19.02.2010
Joseph Stiglitz dénonce la gestion de la crise
Le prix Nobel d’économie 2001 est aujourd’hui un des économistes les plus connus de la planète. En tournée à Paris pour faire la promotion de son dernier livre, il livre un diagnostic cruel sur la réponse apportée par les dirigeants de la planète à la crise économique.
Un constat amer
Joseph Stiglitz dénonce l’ensemble des décisions prises par les gouvernements : « Depuis deux ans, nous tournons en rond. Nous en restons à la surface des choses, aux bonus, aux traders. On a compensé par des emprunts ce qui ne va pas aux salaires. Ce qui a permis de maintenir la croissance et de rendre euphorique les marchés. » Désabusé, il souligne que les banques qui ont été sauvées par les Etats spéculent et font désormais de l’argent sur les risques de défaut de ces mêmes Etats…
Les politiques de rigueur lui semblent dangereuses car elles pourraient plonger l’Europe et les Etats-Unis dans un scénario de croissance molle à la japonaise. Pour lui, la réduction de la dette ne doit pas être la priorité du moment. Il suggère même de relancer l’inflation pour l’effacer, même s’il reconnaît que cela sera difficile. Il souligne que les 180 milliards d’aides versés à AIG représentent 25 années d’aide à l’Afrique et que le salaire médian baisse aux Etats-Unis.
Un constat lucide
Malgré tout, son discours a quelques limites. Marianne 2 soulignait récemment qu’il avait appartenu à une administration Clinton qui n’avait pas été la dernière à faire avancer l’agenda néolibéral, notamment pour la déréglementation de la finance. On peut également souligner qu’il se limite à des propositions très générales (renforcement de la justice sociale, réduction du rôle des marchés financiers) et ne fait pas des propositions très précises pour construire un système alternatif.
Cependant, on peut imaginer qu’il le fait davantage dans son livre « Le triomphe de la cupidité ». Par exemple, dans « La grande désillusion », il prenait position pour une taxe Tobin. Et puis, je ne crois pas qu’il faille le disqualifier parce qu’il a fait partie d’une administration qui a fait avancer l’agenda néolibéral. Après tout, nous ne savons pas s’il ne poussait pas dans une direction différente. Et même s’il ne le faisait pas, cela signifierait qu’il a fait une révolution intellectuelle intéressante.
L’immense intérêt de Joseph Stiglitz est de populariser une critique sans concession du système économique actuel. Et même s’il est un libéral repenti, cela vaut toujours mieux que les anciens gauchistes zélateurs sans concession du système qu’ils critiquaient hier.
10:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : joseph stiglitz, la grande illusion, le triomphe de la cupidité, marianne 2



