11.10.2008
Crise financière : ce monde qui change, et celui qui ne change pas
Changera ? Changera pas ? La réforme du système économique et financier mondial aura-t-elle vraiment lieu ? La gravité de la crise actuelle représente sans doute une occasion en or et certains signes ne trompent pas. Mais d’autres sont plus inquiétants.
Parmi les points positifs, il y a clairement le pragmatisme bien peu libéral qui s’est emparé de la plupart des Etats et banques centrales. Voir les Etats-Unis nationaliser à 80% le premier assureur du pays, et le Royaume Uni nationaliser à tour de bras ses banques (même si la dernière prise de participation est minoritaire) est assez incroyable. Bien sûr, tout ceci nécessite une mobilisation d’argent public sans guère de précédent (1000 milliards de dollars aux Etats-Unis et plus de 250 milliards de livres au Royaume-Uni), mais cela montre bien la faillite de l’auto régulation des marchés dans les deux pays à l’origine de la déréglementation qui a abouti à la faillite actuelle. Nul doute que les citoyens contribuables devraient s’en souvenir et donner une nouvelle impulsion beaucoup plus interventionniste et régulatrice à leur politique.
Dès lors, un nouveau Bretton Woods semble une issue quasiment certaine, et ce d’autant plus que les excès financiers d’hier apparaissent tous les jours plus extravagants. A titre d’exemple, les 85 milliards de dollars injectés par l’Etat pour sauver AIG ont déjà été presque complètement utilisés et la Fed est aujourd’hui contrainte d’injecter à nouveau 38 milliards pour rétablir la trésorerie de l’assureur Américain. Les autorités publiques ont donc injecté l’équivalent d’une année de chiffres d’affaires pour sauver une entreprise qui faisait encore un profit de 14 milliards de dollars en 2006 ! Tous les jours, de nouveaux exemples montrent l’absurdité du système, ce qui devrait pousser à une profonde remise en cause.
Pourtant, en France, les néolibéraux ne désarment pas. Dans trois mois, toutes les banques pourront désormais proposer un livret A, ce qui, mécaniquement, démultipliera leur possibilité de faire des paris financiers. Est-ce vraiment une bonne idée ? La privatisation de la Poste et l’agenda de démantèlement des Services Publics est toujours en cours à Bruxelles. Les évènements récents ne devraient-ils pas inciter les responsables politiques à remettre en question ces réformes ? De même, le Conseil d’Analyse Economique a publié un rapport jeudi en faveur de la mise en place de crédits hypothécaires en France parce que le système Français « repose trop exclusivement sur la stricte évaluation de la capacité de remboursement de l’emprunteur » !!! A croire qu’ils habitent sur une planète où il n’y a pas eu la crise des subprimes.
Dans ce sens, la réunion du G7 d’hier est inquiétante, même si elle insiste sur les limites du libéralisme. Aucune nouvelle mesure concrète n’en est sortie. Pour l’instant, l’abdication des néolibéraux n’est que verbale, pas factuelle.
Source : http://www.liberation.fr/economie/0101122911-l-assu...
http://www.lemonde.fr/economie/article/2008/10/09/un-rapp...
http://www.lemonde.fr/economie/article/2008/10/09/la-gran...
http://www.lemonde.fr/economie/article/2008/10/09/l-effondrement-financier-ou-la-chute-d-america-inc_1104749_3234_1.html
http://www.lefigaro.fr/economie/2008/10/11/04001-20081011ARTFIG00440-le-g-concocte-un-plan-d-action-contre-la-crise-.php
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30.08.2008
Contre la privatisation de la Poste
Dans la plupart des secteurs de l’économie, il n’y a pas de raison pour que l’Etat possède des entreprises. Mais dans le cas de « monopoles naturels », c’est alors la privatisation qui n’a pas de sens, du moins vis-à-vis de l’intérêt général. C’est le cas aujourd’hui de la Poste.
Curieusement, personne ne se pose la question aujourd’hui de savoir pourquoi La Poste va être en partie privatisée, par-delà les contraintes réglementaires européennes, acceptés par le PS comme l’UMP. La méfiance spontanée vis à vis de l’intervention publique dans l’économie explique cette apathie intellectuelle. Mais si l’intervention de l’Etat conduit parfois à l’échec, elle est aussi la source de grands succès, comme le développement économique des pays d’Asie du Sud-est ou les plus grandes réussites technologiques de notre pays (Airbus, Ariane, TGV, filière nucléaire). Le cas de La Poste est particulier dans la mesure où la distribution du courrier peut être considérée en théorie économique comme un « monopole naturel », une activité qui repose sur l’utilisation d’un réseau au coût très élevé, donnant un avantage déterminant à l’entreprise dominante. Parce que les monopoles privés deviennent pour leurs propriétaires des rentes au détriment des consommateurs, ces monopoles sont en général publics.
Dès lors, pourquoi faut-il libéraliser le marché de la distribution du courrier ? Les pressions viennent comme toujours du dogmatisme libéral de Bruxelles. Pourtant, cette ouverture se fait dans des conditions bien peu équitables. Pour contourner l’avantage du réseau de la Poste, les opérateurs privés, vont déployer leur activité sur les créneaux les plus rentables du marché postal (entreprises notamment), laissant à La Poste les activités les moins rentables. La Poste SA va donc se retrouver défavorisée dans le nouveau cadre concurrentiel. Résultat, à terme, les coûts devraient grimper pour les particuliers et baisser (dans un premier temps seulement sans doute) pour les entreprises. Le service du public deviendra toujours moins la priorité de la nouvelle Poste. Qui plus est, davantage de valeur sera désormais extraite du marché postal pour les actionnaires, au détriment des consommateurs.
Mais comment peut-on alors arriver à ouvrir des marchés qui ne semblent pas vraiment en avoir besoin ? Il semble que la seule explication possible soit le « fanatisme du marché » pour reprendre l’expression de Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie. C’est un dogmatisme étroit et rejetant tout pragmatisme qui explique cette ouverture incessante de marchés dont la libéralisation n’est pourtant pas pertinente. Il suffit pourtant de comparer la situation du transport ferroviaire en France et en Angleterre pour comprendre qu’il y a des marchés pour lesquels la libéralisation n’apporte aucune solution mais plutôt des problèmes (sous investissements dans des activités hautement capitalistiques ou baisse de service).
Encore une fois, les moines soldats du néolibéralisme gagnent une bataille dans l’ouverture des marchés avec la libéralisation à venir du marché postal Français. Mais cette victoire des investisseurs est une défaite du citoyen et des consommateurs.
Source : http://www.lemonde.fr/economie/article/2008/08/29/la-post...
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