25.04.2011

Immigration : ni angélisme communautariste, ni repli identitaire

La semaine dernière, j’ai eu l’occasion de débattre d’immigration pour le site Enquête et Débat avec Jean-Yves le Gallou, un ancien dirigeant du Front National, qui a rejoint le MNR de Bruno Mégret. L’occasion de constater à nouveau le fort clivage qui me sépare des identitaires.

La stigmatisation des identitaires

M. le Gallou connaît particulièrement bien les questions d’immigration, dont il s’est fait une spécialité. Il connaît toute une multitude d’exemples de dérapages non conformes avec notre tradition républicaine. Mais de manière très intéressante, malgré mes innombrables relances, il est resté dans un discours généralisant et excessif. Ainsi, les étudiants étrangers qui viennent en France ne seraient ni bons ni travailleurs ou nous pourrions nous voir imposer le ramadan dans les années à venir…

Malgré le débat, il n’a pas voulu admettre que la France est un pays de relative faible immigration en Europe, malgré l’évidence des statistiques britanniques : il y a un demi-million d’immigrés qui rentrent en Grande-Bretagne par an, contre deux cent mille en France… Malgré les évidences, il n’a pas voulu démordre du fantasme de substitution (pourtant, la population hors immigrés et enfants d’immigrés augmente de deux cent mille personnes pas an).

L’angélisme communautaire

Mais refuser la stigmatisation ou les déclarations mensongères qui ne font qu’accroître les tensions dans notre pays ne mène pas forcément à un angélisme qui peut rapidement céder au communautarisme. A ce titre, les réactions hystériques de la gauche et du Medef à l’annonce faite par le gouvernement de réduire de 10% seulement les flux migratoires sont totalement ridicules. Le contexte économique actuel justifie très largement une telle mesure.

En effet, il est bien évident qu’avec un tel chômage en France, il sera beaucoup plus difficile pour les immigrés de trouver du travail, ce qui rendra beaucoup plus difficile leur intégration. Comme l’a souligné Nicolas Dupont-Aignan dans son débat sur I-télé avec Olivier Besancenot, il est piquant de voir la gauche et l’extrême-gauche s’en prendre à cette mesure de concert avec Laurence Parisot, dont on se doute que ce ne sont pas des buts humanistes qui l’animent.

En outre, et sur ce point je suis d’accord avec les identitaires, il est clair que le modèle intégrateur Français s’affaiblit. Il n’est pas vraiment satisfaisant de voir les manifestations de plus en plus bruyantes d’une appartenance communautariste gagner du terrain dans la rue. En revanche, il ne faut pas oublier de dire que ces agissements ne sont le fait que d’une minorité, éviter les généralisations abusives ou de véhiculer le fantasme que la France pourrait ne plus être la France à l’avenir.

Une troisième voie

Aujourd’hui, entre des conditions économiques qui compliquent l’intégration des immigrés et l’absence de véritable besoin d’immigrés pour notre pays, il faut réduire les flux migratoires. En revanche, il ne faut surtout pas mettre un frein aux flux d’étudiants, qui nous apportent devises et influence. C’est pourquoi on pourrait par exemple baisser de 50% les flux migratoires liés à la famille et au travail pour le prochain mandat, ramenant les entrées à 130 / 140 000 par an.

Parallèlement, le gouvernement doit tout à la fois être extrêmement ferme sur les principes qui gouvernent notre république et ne pas céder au relativisme communautariste, mais sans jamais tomber dans la stigmatisation ou la caricature qui déchirent notre tissus national. En effet, le meilleur moyen de pousser la majorité républicaine dans les bras de la minorité intégriste est de les assimiler à ces derniers, comme le font Front National et d’une certaine mesure l’UMP.

Entre l’angélisme confondant et parfois trop relativiste du PS, l’agitation identitaire qui ne résout rien de l’UMP et la stigmatisation et les fantasmes véhiculés par le Front National, il y a d’autres voies possibles.

07.02.2009

Barack Obama vire à gauche

C’est Paul Krugman qui doit être content ! Alors que l’équipe économique du nouveau président était jugée centriste aux Etats-Unis, son coup de gueule contre les bonus des banquiers et sa proposition de limiter les salaires des dirigeants des entreprises aidées par l’Etat marquent un vrai tournant à gauche.

Le virage dirigiste de l’administration Américaine

Barack Obama avait déçu certains de ses soutiens en choisissant une équipe économique très libérale, comprenant notamment Paul Volcker, ancien président de la Fed  ou Laurence Summers, ancien membre de l’équipe de Bill Clinton. L’hebdomadaire ultralibéral The Economist avait alors soupiré d’aise en soulignant qu’il avait écarté des « gauchistes » comme Robert Reich ou Paul Krugman. Bref, la remise en cause du système économique actuel ne semblait pas devoir être à l’agenda du nouveau président des Etats-Unis, malgré tous les espoirs qu’il avait pu soulever.

Mais depuis quelques jours, le président Obama tient des propos très durs qui pourraient indiquer un véritable virage dirigiste. Il a dénoncé le caractère « honteux » des 18 milliards de dollars de bonus distribués par les banques Américaines en 2008 malgré la crise et le soutien massif des autorités publiques. Encore plus fort, il vient d’annoncer qu’il souhaitait limiter le salaire des employés des entreprises secourues par l’Etat à 500 000 dollars annuels, alors que certains dirigeants touchaient plus de 10 millions auparavant, doit une réduction de plus de 95% !!!

Une France plus libérale que les Etats-Unis !

Quand on ajoute à ces annonces le fait que le président a annoncé le plus grand plan de relance des pays occidentaux avec 800 milliards de dollars (soit près de 6% du PIB) et que l’administration Américaine s’est retrouvée contrainte de nationaliser plusieurs institutions financières, on constate que les Etats-Unis ont adopté une réponse beaucoup plus dirigiste à la crise qu’une France dont le plan de relance reste limité, où le gouvernement prête aux banques au lieu de rentrer dans leur capital et où les postures de Nicolas Sarkozy ne trouvent pas de traduction en mesures concrètes.

C’est ainsi que Laurence Parisot a dénoncé la proposition de Barack Obama de limiter les salaires des dirigeants des entreprises aidées car elle juge « qu’il faut laisser à l’entreprise la liberté de fonctionner » ! Il n’est pourtant pas compliqué de constater que si les Etats avaient laissé leur liberté aux marchés, l’ensemble du secteur financier aurait fait faillite. En outre, comment ne pas constater l’indécence de dirigeants qui touchent des milliards de l’Etat pour sauver leurs entreprises de la faillite et qui refusent de remettre en question des rémunérations aussi élevées ?

Ce virage à gauche du président Américain ne préjuge pas de la réponse qu’il apportera  à la crise mais elle représente néanmoins un véritable espoir que le sommet du G20 ne servira pas seulement à sauver le système mais également à le refonder. Rendez-vous en avril.

Source : http://www.lefigaro.fr/marches/2009/02/04/04003-20090204A...

http://fr.news.yahoo.com/75/20090205/ten-laurence-parisot...