21.04.2011
Les aberrations de la libéralisation des services publics
Depuis quinze ans, la droite et les socialistes suivent l’Europe pour mettre en place la libéralisation des services publics. Mais alors qu’ils nous promettaient un meilleur service et des prix moins élevés, nous avons exactement l’inverse. Il n’y a que les profits qui progressent.
Les conséquences ubuesques de la libéralisation
Nous avons déjà fait l’expérience plus limitée de la libéralisation des renseignements téléphoniques. Et le résultat est très simple : une explosion spectaculaire des prix, une plus grande complexité pour le client et au final, les seuls gagnants sont les médias qui empochent les recettes de publicité et les actionnaires qui n’ont pas bu la tasse. Bref, la libéralisation des renseignements téléphoniques n’a clairement pas profité à l’intérêt général, largement dégradé depuis la fin du 12.
Mais l’avancée de la libéralisation a aujourd’hui des conséquences encore plus incroyables. On apprend ainsi que la SNCF poursuit RFF (Réseau Ferré de France) pour obtenir davantage de créneaux pour ses trains de marchandise auprès du régulateur du rail. Avant, la SNCF gérait seule le réseau et les trains. Aujourd’hui, pour satisfaire Bruxelles, l’entreprise a été coupée en deux (pour permettre de la concurrence), ce qui impose l’arbitrage d’un régulateur !
Le cas des tarifs d’EDF est tout aussi abracadabrantesque. Le Point ose ainsi écrire sans la moindre ironie que la loi Nome, destinée à « doper la concurrence », « pose les bases d’une forte hausse des tarifs de l’électricité ». Bref, la gestion législative semble encore plus complexe, l’Etat est contraint d’intervenir et les tarifs progressent fortement (alors qu’étant donné que 80% de notre électricité est d’origine nucléaire, nos tarifs devraient être relativement stables)…
Pour la dé-libéralisation des services publics
N’est-il pas temps aujourd’hui de faire un bilan de ces libéralisations qui n’ont apporté aucun des bénéfices escomptés ? Le service ne s’améliore pas, les prix ont tendance à monter, tout devient plus difficile pour le client qui doit essayer d’échapper aux chausse-trappes des différents fournisseurs et même l’Etat se voit contraint d’agir pour trancher les conflits entre les autorités de régulation et les différents acteurs de marchés complexifiés et bureaucratisés du fait de la libéralisation.
Fondamentalement, il faut comprendre que certains marchés sont des monopoles naturels. Quand les investissements sont si lourds que seuls deux ou trois acteurs peuvent être présents ou qu’il faut collectiviser la production et ne libéraliser que la commercialisation (qui ne représente qu’une fraction du coût), la libéralisation n’a aucun sens. De facto, elle produit un oligopole où les quelques acteurs présents n’ont aucun intérêt à mener une guerre des prix préjudiciable à tous.
Du coup, même sans le moindre comportement délictueux, les différents acteurs ne se battent pas sur le prix et profitent de facto d’une rente financière. La production d’énergie, le transport ferroviaire, la distribution du courrier, les autoroutes, ne sont clairement pas des activités où la libéralisation apporte quoique ce soit. Ces secteurs doivent rester dans le service public. Et on pourrait se poser la question pour la distribution de l’eau, voir même la téléphonie.
Les tenants de la libéralisation à tout crin se heurtent aujourd’hui à une réalité qui démontre que la privatisation des services publics est lourdement préjudiciable à l’intérêt général et ne profite qu’aux actionnaires qui profitent d’une situation d’oligopole. Il faut donc revenir en arrière.
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28.10.2010
Tarifs EDF : le symbole de la faillite d’une politique
Hier matin, François Baroin, ministre du budget, a confirmé la prochaine et nouvelle hausse des tarifs d’EDF, sous couvert cette fois du Grenelle de l’Environnement. En cinq mois, les tarifs auront progressé de près de 7%, pour le plus grand bonheur de la bourse et des actionnaires…
Pourquoi les prix montent
Cette nouvelle hausse des tarifs donne raison à Pierre Gadoneix, ancien patron d’EDF, qui avait demandé mi-2009 une augmentation des tarifs de 20%, précipitant sa chute et son remplacement par un proche du président. Les raisons invoquées pour les hausses de tarif sont toujours relativement nobles : investissement pour financer le parc nucléaire, compensation pour le rachat d’électricité photovoltaïque auprès des ménages ou des entreprises.
Mais ce discours politiquement correct camoufle d’autres raisons : le besoin de financer le rachat d’entreprises étrangères, le financement de dépenses de communication en hausse du fait de la libéralisation, la compensation de la perte subie par la vente en gros d’électricité aux nouveaux acteurs ou enfin le besoin d’augmenter les profits pour plaire à la bourse. On en arrive à la situation où les consommateurs paient pour subventionner la libéralisation !
Rupture de service public
Quand on pense que les partisans de la libéralisation des services publics affirment que la déréglementation doit se faire au bénéfice des consommateurs, par des prix plus bas. On constate bien tous les jours qu’il s’agit d’une fumisterie qui ne correspond en rien à la réalité. Comme le rapporte la Dépêche, le projet de libéralisation (acceptée par les socialistes) aboutit à une accélération de l’augmentation des prix d’EDF, sans aucun bénéfice pour le consommateur final.
La libéralisation du marché de l’énergie va mettre fin à l’exception Française d’un service public de qualité, universel et à bas coût. C’est un nouveau cas d’école qui démontre que le dogmatisme néolibéral de la Commission Européenne ne se fait pas au bénéfice de l’intérêt général. Il ne profite qu’à la bourse et aux actionnaires. Ces hausses de prix sont d’autant plus surprenantes que le groupe EDF a dégagé quatre milliards de résultats net en 2009…
Cette nouvelle hausse des tarifs démontre à nouveau toute la perversité de la libéralisation des services publics voulues par Bruxelles et soutenue par le PS et l’UMP. Merci à Nicolas Dupont-Aignan d’en avoir souligné toute l’injustice dans un papier bien senti.
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07.08.2010
Crise du lait : Europe, PS et UMP sont tous coupables !
Cette nouvelle flambée de protestation des producteurs de lait est l’occasion d’une nouvelle démonstration de la schizophrénie du gouvernement, qui dit comprendre la colère des agriculteurs alors qu’il est responsable des politiques qui ont menées à ce désastre.
Les raisons de la crise
Elles sont simples. Avec les réformes de la PAC, le prix minimum des produits agricoles a été supprimé. Du coup, il évolue en fonction des évolutions du marché. En 2009, avec la crise économique, les conséquences ont été dramatiques. Après une baisse de 20% en 2008, les revenus des agriculteurs ont reculé de 34% en 2009, soit une division par deux en seulement deux ans. Leur revenu moyen est passé de 28 500 à 14 500 euros en moyenne (ce qui signifie qu’environ la moitié des agriculteurs gagnent moins que cette moyenne, pourtant déjà guère élevée).
Les producteurs de lait avaient été parmi les principales victimes de cette évolution puisque leur revenu avait chuté de 50% pour la seule année 2009. La légère remontée des cours cette année avait fait espérer une remontée suffisante pour assurer l’équilibre économique de leur filière mais les négociations avec les industriels n’ont pas permis un accord sur un prix suffisant, du fait des prix inférieurs d’autres marchés européens, notamment Allemand. Dans le cadre de cette nouvelle PAC, les agriculteurs sont la cinquième roue du carrosse des marchés agricoles…
Des solutions existent pourtant
La position du gouvernement est particulièrement hypocrite puisque l’UMP (comme le PS) a accepté toutes les réformes qui ont mené à la situation actuelle, où les revenus des agriculteurs sont la variable d’ajustement de ce nouveau marché déréglementé. Depuis trois ans, tous les ministres de l’agriculture disent comprendre les agriculteurs, mais la France n’a pas profité de sa présidence de l’Union pour pousser une réforme de la PAC qui mettrait fin à ces situations intenables.
La solution, c’est de remettre en place un prix minimum (et des quotas s’il y a surproduction), mais aussi relocaliser la production. En effet, la libéralisation aboutit à une plus grande concentration de la production et comme l’agriculture est une activité fortement soumise aux aléas climatiques, il est évident qu’une plus grande concentration aboutit à une plus grande volatilité. Seule la relocalisation permettra de stabiliser des marchés que la libéralisation a rendus à la loi de la jungle.
La libéralisation, promue par Bruxelles et acceptée par l’UMP comme le PS est responsable de la situation intenable dans laquelle se trouvent les agriculteurs aujourd’hui. Sur ce sujet, je vous invite à lire un article très intéressant paru sur Rue89
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22.12.2009
Quand Bruno Le Maire remet en cause la mondialisation
« Nous, en Europe, nous sommes les champions d’un libre échange sans règles, sans contrôles, qui, à mon sens, est allé trop loin et doit être revisité ». Cette critique de l’Europe ne vient pas de Nicolas Dupont-Aignan, mais bien de Bruno Le Maire. Simple posture ou vraie remise en question ?
Une crise sans précédent
Il faut dire que la crise de l’agriculture est aujourd’hui particulièrement sévère. Le revenu des agriculteurs a ainsi baissé de 34% cette année, le ramenant à un niveau inférieur au début des années 1990 ! Et comme parallèlement, le prix des produits agro-alimentaires n’évoluent pas dans le même sens, il est parfaitement légitime que le ministre de l’agriculture affirme « qu’il faut une meilleure répartition de la valeur ajoutée, ce n’est pas normale qu’en période de crise, les seuls à trinquer, ce soient les producteurs ».
Cette nouvelle déclaration semble donc indiquer que la France veut sérieusement remettre en cause les réformes de la PAC, comme l’annonçait la réunion de 22 ministres de l’agriculture à Paris il y a quelques jours. Bruno Le Maire semble de plus en plus sérieux dans sa volonté de revenir sur la libéralisation excessive des marchés agricoles en Europe, au contraire de son prédécesseur, le très complaisant Michel Barnier, qui semblait avoir oublié qu’il ne travaillait plus à la Commission Européenne.
Posture ou remise en question ?
La réunion qui s’est tenue à Paris semble donc être le signe d’une véritable volonté de retour à une Politique Agricole Commune moins libérale et qui prendrait des libertés avec « la concurrence libre et non faussée », le Graal de la Commission. Car ce que nous annonce le ministre de l’agriculture est assez clair. Il prône un retour à la préférence communautaire et une relocalisation de la production, soulignant l’absurdité d’importer des pommes du Chili quand nous en produisons localement.
D’une part, on peut se réjouir qu’un ministre UMP rejoigne les positions de ceux qui dénoncent les ravages du tout-marché depuis près de 20 ans. Au moins, cela contribuera à populariser nos idées. En revanche, on peut toujours rester interrogatif sur la volonté réelle du gouvernement de changer les choses. Nicolas Sarkozy a trop souvent dit tout et son contraire. Là, il semble que la détresse du monde paysan permette une prise de conscience des politiques mais le doute reste permis.
Il faut espérer que les déclarations du ministre soient plus qu’une posture. A priori, cela semble le cas. Heureusement, car il y a urgence à agir pour sauver le monde agricole. Mais, il faudra passer sur le corps de vingt-cinq années de libéralisation sous l’égide de l’Europe.
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08.12.2009
Comment nourrir le monde (1/2) : libre-échange ou marchés protégés ?
Dans son édition du 21 novembre, The Economist se penche sur le thème passionnant de l’agriculture et se demande comment nous allons faire pour nourrir le monde. S’il soutient la déréglementation, l’hebdomadaire ultralibéral donne pourtant des arguments à ses opposants.
Les limites du tout marché
Bien évidemment, ce dossier est l’occasion pour la revue britannique de se lamenter sur les limites mises aux mécanismes du marché. En effet, devant l’envolée du prix des produits agricoles en 2007, de nombreux pays ont pris des mesures radicales, comme l’interdiction des exportations, ce qui, par ricochet, a provoqué de graves crises dans les pays importateurs. L’envol des prix a provoqué une hausse historique d’environ cent millions du nombre de personnes mal nourries dans le monde.
The Economist se fait l’avocat de la libéralisation des marchés agricoles et appelle à la suppression des barrières douanières récemment mises en place. Pourtant, ce dossier montre bien que les mécanismes du marché aboutissent aux drames que nous avons connus depuis quelques mois. En effet, la main invisible a abouti à une concentration de la production qui rend plus volatiles les cours des produits agricoles, menaçant les populations les plus pauvres de la planète.
Pire, The Economist revient longuement sur le phénomène de l’achat de terres arables dans les pays du Tiers Monde par les importateurs de produits agricoles, comme la Chine, la Corée du Sud ou les pays exportateurs de pétrole. Pas moins de vingt millions d’hectares des meilleures terres des pays pauvres d’Afrique ou d’Asie ont ainsi été achetés par des pays plus riches, handicapant sérieusement la capacité de ces pays à développer leur agriculture…
Le besoin d’encadrement des marchés agricoles
Paradoxalement, The Economist développe des exemples qui montrent l’intérêt de l’intervention publique. Il cite le cas du Malawi. Ce petit pays africain importait 40% de sa nourriture en 2005. Mais le développement de subventions au secteur agricole (à hauteur de 4% du PIB) a transformé ce pays puisqu’il exporte désormais 50% de sa production, après avoir triplé sa production de maïs en seulement 4 ans. De même, après les pénuries de riz, les Philippines visent aujourd’hui l’autosuffisance.
L’ensemble du dossier montre une chose très claire : la libéralisation des marchés conduit à une spécialisation et une concentration de la production, qui, rend plus volatiles les prix agricoles. En effet, avec un marché plus concentré, le moindre incident dans un des grands pays producteurs provoque une tension majeure qui peut faire s’envoler ou effondrer les prix. Même s’il ne s’agit pas d’étatiser la production agricole, une moindre concentration peut donner de la stabilité au système.
C’est pourquoi l’autosuffisance a encore un bel avenir devant elle et il y a fort à parier que malgré l’OMC, beaucoup de pays, y compris en voie de développement, préféreront réguler leur marché intérieur pour permettre à leur agriculture de se développer, phase essentielle du développement économique. Et de toutes les façons, la remontée prévisible du prix du carbone finira par rendre plus cher le commerce des produits agricoles, ce qui devrait favoriser une relocalisation de l’activité.
Le bilan de la libéralisation est là : le nombre de personnes souffrant de malnutrition dans le monde augmente depuis 1995. Il est donc grand temps de revenir à une vision plus locale et plus stable de l’agriculture, pour le bénéfice de tous.
Source : The Economist 21 novembre
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25.10.2009
Energie : le déni libéral de The Economist
Alors que la Commission Européenne continue de préconiser une libéralisation des marchés de l’énergie en Europe, il n’est pas peu piquant de voir The Economist, la bible néolibérale, questionner durement l’efficacité du marché et de la concurrence dans ce même domaine de l’énergie…
La faillite du marché et de la concurrence
L’analyse de l’hebdomadaire anglais néolibéral repose sur l’étude du marché britannique de l’énergie. En effet, ce marché a été libéralisé au milieu des années 90, par le dernier gouvernement conservateur. Les investissements dans les centrales produisant de l’énergie sont réalisés par des acteurs privés et une demi-douzaine d’entreprises se partagent le marché de la distribution de l’énergie aux ménages. Il n’y a pas de contrôle des prix et l’intervention de l’Etat se limite à quelques centrales nucléaires.
Mais dans un papier intitulé « La remise en cause de la main invisible », The Economist critique radicalement la libéralisation. L’hebdomadaire liste trois arguments qui la remettent en cause. Le premier est le changement climatique : le journal souligne que malgré de lourdes subventions, la Grande Bretagne génère beaucoup moins d’énergies propres que ses voisins européens. L’explication vient de la variabilité des prix de marché qui rend aléatoire la rentabilité de projets à long terme.
Le deuxième argument avancé est le renouvellement du parc énergétique. Un tiers du parc britannique doit être renouvelé en dix ans. Mais les acteurs privés ne font pas les investissements nécessaires pour l’instant. S’ils le font cela augmentera le coût de l’énergie de 60% ! Enfin, les seuls investissements faits le sont dans les centrales à gaz, qui compte déjà pour 40% de l’énergie utilisée en Grande-Bretagne, augmentant dangereusement la dépendance du pays…
Contre la libéralisation du marché de l’énergie
La synthèse de l’hebdomadaire est sévère. Il explique même que les bas prix dont ont profité les consommateurs britanniques s’expliquaient essentiellement par le manque d’investissements des acteurs privés et que les lendemains seront difficiles, entre hausse des prix et risque de coupures électriques. Le seul argument que trouve The Economist pour des marchés dérégulés est le fait que les hommes politiques peuvent rejeter la responsabilité des problèmes sur les entreprises privées !
En fait, ce qui apparaît avec le cas britannique, c’est que certains marchés, et notamment le marché de l’énergie, ne sont pas adaptés à la libéralisation. La compétition entre un trop grand nombre d’acteurs peut avoir le bénéfice de faire baisser les prix à court terme, mais cela se paie par un sous-investissement chronique dangereux pour l’avenir. En fait, seule la puissance publique peut prévoir des investissements suffisants sur plusieurs décennies car elle n’a pas la pression des résultats trimestriels.
Globalement, ce sont les marchés dits de « monopole naturel », où le niveau d’investissement est très important, qui doivent rester dans le domaine public. Parce qu’il serait aberrant de construire deux réseaux d’autoroute, deux réseaux électriques ou deux réseaux postaux, et parce qu’un monopole privé tend à se transformer en rente, ces marchés sont des services publics. Par dogmatisme, la Grande-Bretagne a voulu tout privatiser. On en voit le résultat sur le transport ferroviaire ou sur l’énergie.
Le cas britannique devrait faire réfléchir les ayatollahs du tout-marché. Même une revue comme The Economist reconnaît les limites de la libéralisation. Mais même une telle remise en cause ne sera sans doute pas suffisante pour que la Commission renonce à son dogmatisme néolibéral…
Source : The Economist 17 octobre
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22.07.2009
EDF : service public contre libéralisation
Hausse des prix, paiement des économies d’énergie : les dernières semaines montrent le vrai visage de la libéralisation du secteur de l’énergie. Loin d’être au service des clients, elle ne vise qu’à soumettre notre service public à une logique purement marchande.
Le dérapage de Pierre Gadoneix
Il y a deux semaines, le patron d’EDF est intervenu à la radio pour demander une augmentation des tarifs de l’électricité de 20% sur trois à quatre ans. Il a justifié sa demande par le fait que l’électricité est 30% moins cher en France que dans les autres pays européens et que l’ancien service public doit aujourd’hui financer une augmentation de ses investissements pour renouveler le parc de centrales nucléaires.
Pourtant, c’est justement parce que l’électricité en France est à 80% d’origine nucléaire que le prix y est plus faible. Et on ne voit pas pourquoi son coût devrait augmenter aujourd’hui brutalement de 20%, alors qu’EDF fait de larges bénéfices. En outre, le besoin d’argent pour les investissements est contradictoire avec les annonces du plan de relance du gouvernement où EDF devait fortement contribuer.
Comme le souligne très justement Nicolas Dupont-Aignan dans un communiqué de presse, cette demande de hausse de tarif a un seul but : financer les acquisitions du groupe à l’étranger, comme British Energy, qui a coûté 15 milliards d’euros. Il est parfaitement inacceptable que le patron d’EDF demande aux consommateurs Français de financer ses acquisitions à l’étranger.
L’oubli du service public
Cet épisode a au moins le mérite de montrer que la libéralisation des services publics ne profite pas aux consommateurs puisque loin des arguments de ses défenseurs, elle a plutôt tendance à provoquer une hausse des tarifs. La libéralisation des services publics, loin de servir le pays, met les anciens monopoles publics au service des actionnaires, uniquement.
Le dernier exemple en date l’illustre particulièrement bien. En effet, EDF et les autres opérateurs du marché de l’énergie réclament une taxe pour compenser les économies d’énergie et le manque à gagner. Une prime au gaspillage de l’énergie en somme. Une parfaite illustration du côté bassement mercantile d’entreprises privées qui ont perdu toute logique de service du public.
Sous les coups de boutoir de la Commission Européenne et avec la complicité de l’UMP, du PS et du Modem, le modèle Français de service public est constamment remis en cause. Nous voici mieux averti des conséquences de cette dangereuse évolution.
Source : http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/07/20/edf-veu...
http://www.debout-la-republique.fr/EDF-sous-la-hausse-de-...
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05.05.2009
L’Europe contre les services publics
Inlassablement, l’Europe pousse à la déréglementation des services publics européens, aveuglée par un dogmatisme néolibéral qui se fracasse pourtant tant sur la réalité que sur la théorie économique.
La casse des services publics…
C’est le gouvernement socialiste de Lionel Jospin qui a en son temps accepté la lointaine déréglementation des services publics européens. Progressivement, la Commission Européenne essaie de remettre en question les services publics de l’énergie, du transport ferroviaire ou du transport du courrier. Pourtant, les résultats de la déréglementation en Grande-Bretagne montrent bien que cette évolution n’est pas forcément au bénéfice des usagers.
Mieux, le dogmatisme de Bruxelles ignore la théorie économique pour laquelle il existe ce que l’on appelle des « monopoles naturels », des secteurs où les économies d’échelle procurées par la taille poussent logiquement à la constitution d’un monopole. Et parce que les monopoles privés ont un comportement prédateur, la plupart des gouvernements ont légitimement préféré le confier à une entreprise publique. Le transport ferroviaire, l’énergie ou la distribution du courrier sont des « monopoles naturels ».
L’Europe cherche par tous les moyens à casser les entreprises publiques héritées de l’après-guerre. C’est ainsi qu’elle chercher à imposer la séparation des activités de production et de distribution dans le domaine de l’énergie pour imposer la concurrence dans le second. Mais un tel objectif est difficilement compréhensible. En effet, l’essentiel du coût dans l’énergie vient de la production, et non de la commercialisation. La mise en concurrence de la distribution n’aura que peu d’impact sur les prix.
… bénéficie aux gros mais pas aux petits
Et c’est bien là tout le problème : ces positions dogmatiques n’apportent des bénéfices que pour les actionnaires de ces sociétés. Les prix ne sont que rarement baissés, comme le montre le cas de la libéralisation de l’annuaire téléphonique qui a abouti à un doublement du coût du service. Les premiers bénéficiaires ont alors été les chaînes télévisées qui ont profité de leurs budgets publicitaires. En revanche, le consommateur a été le dindon de la farce.
Plus grave, comme le montre cet article de Médiapart signalé par Pascale Fourier, que j’ai eu la chance de rencontrer récemment, cette libéralisation peut également pousser à des comportements dangereux pour la sécurité même des passagers. En effet, il semble que les exigences de certains opérateurs privés ne soient pas forcément les mêmes que celles de notre service public, qui, s’il a des défauts, n’a pas celui de mettre en danger la vie de ses usagers par de telles négligences.
Une efficacité économique plus que douteuse, un bénéfice privatisé pour les actionnaires, des consommateurs mis en danger : elle est belle l’image des services publics libéralisés au nom de l’Europe !
Source : http://www.mediapart.fr/club/blog/cheminot-railleur/14040...
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01.11.2008
Que dit la crise sur la construction européenne ?
La gravité de la crise que nous traversons est un excellent test pour le fonctionnement des Institutions Européennes, à un moment où une bonne coordination est essentielle pour protéger nos économies. Retour sur les leçons d’un mois de crise.
Les « eurobéats », qui ont poussé l’agenda de déréglementation, au point de vouloir faire de la « concurrence libre et non faussée » un objectif de l’Union Européenne, se satisfont officiellement du retour de l’idée européenne et soutiennent sans rire que la crise rend le traité de Lisbonne encore plus nécessaire. Pourtant, on a du mal à voir la cohérence entre un traité qui pousse un agenda ultra-libéral et les nationalisations et interventions publiques issues de la crise, dont le moins que l’on puisse dire est qu’elles mettent une croix sur la déréglementation et « la concurrence libre et non faussée ». Et si l’endettement des ménages Américains a une part importante de responsabilité dans la crise, la déréglementation poussée par Bruxelles est sans doute le deuxième coupable de la catastrophe financière. En cela, la crise marque la défaite de l’Europe libérale défendue par la Commission ou la BCE.
Cette crise a aussi démontré la supériorité des Etats sur les organismes technocratiques. Alors que le président de la Commission n’a fait que suivre les vrais décideurs lors des grands sommets internationaux et que Jean-Claude Trichet reste enfermé dans un monétarisme délirant (les taux sont à 1% aux Etats-Unis désormais contre 3,75% en Europe…), ce sont bien les chefs d’Etats qui ont dénoué la crise, sous l’impulsion de Gordon Brown et Nicolas Sarkozy. La crise que nous traversons a démontré que le modèle de l’Europe des Etats fonctionne beaucoup mieux que l’Europe bureaucratique et fédérale, incapable de réagir face à une crise qui remet tellement en question les dogmes qu’elle défend depuis si longtemps. Seule l’onction démocratique donne à un dirigeant le pouvoir et le pragmatisme pour prendre les mesures que les Chefs de l’Etat et de gouvernement ont su prendre.
Malheureusement, cette crise montre également que les organisations technocratiques ne se remettent absolument pas en cause, puisqu’elles n’ont toujours pas abandonné leurs dogmes libéraux de la déréglementation. C’est ainsi qu’on apprend au détour d’un article que l’Agence Européenne de Sécurité des Aliments juge que la clause de sauvegarde invoquée par la France pour suspendre la culture du maïs OGM n’est pas vraiment justifiée. En clair, cette agence, dite de sécurité, estime que la France prend trop de sécurité… Elle évoque l’absence de preuves de risques. Mais ne faudrait-il pas plutôt s’assurer de la non dangerosité ? Et comment ne pas imaginer le lobbying de Monsanto dans cette affaire ? Bref, l’Europe du nivellement par le bas de la déréglementation continue à essayer de dicter sa loi à des Etats qui privilégient la protection de leurs citoyens aux intérêts des multinationales.
La supériorité de l’Europe des Etats, où les politiques sont aux commandes, a été démontrée par cette crise. Pourtant, inexorablement, l’Europe bureaucratique et dérégulatrice poursuit son œuvre, qui nous a mené à la crise financière que nous connaissons. Vivement juin 2009 pour faire acte de résistance !
Source : http://www.liberation.fr/terre/0101166299-le-mais-ogm-bientot-de-retour-dans-les-champs-francais
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26.10.2008
Ces vices du marché qu’il faut corriger
« Le laisser faire ! Le laisser passer ! appliqué à l’économie (…) a souvent, (…) donné au développement une puissante impulsion. Mais on ne saurait méconnaître qu’il en est résulté beaucoup de rudes secousses et une somme énorme d’injustices ». Ce constat du Général de 1965 est plus que jamais d’actualité.
C’est sans doute le principal bienfait de cette crise que de désarmer durablement les ayatollahs du tout marché. Bien sûr, un grand nombre d’entre eux continuent à défendre l’efficience du marché libre, rejetant la crise actuelle sur des comportements individuels (traders, Alan Greenspan…). Ceux-là somment les Etats de déverser des centaines de milliards pour sauver le système tout en exigeant que les banques qui seraient nationalisées soient privatisées le plus rapidement possible. Mais le parallèle saisissant entre les milliards déversés pour sauver les banques et une crise économique qui s’annonce dure montre bien que le marché a de graves vices qui seront difficiles à oublier.
Le premier vice du marché est sa tendance à l’alignement par le bas. Même si la globalisation a permis une hausse des salaires en Chine, il faut bien reconnaître qu’elle a provoqué une stagnation des revenus des classes populaires en Occident et une forte hausse des inégalités puisque les hauts salaires, eux, en ont beaucoup profité. Comme le montre Jean-Luc Gréau dans « L’avenir du capitalisme », le libre-échange non régulé provoque une « déflation salariale » pour les emplois qui peuvent être délocalisés. De même, l’euro pousse à une concurrence malsaine entre les pays européens puisque chaque point de hausse de salaire de moins est un point de compétitivité prix de mieux. De même, en matière de norme, le marché peut pousser à un alignement par le bas, comme le montrent les délocalisations d’activités polluantes dans les pays peu regardants…
Le second vice du marché est son caractère cyclique et les rudes secousses qu’il provoque depuis toujours. De la crise de la Tulipe au 17ème siècle au krach actuel, en passant par la crise de 1929, le krach de 1987, l’effondrement de l’immobilier au début des années 90, la crise japonaise, la crise asiatique de 1997 ou l’éclatement de la bulle Internet, l’histoire démontre « l’exubérance irrationnelle » des marchés, à la hausse comme à la baisse. Bien plus que la politique monétaire de la Fed, la responsabilité de la crise actuelle repose sur l’incapacité des marchés à correctement évaluer le prix des biens puisqu’ils cèdent trop souvent à des mouvements moutonniers de hausse comme de baisse. Le problème est que la libéralisation des marchés a augmenté la fréquence des crises et leur impact sur l’économie réelle, ce qui appelle à une re-réglementation pour protéger les citoyens des conséquences de ces crises.
Le troisième vice du marché est son fonctionnement imparfait. Comment ne pas comprendre aujourd’hui que le système actuel est aberrant puisque les banques pouvaient proposer des crédits à des ménages peu solvables, leur faisant prendre de gros risques, tout en sachant qu’elles pouvaient s’assurer contre tout impayé, créant une asymétrie complètement anormale ? De même, les dirigeants des grands banques et les traders ont touché des milliards de bonus sur des transactions qui ne reposaient sur rien, et qui ont plongé le monde dans sa plus grave crise depuis 1929, imposant aux Etats d’injecter des centaines de milliards pour éviter un cataclysme financier. « La privatisation des profits et la collectivisation des pertes », dénoncé par The Economist démontre un disfonctionnement majeur.
Ce fonctionnement imparfait se retrouve également dans les oligopoles ou les rentes de situation que certaines entreprises arrivent à obtenir, parfois grâce au lobbying. En outre, comme le montre Robert Reich dans « Supercapitalisme », le marché n’a pas la moindre moralité et si Yahoo a besoin de dénoncer des internautes pour faire du business en Chine, il le fera. Bref, le « laisser faire, laisser passer » n’est pas la solution. Cela ne signifie pas qu’il faille rejeter le capitalisme : l’économie de marché a tout de même démontré une capacité à stimuler le développement économique grâce à l’ingéniosité humaine. En revanche, il doit être beaucoup mieux encadré par l’Etat, seul garant de l’intérêt général pour éviter au maximum tous les excès qu’il provoque.
S’il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain, comment ne pas constater que le capitalisme dirigé des 30 Glorieuses s’est transformé en un monstre dangereux à cause de la déréglementation.
Source : http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/10/18/les-imb...
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