27.06.2011
Marine Le Pen sur France 2 : aplomb, esquives et incompétence
La semaine dernière, Marine Le Pen était l’invitée de « Des paroles et des actes », la nouvelle émission du service public en vue de l’élection présidentielle (une belle réussite sur le concept). L’occasion de mieux cerner la personnalité de la présidente du Front National.
Vraiment pas au niveau en économie
Le moins que l’on puisse dire, c’est que Marine Le Pen a de l’aplomb. Elle a su garder sa contenance pendant les deux heures de l’émission, plutôt une réussite vu le ton de certains intervenants... Cependant, sa prestation globale n’a pas été excellente. D’une part, elle a très souvent esquivé les questions qu’on lui posait. Elle partait souvent dans des grandes digressions pour, au final, ne pas répondre à la question qui lui était posée, malgré les nombreuses relances.
Ensuite, sur toute la partie économique du débat, la présidente du Front National a été extrêmement faible. Elle était incapable de sortir de ses discours pré écrits pour commencer un début de débat avec le journaliste qui lui était opposé. Elle manquait de la plus élémentaire connaissance de l’économie, étant incapable de répliquer aux chiffres de croissance trimestriels ou aux objections sur l’Etat stratège en évoquant Airbus, Ariane, le TGV ou le nucléaire...
Une politicienne comme les autres ?
Tout ceci pose un double problème. Tout d’abord, elle ne semblait clairement pas à la hauteur, ce qui est tout de même extrêmement gênant pour une candidate dont le programme comporte autant de propositions de rupture. Il est important de susciter la confiance et cette émission ne risque pas de rassurer sur les capacités du FN à gérer solidement une sortie de l’euro. Et cela permet aussi de s’interroger sur la sincérité du changement de programme économique tant il est mal assimilé.
En fait, Marine Le Pen m’est apparu comme une politicienne assez classique, avec un sacré aplomb compensant un manque de maîtrise patent de certains dossiers, une sorte de Nicolas Sarkozy inculte en économie. Si ses propositions tranchaient évidemment avec celles des autres partis, en revanche, son comportement rappelait beaucoup les travers classiques des hommes politiques : non réponse aux questions, noyage de poissons et maîtrise limite de certains dossiers.
Candidate dans un environnement hostile
Malgré tout, il faut reconnaître que Marine Le Pen a su affronter ses interlocuteurs avec une vraie courtoisie (à défaut de bonne foi), ce qui n’était pas vraiment leur cas à son égard. Cela était patent face à Cécile Duflot, et Laurent Joffrin. Nous n’étions plus dans le débat politique mais dans l’étalage d’une véritable haine et dans un combat de boue. A ce titre, je vous invite à lire le très bon papier de Yann : « Si t’as pas insulté un Le Pen à 50 ans, t’as raté ta vie ».
On peut se poser la question de la pertinence d’attaques aussi agressives couplées à une forme détestable où les intervenants passaient leur temps à lui couper la parole. Le moins sympathique n’était pas forcément la personne visée… En outre, Marine Le Pen a tout de même un certain sens de la répartie, en citant un député communiste ou Jacques Nikonoff sur l’euro ou en répliquant vertement sur les affaires quand on lui a évoqué certaines casseroles d’élus frontistes.
Malgré tout, au final, mon opinion de Marine Le Pen est encore plus négative à la sortie de cette émission. Si elle sait très bien se tenir, à toutes les limites déjà évoquées, j’ajoute une incompétence en économie qui dépasse ce que je pouvais imaginer et qui fait douter de la sincérité de son virage…
10:55 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (69) | Envoyer cette note | Tags : marine le pen, des paroles et des actes, euro, front national, laurent joffrin, cécile dufflot, yann, jacques nikonoff
12.04.2011
FN : la faute politique de Sophia Aram
La polémique consécutive à la chronique de Sophia Aram, qui avait traité les électeurs du Front National de « gros cons » rebondit. L’humoriste chroniqueuse de France Inter revient dans le Monde sur les critiques qu’elle a affrontées et prend les mêmes accents que Laurent Joffrin ou Nicolas Demorand.
De la normalisation du Front National
Pourtant, je suis assez d’accord avec le titre du papier publié par le journal vespéral. Oui, il y a une « banalisation médiatique du Front National ». Marine Le Pen est extrêmement habile et a parfaitement réussi à vendre sa transformation, y compris à Olivier Ferrand, dans le même journal qui a publié ce papier, lui accordant un blanc seing assez stupéfiant. Bref, ce traitement n’est pas uniquement cantonné aux médias qu’elle attaque.
Et, étant également surpris par cette banalisation bien hâtive du FN, que je considère toujours d’extrême-droite et comme n’ayant que très marginalement changé, j’ai souvent pris la plume pour dénoncer les dérapages de Marine Le Pen ou de ses troupes : sur sa complaisance avec les dérapages de son père, sur « l’Occupation », sur le congrès du FN, sur ses mensonges sur l’immigration, sur le nazillon candidat aux cantonales, sur l’éloge de Bastien-Thiry sur Nations Presse Infos…
L’autisme d’une certaine gauche
Mais la tribune de Sophia Aram est extrêmement symptomatique de cette gauche qui finit par mépriser un peuple dont elle n’entend pas la souffrance. D’ailleurs, elle ne répond pas aux critiques qui lui sont faites. Guy Carlier critique l’emploi du terme « gros cons », tout comme Philippe Bliger, qui note justement qu’elle « manifestait une haine de l’autre ». Bref, elle fait aux électeurs du FN exactement ce qu’elle reproche au FN de faire aux étrangers et immigrés, dans une triste ironie.
Son argumentation est particulièrement malhonnête puisqu’elle écrit qu’on lui reproche de « manquer de courtoisie » à l’égard de Jean-Marie Le Pen, ce qu’aucun des chroniqueurs cités n’a soulevé, chacun insistant sur l’insulte faite aux électeurs. Se faisant, elle en profite pour faire un énième procès à Philippe Cohen et Elisabeth Lévy, qui semblent décidemment être dans le collimateur d’une certaine presse, après le Nouvel Observateur, Libération ou Bruno-Roger Petit.
Tout ce petit monde dresse en effet un procès à tous ceux qui pensent différemment d’eux en les accusant d’être des rabatteurs du FN. Pourtant, ils n’ont pas compris qu’en fait ils sont des remparts, en montrant que certaines idées peuvent être défendues par de parfaits républicains. Au contraire, c’est l’indifférenciation qui sert le FN, le mélange du bon grain et de l’ivraie qui favorise alors cette dernière, comme le soutiennent Philippe Cohen, Elisabeth Lévy ou Laurent de Boissieu.
Il faut distinguer les électeurs du parti
Attaquer les électeurs du FN (un signe de « prolophobie » ?) est sans doute le meilleur moyen de le renforcer. Même si on s’oppose radicalement à Marine Le Pen, il faut chercher à comprendre pourquoi tant de Français votent ainsi. Emmanuel Todd a eu cette très belle formule : « les Français ne sont pas racistes, ils sont malheureux ». Non, Sophia Aram, Jean-Marie Le Pen n’est pas « le thermomètre fiché dans le derrière des Français pour mesurer leur xénophobie ».
Le vote FN n’est pas principalement un vote xénophobe, il est surtout un vote de rejet de la droite et de la gauche, de l’UMP comme du PS, des partis qui ont trop déçu. Et le vote Front National est un vote profondément social : près de 40% des ouvriers déclarent vouloir voter pour Marine le Pen en 2012, un immense signe d’échec pour la gauche, qui ne parvient pas à apporter des réponses à leurs problèmes de chômage, de pouvoir d’achat et d’insécurité.
Et oui, ce genre de chronique a toutes les chances de faire monter le FN, ce qui explique la vive réaction d’un Guy Carlier, qu’on ne peut pas soupçonner de complaisance à l’égard de ce parti. Car une telle chronique ne va pas convaincre un électeur hésitant de ne pas voter FN. Bien au contraire, le mépris, l’agressivité et l’outrance de ces attaques ont toutes les chances de lui faire passer le Rubicon.
En attaquant bêtement et agressivement les électeurs du FN, Sophia Aram a mérité des réactions très vives, d’autant plus qu’elle utilise les mêmes généralisations que celles du parti qu’elle dénonce à l’égard des immigrés ou des musulmans. Ce faisant, elle a fait une faute politique qu’elle ne semble pas comprendre.
09:55 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : front national, france inter, sophia aram, laurent joffrin, nicolas demorand, marine le pen, olivier ferrand, guy carlier, philippe bliger, philippe cohen, elisabeth lévy, bruno-roger petit, laurent de boissieu
11.03.2011
Quand la gauche bien-pensante nourrit le FN
La percée de Marine Le Pen dans les sondages provoque un grand mouvement de panique. Mais une certaine gauche ferait bien de cesser de crier au loup à tort et à travers. Outre le fait de méditer sur la morale de cette fable, elle nourrit le vote FN.
Le dérapage du Nouvel Observateur
Je vous invite vivement à lire la tribune de Philippe Cohen, de Marianne, et plus encore le torchon du Nouvel Observateur sur les personnes qui « décontaminent la pensée FN ». Laurent Joffrin s’inscrit dans la ligne droite de son prédécesseur à la tête de Libération, Serge July, et son éditorial du lendemain du référendum de 2005. Au final, ces papiers de Libération et du Nouvel Observateur font sans doute plus pour le FN que tous les intellectuels convoqués au bûcher de leur bien-pensance.
Je le dis d’autant plus facilement que je ne peux pas être soupçonné de la moindre complaisance à l’égard du FN, dont je dénonce l’extrémisme et les mensonges sur l’immigration. Mais, par-delà un ton haineux, le plus incroyable est le niveau d’intolérance manifesté par ce genre de papiers. En résumé, si on ne pense pas comme eux, on est forcément un nazillon en puissance, un complice du FN. Le Nouvel Observateur détiendrait la vérité absolue et tous les autres seraient donc des déviants.
Finalement, ces dénonciateurs du FN, qui voient le nazisme et le fascisme partout, sans même se rendre compte qu’en fait il les banalise, finissent par se comporter comme des extrémistes, intolérants et haineux. Vis-à-vis de leurs adversaires, ils tiennent un discours très proche de celui du Front National, à ceci près que les ennemis ne sont pas les mêmes. Marine Le Pen, que je n’ai pourtant jamais épargnée, finit presque par paraître plus modérée et républicaine qu’eux.
Leur part de responsabilité dans la montée du FN
Si Nicolas Sarkozy porte une grande responsabilité dans la montée du Front National, qu’il cherche à instrumentaliser, cette gauche, qui a longtemps soutenu François Mitterrand, le père politique du FN, n’est pas en reste. Comme le souligne bien Philippe Cohen, cette gauche a oublié les chômeurs, les travailleurs pauvres et les victimes de la globalisation. Pour se donner bonne conscience, comme le souligne Jean-Claude Michéa, elle défend les sans papiers.
C’est ainsi que la phrase de Chantal Brunel a déclenché une véritable hystérie collective, où la gauche en a rajouté trois tonnes dans l’indignation et la majorité s’est couchée immédiatement. Si l’évocation des bateaux était brutale en revanche, sur le fond, on peut tout de même débattre de l’accueil de réfugiés en France, et même de leur renvoi à terme. D’ailleurs, après avoir été bien cuisiné par Jean-Michel Apathie sur Canal Plus, même Harlem Désir a fini par admettre que nous ne pouvions pas les garder.
La position de Chantal Brunel peut sembler proche du FN. Mais en réalité, la présidente du FN est allée plus loin en proposant de repousser les immigrés dans les eaux internationales, sans même les laisser accoster, alors que la député UMP propose de les renvoyer en bateau dans un second temps. C’est pourquoi il n’est pas juste de dire que Chantal Brunel fait pire que Marine Le Pen. Attention à ne pas avoir de réactions excessives qui vont exaspérer certains électeurs qui ne comprendront pas le procès de Moscou fait à Madame Brunel et qui pourraient in fine, être poussés à voter FN.
Plus généralement, il est malheureusement logique d’une part grandissante de l’électorat apporte son soutien au Front National devant l’autisme d’une majorité de la classe politique et médiatique, qui excommunie toute personne qui parle de nation, qui critique l’Europe, qui parle d’insécurité ou qui n’adopte pas une attitude compatissante vis-à-vis des sans-papiers ou des immigrés. En outre, en assimilant des républicains au FN, cela nourrit grandement le votre frontiste.
Le Front National se nourrit des carences politiques de la droite comme de la gauche. Mais en réagissant de manière totalement irrationnelle et excessive, je me demande si une certaine gauche n’est pas finalement encore plus responsable de la montée de Marine Le Pen.
10:55 Publié dans Actualités, Parti Socialiste | Lien permanent | Commentaires (65) | Envoyer cette note | Tags : marine le pen, front national, marianne, philippe cohen, le nouvel observateur, laurent joffrin, serge july, libération, chantal brunel



