02.06.2008
Du rôle essentiel de l’Etat pour le développement économique
L’événement est passé inaperçu, mais la commission Croissance et Développement de la Banque Mondiale a publié un rapport très intéressant le 22 mai. Malgré le profil peu suspect d’anti-libéralisme de ses membres, la commission a conclu au rôle essentiel… de l’Etat !
Cette commission, composée d’économistes reconnus (dont deux prix Nobel), du patron de Citigroup et de personnalités gouvernementales venues de tous les pays, s’est posée la question des conditions du développement économique. Ses conclusions mettent en pièce le « Consensus de Washington » qui prône la dérégulation, les privatisations et la réduction des dépenses publiques. La commission s’est penchée sur le cas des treize pays qui ont connu une croissance de 7% pendant 25 ans depuis 1950. On y retrouve le Japon, les dragons d’Asie du Sud Est (Corée du Sud, Taiwan, Singapour et Hong Kong), la Chine, l’Indonésie, la Thaïlande, la Malaisie, le Brésil, Oman, Malte et le Botswana.
« La principale de nos conclusions est que la croissance indispensable pour faire reculer la pauvreté et assurer un développement durable réclame un Etat fort ». Car c’est l’Etat qui assure une administration efficace et les investissements pour assurer de bonnes infrastructures, un bon niveau d’éducation et de santé, fondations du développement économique qui attirent les entreprises. Bien sûr, cela ne signifie pas que la Commission recommande le protectionnisme mais elle prône le pragmatisme à l’opposé de l’idéologie bornée de la plupart des instances internationales. Elle soutient même qu’il faut lutter contre le creusement d’inégalités trop importantes et soutient les programmes sociaux pour aider les populations victimes des ajustements économiques.
Ce rapport a l’immense intérêt de remettre en cause les idées préconçues du néo-libéralisme ambiant. Il a également l’intelligence de montrer qu’il n’y a pas un seul modèle de développement, mais plusieurs modèles qui peuvent tous réussir, avec des degrés divers d’intervention de l’Etat. D’ailleurs, le cas des dragons asiatiques, du Japon, de la Chine ou de l’Inde sont les meilleurs exemples de l’importance du rôle de l’Etat pour assurer le développement économique. Si ces pays ont opté pour une libéralisation économique, ils l’ont fait de manière très graduelle et pragmatique, sachant protéger les industries qu’ils souhaitaient conserver ou développer (comme l’automobile ou l’agriculture).
Les néo-libéraux ont tendance à présenter leurs idées comme la solution absolue pour la croissance et vont jusqu’à prendre le cas des pays asiatiques pour preuve. Pourtant loin de servir leurs thèses, ces exemples montrent au contraire l’importance du rôle de l’Etat.
Source : http://www.lemonde.fr/economie/article/2008/05/22/21-sages-pour-une-mondialisation-moins-sauvage_1048251_3234.html
11:32 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : etat, libéralisme, croissance, banque mondiale
29.05.2008
La guerre des chefs accélère au parti socialiste
La semaine dernière, Bertrand Delanoë a fait un nouveau pas vers la candidature au poste de premier secrétaire du parti socialiste. Mais la contre-attaque de Ségolène Royal a été bien organisée. Malheureusement, la forme l’emporte largement sur le fond.
Le maire de Paris se retrouve un peu dans la position de Ségolène Royal il y a deux ans : favori des sondages mais officiellement candidat à rien. Pourtant, son offensive médiatique ressemble furieusement à celle d’un candidat à la reprise du parti socialiste. La sortie d’un livre par un homme politique est toujours un événement majeur. Dans le cas présent, le choix de se présenter comme « socialiste et libéral » est un véritable positionnement, qui semble bien destiné à créer de la substance pour une candidature, substance à même de rassembler l’aile droite du parti. Mais ce positionnement osé de héraut des libertés sociales, s’il plaira sans doute aux bobos parisiens, est très loin des préoccupations de l’électorat populaire. Reste à savoir s’il est à même de l’aider à capturer le PS.
Le moins que l’on puisse dire est que Ségolène Royal a bien organisé sa contre-attaque. Visite à Gandrange, aide aux marins pêcheurs, multiples déclarations contre le positionnement de son adversaire (« je ne pense pas qu’on puisse être socialiste et libéral au 21ème siècle ») : la contre-attaque de la candidate à la présidentielle lui a permis de contrecarrer l’offensive médiatique de son rival. On pourra en revanche difficilement ignorer le cynisme de ses interventions, notamment sur le libéralisme de Bertrand Delanoë dont elle sous-entend qu’il porte sur l’économie. Comme Alain Duhamel l’a bien souligné lundi sur RTL, la définition qu’elle donnait de « libéralisme » dans son livre « Maintenant » était bien proche de celle de son rival… Alors qu’elle aurait pu entamer un débat intéressant entre autorité et liberté, elle préfère les accusations tendancieuses et malhonnêtes.
En fait, ce combat des chefs est très révélateur de la réalité du parti socialiste aujourd’hui. Entre Bertrand Delanoë et Ségolène Royal, tout n’est que question de positionnement politique pour prendre le pouvoir. Plutôt que de proposer des solutions aux questions que se posent les Français, le maire de Paris prend une posture osée et marquante pour faire parler de lui et prendre le PS par la droite, tout en prenant des précautions en parlant de régulation de l’économie et d’autorité. Résultat, Ségolène Royal fait semblant de mal comprendre, attaque cette acceptation supposée du libéralisme économique et vire à gauche. Ce simulacre de débat d’idées est absolument navrant car il n’y a en réalité aucun débat de fond entre les deux principaux prétendants au poste de premier secrétaire.
Le Parti Socialiste entre dans une phase de décomposition où un pseudo débat idéologique sert de voile pudique pour camoufler ce qui n’est qu’une guerre des ambitions. Cela promet jusqu’au congrès !
Source : http://www.liberation.fr/actualite/politiques/328187.FR.php
14:09 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : ps, parti socialiste, royal, delanoë, socialisme, libéralisme
24.05.2008
Le pari bobo de Bertrand Delanoë
Cette semaine, Bertrand Delanoë a poursuivi son offensive pour prendre le Parti Socialiste en publiant un livre d’entretien avec Laurent Joffrin, « De l’audace ». Retour sur une prise de risque non négligeable et très révélatrice de la matrice idéologique du Parti Socialiste d’aujourd’hui.
« Libéral » : le mot est lâché. Il est osé pour quelqu’un qui souhaite prendre la tête du Parti Socialiste dans un pays où cet adjectif est quasiment un gros mot, qui avait en partie emporté le projet de Constitution Européenne en 2005. Il faut reconnaître à Bertrand Delanoë un certain panache pour se définir de la sorte. Certes, il a toujours dit faire partie de l’aile dite « moderniste » du PS, mais cela comporte une certaine prise de risque. Quand on creuse son argumentation, on découvre que l’adjectif porte plus sur les questions de société que sur l’économie : le maire de Paris serait plus libertaire que libéral car il plaide également pour une certaine régulation de l’économie. Mais, pourtant, il affirme également qu’il croît en l’autorité (et dans les centres éducatifs fermés). Bref, Bertrand Delanoë polit les angles pour achever sa transformation en un candidat crédible pour la présidentielle de 2012. Y penser toujours. En parler jamais.
Au final, l’emploi du mot « libéral » a fait son petit effet. Il a l’avantage de l’ancrer fermement dans l’aile droite du parti socialiste, qui domine aujourd’hui. Philosophiquement, ce discours est également assez juste. Malheureusement pour le maire de Paris, ce discours a deux limites. Tout d’abord, je ne suis pas sûr que se faire le champion des libertés individuelles soit vraiment la préoccupation des Français aujourd’hui (en dehors des bobos parisiens, et encore). Ensuite, son discours global est compliqué par son souci de ne pas devenir trop clivant. Car l’audace du terme est proportionnelle aux précautions qu’il prend en modérant son libéralisme par la régulation et l’autorité. En fait, il adopte un discours finalement pas si éloigné de François Bayrou, avec lequel il rejette pourtant toute alliance pour se différencier de Ségolène Royal. Bref, son message risque d’être un peu trop compliqué et précautionneux pour faire la différence.
Cependant, ce type de discours est sans doute révélateur de la véritable direction idéologique que prend le Parti Socialiste. Le Général de Gaulle disait qu’il n’aimait pas les socialistes parce qu’ils n’étaient pas socialistes. Au final, l’emploi du terme « libéral » en dit sans doute beaucoup plus sur un parti qui vire de plus en plus libéral et libertaire. Le penchant libertaire du Parti Socialiste n’est pas nouveau et seuls Jean-Pierre Chevènement et Ségolène Royal sont à contre-courant de cette tendance. Mais surtout, le PS est bien incapable aujourd’hui de formuler la moindre idée de régulation du système économique libéral actuel. En a-t-il seulement l’envie ? Bien sûr, son positionnement de gauche le pousse à quelques belles déclarations, mais dans les faits, les « réformateurs », qui sont surtout des liquidateurs du rôle de l’Etat dans l’économie, acceptent grosso modo le système tel qu’il est.
L’audace de l’emploi du terme « libéral » est un coup intéressant. Néanmoins, je ne suis pas sûr de sa pertinence à une époque où le pouvoir d’achat est la première préoccupation des Français. Il a cependant le mérite de révéler le fond de la pensée de la majorité des chefs socialistes.
Source : http://www.lemonde.fr/politique/article/2008/05/22/bertrand-delanoe-humaniste-liberal_1048159_823448.html
10:38 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : parti socialiste, delanoë, libéral, libéralisme



