12.04.2011

FN : la faute politique de Sophia Aram

La polémique consécutive à la chronique de Sophia Aram, qui avait traité les électeurs du Front National de « gros cons » rebondit. L’humoriste chroniqueuse de France Inter revient dans le Monde sur les critiques qu’elle a affrontées et prend les mêmes accents que Laurent Joffrin ou Nicolas Demorand.

De la normalisation du Front National

Pourtant, je suis assez d’accord avec le titre du papier publié par le journal vespéral. Oui, il y a une « banalisation médiatique du Front National ». Marine Le Pen est extrêmement habile et a parfaitement réussi à vendre sa transformation, y compris à Olivier Ferrand, dans le même journal qui a publié ce papier, lui accordant un blanc seing assez stupéfiant. Bref, ce traitement n’est pas uniquement cantonné aux médias qu’elle attaque.

Et, étant également surpris par cette banalisation bien hâtive du FN, que je considère toujours d’extrême-droite et comme n’ayant que très marginalement changé, j’ai souvent pris la plume pour dénoncer les dérapages de Marine Le Pen ou de ses troupes : sur sa complaisance avec les dérapages de son père, sur « l’Occupation », sur le congrès du FN, sur ses mensonges sur l’immigration, sur le nazillon candidat aux cantonales, sur l’éloge de Bastien-Thiry sur Nations Presse Infos

L’autisme d’une certaine gauche

Mais la tribune de Sophia Aram est extrêmement symptomatique de cette gauche qui finit par mépriser un peuple dont elle n’entend pas la souffrance. D’ailleurs, elle ne répond pas aux critiques qui lui sont faites. Guy Carlier critique l’emploi du terme « gros cons », tout comme Philippe Bliger, qui note justement qu’elle « manifestait une haine de l’autre ». Bref, elle fait aux électeurs du FN exactement ce qu’elle reproche au FN de faire aux étrangers et immigrés, dans une triste ironie.

Son argumentation est particulièrement malhonnête puisqu’elle écrit qu’on lui reproche de « manquer de courtoisie » à l’égard de Jean-Marie Le Pen, ce qu’aucun des chroniqueurs cités n’a soulevé, chacun insistant sur l’insulte faite aux électeurs. Se faisant, elle en profite pour faire un énième procès à Philippe Cohen et Elisabeth Lévy, qui semblent décidemment être dans le collimateur d’une certaine presse, après le Nouvel Observateur, Libération ou Bruno-Roger Petit.

Tout ce petit monde dresse en effet un procès à tous ceux qui pensent différemment d’eux en les accusant d’être des rabatteurs du FN. Pourtant, ils n’ont pas compris qu’en fait ils sont des remparts, en montrant que certaines idées peuvent être défendues par de parfaits républicains. Au contraire, c’est l’indifférenciation qui sert le FN, le mélange du bon grain et de l’ivraie qui favorise alors cette dernière, comme le soutiennent Philippe Cohen, Elisabeth Lévy ou Laurent de Boissieu.

Il faut distinguer les électeurs du parti

Attaquer les électeurs du FN (un signe de « prolophobie » ?) est sans doute le meilleur moyen de le renforcer. Même si on s’oppose radicalement à Marine Le Pen, il faut chercher à comprendre pourquoi tant de Français votent ainsi. Emmanuel Todd a eu cette très belle formule : « les Français ne sont pas racistes, ils sont malheureux ». Non, Sophia Aram, Jean-Marie Le Pen n’est pas « le thermomètre fiché dans le derrière des Français pour mesurer leur xénophobie ».

Le vote FN n’est pas principalement un vote xénophobe, il est surtout un vote de rejet de la droite et de la gauche, de l’UMP comme du PS, des partis qui ont trop déçu. Et le vote Front National est un vote profondément social : près de 40% des ouvriers déclarent vouloir voter pour Marine le Pen en 2012, un immense signe d’échec pour la gauche, qui ne parvient pas à apporter des réponses à leurs problèmes de chômage, de pouvoir d’achat et d’insécurité.

Et oui, ce genre de chronique a toutes les chances de faire monter le FN, ce qui explique la vive réaction d’un Guy Carlier, qu’on ne peut pas soupçonner de complaisance à l’égard de ce parti. Car une telle chronique ne va pas convaincre un électeur hésitant de ne pas voter FN. Bien au contraire, le mépris, l’agressivité et l’outrance de ces attaques ont toutes les chances de lui faire passer le Rubicon.

En attaquant bêtement et agressivement les électeurs du FN, Sophia Aram a mérité des réactions très vives, d’autant plus qu’elle utilise les mêmes généralisations que celles du parti qu’elle dénonce à l’égard des immigrés ou des musulmans. Ce faisant, elle a fait une faute politique qu’elle ne semble pas comprendre.

26.03.2011

Lettre ouverte à quelques compagnons tentés par le vote FN

Demain a lieu le second tour des élections cantonales. Quelques uns de mes amis, exaspérés par le gouvernement, le PS, l’Europe, la crise, sont tentés de franchir un drôle de Rubicon et voter FN. Si je comprends leur colère, que je partage, je crois que cela n’est pas la solution.

Patriotisme et nationalisme

Je tiens à remercier Laurent de Boissieu qui m’a donné l’idée de cet article en publiant un papier de Nations Presse, la vitrine frontiste d’Internet. Parmi les nombreuses citations attribuées au Général (mais non authentifiées), il en est une que j’apprécie particulièrement : « le patriotisme, c’est l’amour des siens, le nationalisme, c’est la haine des autres ». Je crois que ces mots encapsulent de manière particulièrement forte toute la différence qui existe entre le gaullisme et l’extrême-droite.

Car dans l’ADN du Front National, il y a bien une haine de l’autre, de l’étranger, de l’immigré, du musulman. En cela, le discours de Marine Le Pen n’a pas varié d’un iota par rapport à celui de son père, les gros dérapages occasionnels mis à part (encore que celui sur l’Occupation était significatif). Le gaullisme n’a jamais été la haine des autres, mais au contraire un amour de la patrie et des Français qui lui permettait de se projeter dans le monde et d’aimer l’autre, justement.

Gaullisme et extrême-droite ne sont pas solubles

Bien sûr, on pourra toujours soutenir qu’il y avait des éléments d’extrême-droite dans la France Libre, mais ils étaient très minoritaires et justement, le général de Gaulle a réussi l’exploit de rassembler des Français de toutes les origines, de toutes les confessions, de toutes les convictions, sans exclusive, avec un respect des uns et des autres, rassemblés pour défendre une idée qui les dépassait tous, le combat pour une France libre. Le général de Gaulle n’avait rien d’extrémiste.

En outre, il faut rappeler que les gaullistes et l’extrême-droite se sont souvent combattus dans le passé. Tixier-Vignancourt, candidat d’extrême-droite à l’élection présidentielle de 1965, dont Jean-Marie Le Pen était alors le directeur de campagne, avait appelé à voter pour François Mitterrand au second tour de l’élection présidentielle plutôt que pour Charles de Gaulle. Les rangs des assassins du Général étaient essentiellement composés de personnes d’extrême-droite.

Au FN, la haine du Général

Tout ceci donne une perspective particulière aux tribunes publiées sur le site Nations Presse, qui a publié un papier très élogieux au sujet du colonel Bastien-Thiry, l’organisateur de l’attentat du petit Clamart contre le Général. Plus marquant encore, je vous invite à lire ces deux papiers dont l’antigaullisme primaire devrait faire réfléchir certains compagnons dans l’isoloir. En outre, ils émanent d’un site récent (qui a seulement un an) et proche de la direction actuelle.

Pour ceux qui ne voudraient pas cliquer sur les liens, voici quelques extraits. Il est écrit que le colonel Bastien-Thiry a été « assassiné sur ordre de celui qui aura trahi l’Algérie Française ». On retrouve également cette citation: « lorsque la pierre tombale de l’Algérie Française aura été scellée par la volonté acharnée d’un homme épaulé par la lâcheté de tout un peuple, je n’abandonnerai jamais l’idée de pouvoir débarrasser mon pays du personnage qui a corrompu l’âme de la France ».

Bien sûr, nous partageons avec ses électeurs une partie de notre critique de la situation actuelle (tant vis-à- des politiques suivies par l’UMP et le PS ou de cette europe). Bien sûr, nous partageons certaines des solutions que nous souhaiterions mettre en œuvre. Mais non seulement, les côtés obscurs du Front National subsistent toujours, mais surtout, la nature profonde de nos courants de pensée est différente. Le gaullisme n’est pas soluble dans l’extrême-droite.

C’est bien pourquoi, à titre personnel, même si je ne vote pas demain, puisque je réside à Paris, je n’hésiterais pas une seconde entre un bulletin Front National et un bulletin UMP, PS ou autre. Dans tous les cas, je ne me contenterais pas d’un vote blanc et je prendrais le second.

22.03.2011

Cantonales : une répétition pour 2012 ?

Dimanche, une petite moitié des Français appelés aux urnes ont voté pour les élections cantonales. Un scrutin qui confirme les sondages : une déception générale de la politique illustrée par l’abstention,  l’UMP au plus mal, un PS devant par défaut et une percée spectaculaire du FN.

Une confirmation des sondages

Finalement, le vote des Français démontre que les derniers sondages ont du sens. Je vous invite à vous rendre sur le blog de Laurent de Boissieu qui présente un historique des résultats aux élections cantonales, en analysant les résultats de 2004 et de 2008. La percée du FN n’en prend que plus de relief : 15%, soit trois fois plus que les 5% en 2008, dépassant le record de 2004 (12%). En outre, le score moyen monte à 19% dans les cantons où il est présent.

Parallèlement, le score de l’UMP est désastreux : 22% avec la majorité (17% stricto sensu), contre 25% en 2004 et 2008. Le total de la droite (qui inclut des partis d’opposition comme DLR, qui a signé quelques beaux résultats), ressort à 31% contre 37% en 2004 et 41% en 2008 ! Le score du PS est médiocre (25% ou 32% avec les divers gauche), soit moins qu’en 2004 (33.5%) et en 2008 (35%). La gauche de la gauche se maintient à 9%, les Verts doublent leur score à 8%.

Bref, le résultat est assez clair : un désastre absolu pour la majorité présidentielle qui perd dix points en seulement trois ans, au profit intégral du Front National. Le vote des Français est net : ce que perd l’UMP est directement récupéré par le Front National. Le Parti Socialiste ne profite qu’indirectement de la déconfiture des troupes de Nicolas Sarkozy, signe qu’il ne convainc pas du tout les Français puisque les écologistes lui grignotent même quelques électeurs.

L’UMP, entre déni et ubuesque

Il faudra un jour que quelqu’un dise à Nicolas Sarkozy à quel point les éléments de langage qu’il transmet à ses équipes sont totalement grotesques. Le ministre de l’intérieur n’a vraiment pas eu peur du ridicule en additionnant les voix de tous les divers droite à celles de l’UMP mais sans le faire pour le Parti Socialiste, permettant à Martine Aubry et Marine Le Pen d’attaquer cette présentation malhonnête des choses. En niant la réalité, ils perdurent dans l’erreur…

La position présentée par Jean-François Copé pour les seconds tours PS/FN a sans doute atteint le comble du ridicule. En refusant d’appeler à faire barrage au FN tout en indiquant qu’il appelait à ne pas voter pour eux, l’UMP parvient l’exploit de se fâcher avec tout le monde en boycottant le parti de Marine Le Pen, qui n’est pas véritablement moins ostracisé tout en ne rendant pas son pareil à la gauche qui a indiqué clairement qu’elle soutenait l’idée de Front Républicain.

Se faisant, si Copé est devenu le menuisier en chef de la langue de bois, au lieu de l’arrêter, sa position est contredite ou complétée de manière anarchique par ses troupes entre un Xavier Bertrand qui indique qu’il votera blanc et une Valérie Pécresse qui dit qu’elle fera barrage au Front National, tout comme François Fillon. Bref, beaucoup ne suivent pas la position ubuesque proposée par le Secrétaire Général de l’UMP qui semble décidemment jouer la défaite en 2012.

Bref, entre une majorité largement désavouée et perdue dans des discours inaudibles et un Front National qui récupère tous les déçus de Nicolas Sarkozy, le Parti Socialiste devrait gagner par défaut, sans le moindre enthousiasme des Français, faute de mieux.

26.08.2010

François Hollande, l’attaque du vide

Cette semaine, l’ancien premier secrétaire du Parti Socialiste était l’invité de Jean-Pierre Elkabbach sur Europe 1. Celui qui espère (espérait ?) pouvoir être le candidat de son parti pour les élections présidentielles en 2012 a une nouvelle fois démontré l’inutilité totale et affligeante des socialistes.

Contradictions et mauvaise foi

François Hollande était bien mal à l’aise sur la question de l’expulsion des Roms. S’il a attaqué le gouvernement, il a bien été obligé de reconnaître que l’expulsion n’est pas vraiment une solution du fait des contraintes européennes qui permettent aux ressortissants de Roumanie et de Bulgarie la libre circulation au sein de l’intégralité de l’Union Européenne. S’il a soutenu qu’il fallait des réponses européenne, nationale et locale, il a bien été incapable d’esquisser le moindre début d’idée concrète, à part de proposer que tous les républicains s’y opposent, ce qui a déjà été fait…

Pour essayer de se dédouaner des problèmes actuels, il a souligné que c’est la droite qui a accepté l’entrée de la Roumanie dans l’Union Européenne. A cela, on lui répondra que le Parti Socialiste ne s’y est pas opposé, ni à l’échelle nationale, ni à l’échelle européenne. Face à un gouvernement qui s’agite tout en sachant que les Roms pourront revenir et un PS un peu perdu, Nicolas Dupont-Aignan rappelle qu’il s’était opposé à cet élargissement et propose de rétablir un contrôle aux frontières, seule solution pour éviter rapidement et efficacement de tels débordements.

Le bisounours de l’économie

Mais le député de Corrèze n’a guère été plus brillant sur l’économie. Son diagnostic est le suivant : la compétitivité de la France est en berne, de même que ses comptes publics. Il faut donc à la fois faire un effort de redressement et soutenir la croissance. Passons sur le fait qu’il n’avait pas la moindre proposition pour soutenir la croissance, il n’était guère plus à l’aise pour évoquer le moyen d’améliorer la situation budgétaire du pays. La pression de Jean-Pierre Elkabbach lui demandant ce que les socialistes feraient lui a fait parler d’ajustement des recettes et des dépenses.

Mais le pire était sa critique de l’action du gouvernement. Il a commencé par dénoncer les hausses d’impôt du gouvernement, ce qui est presque comique pour un socialiste. Pense-t-il qu’il faudrait uniquement des baisses de dépenses ? Il aurait au moins pu dire qu’on était obligé d’en passer par là et faire le lien avec sa critique du bouclier fiscal, de la baisse de TVA pour la restauration ou des exonérations de charges pour les heures supplémentaires (encore que cela est bien insuffisant). Enfin, l’idée de raboter les niches fiscales est plutôt bonne et il aurait pu avoir le recul pour l’admettre.

Bref, de cette bouillie politique ne subsistait qu’une critique finalement très convenue et franchement paresseuse du gouvernement, sans la moindre proposition alternative. Pas étonnant qu’il n’arrive pas à convaincre les Français de son destin présidentiel…

Lire le très bon papier de Laurent de Boissieu sur les Roms, auquel je souscris totalement

02.12.2009

La tentation anti-démocratique

Le récent vote de la Suisse pour l’interdiction de la construction des minarets fait surgir un nouveau débat sur la pertinence des référendums, débat qui révèle des tendances bien peu démocratiques au sein d’une partie de l’élite politico-médiatique.

Ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain

Le résultat de ce week-end fait dire à Jean Quatremer, blogueur célèbre à tendance fédéraliste : « en laissant s’exprimer la peur de l'autre, le refus de la rationalité, l'intérêt immédiat, le référendum est décidément un instrument dangereux aux mains des démagogues de tous poils. On comprend mieux pourquoi plusieurs pays démocratiques l'ont tout simplement interdit ».

Mais c’est une chose de donner de temps en temps la parole au peuple pour des choix structurants pour l’avenir du pays (Algérie, choix d’une Constitution, acceptation d’un traité européen), c’en est une autre que d’instaurer un système de votation, où les citoyens votent très souvent pour tout et n’importe quoi, comme en Suisse. Le système Français donne au référendum un caractère exceptionnel et particulier qui permet à la nation de vraiment se prononcer sur son avenir.

De même que Laurent de Boissieu, je suis opposé au droit d’initiative législative populaire, qui opère un dangereux glissement vers la démocratie d’opinion. Il est proprement hallucinant qu’un tel sujet ait été soumis au vote des Suisses et il ne s’agit en aucun cas d’un sujet pour un référendum, à moins de considérer que les citoyens doivent directement décider de la moitié des lois !

Démocratie contre démocratie

En revanche, les commentaires de Jean Quatremer et Autheuil révèlent une méfiance forte à l’égard du suffrage universel puisque le premier dénigre le référendum en bloc et le second l’élection du président de la République au suffrage universel. Laurent de Boissieu a raison de noter « une tentation de despotisme éclairé ». Car c’est bien cela qui aboutit à une limitation du pouvoir des politiques (par des contre-pouvoirs aux Etats-Unis ou des organismes indépendants en Europe).

Comment ne pas voir se dessiner la tentation d’une société post-démocratique où seraient toujours élus des parlements, mais où l’essentiel du pouvoir serait protégé des bas instincts populaires par des traités ligotant les politiques ? C’est la voie qui a été choisie par l’Europe pour se construire, en affaiblissant les nations par le biais de transferts de pouvoir vers des organisations technocratiques qui appliqueraient la même politique quelques soient les circonstances et la volonté des peuples.

Aux Etats-Unis, la voie choisie a été l’instauration d’une multitude de contre-pouvoirs qui limitent la capacité d’action du président. Le cas de Barack Obama est ici exemplaire. Il a gagné un mandat populaire limpide, dispose d’une large majorité dans les deux chambres mais éprouve les pires difficultés pour faire passer les lois issues de son programme. Comme l’avait dit un intellectuel, les Etats-Unis sont une « démocratie faible », soumise au diktat des lobbies, de l’argent et des intérêts particuliers.

Au contraire, la Cinquième République permet de véritables alternances où le gagnant d’une élection présidentielle a généralement les coudées franches pour appliquer son programme. Sans doute le système qui respecte le mieux la démocratie.