23.09.2011
Nouveau coup de panique sur les bourses
Hier, les marchés financiers ont de nouveau sombré puisque le CAC 40 a clôturé pour la première fois depuis deux ans et demi sous les 2800 points. Les montagnes russes continuent malgré les annonces de la Fed et la rumeur d’une baisse des taux de la BCE.
Tempête sur les marchés
Depuis près de trois mois, la sinistrose règne sur les marchés financiers. Songez que le CAC 40 croisait au-delà de 4000 points le 1er juillet. La baisse est donc de 30% en moins de trois mois, un véritable krach. Les valeurs financières sont littéralement massacrées avec des baisses pouvant atteindre 60% sur la même période. La moindre mauvaise nouvelle (dégradation des notes de trois banques étasuniennes) provoquant instantanément un effondrement des cours.
Pourtant, jeudi matin, les bourses n’étaient pas totalement à court de bonnes nouvelles. La Fed vient d’annoncer un nouveau plan de plus de 400 milliards de dollars de ventes de titres à court terme contre des rachats de titres à long terme, de manière à maintenir les taux longs le plus bas possible et faciliter le financement des ménages et des entreprises. Mieux, après ses hausses de taux imbéciles du printemps dernier, la BCE pourrait revenir à la baisse début octobre.
Malgré tout, les marchés se sont effondrés, effrayés par les annonces de besoin de recapitalisation des banques, avancés par le FMI. Qui plus est, la crainte d’une rechute de l’économie pèse lourdement sur les cours. Si on est optimiste, on peut souligner que le marché semble rencontrer des seuils de résistance forts sous les 3000 points (nous ne sommes plus très loin des plus bas de début 2009). Les pessimistes noteront le maintien d’une tendance à la baisse.
Les esprits animaux
A titre personnel, j’ai l’impression que le niveau extrêmement bas des actions (alors que les bénéfices des grandes entreprises ont fortement rebondi, y compris au 1er semestre) fait qu’aujourd’hui, les cours trop bas pour baisser vraiment davantage. Même si les incertitudes économiques sont colossales, pour l’instant la marche des entreprises n’est pas trop affectée. C’est sans doute cela qui explique les fréquents rebonds des cours, les financiers y voyant des occasions d’achat à bon compte.
Mais à chaque fois, le même scénario prévaut : le marché finit par retomber lourdement, généralement toujours un peu plus bas. Le niveau des cours laisse songeur quand on pense que début 2001, le CAC 40 était au-delà de 6000 points, avec des profits pourtant bien moindres qu’aujourd’hui. Il faut dire que les incertitudes qui pèsent sur l’avenir de l’euro justifient la nervosité des marchés. Les marchés ne font que constater que cette construction monétaire est complètement bancale.
Malheureusement, un phénomène plus pervers est à l’œuvre et qui justifie lui aussi la baisse des bourses : leur caractère auto réalisateur. Il suffit que les marchés prennent peur pour que les cours des actions baissent. Cette chute peut alors provoquer une contraction du crédit et une baisse des achats des ménages et des entreprises, anticipant une baisse de l’activité, qui finit alors par se réaliser, justifiant alors le pessimisme des acteurs financiers !
Difficile de prévoir ce qui va se passer dans les prochains mois. Une seule chose est sûre : il n’y aura pas de vraie reprise. Au mieux, nous aurons une très faible croissance, encore le plus probable. Au pire, une rechute sévère de l’économie, dont la probabilité grandit avec les états d’âme des marchés.
08:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : cac 40, krach, bce, fed, fmi
14.08.2011
Halte à la tyrannie des marchés !
Cette semaine a été rythmée par les évolutions délirantes des marchés : le CAC 40, à 4000 points le 1er juillet est tombé à moins de 3000 points en séance pour se redresser à 3200 points. Ne faudrait-il pas couper le cordon entre économie réelle et financière ?
Quand la corbeille gouverne le monde
Cela fait maintenant quatre ans que les pays du monde entier vivent suspendus aux mouvements erratiques des marchés financiers. Quatre ans que les dirigeants de la planète sont au chevet de cette hydre financière malade de ses excès et qui entraine le reste de l’économie dans la récession. Quatre ans que les gouvernements de ce monde prennent pourtant toutes les mesures que le monde financier souhaite pour lui permettre d’aller mieux, et il ne va pas mieux.
Il y a trois ans, il fallait recapitaliser les banques, leur offrir une garantie publique et relancer l’économie. Aujourd’hui, il faut les délester des dettes souveraines qui leur semblent suspectes, rééquilibrer les finances publiques et constitutionnaliser une camisole budgétaire qui a été parée du terme « règle d’or ». Mais les pantins gouvernementaux ont beau s’agiter dans le sens demandé, les marchés ne sont même pas rassurés puisque nous avons expérimenté un mini krach en plein été.
L’hypocrisie de Nicolas Sarkozy
Qu’il est loin le temps où Nicolas Sarkozy promettait de moraliser le capitalisme et dénoncer ses excès ! Qu’il est loin le temps où il promettait un nouveau Bretton Woods ! Dans la réalité, le G20 n’a presque rien fait et les gouvernements sont plus que jamais à la botte des marchés financiers. En effet, dès qu’ils ne se sentent pas bien, alors nos dirigeants se pressent de convoquer une réunion d’urgence et faire (presque) tout ce qui leur est demandés (à l’exception d’Angela Merkel).
Nicolas Sarkozy a démissionné devant les marchés financiers. Il a choisi les agences de notation et les banques plutôt que le peuple. Pour sûr, il n’y a jamais eu de réunion d’urgence pour lutter contre le chômage de masse ou la désindustrialisation. Mais il ne faut pas croire que le Parti Socialiste présente en quoi que ce soit une alternative. Ses candidats (à l’exception d’Arnaud Montebourg) sont engagés dans une course bien illusoire à l’orthodoxie financière.
L’alternative existe !
Alors que le gouvernement français avait refusé de suivre Berlin dans l’interdiction des ventes à découvert, Paris vient de changer d’opinion (avec Rome, Madrid et Bruxelles) mais seulement pour quinze jours et sur les valeurs financières. Pourquoi ne pas le faire définitivement ? Et pendant ce temps, rien n’est fait au sujet des profits indécents de hedge funds qui jouent et gagnent en spéculant sur un apocalypse financier qui a pourtant de graves conséquences sur l’économie réelle.
Pendant ce temps, le PIB de la Grèce a baissé de 6.9% en un an. Si les plans de sauvetage protègent les créanciers d’Athènes, la population, elle, souffre de plus en plus et le poids de la dette (dont la valeur ne baisse pas, contrairement à la dette) devient chaque jour plus insupportable. En France, 90% de la croissance du premier semestre vient de la hausse des stocks… Et la baisse de l’inflation démontre la bêtise crasse de la décision de la BCE de monter ses taux.
Pourtant, les solutions existent pour enfin mettre au pas la finance, la remettre au service de l’économie réelle, et non l’inverse : contrôle des mouvements de capitaux, taxation des transactions financières, séparation a minima entre banques de dépôts et banques d’affaires, interdiction des pratiques spéculatives dangereuses, véritable mise au banc des parasites fiscaux, renationalisation de la création monétaire (fin de la loi de 1973), constitution d’un pôle public bancaire plus important….
Toutes ces mesures pourraient mettre fin à la tyrannie de la corbeille. Mais, comme le souligne Frédéric Lordon, cette chienlit de la corbeille la mène à l’autodestruction. Alors, nous pourrons reconstruire un système où la finance est au service de l’homme, et non l’inverse.
11:55 | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note | Tags : cac40, crise boursière, krach, g20, bretton woods, nicolas sarkozy, angela merkel, frédéric lordon
07.09.2010
Y-a-t-il une bulle immobilière en France ?
Cela fait une année et demie qu’un débat a lieu sur le risque d’une nouvelle récession (le fameux scénario en W). Même si l’on ne peut pas exclure totalement un tel scénario, je persiste à ne pas y croire, à moins qu’une bulle immobilière trop importante ne se forme chez nous…
Des prix toujours plus hauts en France
Cela n’a échappé à personne, après un très léger ajustement pendant la crise, les prix de l’immobilier sont repartis à la hausse en France depuis quelques mois. La situation de notre pays est assez dangereuse car notre position est atypique. Les prix en Allemagne et en Italie n’avaient pas flambé pendant les années 2000, du fait notamment du déclin démographique de ces pays, qui réduit la tension sur le marché. En revanche, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et l’Espagne ont connu une bulle très importante dont le dégonflement a eu des conséquences désastreuses sur leur économie.
Mais, du coup, les prix de l’immobilier dans ces pays se sont ajustés, les ramenant à un niveau plus raisonnables, notamment aux Etats-Unis, où la baisse des prix a atteint 30%. En Grande-Bretagne, cela est un peu moins le cas puisque les prix, après avoir chuté de 20% sont repartis à la hausse, faisant dire à certains analystes que les prix y sont encore trop élevés par rapport aux moyennes historiques, notamment par rapport au niveau des revenus. Le cas de la France peut sembler dangereux car la baisse a été très limitée et les prix sont vite repartis à la hausse.
Une bulle en devenir ?
Les optimistes peuvent toujours s’accrocher à trois arguments assez forts. Tout d’abord, Paris n’est pas forcément si chère par rapport aux autres grandes métropoles internationales. Ensuite, les ménages Français sont très peu endettés par rapport à la situation des autres pays, et ils épargnent beaucoup. Enfin, la hausse actuelle ne serait pas injustifiée étant donnée la baisse historique des taux longs, qui fait relativiser l’augmentation du prix par rapport au coût total, avec la baisse importante des intérêts à payer en sus du prix d’acquisition du logement. La bulle serait une vue de l’esprit…
Sauf que l’on peut se demander ce qui se passerait en cas de brusque remontée des taux longs. Il est évident que cela diminuerait fortement la capacité d’emprunt des ménages et cela pourrait provoquer un ajustement sévère du marché immobilier. Ensuite, la position financière solide des ménages Française a également des inconvénients dans le sens où elle créé les conditions d’une bulle auto réalisatrice, où les ménages, anticipant une nouvelle hausse des prix, pourraient être tentés d’acheter, provoquant alors la hausse qu’ils craignaient et poussant les prix à un niveau déraisonnable.
Même si ce scénario n’est pas le plus probable à court terme, il faut d’ors et déjà noter qu’une hausse importante des taux longs pourrait provoquer un krach immobilier en France, créant alors les conditions d’un scénario en W. Et si la « reprise » Française était plus fragile que d’autres ?
10:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note | Tags : krach, bulle immobilière
07.10.2008
Pourquoi la bourse et l’euro s’effondrent ?
Hier, les bourses européennes ont connu un véritable lundi noir, avec une baisse de 9% du CAC 40. L’euro, qui avait passé le cap des 1,6 dollars en juillet, s’est replié à 1,35 dollars. Quelles sont les raisons de telles évolutions ?
L’effondrement des bourses européennes a été particulièrement spectaculaire. C’est simple, il faut revenir à 1987 pour trouver trace d’une chute plus importante ! L’effondrement de la banque allemande Hypo Real Estate semble avoir déclenché cette panique financière. Il faut dire que cette faillite est aussi celle de ses dirigeants, incapables d’évaluer le besoin d’argent de la 4ème banque Allemande puisque les 30 milliards d’euros prévus initialement semblent devoir se rapprocher de 50, voire 100 milliards ! Pire, la réponse des gouvernements européens manque considérablement de coordination, ce qui n’est guère rassurant pour des marchés très nerveux. En outre, le manque de réponse des autorités est aggravé en Europe par le refus borné de la BCE de baisser les taux, ce qui permettrait pourtant de retrouver quelques marges de manœuvre qui seraient bienvenue.
La chute brutale de l’euro face au dollar peut paraître surprenante au premier abord vu l’endettement massif des Etats-Unis et l’éclatement de la bulle financière à Washington. On pourrait croire que c’est le dollar qui devrait continuer à baisser. Cependant, il faut noter que la dette publique du nouveau Continent est équivalente à celle de l’Europe, même s’il y a un gros écart au niveau de la balance commerciale, et que la valeur de l’euro à parité de pouvoir d’achat serait de 1,05 à 1,1 dollars. Donc, la baisse récente, aussi brutale soit-elle, correspond à un retour à la réalité. Les raisons de cette baisse sont également à trouver dans le développement de la crise sur notre continent, qui montre que l’Europe ne sera sans doute pas plus épargnée que les Etats-Unis. En fait, les investisseurs anticipent désormais que la récession sera aussi brutale des deux côtés de l’Atlantique mais ils anticipent un rebond plus rapide de l’économie Américaine, où le développement de la crise est plus avancé.
Malgré tout, l’ampleur de ces mouvements peut surprendre. En fait, ils illustrent malheureusement le comportement habituel des marchés. S’ils peuvent être trop optimistes dans les phases de bulle (« l’exubérance irrationnelle » que dénonçait Alan Greenspan), ils ont également tendance à être trop pessimistes quand la bulle éclate. Il suffit de prendre l’exemple de l’action France Telecom, qui avait atteint la valeur délirante de 219 euros en mars 2001, valorisant l’entreprise environ 500 milliards d’euros, avant de plonger à 7 euros un an après ! Dans « L’illusion économique », Joseph Stiglitz dénonce les « impulsions irrationnelles des investisseurs » et défend l’idée d’une taxation sur les mouvements de capitaux étant données « les perturbations massives que (les flux de capitaux) provoquent dans l’ensemble de l’économie ». Malheureusement, cette idée est peu présente dans les débats actuels.
Depuis 10 ans, les marchés n’ont montré qu’une capacité limitée à bien évaluer la valeur des actifs et une capacité régulière à des comportements complètement irrationnels. Il est grand temps de réfléchir à mieux réguler un marché devenu complètement fou et dont les excès vont faire du mal à beaucoup.
Source : http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2008/10...10:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : krach, bourses, hypo real estate, euro



