10.02.2011

L’Union Européenne, c’est l’Europe des raisins de la colère

On nous disait que l’Europe, c’était la paix, la prospérité, l’emploi. Depuis trois ans, il devient tous les jours plus évidents que ces belles promesses n’étaient que du vent. Le projet européen tel qu’il est aujourd’hui, c’est une politique suicidaire de rigueur et un encadrement bien peu démocratique des Etats.

L’austérité jusqu’à l’absurde

140% du PIB : voici le niveau de la dette Grecque aujourd’hui. Ce chiffre devrait atteindre 165% en 2014 (on annonçait vingt points de moins il y a seulement six mois). Bien sûr, la Grèce porte une très forte part de responsabilité, mais la cure d’austérité sans restructuration de la dette, en ayant fait baisser le PIB de 10% en trois ans, en a encore alourdi son poids. Bref, les politiques suivies à Athènes, Lisbonne, Dublin, et sans doute demain à Madrid sont intenables en l’état.

Anne Dastakian, de Marianne, est revenu dans un papier passionnant sur le cas de la Lettonie, qui préfigure peut-être l’avenir des PIIGS… Ce pays a connu une très forte croissance jusqu’en 2007 avant que la bulle n’explose de manière très violente en 2008. Le PIB a reculé de 22% en deux ans, le taux de chômage a atteint 18%, le salaire minimum a baissé de 20%, celui des fonctionnaires de 30%, de même que les dépenses de santé, suite au plan du FMI.

Mais la Lettonie montre bien l’absurdité de ces plans puisqu’après cette cure d’austérité sauvage, la situation n’est toujours pas assainie. En effet, le chef de mission du FMI prévoit un nouvel ajustement équivalent à 7% du PIB pour 2011-2012. Bref, comme le souligne la journaliste, la crise est plus violente que la Grande Dépression des années 1930 aux Etats-Unis. Pourtant, l’Islande nous montre bien qu’il y a une autre voie que les politiques à la Hoover pour s’en sortir.

L’institutionnalisation de politiques absurdes

Mais le pire semble encore à venir avec cette Europe, qui, pour reprendre un bon mot d’Emmanuel Todd, « utilise sa propre puissance économique pour se torturer ». C’est exactement ce que semble proposer le nouveau plan franco-allemand. S’il y a des idées intéressantes (plancher d’imposition, plan de gestion de crise des banques), le fond du plan risque d’enfermer notre continent dans une stagnation économique prolongée et empêcher toute croissance.

L’Allemagne souhaite mettre fin à l’indexation des salaires sur l’inflation : organisant en clair une baisse du pouvoir d’achat des travailleurs ! Cette Europe n’a pas compris que la quête sans fin de la compétitivité est totalement illusoire sachant que le salaire minimum au Bangladesh est de trente euros. De combien faudra-t-il baisser les salaires pour que le vieux continent soit à nouveau compétitif à l’échelle mondiale ? Ne faudrait-il pas chercher à éviter une telle course au moins-disant salarial ?

Enfin, le fait de constitutionnaliser des règles budgétaires poursuit la même logique anti-démocratique de cette Europe qui veut absolument limiter le choix réel des citoyens et entraver la marge de manœuvre des gouvernements nationaux. Après la suppression des politiques monétaires nationales avec l’euro, voici que l’encadrement des politiques budgétaires (soumises à la Commission puis encadrées constitutionnelles) promet de ligoter plus encore les capacités d’actions  des Etats.

Le seul point positif de ces derniers mois est de montrer le vrai visage de cette Europe, soucieuse d’augmenter son pouvoir et son contrôle des Etats, et qui mène une véritable politique antisociale au service de la finance et des multinationales. Les masques sont tombés : aux peuples de réagir !

04.03.2010

Grèce : le supplice de l’euro pourrait durer

Hier, sur Marianne 2, Roland Hureaux a publié une tribune pronostiquant une sortie rapide de la Grèce de l’euro. Si je partage la plupart de ses analyses (et notamment le fait que la monnaie unique se disloquera), je crois malheureusement que le supplice de l’euro pourrait encore durer quelques années.

Les précédents irlandais et letton

Le cas de la Grèce n’est pas nouveau. A l’origine, la spéculation sur les dettes publiques s’était concentrée sur l’Irlande, qui affichait des taux encore plus élevés que ceux de la dette grecque. Alors que ce pays était encore vanté il y a trois ans comme l’exemple à suivre en Europe du fait de sa forte croissance, de sa faible fiscalité et son faible endettement, pas grand monde n’avait vu que ce dynamisme était un château de cartes qui reposait sur les taux d’intérêts inadaptés de l’euro.

Avec la crise, l’économie s’est effondrée (le PIB a reculé de 10%), le chômage s’est envolé. La dette va quadrupler en proportion du PIB en quelques années. Pour s’en sortir, le pays a choisi la voie déflationniste, avec une baisse des salaires des fonctionnaires et une rigueur redoutable qui permet aux prix de baisser pour permettre au pays de retrouver une certaine compétitivité. Alors que les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont choisi une voie keynésienne, l’Irlande choisit Hoover…

Mais ce n’est pas le seul pays qui a suivi cette voie-là. En effet, plus loin de nous, la Lettonie connaît une crise particulièrement violente. Son PIB a baissé de 17,5% l’an dernier ! Le chômage dépasse les 20%, les augmentations d’impôt représentent 10% du PIB selon The Economist. Le lien entre la monnaie locale et l’euro va ainsi être maintenu par une dépréciation interne de l’ensemble des prix et des salaires, au prix d’une rigueur et d’un ajustement économique d’une brutalité sauvage.

La Grèce : le troisième exemple ?

Il semble finalement que cette voie soit celle choisie par la Grèce aujourd’hui, même si le Premier Ministre indique qu’il attend un geste de l’Union Européenne, sinon il se tournera vers le FMI. Mais cette seconde option montre in fine que le choix de l’ajustement par la rigueur est fait. Le nouveau plan (qui s’ajoute au précédent) porte sur 4,8 milliards d’euros, soit plus de 2% du PIB, dans un cocktail de hausses d’impôt (TVA, alcool, tabac, carburants) et de coupes du traitement des fonctionnaires.

Du coup, aujourd’hui, l’horizon s’éclaircit sur cette nouvelle crise des dettes publiques, même si ce ne sera pas la dernière. La Grèce devrait rentrer dans le rang, car elle n’a pas vraiment d’autres choix, à moins de faire défaut et de quitter l’euro, ce que le pays ne semble pas prêt à faire après avoir bénéficié des subsides européennes pendant trente ans et avoir trafiqué ses comptes (avec l’aide de Goldman Sachs…). Cela montre à nouveau les dangers d’une unification monétaire artificielle.

Un tel plan, plus le soutien de l’Europe ou du FMI devrait permettre à la Grèce de trouver les 20 milliards d’euros dont elle a besoin dans les deux prochains mois. Mieux, le fait de retrouver la confiance des marchés pourrait même permettre une décrue des taux qui faciliterait la tâche du gouvernement. Néanmoins, un risque continuera à planer tant les esprits animaux du marché peuvent provoquer des réactions violentes et irrationnelles.

Bien sûr, la politique de rigueur sera très dure, d’autant plus que le pays ne pourra pas faire une dévaluation qui lui aurait permis de redynamiser sa croissance. Cependant, les cas italiens et japonais montrent qu’un pays peut accepter une quasi absence de croissance pendant longtemps… On peut même s’attendre qu’après avoir obtenu ce qu’ils voulaient à Athènes, les marchés fassent de même avec l’Espagne, l’Italie voir la France. L’Europe va être plus que jamais une zone de basse croissance.

Bien sûr, il est impossible d’avoir des certitudes fortes, mais, contrairement à Roland, je crois que le supplice de l’euro peut encore durer quelques années (2, 5, 10 ?) en Grèce. Pour l’instant, il manque à Athènes une formation politique d'envergure et capable de prendre le pouvoir rapidement pour porter un autre projet, malheureusement.