06.06.2008

Les mauvais comptes de la loi dite de « modernisation de l’économie »

Mardi, le parlement a commencé à examiner le projet de loi dit de « modernisation de l’économie ». Si certaines mesures représentent un vrai plus pour l’économie, la plupart représentent surtout de beaux cadeaux pour quelques intérêts particuliers.

Il y a quelques jours, je faisais une note sur le livre d’Eric Hazan sur la propagande et le choix des mots. Le cas de cette loi en est une illustration parfaite : son nom sonne comme un slogan et un refus de toute contestation. Qui pourrait être contre une loi de modernisation de l’économie ? Mais dans les faits, la réalité n’est pas aussi positive que ne le suggère le nom de la loi. Bien sûr, certaines mesures vont dans le bon sens, comme la simplification du régime fiscal des micros entreprises, qui parachève les nombreuses lois de simplification des formalités pour les entrepreneurs passées pendant le second quinquennat de Jacques Chirac. La réduction des délais de paiement à 60 jours est une très bonne mesure qui limitera les dérives d’une grande distribution, qui a trop tendance à se financer sur le dos des fournisseurs.

Malheureusement, les mesures les plus symboliques ne sont pas empreintes du même bon sens. La généralisation du livret A à l’ensemble des banques représente un beau cadeau pour le lobby bancaire, qui a pourtant beaucoup à se faire pardonner avec les excès commis dans la crise financière actuelle. Etait-il vraiment nécessaire de déplacer une partie de l’épargne déposée dans les Postes et au Crédit Agricole vers des banques dont on peut bien se demander comment elles les utiliseront, d’autant plus qu’aucune mesure d’encadrement ou de meilleure régulation n’a été prise suite à la grave crise financière que nous avons traversée.

Mais mieux que le lobby bancaire, c’est le lobby de la distribution qui est le premier gagnant de cette loi. Michel Edouard Leclerc a obtenu tout ce qu’il souhaitait : relèvement du seuil d’ouverture des grandes surfaces de 300 à 1000 m2 et négociabilité des tarifs des fournisseurs. Ces deux mesures vont encore renforcer le pouvoir de la grande distribution au détriment des industriels et du petit commerce de centre ville. Et cela ne changera rien au niveau des prix malgré les annonces du président. Même le journal de 13 Heures de TF1, notre pravda locale, soulignait cette semaine dans des reportages que, contrairement aux idées reçues, les prix ne sont pas plus élevés en France qu’en Allemagne sur les mêmes produits et pire, que la multiplication des grandes surfaces ne pousse pas les prix à la baisse.

La raison est assez simple : la grande distribution a des marges de l’ordre de 3%, ce qui signifie que la possibilité de baisse des prix est limitée. Et si davantage de magasins doivent se partager un même bassin de consommation, alors les frais fixes globaux risquent de monter, ce qui ne permettra pas une baisse des prix. En outre, la négociabilité des prix va donner encore plus de pouvoir à une distribution qui ne semblait pas vraiment en manquer, notamment face aux PME. Mais surtout, il est tout de même incroyable de voter en mai la troisième réforme du mode de fixation des prix en trois ans, alors que la seconde réforme est à peine appliquée depuis quelques semaines, et que, naturellement il est trop tôt pour en tirer un bilan…

Bref, le gouvernement privilégie la communication tout en cédant à quelques lobbys bien introduits… Loin d’une loi de modernisation de l’économie, elle est l’illustration des faiblesses du régime.

Source : http://www.lemonde.fr/politique/article/2008/06/03/grandes-surfaces-les-elus-restent-inquiets_1053057_823448.html#ens_id=1052462