07.09.2011
Caroline Fourest décrypte Marine Le Pen (1/2)
Caroline Fourest et Flammetta Venner sont des journalistes engagées dans la lutte contre tous les extrémismes, qu’ils soient politiques ou religieux. Assez logiquement, elles se sont penchées sur le cas de Marine Le Pen. Ayant beaucoup écrit sur elle, je ne pouvais pas passer à côté de ce livre.
L’économie pour les nuls
Coralie Delaume, du blog l’Arène nue, avait consacré un long et très bon papier à cette biographie. Elle y pointait autant les réussites (un très gros travail factuel qui en fait une biographie très complète, un ton qui reste souvent assez objectif) que les limites (analyse économique superficielle, pas d’analyse de l’aspect social du vote FN, conclusion ratée). Mais malgré tout, je souhaite apporter également mon regard sur cette biographie qui permet de mieux connaître Marine Le Pen.
La partie consacrée à l’économie, courte, est navrante. Son seul intérêt est de rappeler qu’en 2002, le FN promettait de réduire la pression fiscale à 35% du PIB... Ainsi les auteurs affirment : « pourtant, ni la mondialisation ni l’UE n’empêchent de revoir l’imposition fiscale de façon à prendre aux plus riches pour redistribuer aux plus pauvres ». Sauf que la liberté de circulation des capitaux permet l’évasion fiscale et pousse les taux à la baisse pour les plus riches…
Parce que Marine Le Pen dénonce les niches fiscales, elles les défendent ! Elles affirment : « Marine Le Pen souhaite aussi le rétablissement de l’échelle mobile des salaires pour indexer les salaires sur l’évolution des prix. Une mesure qui conduirait à refuser la moindre sécurité de revenu et à déréguler les acquis sociaux. Pas vraiment de gauche ». Par-delà la formulation confuse, elles se trompent puisque l’échelle mobile des salaires est une mesure de gauche actuellement démantelée en Europe…
Mais le pire est atteint avec l’euro : « Un foyer ayant épargné 6000 euros se retrouvera du jour au lendemain avec 6000 francs au lien de 39360 francs… Mais le coût de la vie grimpera. L’essence par exemple (…) pourrait augmenter de 50% ». « Les Français auraient le niveau de vie des Roumains ». En fait, la dévaluation de 20% évoquée par le FN, augmenterait le prix de l’essence de 5%. Enfin, les auteurs confondent ancien et nouveau franc, comme l’avait signalé Coralie.
Une laïcité à géométrie variable
Heureusement, la partie consacrée à la laïcité est très réussie. Elle est d’autant plus intéressante que les auteurs sont de vraies républicaines rejetant avec vigueur toute remise en cause de la loi de 1905. Sur ce sujet, elles ont un discours très proche du mien, entre autres quand elles estiment le nombre de musulmans pratiquants en France autour du million pour souligner que « le risque de voir l’identité de la France menacée par une invasion musulmane s’éloigne ».
Les auteurs soulignent que « le costume choisi par Marine Le Pen est intelligent. Dommage que les coutures se voient tant ». En effet, comment ne pas voir que la laïcité version FN est clairement dirigée contre l’islam, abusivement assimilée à l’islamisme, et très complaisante avec les fondamentalistes qui occupent Saint-Nicolas du Chardonnet (où Marine Le Pen a fait baptiser ses enfants) ou le Concordat accordé à l’Alsace et la Lorraine, comme Mélenchon l’avait souligné.
D’ailleurs, Marine Le Pen a dit que « la liberté, l’égalité et la fraternité sont des valeurs chrétiennes qui ont été dévoyées par la Révolution Française » et dans son dernier livre, elle dénonce « l’émergence sur notre sol d’une nation musulmane ». Les auteurs soulignent le rôle de l’économie : « comment explique que cette dérive communautariste et intégriste n’ait pas eu lieu dans les années 1970, au plus fort de l’immigration maghrébine ? Mais dans les années 1990-2000 ? ».
Sur les prières de rue, elles soulignent que ce n’est pas le rôle de la République de construire des mosquées, et affirment qu’il y en a suffisamment. Pour elles, « Les images de ces fidèles bravant la loi pour prier en pleine rue n’en finissent pas de nourri le racisme antimusulmans et la propagande de l’extrême droite ». En fait, elles démontrent bien comment les extrêmes se renforcent mutuellement par leurs excès : le FN est le meilleur allié des islamistes et inversement.
Il est dommage que les auteurs se soient aventurées ainsi sur le terrain économique, car leur analyse républicaine vaut vraiment le coup. Je poursuivrai dans un second temps sur les membres du FN.
Source : « Marine Le Pen », Caroline Fourest et Fiammetta Venner, Grasset
08:55 Publié dans Actualités, Livres | Lien permanent | Commentaires (42) | Envoyer cette note | Tags : caroline fourest, flammetta venner, marine le pen, front national, coralie delaume, laïcité, islamisme, saint nicolas du chardonnet
16.04.2011
Immigration, laïcité : ni angélisme, ni agitation, ni stigmatisation
Aujourd’hui, il est difficile de parler d’immigration et de laïcité tellement le débat politique est caricatural. A quoi pourrait ressembler une politique respectant nos principes, ferme et non stigmatisante ?
Angélisme, agitation, stigmatisation
Le Parti Socialiste a toujours été mal à l’aise sur ces questions et c’est bien la raison pour laquelle Nicolas Sarkozy met ces débats sur la table. Toujours prêt à défendre les sans papiers, à combattre les expulsions, le PS semble ne pas s’être remis de la phrase de Michel Rocard « on ne peut pas accueillir toute la misère du monde ». Mais les Français ont du mal à comprendre cette volonté d’accorder des droits supplémentaires alors qu’ils doivent renoncer à une partie des leurs…
A droite, l’UMP vire identitaire avec les déclarations de Claude Guéant. Mais cette agitation verbale est pour le moins paradoxal de la part des personnes en charge de ses questions depuis neuf ans. En effet, Nicolas Sarkozy n’aurait-il pas pu s’apercevoir avant qu’il faut réduire les flux migratoires et que les traités européens le privent d’une grande partie de sa capacité d’action avant ? Les Français ne sont pas dupes de cette agitation électoraliste, qui les pousse dans les bras du FN.
Mais du côté de Marine Le Pen, on navigue sur des fantasmes de « substitution » de la population et d’un nombre d’immigrés présenté comme le plus haut d’Europe alors qu’il est un des plus faibles en réalité, même en s’appuyant sur les statisticiens officiels du FN. En outre, la présidente du FN propose bien cavalièrement de diviser par 20 les flux migratoires, ce qui supposerait de refuser la manne financière et d’influence que représentent les étudiants étrangers.
Immigration et laïcité en version républicaine ?
Tout d’abord, il faut mettre fin aux fantasmes et souligner que l’immigration n’est pas si massive en France. Ensuite, il n’y a pas de danger de substitution. Plus important encore, il faut arrêter la stigmatisation et la généralisation abusive : une grande majorité des musulmans respectent les lois de la République. Il n’y a qu’une minorité d’intégristes, comme dans les autres religions (point important à noter) et face à eux, nous devons veiller au respect des principes de notre République.
Malgré tout, la réduction des flux a du sens sachant qu’il y a un million de chômeurs de plus depuis 2007, ce qui complique l’intégration des immigrés (qui ont plus de mal à trouver un emploi) et remet en cause le motif professionnel. En outre, la crispation actuelle de la société n’arrange pas les choses. Du coup, il faut mettre en place des quotas pour assurer la réduction des flux migratoires sur le prochain mandat pour s’adapter à la situation actuelle et chercher à déconcentrer les immigrés.
On pourrait se mettre d’accord pour diviser par deux les flux migratoires hors étudiants (un atout stratégique pour notre pays), ce qui réduirait le solde net à zéro selon les chiffres de l’INSEE ou le diviserait par trois si on se base sur les chiffres de Michèle Tribalat. Mais pour faire cela, il sera essentiel de rétablir de véritables frontières, avec des douaniers et ainsi sortir de l’espace Schengen, qui ne permet pas à un pays de véritablement maîtriser ses flux migratoires.
En outre, toute remise en cause de la loi de 1905 ou de nos principes républicains de liberté, égalité et fraternité doit être combattue, comme cela a été fait pour la burqa, cette prison mobile pour les femmes. L’Etat ne saurait financer des lieux de culte. Mais on pourrait également se poser la question du concordat qui a été accordé à l’Alsace et à la Moselle. Enfin, au-delà de la burqa, on pourrait même s’interroger sur le voile, dont le principe cadre mal avec nos valeurs.
Il est à espérer qu’il soit encore possible de débattre sereinement, posément et factuellement de ces questions sans que des anathèmes soient jetés à la figure. C’est ce que j’ai essayé de faire.
10:55 Publié dans Actualités, Parti Socialiste, Sarkozy, Société | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : immigration, laïcité, ps, michel rocard, claude guéant, ump, nicolas sarkozy, marine le pen, fn
20.06.2009
Pour l’interdiction du port de la burqa en public
C’est la polémique du moment : un groupe de députés a demandé une commission d’enquête sur le port de la burqa en France. L’objectif : aller encore plus loin que l’interdiction du port du voile dans les écoles et interdire le port de la burqa dans l’ensemble des lieux publics.
Un débat qui rebondit
Barack Obama, qui avait récemment appelé les pays européens à laisser davantage de liberté dans l’expression des choix religieux, est servi ! Notre pays, tout à sa tradition laïque et interventionniste, semble parti pour restreindre le port de la burqa sur notre territoire. Après le débat sur le port du voile, qui s’était terminé par une interdiction, nous pourrions aller encore plus loin.
Hier soir, sur Canal Plus, dans le Grand Journal, Joseph Macé-Scaron, de Marianne, rappelait que le port de la burqa n’est absolument pas un héritage religieux puisqu’il date seulement de quelques décennies. En cela, il n’est qu’une coutume récente. Et cette coutume pose des problèmes qui vont bien au-delà des questions religieuses pour toucher les droits de l’homme et de la femme.
Une prison mobile
C’est Corinne Lepage qui a utilisé le terme hier, à raison. La burqa est l’outil d’une discrimination flagrante des femmes. Bien sûr, certaines femmes peuvent choisir d’en porter. Mais combien le font par pression, sans réellement le vouloir ? Ne peut-on pas imaginer que beaucoup de femmes qui la portent n’ont pas vraiment envie de la porter ?
Bien sûr, les libéraux libertaires, comme mon collègue H16 de Kiwi, dans un papier bien écrit et habile, peuvent défendre le port de la burqa en ridiculisant l’intervention de l’Etat dans le choix de l’habillement des citoyens. Mais le port de la burqa va beaucoup plus que cela. La burqa est un symbole et un outil de la discrimination des femmes, un vêtement qui signifie leur infériorité et les coupe de la société.
Pour l’interdiction
En cela, il est parfaitement légitime qu’elle soit interdite dans la sphère publique. La burqa est une insulte à la devise de la République. Une insulte à la liberté car beaucoup de femmes qui la portent ne la porte pas librement. Une insulte à l’égalité entre les femmes et les hommes. Une insulte à la fraternité tant elle constitue une prison sociale pour celles qui la portent, les éloignant des autres.
Il est donc parfaitement légitime que l’Etat intervienne et interdise le port d’un tel vêtement en public (en privé, cela est une autre affaire) pour bien signifier que les pratiques discriminatoires non seulement ne sont pas reconnues mais sont même combattues, contrairement à ce que les communautaristes anglo-saxons cherchent à mettre en place.
Pour cela, j’espère que cette commission d’enquête parlementaire aboutira sur une proposition de loi qui interdira purement et strictement le port de la burqa en public. Cela montrera que la devise de la République reste encore vivace dans les esprits.
Source : http://www.lemonde.fr/politique/article/2009/06/19/fadela...
http://h16.free.fr/index.php?2009/06/18/594-brops-burqa-e...
10:59 Publié dans Actualités, Société | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : burqa, corinne lepage, joseph macé-scaron, voile, laïcité
07.06.2009
La nouvelle faute laïque de Nicolas Sarkozy
À l’occasion de sa rencontre avec Barack Obama lors des cérémonies anniversaires du 6 juin, Nicolas Sarkozy s’est dit d’accord avec le président Américain sur la question du port du voile islamique.
Un glissement sémantique d’importance
« Je suis totalement d'accord avec le discours du président Obama, y compris sur la question du voile », a déclaré Nicolas Sarkozy, hier. En Egypte, le président Américain avait dit qu' « il importe que les pays occidentaux évitent d'empêcher les musulmans de pratiquer leur religion comme ils le souhaitent, par exemple en dictant ce qu'une musulmane devrait porter ». Certains l’avaient interprété comme une critique de certaines lois, notamment l’interdiction Française de port du foulard dans les écoles publiques.
Nicolas Sarkozy a affirmé qu’« en France une jeune fille qui veut porter le voile peut le faire. C'est sa liberté ». Il y a mis deux limites : le guichet des administrations ainsi que la volonté des jeunes filles musulmanes soit respectée et que le port du voile ne leur soit pas imposé. Son entourage est intervenu pour rappeler l’interdiction qui frappe l’école publique. Enfin, il a rappelé avoir beaucoup fait « pour que les musulmans puissent vivre leur foi comme n'importe quelle religion ».
Un nouveau dérapage communautariste
Même si la popularité de Barack Obama lui permet de faire avancer ses idées communautaristes avec un masque attrayant, la réalité n’en a pas changé pour autant. Bien sûr, le président précise que la volonté des femmes doit être respectée, mais qui peut-il tromper avec un tel discours ? Tout le monde sait qu’un certain nombre de femmes sont contraintes par leur famille de porter un voile islamique contre leur volonté mais qu’elles refusent de l’admettre pour éviter tout problème.
Pire, le voile islamique est un signe qui montre l’infériorité des femmes par rapport aux hommes. À ce titre, il est doublement inacceptable : comme une remise en cause du principe d’égalité entre femmes et hommes et comme signe religieux dans un Etat laïc. La liberté de pratiquer sa religion doit s’arrêter quand elle remet en cause l’égalité ou la stricte séparation entre l’Etat et la religion.
Le vieux fond communautariste de Nicolas Sarkozy a pu avancer de manière attrayante sous la forme d’un accord avec une position de Barack Obama. Mais cette acceptation du port du voile est une nouvelle faute laïque du président.
Source : http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2009/06/06/sarkoz...11:38 Publié dans Actualités, Sarkozy, Société | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : laïcité, voile islamique, nicolas sarkozy, barack obama
11.05.2008
Sarkozy un an après : le président contre la République
Près de un an avant l’élection présidentielle, Nicolas Sarkozy avait considérablement changé son discours sur des questions où ses opinions étaient minoritaires (politique étrangère, laïcité, discrimination positive…). Malheureusement, une fois à l’Elysée, il est revenu dessus.
Il y a trois raisons principales à la victoire de Nicolas Sarkozy en 2007 : la faiblesse de ses adversaires, le sérieux et la compétence qu’il pouvait dégager par rapport à Ségolène Royal, et le virage républicain qu’Henri Guaino lui avait fait prendre dès 2006. En effet, il y a un peu moins d’un an, le candidat Nicolas mettait de l’eau républicaine dans son vin conservateur (« dissimulait » serait sans doute le meilleur terme). Oubliés la discrimination positive, l’éloge des religions (auquel il avait pourtant consacré un livre proprement incroyable), ou la critique publique de la politique de la France sur l’Irak. À l’exception du voyage aux Etats-Unis de septembre 2006, nous avons eu droit à un candidat qui s’était éloigné d’une partie des éléments les moins populaires de ses idées.
Mais chassez le naturel, il revient au galop une fois l’épreuve du suffrage universel passé. « Le néo-conservateur au passeport français » comme le décrivait si bien Eric Besson avant qu’il change de camp, a taillé en pièce les beaux habits républicains que son parolier Henri Guaino avait confectionnés. Alors que le candidat Nicolas avait évité les déclarations polémiques sur les religions pendant la campagne, le président Sarkozy est revenu à ses thèses antérieures. C’est ainsi que cet hiver, il a multiplié les déclarations plus incroyables les unes que les autres, vantant la supériorité du curé sur l’instituteur ou l’apport de la religion pour un Etat… en Arabie Saoudite. Nicolas Sarkozy déchire la tradition laïque pour proposer un rapprochement entre l’Etat et les religions dont on voit partout dans le monde qu’il est porteur de comportements extrêmes et dangereux.
En un an, Nicolas Sarkozy a aussi complètement remis en cause cinquante années de diplomatie française. La politique d’amitié indépendante par rapport aux Etats-Unis, initiée par le Général de Gaulle, et qui faisait consensus dans la quasi totalité de la classe politique, est une des premières victimes de la rupture, malgré les déclarations rassurantes du candidat. C’est ainsi que la France renforce sa présence en Afghanistan et se rapproche de l’OTAN, une organisation dont on se demande bien en quoi elle est adaptée aux temps actuels… Mais ce n’est pas tout, l’arrivée de Nicolas Sarkozy a marqué une perte d’influence historique de notre pays dans le monde. En Afrique, les traces du discours de Dakar, terriblement insultant, ont été encore aggravées par la réception de Kadhafi. Enfin, l’influence de notre pays en Europe est aussi basse que le niveau de l’amitié franco-allemande malgré l’agitation de notre président.
En un an, Nicolas Sarkozy a remis en cause des options politiques pourtant largement partagées en France, et qu’il avait évité de remettre en cause pendant la campagne. En agissant de la sorte, il se montre à la fois malhonnête et dangereux.
12:30 Publié dans Actualités, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, bilan, laïcité, dakar, politique étrangère



