22.12.2010
La fin de l’euro provoquerait-elle une grave crise ?
Les mêmes qui promettaient des jours qui chantent avec l’euro affirment aujourd’hui qu’un retour aux monnaies nationales serait une catastrophe. C’est ainsi que Le Figaro se fait l’écho d’une sombre étude publiée par la banque ING quantifiant l’impact d’une sortie de l’euro.
Une apocalypse économique
Il n’y a pas d’autres mots pour qualifier le scénario décrit par Mark Cliffe, responsable de la recherche de la banque : baisse de 10% du PIB sur 3 ans, près de 14% de taux de chômage, un euro à 0,85 dollar, un litre d’essence à 1,75 euros. Pour lui, le franc dévaluerait de 15% par rapport au mark, et la lire de 25%, des chiffres en ligne avec ce que nous annonçons. En revanche, il annonce une dévaluation de 50% pour l’Espagne et jusqu’à 80% pour la Grèce.
En fait, le scénario annoncé s’inspire des évènements en Argentine en 2002, puisque le PIB y avait reculé de 10%, le chômage grimpant à 20%, la pauvreté à 40%, le peso étant dévalué de 72% ! Est évoquée également une pression à la baisse sur les prix et les salaires en Allemagne et en France et l’éventualité d’une conversion des dettes et créances qui étaient en euro favorisant les débiteurs plutôt que les épargnants. Enfin, la fin de l’euro serait la fin de l’Union.
Une vision caricaturale
Il est difficile de ne pas voir dans cet exercice une volonté de défendre à tout prix la monnaie unique plutôt qu’une analyse rationnelle de ce qui se passerait. En effet, l’article évoque les risques que nous prendrions si le « nouveau franc » venait à dégringoler par rapport à l’« ancien euro ». Pourtant, l’étude d’ING confirme nos prévisions selon lesquelles la parité du « nouveau franc » se retrouverait autour du point d’équilibre vis-à-vis de l’euro, en intermédiaire entre le mark et la lire.
En clair, personne de sérieux ne soutient aujourd’hui que le franc serait dévalué par rapport à l’euro. En outre, si la baisse de l’euro à 0,85 dollar est très forte, il faut noter qu’il y a un précédent puisque de début 1999 à fin 2000, l’euro était passé de près de 1,2 dollars à 0,825. Loin de pénaliser l’activité, cette dépréciation avait au contraire permis à la zone euro d’enregistrer sa plus forte croissance annuelle, 3.9% en 2000 et encore 2% en 2001, malgré le krach de la bulle Internet…
Une vision très partielle du cas Argentin
Il faut tout d’abord noter que le cas de l’Argentine est sans doute très extrême par rapport à ce qui se passerait en Europe. Par exemple, la fin de l’union monétaire en Tchécoslovaquie s’est passée de bien meilleure manière. En outre, le papier oublie de souligner que le pays traversait une grave crise depuis 1999 puisque son PIB avait reculé de 10% de 1998 à 2001, avant le défaut et la dévaluation. Et c’est la défense du lien avec le dollar qui avait provoqué cette crise.
Et si le défaut et la dévaluation brutale de début 2002 expliquent en grande partie la violente baisse du PIB de cette année là (-10%), il ne faut pas oublier que cela a permis ensuite à l’économie de rebondir vivement puisque le PIB a progressé de plus de 8% par an les trois années suivantes. En clair, le PIB 2004 était supérieur au PIB 2001. Du coup, on ne voit pas bien pourquoi le PIB reculerait sur trois ans en Europe, surtout pour les pays qui ne dévalueraient pas autant.
Si l’expérience Argentine a été douloureuse et présente des limites (persistance d’une forte inflation notamment), la dévaluation a permis de doubler les exportations de produits industriels et alimentaires de 2002 à 2006 et la croissance est restée forte depuis. Et dans le cas de la France, nous pourrions avoir les avantages de la sortie (hausse des exportations du fait de la dévaluation par rapport au mark et au dollar) sans les inconvénients (pas de défaut du fait de la stabilité du franc par rapport à l’euro).
Bref, une analyse rapide du scénario d’ING permet rapidement d’en pointer les grandes limites. Du coup, on peut se demander s’il n’exprime pas surtout le souhait de la banque que la monnaie unique poursuive son chemin et si ce scénario catastrophe n’est pas surtout destiné à faire peur.
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11.10.2010
François Hollande se prive de chocolat pour devenir président…
C’est l’offensive de la rentrée. L’ancien premier secrétaire du Parti Socialiste, qui a compris que c’était sa dernière chance, tente le tout pour le tout pour devenir le candidat de son parti en 2012, avec le curieux soutien du Figaro. Mais la réussite n’est pas au rendez-vous…
Point de vue, image du monde
Le moins que l’on puisse dire est que ce magnifique article prend position. En effet, rien ne nous est épargné pour nous conter la gloire de ce présidentiable socialiste. Le plus incroyable est la déférence de journalistes qui soulignent de bons sondages alors que dans les baromètres de présidentiables, il reste loin, très loin de Dominique Strauss-Kahn, Martine Aubry ou même de Ségolène Royal. Sa « montée en popularité » récemment évoquée sur Canal Plus, est au mieux un frémissement.
En cela, la présentation du sondage TNS est totalement risible. Le fait qu’il soit à 50/50 contre Nicolas Sarkozy alors que le président du FMI est donné gagnant à 59/41 et la première secrétaire 53/47 est présenté comme une victoire. Comment ne pas y voir plutôt un gouffre, qui, de plus, ne va pas en se réduisant depuis un an ? Alors qu’il a été premier secrétaire pendant plus de dix ans, il est encore loin de la nomination et les choses ne semblent pas s’améliorer pour lui.
Le candidat du vide
Un des aspects amusants de l’article est d’insister tout du long sur le fait que François Hollande deviendrait une force de propositions. Il est tout d’abord piquant de présenter de la sorte un homme politique, ce qui revient à sous-entendre qu’il n’a guère brillé dans ce domaine auparavant. Ensuite, malgré la grande longueur de ce papier, faute est de constater que pas le début d’une idée n’y est évoqué. Pourtant, ce ne sont pas les sujets qui manquent avec la crise et la présidence actuelle.
Mais le point bas est atteint par Michel Sapin qui confie : « le fait d’avoir fait l’effort de maigrir, de se priver de chocolat, est un signe d’une volonté politique ». On se croirait devant le soutien d’une starlette de la télé réalité… En outre, comment ne pas y voir à nouveau le syndrome d’une classe politique tellement préoccupée par elle-même qu’elle ne se rend même pas compte du ridicule de telles confidences et qu’en parlant de son nombril, elle oublie la France et les Français ?
François Hollande est bien représentatif du PS, tout est dans le « story telling » de la marche personnelle vers le pouvoir. La complaisance du Figaro est assez stupéfiante alors que tant d’hommes politiques sont soit caricaturés à l’excès, soit tout simplement ignorés.
10:55 Publié dans Actualités, Parti Socialiste | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : le figaro, françois hollande, dominique strauss-kahn, martine aubry, ségolène royal
08.08.2010
Sondages et insécurité
Circulez, il n’y a plus rien à voir : comme le titre le Figaro, « sécurité : les annonces de la majorité plébiscitées ». Même le Monde se laisse complètement piéger par la communication du gouvernement en envisageant « la fin d’un clivage ». Essayons de prendre un peu de recul…
Un bel exercice de communication ?
Nicolas Sarkozy doit être bien content. Au premier regard, les annonces sécuritaires d’il y a quelques jours ont parfaitement rempli leur mission. Elles ont permis de faire oublier quelques temps l’affaire Woerth-Bettencourt et elles sont largement approuvées par les Français puisqu’un sondage du Figaro montre que 55 à 89% de la population est d’accord avec les mesures proposées par le gouvernement. La gauche est inaudible et la presse de gauche évoque sans réfléchir une montée du racisme et convoque la presse de gauche de l’étranger pour attaquer le chef de l’Etat.
Il est assez incroyable que Le Monde tombe à ce point dans le piège du président de la République. Evoquer le racisme quand 70% des Français sont favorables à la déchéance de la nationalité Français pour les ressortissants d’origine étrangère en cas d’atteinte à la vie d’un policier ou d’un gendarme est ridicule. Est-ce que près de trois-quarts des Français seraient racistes ? Est-ce que déclarer être favorable à une telle mesure dans un sondage (c’est-à-dire avec un temps réduit de réflexion) revient à être raciste ? Décidemment, une certaine gauche monte trop vite sur ses grands chevaux.
Et c’est d’autant plus dommage qu’il y a tant d’angles d’attaque contre les annonces démagogiques de la majorité. Tout d’abord, on peut souligner qu’il s’agit d’une mesurette (combien y-a-t-il de tels meurtres par an ?). Ensuite, que la sanction n’aura sans doute aucun impact sur le comportement des agresseurs qui doivent être bien au-delà de ces considérations pour en arriver à tirer sur des forces de l’ordre. Autrement, il est aussi possible de souligner le mauvais bilan en matière de sécurité de Nicolas Sarkozy, comme je l’ai fait, ou comme Juan l’a fait de manière plus détaillée sur son blog.
Sondages et relativité
Que le Figaro utilise ce sondage de manière triomphante pour prouver la pertinence de la stratégie élyséenne n’est pas vraiment une surprise. Mais que le Monde y réagisse avec un tel premier degré est hallucinant. Heureusement que le papier se termine sur un commentaire affirmant que « cela ne signifie pas que l’opinion soit convaincue que ces mesures seront efficaces ». Car un peu de recul devrait faire prendre ce sondage avec des pincettes. Il est probable que les mesures avaient déjà été testées avant d’être annoncées, comme je l’avais souligné.
Ensuite, un fort degré d’accord avec des mesures prises séparément et qui ne semblent pas trop poser débat (à part les deux ans de prison pour les parents de jeunes délinquants) à une oreille peu attentive ne signifie rien. Il n’est pas difficile d’imaginer un sondage dont les résultats seraient désastreux pour le gouvernement. A la question « Pensez-vous que l’augmentation des violences aux personnes, passées de 390 à 460 mille de 2004 à 2010 est la conséquence de la crise ou de la politique inadaptée du gouvernement ? », plus de 80% des Français incrimineraient sans doute la seconde…
Sans être aussi biaisé, je serais curieux de savoir si les Français pensent que la politique du gouvernement en matière de sécurité est efficace ou s’il a une stratégie claire par opposition au fait de n’être qu’une collection d’annonces médiatiques. On pourrait glisser également la baisse des effectifs pour influencer les résultats. Attention à ne pas prendre les résultats du sondage du Figaro pour un blanc-seing, qu’il n’est pas. Après, pour être honnête, outre le pourcentage de Français qui font confiance à Nicolas Sarkozy sur l’insécurité, il serait aussi intéressant d’avoir le chiffre pour le Parti Socialiste…
Bref, je rêve qu’un contre-sondage soit organisé pour bien montrer à quel point il faut relativiser les résultats de celui du Figaro. Le bilan serait sans doute beaucoup moins glorieux pour le gouvernement…
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11.04.2010
Le grand mythe des exilés fiscaux
C’est une des obsessions d’une partie de la droite : la fiscalité Française provoquerait la fuite des personnes fortunées. Résultat : chaque année, le Figaro croit trouver la preuve dans le nombre d’exilés fiscaux. Pourtant, un examen rapide suffit à démonter cette analyse.
Un épiphénomène
Le quotidien de droite titre à nouveau de manière dramatisante : « ISF : le nombre d’exilés fiscaux s’est encore accru en 2008 ». On pense alors que l’exode des contribuables les plus aisés devient de plus en plus massif. Sachant que plus de cinq cent mille Français paient l’ISF, on imagine volontiers des dizaines de milliers de ménages fuyant les taxes confiscatoires du pays. Las, la montagne accouche d’une souris, naine qui plus est. En effet, en 2008, 821 ménages payant l’ISF ont quitté la France. Mieux, 312 sont revenus dans l’hexagone, soit un solde d’à peine 509 ménages.
En clair, moins de 0.1% des ménages payant l’ISF ont quitté la France en 2008. Il ne s’agit donc en aucun cas de l’exode que certains essaient de décrire. Quand on sait en plus que la France compte beaucoup de multinationales et que ces entreprises expatrient souvent leurs cadres dirigeants à l’étranger, on imagine bien que le nombre réel d’exilés fiscaux (en ignorant les expatriés qui quittent le pays pour un autre motif) est totalement dérisoire, ce qui signifie donc que la pression fiscale (et que le très controversé ISF) de notre pays n’est en aucun cas la cause de départs massifs.
Une fiscalité pas si confiscatoire
En clair, notre imposition n’a qu’un impact marginal sur les contribuables les plus aisés. Bien sûr, certains grands sportifs aux très hauts revenus quittent le pays, mais ces départs restent beaucoup plus limités que certains veulent bien le faire croire. Il faut dire que la fiscalité Française n’est pas si confiscatoire que cela. Le taux marginal de l’impôt sur le revenu est désormais 5 points plus haut en Grande-Bretagne et le taux étasunien, avant les baisses de Georges Bush, était comparable au nôtre (39.6 contre 40%). Mais surtout, la multiplicité des niches et autres avantages limitent l’imposition.
C’est ainsi que sur les 600 millions que coûte le bouclier fiscaux, près de 400 millions sont consacré à 1055 contribuables, dont le patrimoine est supérieur à 16 millions d’euros et qui récupèrent un chèque de plus de 360 000 euros de l’Etat. Il est évident que ceci a de quoi choquer des Français dans un contexte où les plus faibles souffrent énormément de la crise alors que les plus gros s’en sont soit déjà remis (les traders, dont les bonus progressent à nouveau) soit sont soutenus par l’Etat (les banques). Cela explique la pression de la majorité pour remettre en cause le bouclier fiscal.
Il y a déjà deux ans, j’avais dénoncé cette immense supercherie. Aujourd’hui encore, le Figaro tente à nouveau un grand bluff sur les exilés fiscaux. Pourtant, l’heure n’est plus à une remise en question de l’ISF mais bien au contraire, et à raison, à une limitation du bouclier fiscal…
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05.04.2010
La hausse des inégalités, symptôme d’un système injuste
Yann revient dans un papier récent sur une enquête de l’INSEE qui montre à nouveau une croissance des inégalités en France. Cette nouvelle étude montre à nouveau à quel point le système économique en place est injuste tant il favorise une petite minorité.
Ce que l’étude révèle
C’est le Figaro qui détaille les résultats de cette étude, qui concerne les plus de cent mille personnes touchant de très hauts revenus (plus de 83 000 euros par an, 215 000 euros en moyenne). L’enquête révèle qu’en seulement trois ans, de 2004 à 2007, le nombre de personnes gagnant plus de cent mille euros par an a cru de 28% et ceux gagnant plus d’un demi-million d’euros, de… 70%. L’INSEE note que les très hauts revenus, 1% de la population, cumulent 5.5% des revenus d’activités, 32% des revenus du patrimoine et 48% des revenus exceptionnels (plus-values, options).
Si la société Française devient plus inégalitaire, il faut noter que nous restons nettement plus égalitaires que les Etats-Unis, où 0.1% de la population cumule près de 8% des revenus et où 1% de la population concentre près de 20% des revenus… Outre le fait que les hauts revenus sont finalement moins élevés qu’outre-Atlantique, la France se caractérise par une politique plus active de soutien aux bas revenus avec le SMIC ou le RSA. Cependant, Nicolas Sarkozy a mis fin à la pratique traditionnelle du coup de pouce au SMIC, que les gouvernements de Jacques Chirac avait menée.
Nicolas Bouzou résume la situation ainsi : « le problème fondamental est celui de la croissance. Le PIB a peu augmenté alors que la part des classes supérieures a beaucoup grossi ». Non seulement la croissance a ralenti dans les années 2000, notamment à cause de l’appréciation de l’euro, mais en plus, les quelques fruits de la croissance sont allés presqu’exclusivement à une petite fraction de la population. Le Monde rappelle fort justement que le revenu médian (qui partage la population en deux) en France est de 1510 euros par mois. Il a tendance à stagner depuis vingt ans.
Une société injuste
Mais si cette étude révèle que les inégalités se sont creusées de 2004 à 2007, il faut rappeler qu’il s’agit d’une tendance de fond dans les économies de marché depuis presque quarante ans. En effet, des études montrent que la part des 0.1% des plus hauts revenus aux Etats-Unis était passée de 7 à 1.9% de 1929 à 1973 mais qu’elle est depuis remontée à près de 8%. Plus globalement, tous les pays assistent, de manière accélérée depuis les années 90, à une explosion des plus hauts revenus et à une stagnation des revenus des classes populaires et moyennes.
Les raisons de cette évolution sont simples. L’anarchie commerciale qu’on appelle le libre-échange met en concurrence les classes populaires occidentales avec des travailleurs dix ou vingt fois moins payés. C’est ce que dénonce avec justesse Nicolas Dupont-Aignan avec le cas des employés de Continental qui ont reçu une proposition de délocalisation en Tunisie pour 137 euros de salaire net mensuel… Parallèlement, la globalisation démultiplie le champ d’action des managers, ce qui leur permet de demander et obtenir de plus fortes rémunérations, en ligne avec leur impact grandissant.
Il ne semble y avoir aucune limite aux écarts de revenu. Pour mémoire, au début des années 90, le patron de Renault, Raymond Lévy, se contentait d’un salaire annuel de 150 000 euros et le salaire de Jacques Calvet, patron de PSA, avait provoqué une polémique quand le Canard Enchaîné avait révélé qu’il atteignait un peu plus de 300 000 euros annuels. Pourtant, ce sont des peccadilles par rapport à ce que touchent les grands patrons aujourd’hui (dont le salaire atteint parfois 8 chiffres). Alors qu’il y a vingt ans, les grands patrons touchaient 30 à 40 SMIC, aujourd’hui, le rapport atteint fréquemment dix fois plus.
Tous les jours, de nouvelles évidences montrent que la création de richesse est accaparée par les grandes entreprises et une petite minorité. Pourtant, il n’y a pas de progrès durable s’il n’est pas partagé largement. Une société ne peut pas avancer durablement sans partage équitable des fruits de la croissance.
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28.02.2010
Bonus de bankster
C’est une petite information qui est passée discrètement dans le Figaro et que étonnamment, pas grand monde n’a relevé, pas même les opposants les plus farouches au système néolibéral. Une nouvelle révélation sur les bonus de Wall Street…
Etat des lieux
Cet article explique que les bonus de Wall Street ont augmenté de 17% pour l’année 2009, comparé à 2008, mais qu’ils sont encore un tiers inférieur à ceux de 2007. Les banquiers ont donc touché 20 milliards au titre de 2009, contre 17 milliards pour 2008 et environ 30 milliards pour 2007. Le journal note qu’en plus, la suppression de 26 000 postes fait que chaque banquier a touché 123 000 dollars. Une simple règle de trois permet de déduire qu’en 2007, la prime était de 160 000 dollars par personne.
Bizarrement, mais c’est peut-être un effet de lassitude, personne ne révèle plusieurs informations cruciales. En effet, alors que les marchés se sont effondrés d’environ 50% en 2008, que l’économie mondiale était au bord de l’asphyxie, aux prises avec la crise la plus grave depuis 80 ans, et que les banques ne devaient leur survie qu’à l’injection massive d’argent public, les banquiers de Wall Street n’ont pas hésité à se distribuer la bagatelle de 17 milliards de dollars de bonus au titre de cette année 2008 !
Mais que fait la police ?
Cette information est proprement hallucinante et justifie les déclarations enflammées de tous les dirigeants de la planète qui dénoncent les pratiques immorales de la finance, à Paris, Londres ou Washington. Malheureusement, on ne peut que constater l’écart entre le geste et la parole. Ce ne sont que des mesurettes qui touchent les banquiers alors qu’une taxation à 90% des bonus 2008 et 2009 devrait être imposée étant données les circonstances (voir une séance de rattrapage pour 2007).
Rien, absolument rien ne justifie que les banquiers ne touchent le moindre centime de bonus au titre de 2008 et 2009. Les marchés se sont effondrés sur la première des deux années et les banques ne doivent leur survie qu’à l’intervention de l’Etat. Pourquoi distribuent-elles une prime sur résultat ? Et les bonus de 2009 ne sont pas moins illégitimes car ils n’existent que grâce à l’effondrement de l’année précédente et au sauvetage des banques par les Etats, et donc la collectivité.
Non seulement les banques gagnent quand c’est pile, mais quand c’est face, c’est nous qui perdons, et elles continuent à gagner, avec la complicité tacite de tous les gouvernements. Roosevelt, De Gaulle, revenez ! Ils sont devenus fous !
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10.12.2009
Nicolas Sarkozy tourne à vide
C’est le Figaro qui l’annonçait hier : dans un sondage à paraître dans Paris-Match, la côte de popularité de Nicolas Sarkozy et de François Fillon est au plus bas depuis mai 2007. La méthode du président semble ne plus du tout fonctionner depuis la rentrée.
Une impopularité redoutable
Pourtant, le contexte devrait être relativement favorable. L’opposition est déchirée par des querelles de personnes qui rendent l’alternance guère désirable, comme le montre aussi ce sondage. Et le contexte économique, s’il n’est guère radieux avec la forte montée du chômage, est moins noir qu’il y a quelques mois puisque nous sommes sortis de la récession, que la France va un peu mieux que la moyenne des pays européens et que les perspectives économiques s’améliorent.
C’est pour cela que la défiance grandissante des Français à l’égard de Nicolas Sarkozy est redoutable. 61% des Français désapprouvent son action. Ce taux dépasse 70% chez les jeunes ou dans les classes populaires, dont le divorce avec le candidat de la rupture semble désormais définitif. La relative tenue du président dans les sondages ne doit qu’à la fidélité de l’UMP et des séniors, qui ne voient aucune alternative crédible ou désirable. Bref, à mi-mandat, la déception est forte.
Une méthode à bout de souffle
Nicolas Sarkozy s’était inspiré des « spin doctors » de Tony Blair pour sa communication en suivant le principe d’une annonce par jour pour garder le contrôle de l’agenda médiatique, occuper tout le terrain et avoir en permanence un coup d’avance sur les journalistes et l’opposition. Cette méthode a été relativement efficace pendant quelques mois, mais elle révèle aujourd’hui ses limites. En fait, elle démonétise la parole du président, dont la rareté faisait la valeur.
Comme le souligne Yann Barthès, Nicolas Sarkozy a déjà prononcé 519 discours depuis son accession au pouvoir. Résultat, ses prises de parole n’ont plus forcément le même impact et il est désormais facile de pointer les innombrables contradictions ou répétitions entre ses différents discours, ce qui dévalorise plus encore sa parole. En outre, à force de vouloir faire l’évènement, le président lance des débats mal ficelés, comme celui sur l’identité nationale, qui lui revient dessus comme un boomerang.
La première partie de la présidence Sarkozy est bien terminée. L’essoufflement de sa méthode est telle que cela imposera un nouveau départ. Mais il sera très difficile de parvenir à construire une histoire un tant soit peu crédible et cohérente après cette première partie…
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05.10.2009
L’après Fillon a commencé
Même si le « pendant Fillon » ne semble jamais avoir commencé, il semble que l’après régionales soit le moment choisi par Nicolas Sarkozy pour changer de locataire à Matignon, afin de préparer la dernière ligne droite en vue des élections présidentielles de 2012. Petite revue des prétendants.
Les 6 prétendants du Figaro
Cette revue d’effectif lancée par le premier soutien à l’action du président de la République est sans doute un ballon d’essai téléguidé par l’Elysée de manière à tester les réactions des médias. Les six noms proposés ne sont guère enthousiasmants. Christine Lagarde, pourtant longtemps surnommée « Christine Lagaffe » suite à ses nombreuses déclarations médiatiques maladroites (prendre le vélo comme solution à la hausse des prix du pétrole…) ne semble vraiment pas avoir l’épaisseur politique suffisante.
Jean-Louis Borloo a de grands atouts mais est-il apte pour le poste ? Eric Woerth semble également un peu léger pour le poste. Je ne parle même pas de Luc Châtel, qui, s’il est aujourd’hui ministre de l’éducation, paraît également bien léger pour Matignon. Quand à Eric Besson, il s’agit sans doute d’une blague destinée aux socialistes. Seul Brice Hortefeux semble finalement une hypothèse crédible, d’autant plus que les seconds premiers ministres sont en général des fidèles parmi les fidèles.
Chéri, j’ai rétréci Matignon
Il est clair que si Nicolas Sarkozy choisit un des cinq premiers, la transparence du premier ministre risque de s’accentuer encore davantage. Aucun n’a de poids politique suffisant pour exister en dehors de Nicolas Sarkozy tout en ne faisant pas partie du premier cercle du président, ce qui les mettrait dans une position encore pire que celle de François Fillon. Mais cette hypothèse ne me semble pas probable dans la mesure où le président-candidat voudra sans doute s’appuyer sur Matignon pour sa campagne.
Dès lors, le choix le plus probable sera sans doute un fidèle auquel Nicolas Sarkozy pourra faire une confiance absolue. C’est pourquoi le choix de Brice Hortefeux est donc assez probable. L’autre option serait la nomination de Claude Guéant qui aurait alors le titre de la fonction qu’il exerce déjà aujourd’hui. Après tout, un tel choix rappellerait les choix de Pompidou, Barre ou Villepin. A moins que le président ne préfère jouer la carte Xavier Bertrand pour contrer Jean-François Copé.
François Fillon est sans doute le premier ministre le moins marquant de la Cinquième République. Il a atteint un niveau de transparence inédit depuis cinquante ans. Deux solutions pour le remplacer sans faire d’ombre au président : prendre son ombre ou un nain politique…
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14.07.2009
Nicolas Sarkozy parle de lui, et ignore la France…
Le Figaro, zélateur fidèle du président, parvient à titrer sans la moindre ironie apparente que Nicolas Sarkozy « innove en s’exprimant le 13 juillet ». Pourtant, cette intervention est révélatrice sur bien d’autres aspects que le dérisoire avancement d’une journée.
Le règne de l’ego
Traditionnellement, l’intervention présidentielle du 14 juillet représentait un bilan du premier semestre où le Président de la République commentait l’actualité des six derniers mois et son action avant de souhaiter de bonnes vacances aux Français. Mais là, nous avons droit à un double glissement. Le premier est un passage de l’analyse de l’actualité à une glorification de l’ego du président. Alors que ses prédécesseurs parlaient de la France à cette occasion, Nicolas Sarkozy fait parler de lui.
Car il n’est pas anodin de substituer une émission où il répondait aux questions de journalistes sur l’actualité à des questions sur lui-même. Voilà que la veille de la Fête Nationale le président parle des hommes qui l’ont inspiré : beaucoup d’anciens présidents, le but de toute sa vie. Voilà que l’on entend des dirigeants étrangers parler de lui. Le Monde souligne à raison le caractère révérencieux des questions posées : « d’où vous vient cette énergie permanente ? », « quel vœu avez-vous à formuler pour le monde ? ».
Déni d’actualité
Mais, détail que l’article du Figaro ne mentionne pas, l’émission a été enregistrée il y a un mois. Du coup, il était clairement impossible pour le président de parler d’actualité puisque ses propos avaient un mois de retard. Pour faire différent, Nicolas Sarkozy a donc choisi d’ignorer l’actualité. On pourra considérer ce comportement comme un peu cavalier étant donné le contexte de crise économique actuelle. La France traverse sa pire crise économique depuis 80 ans et le président choisit de parler de lui…
Pendant la campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy avait annoncé qu’il allait rendre des comptes sur son action, notamment à l’occasion de conférences de presse, qui devaient être fréquentes. Pourtant, c’est tout l’inverse. Il ne s’exprime quasiment jamais avec un contradicteur et préfère discourir sans être embarrassé par des questions gênantes. Outre la révérence des questions posées, le fait d’avoir enregistré cette émission il y a un mois ne permettait pas aux journalistes de faire leur travail.
En soi, cette interview d’autocélébration personnelle n’a aucun intérêt. En revanche, en choisissant de parler de lui au lieu de l’actualité au beau milieu d’une grave crise économique, Nicolas Sarkozy en révèle beaucoup sur le fond de sa personnalité.
Source : http://www.lefigaro.fr/politique/2009/07/08/01002-2009070...
http://www.lefigaro.fr/politique/2009/07/13/01002-2009071...
http://www.lemonde.fr/politique/article/2009/07/13/nicola...
10:56 Publié dans Actualités, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : nicolas sarkozy, 14 juillet, france 5, le figaro, le monde
19.06.2009
La réformette de la finance de Barack Obama
Hier, Barack Obama a annoncé sa réforme du système financier. Le Figaro et Le Monde en ont une lecture radicalement différente, mais sans doute à l’inverse de ce à quoi on pourrait s’attendre.
La réformette de la finance
En effet, les mesures annoncées restent assez limitées. De nouveaux organismes de régulation sont annoncés mais leurs pouvoirs restent relativement vagues. Certes, la Fed se voit offrir une supervision des institutions financières, une agence de protection des consommateurs est créé ainsi qu’un conseil de surveillance des services financiers mais ce ne sont pas les comités qui permettent de réformer un système mais bien des mesures concrètes, ce qui manque précisément au projet.
Et les mesures concrètes ne sont pas très claires. L’inscription des fonds spéculatifs ne représente pas une garantie que les excès passés seront éradiqués. Et même Le Monde, pourtant très positif, ne se montre pas très optimiste sur le contrôle des produits dérivés, question pourtant essentielle. Les normes sur la titrisation vont dans le bon sens, mais il ne faut pas oublier qu’au G20, les chefs d’Etat se sont mis d’accord pour que seulement 5% du risque ne puisse pas être vendu…
Le Monde contre Le Figaro
D’un côté, Le Monde, journal étiqueté de centre-gauche applaudit à une telle réforme, « la plus grande réforme depuis les années 30 », ce qui pourrait suggérer un retour de l’Etat et de réglementation. Mais de son côté, le Figaro relativise clairement l’importance des mesures annoncées, soulignant que Barack Obama ne souhaite pas braquer le Congrès avant sa réforme du système de santé. Paradoxalement, le journal dit de droite annonce que cette réforme est moins importante que le journal dit de gauche.
Théoriquement, le discours devrait être inversé si Le Figaro était plus libéral que Le Monde. Cette interprétation surprenante révèle deux choses. Tout d’abord, que Le Monde n’est pas forcément moins libéral que Le Figaro. Ensuite, que la réforme du président Américain reste finalement assez limitée. La création d’innombrables comités est rarement le signe d’une véritable volonté de réforme. Sur le fond, il est difficile de voir ce qui va changer avec l’avant crise, où il existait également de tels organismes.
Les oublis de Barack Obama
Il y a un point potentiellement très positif dans les annonces du président Américain : le relèvement des obligations en matière de capital. Mais en l’absence de chiffrage précis et étant données les autres mesures, il faudra attendre d’en savoir plus pour revoir éventuellement son jugement. Une telle mesure est essentielle car en imposant aux institutions financières de détenir une part beaucoup plus grande de capital par rapport à leur bilan, les excès commis auraient été beaucoup plus limités et la crise évitée.
Mais il faudrait sans doute remonter le montant des fonds propres de manière radicale, ce que personne n’évoque. En outre, l’idée de taxe Tobin n’est pas présente dans les mesures évoquées alors qu’elle représente sans doute un levier majeur pour réduire le pouvoir de la spéculation et faire dégonfler la bulle financière tout en faisant davantage contribuer le monde financier à la collectivité, ce qui ne serait pas un mal après le renflouement étatique de tant de banques...
Si la réaction de Barack Obama pour sauver l’économie Américaine de la dépression a été à la hauteur, le manque de substance de son plan d’encadrement de la finance sème les graines d’une nouvelle crise.
Source : http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2009/06/17/financ...
http://www.lefigaro.fr/economie/2009/06/17/04001-20090617...
11:16 Publié dans Actualités, Economie, International | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : barack obama, le figaro, le monde, réforme de la finance



