17.05.2011

Affaire DSK : n’oublions pas la victime !

Hier, comme beaucoup, j’ai fait un papier sur l’affaire du jour. Mais si j’ai respecté la présomption d’innocence du président du FMI, j’aurais dû évoquer le sort de la victime présumée, comme l’avait très justement fait Nicolas Dupont-Aignan.

Il y a deux protagonistes dans cette affaire

Bien sûr, il convient de respecter la présomption d’innocence de Dominique Strauss-Kahn. On ne sait pas s’il est coupable ou non, et s’il ne l’était pas, le traitement imposé par le système judiciaire étasunien (qui permet aux médias de saisir tous les moments de la procédure) n’en serait que plus cruel et révoltant. A quoi bon en effet permettre cette publicité de toutes les étapes des procédures judiciaires, comme le souligne Daniel Salvatore Schiffer sur Marianne 2.

Malheureusement, dans un souci de respecter la présomption d’innocence, on peut finir par tomber dans une trop grande complaisance. Pire, on peut également finir par oublier qu’il y a aussi une victime présumée, qui, si les faits sont avérés, a traversé un véritable enfer. Comme le note NDA, « force est de reconnaître qu’aux Etats-Unis – à juste raison – on ne plaisante pas, comme trop souvent en France, avec ce type d’acte, même s’il est commis par un personnage puissant ».

Finalement, très peu de commentateurs (Jean-Michel Apathie sur RTL ou Michel Broué sur Médiapart ont été d’heureuses exceptions) ou d’hommes politiques ont évoqué le sort de la victime présumée. Et c’est une erreur car cela revient à faire deux poids deux mesures entre les deux protagonistes de cette sinistre affaire. Même si DSK est plus proche de nous, la gravité des faits pose problème. Attention à ne pas sombrer dans une complaisance malsaine, comme Michèle Sabban.

Vision française contre anglo-saxonne

Les médias anglo-saxons se régalent de ce scandale et en profitent très largement pour essayer de démontrer la supériorité de leur modèle sur le nôtre. Mais ils pratiquent volontiers l’amalgame pour arriver à une telle conclusion. En effet, c’est une chose de ne pas parler des aventures d’un homme politique, c’en serait une autre de couvrir des actes répréhensibles qu’il aurait commis. Il y a une différence de nature fondamentale que cette presse n’arrive pas à comprendre.

En outre, dans le cas de Dominique Strauss-Kahn, on ne peut pas vraiment dire que sa réputation de séducteur était couverte par une omerta médiatique. A partir de l’affaire avec une économiste hongroise du FMI, une bonne partie de ce que la France compte d’humoristes politiques ne se privait pas d’évoquer cet aspect de la personnalité de DSK, même s’il est vrai que très peu de journalistes le faisaient, à l’exception notable de Jean Quatremer de Libération.

La protection qui existe en France autour de la vie privée des hommes politiques n’est pas invalidée par cette affaire. Dans le cas de Dominique Strauss-Kahn, ce qui pourrait être en question serait une protection d’actes délictuels (l’affaire Tristane Banon) ou très limites (Aurélie Filippetti, élue socialiste qui aurait déclaré ne pas vouloir être seule dans une salle fermée avec lui). Couvrir des comportements répétés répréhensibles par la loi poserait un problème.

Bien sûr, Dominique Strauss-Kahn n’a jamais été condamné et il faut respecter la présomption d’innocence. Mais il ne faut pas tomber dans une complaisance malsaine, ne pas oublier que la victime, si les faits étaient avérés, a traversé un calvaire ignoble.

11.03.2011

Quand la gauche bien-pensante nourrit le FN

La percée de Marine Le Pen dans les sondages provoque un grand mouvement de panique. Mais une certaine gauche ferait bien de cesser de crier au loup à tort et à travers. Outre le fait de méditer sur la morale de cette fable, elle nourrit le vote FN.

Le dérapage du Nouvel Observateur

Je vous invite vivement à lire la tribune de Philippe Cohen, de Marianne, et plus encore le torchon du Nouvel Observateur sur les personnes qui « décontaminent la pensée FN ». Laurent Joffrin s’inscrit dans la ligne droite de son prédécesseur à la tête de Libération, Serge July, et son éditorial du lendemain du référendum de 2005. Au final, ces papiers de Libération et du Nouvel Observateur font sans doute plus pour le FN que tous les intellectuels convoqués au bûcher de leur bien-pensance.

Je le dis d’autant plus facilement que je ne peux pas être soupçonné de la moindre complaisance à l’égard du FN, dont je dénonce l’extrémisme et les mensonges sur l’immigration. Mais, par-delà un ton haineux, le plus incroyable est le niveau d’intolérance manifesté par ce genre de papiers. En résumé, si on ne pense pas comme eux, on est forcément un nazillon en puissance, un complice du FN. Le Nouvel Observateur détiendrait la vérité absolue et tous les autres seraient donc des déviants.

Finalement, ces dénonciateurs du FN, qui voient le nazisme et le fascisme partout, sans même se rendre compte qu’en fait il les banalise, finissent par se comporter comme des extrémistes, intolérants et haineux. Vis-à-vis de leurs adversaires, ils tiennent un discours très proche de celui du Front National, à ceci près que les ennemis ne sont pas les mêmes. Marine Le Pen, que je n’ai pourtant jamais épargnée, finit presque par paraître plus modérée et républicaine qu’eux.

Leur part de responsabilité dans la montée du FN

Si Nicolas Sarkozy porte une grande responsabilité dans la montée du Front National, qu’il cherche à instrumentaliser, cette gauche, qui a longtemps soutenu François Mitterrand, le père politique du FN, n’est pas en reste. Comme le souligne bien Philippe Cohen, cette gauche a oublié les chômeurs, les travailleurs pauvres et les victimes de la globalisation. Pour se donner bonne conscience, comme le souligne Jean-Claude Michéa, elle défend les sans papiers.

C’est ainsi que la phrase de Chantal Brunel a déclenché une véritable hystérie collective, où la gauche en a rajouté trois tonnes dans l’indignation et la majorité s’est couchée immédiatement. Si l’évocation des bateaux était brutale en revanche, sur le fond, on peut tout de même débattre de l’accueil de réfugiés en France, et même de leur renvoi à terme. D’ailleurs, après avoir été bien cuisiné par Jean-Michel Apathie sur Canal Plus, même Harlem Désir a fini par admettre que nous ne pouvions pas les garder.

La position de Chantal Brunel peut sembler proche du FN. Mais en réalité, la présidente du FN est allée plus loin en proposant de repousser les immigrés dans les eaux internationales, sans même les laisser accoster, alors que la député UMP propose de les renvoyer en bateau dans un second temps. C’est pourquoi il n’est pas juste de dire que Chantal Brunel fait pire que Marine Le Pen. Attention à ne pas avoir de réactions excessives qui vont exaspérer certains électeurs qui ne comprendront pas le procès de Moscou fait à Madame Brunel et qui pourraient in fine, être poussés à voter FN.

Plus généralement, il est malheureusement logique d’une part grandissante de l’électorat apporte son soutien au Front National devant l’autisme d’une majorité de la classe politique et médiatique, qui excommunie toute personne qui parle de nation, qui critique l’Europe, qui parle d’insécurité ou qui n’adopte pas une attitude compatissante vis-à-vis des sans-papiers ou des immigrés. En outre, en assimilant des républicains au FN, cela nourrit grandement le votre frontiste.

Le Front National se nourrit des carences politiques de la droite comme de la gauche. Mais en réagissant de manière totalement irrationnelle et excessive, je me demande si une certaine gauche n’est pas finalement encore plus responsable de la montée de Marine Le Pen. 

09.03.2011

Marine Le Pen, bénéficiaire de l’autisme du système

C’est décidemment l’évènement politique du moment, l’accession de Marine Le Pen au statut de « troisième homme » de l’élection présidentielle à venir, avec une chance non négligeable d’arriver au second tour, voir, semble-t-il, de terminer en première position.

Quel potentiel électoral pour le FN ?

Je n’avais pas du tout anticipé que Marine Le Pen puisse monter si haut si vite. Certes, comme le soutient avec justesse Thomas Piketty dans Libération, il convient de ne pas oublier que les sondages ont des marges d’erreur importantes (en général, un intervalle de quatre points), qui rend tout classement très hypothétique quand les écarts sont aussi serrés. De plus, il serait intéressant de connaître les coefficients de redressement pour la candidate du Front National.

Mais, de toutes les façons, ces sondages révèlent une vraie percée. En effet, depuis trente ans, l’extrême-droite rassemble entre 10 et 20% de l’électorat. Là, il semble que Marine Le Pen soit capable d’étendre sa sphère d’influence. Mais quel est son potentiel. 25, 30% ? Quel score pourrait-elle obtenir dans un second tour l’an prochain ? Et il n’est pas difficile d’imaginer un score nettement plus important que celui de son père en 2012, face à Nicolas Sarkozy ou DSK.

PS et UMP n’ont rien compris

Il y a quelque chose de pathétique à voir la réaction des caciques des deux grands partis, qui, d’une part, dénient le droit à tout autre qu’eux de se présenter pour essayer vainement d’assurer leur place au second tour, et de l’autre, disqualifient ce vote en expliquant doctement que son programme n’est pas sérieux, comme Alain Juppé. Mais quel est le sérieux d’un président qui remanie tous les trois mois, défait les mesures du début de son quinquennat, ou multiplie les bourdes ?

Je ne crois toujours pas que le vote Front National soit un vote d’adhésion à tout ce que dit ce parti. Même à ce niveau, je crois que c’est principalement l’expression d’une profonde révolte contre les pratiques des deux partis qui dominent notre vie politique, leurs promesses non tenues, leurs mensonges, leurs politiques qui ont conduit à tant de chômage et d’insécurité, leur comportement, trop souvent hautain, et finalement, la compréhension qu’ils se soucient plus d’eux que des Français.

La seule opposition visible au système

Comme l’ont souligné Jacques Sapir et Edgar, l’adhésion de tous les grands partis à cette europe (et son corollaire, la globalisation néolibérale) explique sans doute en grande partie la poussée du FN, dans un pays où 55% des électeurs ont voté contre le TCE. PS, UMP, Modem, Verts défendent cette Union Européenne qui organise une grande régression sociale. Pire, les opposants de jadis se convertissent, comme le montrent le nouveau livre de José Bové et le soutien du PC à l’euro.

Le débat sur l’euro est symptomatique : ses partisans balayant d’un revers de main les arguments solides de nombreux économistes de gauche (Jacques Sapir), de droite (Cotta, Gréau) ou même des Etats-Unis (Paul Krugman, Joseph Stiglitz). A ce sujet, j’en profite pour adresser un coup de griffe au site Le Taurillon, qui refuse de publier mon commentaire à un papier qui attaquait nos positions. Ce refus du débat montre bien que l’ouverture d’esprit n’est pas la qualité première des euro-béats.

Du coup, outre quelques marginaux, comme Nicolas Dupont-Aignan et Jean-Pierre Chevènement, il ne reste plus personne pour réellement s’opposer à cette politique européenne, qui intervient à tort et à travers (primes d’assurances, OGM, farines animales, libéralisation des services publics). Marine Le Pen est devenue la seule opposante visible à ce système à bout de souffle dont la crise récente a révélé toutes les carences sans que les gouvernements n’y changent quoique ce soit.

De deux choses l’unes, soit Marine Le Pen reste la seule opposante visible à la globalisation néolibérale et dans ce cas-là, son potentiel continuera à grandir, soit des alternatifs républicains émergent pour montrer aux Français qu’entre le système et le FN, il y a, heureusement, d’autres voies.

Demain, « Les banques centrales, une affaire d’Etat »

29.08.2010

Les Roms, symbole politique

Quelque chose a changé depuis que Nicolas Sarkozy a mis en cause la communauté rom, avant de continuer à faire procéder à des expulsions de membres de cette communauté en situation irrégulière : les réactions des uns et des autres sont de plus en plus exagérées.

Des polémiques totalement démesurées

Le président de la République a encore réussi un joli coup. Certes, il a sans doute outrepassé ce qui devait être dit en stigmatisant l’ensemble de la communauté dans un premier temps. En revanche, comme le souligne Laurent de Boissieu sur son blog, les expulsions sont à la fois légitimes et normales. Mais elles ont déclenché une polémique gigantesque où toutes les bonnes âmes se sont précipitées pour prendre la défense de la communauté, n’hésitant pas à recourir à des comparaisons totalement ridicules avec la rafle des juifs.

Outre une bonne partie de l’opposition de gauche, une partie de l’Eglise, la Commission Européenne et les Nations Unies ont exprimé leur remontrance vis-à-vis du gouvernement Français. Libération, pourtant jamais avare de critiques à l’égard du Pape, n’a pas hésité à s’abriter derrière la sentence papale pour dénoncer le gouvernement. Enfin, d’une manière totalement abusive, Alain Minc a pris la défense du gouvernement en soulignant qu’un pape Allemand ne pouvait pas donner de leçons au gouvernement sur les Roms du fait de leur traitement par les nazis.

Le jeu dangereux du gouvernement

A première vue, le gouvernement semble avoir raison. Jusqu’à 65% des Français (et j’en fais partie) approuvent les expulsions. A tous ceux qui évoquent les enfants renvoyés dans leur pays d’origine des trémolos dans la voix, il faut rappeler que la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde, surtout aujourd’hui. Certains suggèrent aux beaux penseurs de recueillir quelques Roms chez eux pour être cohérents. Il est tout de même normal de pouvoir expulser les étrangers en situation irrégulière. D’ailleurs, plus de dix mille Roms ont été expulsés depuis le 1er janvier.

Mais le gouvernement n’est pas à l’abri de tout reproche. Comme l’ont souligné Nicolas Dupont-Aignan et Eric Zemmour, l’afflux de cette population est la conséquence directe de décisions prises par l’UMP comme le PS, à savoir les traités autorisant la libre-circulation des personnes dans l’Union Européenne associés à l’adhésion de la Roumanie et la Bulgarie à cette même Union. Bref, comme d’habitude, le gouvernement s’agite devant les caméras sans réellement apporter de solutions durables au problème. Car les Roms renvoyés pourront rapidement revenir à loisir.

Entre un gouvernement utilisant les expulsions pour montrer qu’il agit alors qu’il laisse faire et une opposition qui hurle au loup en semblant ignorer qu’il est naturellement impossible de ne pas mettre un frein à l’arrivée des Roms dans notre pays, cette polémique montre le besoin de sortir du duopole UMPS.