21.11.2008
Bienvenue à l’ORTF !
Nicolas Sarkozy aime bien se présenter comme une pauvre victime des critiques injustes des médias. S’il est vrai qu’une partie non négligeable lui est opposée, ce n’est pas le cas de tous, notamment des plus gros. Mais surtout, il met tout en place pour renforcer sa mainmise.
Il suffit de voir Frédéric Lefebvre parader en expliquant sa vision très précise de ce que devrait être la tranche horaire 18-20 heures de France 2 pour voir la dérive de l’équipe au pouvoir. Le conseiller du prince, préconise une succession de trois émissions : un talk show avec Laurent Ruquier, une émission politique avec Eric Zemmour et une émission culturelle avec Michel Field. Le député des Hauts de Seine se comporte comme s’il était à la fois ministre de la communication et président de l’ORTF, pardon, de France Télévisions. Depuis des mois, il critique l’arrivée de Julien Courbet sur le service public, dans une attaque ad hominem inédite depuis bien longtemps de la part du monde politique. En cela, il s’inscrit dans la droite ligne de Thierry Saussez, conseiller à l’Elysée, qui avait expliqué vouloir créer une émission d’une demi-heure sur le service public pour la propagande, pardon, la communication, du gouvernement.
Mais ces dérives ne sont que la face cachée de l’iceberg. François Bayrou avait bien raison de demander l’interdiction pour les groupes dépendant de commandes publiques de posséder des médias, par le conflit d’intérêt permanent que cela peut provoquer. Et malheureusement, ce mélange des genres dépasse toutes les limites connues précédemment puisque Nicolas Sarkozy et son gouvernement applique une à une toutes les demandes des chaînes privées et de TF1 en particulier. Il supprime la publicité sur le service public, tout en augmentant sa durée sur les chaînes privées qui pourront ainsi récupérer directement les sommes perdues par le service public… Pire, la compensation financière pour France Télévisions est sans cesse rabotée, ce qui ne devrait pas l’aider dans sa lutte avec TF1 : les députés viennent ainsi de réduire les taxes sur les chaînes privées, qui auront donc le beurre, l’argent du beurre et la crémière à partir de 2009.
Enfin, alors que le gouvernement avait annoncé lors de la réforme de la Constitution qu’il allait améliorer le système du partage du temps de parole, rien n’est fait. La règle de la Cinquième République est un partage en trois tiers : un tiers pour le gouvernement, un tiers pour la majorité et un tiers pour l’opposition, sachant que le président ne dépassait rarement les 2% du temps de parole politique. Le problème est que Nicolas Sarkozy occupe à lui tout seul un quart du temps de parole politique national, laissant les trois quarts restants se diviser en trois. C’est ainsi que trois-quarts du temps de parole est consacré à la majorité et seulement un quart pour l’opposition (et encore, Jack Lang est considéré dans l’opposition…). Ce partage pose bien sûr un grave problème démocratique puisqu’il revient à bâillonner une grande partie de l’opposition, du moment où le PS conserve le gros de ce quota.
75% du temps de parole politique, un service public mis sous la coupe financière d’un Etat plus interventionniste que jamais, un président qui favorise outrageusement certains de ses amis et appelle les rédactions pour signifier son mécontentement. Et si l’ORTF était finalement plus ouverte ?
Source : http://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2008...
http://www.lejdd.fr/cmc/media/200845/france-2-lefebvre-fait-le-programme_163467.html
10:55 Publié dans Actualités, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : france télévisions, service public, sarkozy, courbet, lefebvre



