enfin, Jean-François Kahn a soutenu que le débat de 2005 était dépassé et qu’il fallait parler d’avenir.
La diversité des intervenants (chef d’entreprise, économistes, historien, journaliste) était un signe d’ouverture et un gage de qualité. Mieux, ce débat rassemblait des personnes qui n’avaient pas le même parcours politique puisque Jean-François Kahn et Emmanuel Todd avaient voté « oui » au Traité Constitutionnel Européen, même si ce dernier, qui s’était opposé à Maastricht, nous a confié avoir été content que le « non » passe. Ces différences ont assez logiquement animé le débat, qui valait largement ceux des plus grands partis. Il en est ressorti que les alter européens doivent sans doute éviter de se référer sans cesse à la « trahison » du traité de Lisbonne, qui, aussi choquante soit-elle, est de l’histoire ancienne, pour se concentrer sur l’élaboration d’un plan B qui pourrait le support de la liste Debout la République pour les élections européennes.
Et il faut dire que jamais DLR n’a paru mieux préparé pour une telle échéance, que ce soit par le contexte actuel, qui valide malheureusement les analyses des « nonistes », par le sujet de l’élection à venir (l’Europe) et surtout la force du mouvement. En effet, il n’y avait jamais eu autant de monde à Dourdan pour ces universités de rentrée puisque 450 personnes ont assisté au discours de Nicolas Dupont-Aignan. Outre une critique volontiers radicale de l’action du président de la République, il a précisé la stratégie du mouvement pour les élections à venir. Il n’y aura pas d’alliance avec Philippe de Villiers, muet sur le traité de Lisbonne, et soutien du président. Il a également commencé à esquisser les premiers traits de sa campagne, à savoir une critique factuelle des errements de la construction européenne d’aujourd’hui et les solutions pour changer radicalement l’Europe. Enfin, il a annoncé un Congrès pour le 23 novembre.
La majorité des Français est convaincue de l’intérêt de l’Europe, démultiplicateur des possibles. Mais la conscience que la direction prise depuis 20 ans est la mauvaise progresse, tout comme la volonté de changer radicalement de modèle. Rendez-vous en juin 2009 pour l’exprimer dans les urnes.
10:44 Publié dans Actualités, Europe | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : debout la république, nicolas dupont-aignan, européennes, gréau, todd, kahn
20.05.2008
L’opposition des médias vue par Marianne
Excellent papier de Jean-François Kahn dans Marianne cette semaine, dans lequel il revient sur l’opposition des média dénoncée par le président de la République lors de sa rencontre avec les parlementaires UMP.
Il y a quelques jours, Nicolas Sarkozy s’est plaint de l’opposition systématique des médias, qui joueraient le rôle de l’opposition à la place d’un parti socialiste inaudible. Il a attaqué nommément le Nouvel Observateur, Libération, Le Parisien, Marianne et même l’AFP. Le résidant de l’Elysée a notamment critiqué la faible reprise du conflit qui oppose Ségolène Royal à une de ses anciennes employées en affirmant que s’il avait été poursuivi, l’attention médiatique aurait été beaucoup plus importante. Comme d’habitude, Nicolas Sarkozy joue le rôle de la victime.
Jean-François Kahn s’est donc posé la question de la pertinence de ce procès en opposition systématique des médias. Et comme il le fait bien remarquer, tout dépend de la consommation de médias. Car si le président a attaqué quelques supports papiers, restaient exclus la télévision, la radio et une grande partie des quotidiens ou des hebdomadaires. Après tout, le lecteur du Figaro, du JDD, de Paris-Match, du Point, de l’Express, l’auditeur de RTL ou d’Europe 1 ou le spectateur de TF1, France Télévisions ou M6 ne sont pas exposés à une critique très systématique du gouvernement… Bien sûr, le Canard Enchaîné, Marianne, le Nouvel Obs, Libération, Télérama, Canal Plus, voire Le Monde se placent dans l’opposition au chef de l’Etat, mais il s’agit d’une petite minorité des médias en terme d’audience.
Jean-François Kahn a raison de souligner que les médias, dans leur ensemble, ne sont pas si critiques à l’égard de Nicolas Sarkozy. Comme il le montre, sa sortie sur l’enseignement de l’esclavage aux élèves du primaire a été rapportée de manière plutôt complaisante. Après tout, dans aucun pays démocratique le chef de l’Etat se permet d’annoncer une modification des programmes scolaires sans la moindre consultation, pour faire une annonce. Qui plus est, il ne s’agit pas d’un coup d’essai puisqu’il avait déjà pris de telles initiatives avec Guy Môquet et la Shoah. Pire, preuve qu’il n’y avait pas eu la moindre consultation, cet enseignement, qui existait depuis longtemps, avait été formalisé par la loi Taubira de 2002… Bref, les médias ont-ils été si durs avec ce président qui est prêt à dire n’importe quoi pour remplir son agenda médiatique ?
Bien sûr, certaines fois, les médias se sont emparés de certains évènements guère favorables au chef de l’Etat, comme son « casse toi, pauvre con » au salon de l’Agriculture. Mais la critique de l’exploitation par les médias de ce dérapage ne cache-t-elle pas l’essentiel, à savoir que si le président n’avait rien dit de la sorte, les média n’auraient pas pu le reprendre en boucle ? En critiquant les messagers, on oublie la responsabilité de celui qui a émis le message… Car, au final, les médias ne font que reprendre les images et les mots que l’Elysée leur sert à foison depuis un an. Et avec un peu de recul, on note que cette profusion permet au contraire de limiter la critique, sauf en cas de dérapage majeur. Ce matin encore sur RTL, le journal parlait de la réforme des institutions en soulignant sa conformité aux promesses du candidat alors qu’il est revenu sur la plupart de ses annonces de campagne (cumul des mandats, part de scrutin proportionnel)…
Oui, Jean-François Kahn a raison : une grande majorité des médias reste plutôt complaisante, malgré des dérapages qui occasionneraient ailleurs des critiques bien plus virulentes. En fait, se positionner en victime est une diversion qui lui permet d’attirer l’attention sur les messagers plutôt que les messages.
Source : Marianne
11:10 Publié dans Actualités, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, marianne, média, kahn



