17.06.2011
Le grand virage protectionniste des Français
Hier, à l’initiative de Philippe Murer, un sondage Ifop sur le libre-échange a été révélé. Il souligne que les Français sont plus ouverts que jamais aux idées protectionnistes, à un moment où les députés font pression sur Air France pour que la compagnie achète des Airbus.
Le protectionnisme, ça nous gagne !
Il faut vraiment saluer l’initiative de ce particulier qui a réuni les intellectuels qui participaient au projet Protectionnisme Européen pour sonder l’état de l’opinion française sur le libre-échange. Voici une pierre majeure au débat économique. On ne peut que constater l’énorme décalage entre une classe politique assez timide sur ces questions et des Français qui semblent avoir parfaitement compris les conséquences de l’anarchie commerciale sur notre économie.
84% des Français disent que la libéralisation des échanges avec les pays émergents a des conséquences négatives sur l’emploi (7% pensant le contraire). Ils sont 78% à penser que cela a un effet négatif sur les salaires. Pour 54%, cette ouverture bénéficie aux multinationales, pour 24% à la France et seulement 13% aux salariés français et à l’environnement. 75% estiment que cette ouverture des frontières aura des conséquences négatives sur l’emploi dans les dix ans à venir.
76% de ceux qui s’expriment sont favorables à une augmentation des droits de douanes. 80% des personnes interrogées pensent que le protectionnisme doit être mis en place à l’échelle européenne (20% à l’échelle française). Mieux, 57% des Français sont favorables à la mise en place d’un protectionnisme national si nos partenaires européens refusent une telle évolution. Nul doute qu’une majorité n’aurait pas été trouvée il y a quelques années.
Parallèlement, le Figaro a publié un sondage révélant que 64% des Français se disent prêts à payer davantage pour des produits fabriqués en France, 20 points de plus qu’il y a cinq ans. Cela est d’autant plus méritoire que le pouvoir d’achat n’était pas aussi durement touché à cette époque… Parallèlement, un député vient de lancer une pétition à l’Assemblée Nationale pour demander à Air France de privilégier Airbus pour la fourniture de ses prochains longs courriers.
Le débat interdit
Paradoxalement, le débat reste difficile, comme l’a illustré la conférence de presse donnée par P. Murer, E. Todd, J-L Gréau, J Sapir, P-N Giraud et Hervé Juvin. Une journaliste du Nouvel Observateur a évoqué la proximité avec le FN mais s’est fait rembarrée par Todd. Gérard Courtois du Monde a ironisé sur « le protectionnisme dans un seul pays » s’attirant une réplique cinglante et applaudie de Sapir : « la haine de la nation, c’est l’internationalisme des imbéciles ».
J-L Gréau a souligné que paradoxalement, ce sont les protectionnistes qui sont des modérés et les libre-échangistes qui sont les extrémistes car les premiers ne sont pas favorables à l’autarcie, mais à un libre-échange régulé. Il a de nouveau réglé un sort aux théories de Ricardo en soulignant que les capitaux ne circulaient pas à cette époque (on pourrait ajouter que les différences de salaires étaient limitées et les coûts de transport beaucoup plus importants).
Dans une belle formule, il a affirmé que « les politiques s’acharnent à conquérir un pouvoir qu’ils ne veulent pas exercer ». Sapir s’est placé dans le camp des raisonnables, alors que les libre-échangistes sont dans l’utopie. Il a renvoyé dos-à-dos le trop d’Etat communiste et le pas d’Etat des ultra-libéraux. Todd a affirmé avoir rejoint la ligne de Sapir sur l’action unilatérale de manière à changer l’Europe, ne croyant plus au multilatéralisme pour initier le changement.
Pour les économistes, la désindustrialisation, la baisse du pouvoir d’achat et le chômage font que la réalité est en train de trancher le débat. On peut ajouter que presque tout le monde est protectionniste. Les Etats-Unis ont fermé leur marché aux pneus chinois. L’Allemagne protège ses industriels par ses normes DIN et surtout, le modèle de développement asiatique est protectionniste (plus de 95% des voitures vendues au Japon, en Corée et en Chine sont produites localement).
Un grand merci pour cette initiative bienvenue qui met le débat économique dans l’actualité et souligne le décalage immense entre des citoyens de plus en plus protectionnistes et une élite qui reste résignée au libre-échange et ne se pose même pas la question d’une alternative.
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29.04.2011
Asymétries protectionnistes
C’est un des angles morts les plus incroyables de la pensée économique dominante, véhiculée par Alain Minc, Jacques Attali et consorts. S’ils clouent au pilori toute personne ayant l’audace de parler de protectionnisme commercial, ils oublient les autres protectionnismes.
Les protectionnismes oubliés
Si les quotas ou tarifs douaniers sont anathèmes pour les néolibéraux et tous ceux qui, au PS ou à l’UMP, suivent leurs préceptes, bizarrement, ils oublient qu’il existe bien d’autres formes de protectionnisme pas moins efficaces que les bons vieux droits de douane aux frontières. Après tout, aujourd’hui, l’euro est surévalué de près de 40% par rapport au dollar : cela revient à un tarif du même niveau. Et le wuan est lui-même sous-évalué de 40% par rapport au dollar…
La différence est que le protectionnisme monétaire est accepté (certes en grommelant) alors que les droits de douane sont interdits. Il y a quelque chose de totalement ubuesque à permettre à des pays de mettre en place des barrières commerciales, du moment qu’elles sont monétaires, alors qu’il est très difficile de mettre en place des droits de douane. L’asymétrie entre les deux laisse songeur, et amène à questionner la sincérité de ceux qui agissent contre l’un mais pas l’autre.
Mais il y a encore d’autres protectionnismes que les libre-échangistes peinent à prendre en compte : les protections non tarifaires, les normes, les barrières pour la distribution ou l’installation. C’est la spécialité des pays asiatiques, extrêmement protectionnistes pour leur marché intérieur (plus de 95% des voitures vendues au Japon, en Corée du Sud et en Chine sont fabriquées localement), mais aussi les normes DIN qui protègent les industriels Allemands.
Banaliser le protectionnisme
Bien sûr, les défenseurs inconditionnels du libre-échange ne manqueront d’agiter le spectre de la Grande Dépression en expliquant que le protectionnisme aurait lourdement accentué la crise de l’économie mondiale dans les années 1930. Mais trois prix Nobel (Maurice Allais, Paul Krugman, Joseph Stiglitz) expliquent que le protectionnisme est une conséquence de la crise et non une cause, ce qui est confirmé par l’effondrement du commerce international en 2009.
En fait l’Europe devrait adopter une attitude dédramatisée à l’égard du protectionnisme, bien loin de ces traités qui sanctifient imbécilement « la concurrence libre et non faussée ». La Commission Européenne a fait du continent le dindon de la farce de la mondialisation néolibérale. Alors que le Japon a obtenu au début des années 1990 l’ouverture totale de notre marché à la vente de ses voitures, la réciproque n’est toujours pas vraie, de même qu’en Corée du Sud…
Si le protectionnisme n’est pas une fin en soi et sans aller jusqu’à l’autarcie, les quotas, les écluses tarifaires, ou normatives permettent à la fois d’assurer le maintien d’une industrie et d’un équilibre de nos échanges (sans quoi, à être ouverts à des pays fermés à nos produits, on finit mal) mais aussi un moyen de contrôler la qualité des produits qui rentrent et d’éviter que la libéralisation n’aboutisse à une course au moins-disant social, salarial et environnemental.
Si les idées protectionnistes gagnent du terrain (le parti socialiste semble évoluer par la voix d’Arnaud Montebourg ou de Benoît Hamon), les avancées sont encore timides. C’est pourquoi il est important de montrer que finalement, tout le monde est protectionniste, à part l’UE…
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31.03.2011
Le protectionnisme, outil du développement économique
Mon collègue de Causeur Georges Kaplan, vient de signer une tribune « le protectionnisme ne protège pas, les délocalisations d’aujourd’hui peuvent être les emplois de demain ». Mais cette ode au libre-échange se heurte aux faits et aux analyses d’économistes, y compris d’origine libérale.
La désindustrialisation n’est pas un mythe
Georges est assez habile dans sa présentation des faits. En effet, en soulignant l’énorme progression de la production industrielle depuis 1950 ou même sa hausse significative depuis 1990, il montre en effet que la valeur ajoutée industrielle progresse, comme il l’avait souligné dans un précédent papier, auquel j’avais déjà répondu. Dans ce nouveau papier, il relativise ces chiffres en soulignant sa stagnation depuis 10 ans et son très fort déclin en proportion de notre PIB.
Cette fois, Georges Kaplan souligne bien que le nombre d’emplois industriels diminue. Mais il sous-entend que cette baisse est la conséquence de l’externalisation d’emplois de service autrefois internalisés (agents d’entretien, comptables, chauffeurs…) en faisant le parallèle entre le nombre d’emplois industriels perdus (2,3 millions) et le nombre d’emplois créés dans le service aux entreprises (2,6 millions). Mais le service aux entreprises ne se limite pas aux entreprises industrielles.
La balance globale des emplois industriels est bel et bien négative. Il suffit de prendre le cas de l’industrie automobile, autrefois fleuron de notre pays, et qui contribuait de manière très positive à notre balance commerciale jusqu’en 2005. Malheureusement, la production automobile de PSA et Renault a été divisée par deux en France de 2005 à 2009. Nos constructeurs ont décidé de délocaliser en masse leur production pour bénéficier des coûts plus faibles, notamment en Europe de l’Est.
Quand le libre-échange détruit l’emploi
Mais au-delà de l’interprétation des chiffres, le libre-échange est loin de faire l’unanimité parmi les économistes dont un nombre grandissant – de tous horizons – soulignent les conséquences négatives. Notre seul « prix Nobel » d’économie, Maurice Allais, soutenait que plus de la moitié du niveau du chômage en France s’expliquait par le libre-échange. Paul Krugman, autre lauréat, qui écrivait que « la mondialisation n’est pas coupable », a mis de l’eau dans son vin depuis.
Jean-Luc Gréau, ancien économiste du Medef, plutôt libéral à la base, est un des critiques les plus féroces des excès du libre-échange. Il dénonce la déflation salariale que la compétition avec des pays à salaires beaucoup plus faibles induit dans nos pays. Il démonte l’argument des gains de pouvoir d’achat en soulignant que si l’inflation est plus basse, cela est plus que compensé par le ralentissement des hausses de salaires. Aujourd’hui, le pouvoir d’achat baisse pour la majorité.
En effet, ce n’est parce que nous achetons désormais nos tee-shirts, nos produits électroniques et nos jouets en Asie que cela permet de créer des emplois en Europe. L’immensité de nos déficits commerciaux avec la Chine le démontre : alors que l’Empire du milieu a vendu pour 214 milliards de biens dans l’Union Européenne en 2009, il n’en a importé que pour 81 milliards. Bref, les délocalisations d’hier sont surtout le chômage d’aujourd’hui et de demain.
Les raisons sont assez simples : contrairement aux idées reçues, le modèle de développement asiatique, s’il profite de l’ouverture commerciale des Etats-Unis ou de l’Europe est en bonne partie protectionniste. En effet, ce n’est pas un hasard si plus de 95% des véhicules vendus au Japon, en Corée du Sud ou en Chine sont produites localement (pas en Asie, mais bien dans le pays d’origine). Quelques soient les moyens – droits de douane, intervention des services fiscaux, normes de qualité… - ces pays ont mis le protectionnisme au cœur de leur développement.
Bien sûr, Georges Kaplan pourrait convoquer le cas Allemand, pays apparemment ouvert, qui a un fort excédent commercial. Néanmoins, ce cas est un peu atypique. En effet, les Allemands ne sont pas les derniers en protectionnisme : ils ont tout simplement échangé la douane par les normes DIN ! Le résultat est le même en terme de protection de l’industrie locale. En outre, n’oublions pas qu’une partie de l’excédent commercial Allemand vient d’une spécialisation pointue ainsi que d’une politique de déflation salariale réduisant le coût du travail par rapport aux autres pays de la zone euro.
Quand le libre-échange affame les peuples
Finalement, il y a la question autrement importante des produits alimentaires. Là, il ne s’agit pas de tee-shirt ou de voiture mais tout simplement de la possibilité de nourrir des milliards d’êtres humains. Georges Kaplan soutient que « les protectionnistes affament les peuples » et plaide – logiquement - en faveur du « laissez faire » général en agriculture. Mais le libre-échange sans limites pose d’immenses problèmes. Dans un dossier sur les moyens de nourrir le monde réalisé fin 2009, The Economist prenait une position proche de lui. Pourtant, l’hebdomadaire libéral avait l’honnêteté intellectuelle de citer aussi l’exemple du Malawi où les aides publiques ont démontré leur efficacité.
Mais ce qui est encore plus dangereux dans l’application du libre-échange à l’agriculture est qu’il favorise une concentration toujours croissante de la production dans certaines régions du monde. Or, dans le cas d’une activité soumise aux aléas climatiques comme l’agriculture, cela expose le secteur à des risques majeurs car des incidents locaux pourraient provoquer des pénuries graves, voire des famines. C’est parce qu’il ne faut pas jouer avec la nourriture qu’il vaut mieux déconcentrer la production pour la protéger d’aléas climatiques ciblés aux conséquences dramatiques.
En plus, il ne faut pas oublier non plus les effets pervers d’une agriculture tournée à 100% vers le marché par rapport à une logique de subsistance pour les pays en voie de développement. Pour prendre un exemple simple, un paysan Ivoirien ne pourrait pas nourrir sa famille avec du cacao non vendu… Et dans les pays dits développés, la libéralisation fait du revenu des agriculteurs la variable d’ajustement jusqu’à des situations révoltantes où ils produisent à perte.
Il ne s’agit pas bien entendu de plaider pour une chimérique autarcie totale. En revanche, l’anarchie commerciale est porteuse d’immenses déséquilibres en matière d’emplois, de déficits et de risques alimentaires. C’est pourquoi favoriser la (re)localisation de l’économie n’est pas seulement une politique industrielle sensée mais aussi – comme l’ont compris les pays asiatiques - un facteur de progrès.
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03.02.2011
Tout ce que le G20 a oublié
Nicolas Sarkozy a surpris par la modestie de l’agenda qu’il s’est fixé pour la présidence Française du G20. Il ne faut pas attendre de grandes révolutions, contrairement à ses déclarations fracassantes en faveur d’un nouveau Bretton Woods. Voici à quoi un agenda ambitieux aurait pu ressembler.
Remettre de l’ordre dans le commerce international
Une partie des déséquilibres économiques actuels vient des écarts trop importants dans les balances commerciales entre les pays excédentaires (Chine, Japon, Allemagne…) et les pays déficitaires (Etats-Unis, autres grands pays européens…). Ces déséquilibres portent en eux des phénomènes dangereux qu’un article du Monde a bien rappelé. Des mécanismes devraient être mis en place pour limiter excédents comme déficits comme le prévoyait la charte de la Havane.
Plus globalement, les écarts incroyables de rémunération (le salaire minimum bangladais vient d’augmenter de 80% à… 30 euros, par mois !) font des coûts salariaux le principal critère d’implantation. Ce système condamne les pays riches et limitera de facto le progrès salarial des pays en voie de développement du fait de la compétition salariale. Des écluses tarifaires doivent être mises en place pour permettre au pouvoir d’achat de suivre les gains de productivité au Nord comme au Sud.
Recréer un Système Monétaire International
Cette guerre commerciale pousse aujourd’hui certains pays à utiliser leur monnaie pour gagner en compétitivité. Le yuan est sous-évalué de près de 50% par rapport au dollar, qui est lui-même sous-évalué d’environ 30% par rapport à l’euro. Alors que le protectionnisme tarifaire est devenu tabou, le système actuel permet un protectionnisme monétaire largement plus redoutable. Enfin, les Etats-Unis profitent toujours du bénéfice d’émettre la monnaie de réserve mondiale.
En fait, devant l’exubérance irrationnelle dont sont coutumiers les marchés (2001, 2008), on pourrait également se demander s’il est pertinent de laisser les marchés fixer le cours des monnaies. Bref, le monde a véritablement besoin d’un nouveau Bretton Woods pour réorganiser en profondeur le système monétaire actuel, créer un nouveau système de monnaie de réserve associant les principales monnaies du monde et radicalement réglementer la spéculation.
Réglementer la finance
Il y a également beaucoup à faire dans le domaine de la finance. La réforme des paradis fiscaux est une sinistre blague puisqu’il suffit de signer une convention avec une douzaine de pays (qui peuvent être des paradis fiscaux) pour sortir de la liste noire... Rien n’a changé et le pire est que certains petits pays européens (Luxembourg, Suisse…) continuent d’en profiter : cet article du Monde montre que plus de 50% de l’évasion fiscale Italienne va dans ces deux pays.
Il faudrait donc réinstaurer un contrôle sur les mouvements de capitaux. Il est proprement incroyable que l’argent soit exonéré de contrôles que les individus acceptent parfaitement dans la vie. Nicolas Sarkozy a raison de poser la question d’une taxe sur les transactions financières mais en la qualifiant d’infinitésimale, il montre bien que ses objectifs sont aussi infinitésimaux… Pourtant, une taxe Tobin d’au moins 0.1% serait un moyen puissant de faire contribuer la finance à la collectivité.
Enfin, malgré les crises financières, rien sur une séparation entre banques d’affaires et banques de dépôts. Pire, on laisse les banquiers établir les nouvelles règles prudentielles alors que les précédentes se sont révélées être totalement insuffisantes pendant la crise de l’automne 2008. Les politiques semblent ne pas vouloir se mêler de ces questions pourtant éminemment politiques. Et parallèlement, on vient tout juste d’autoriser à nouveau les ventes à découvert.
Même si l’on pouvait prévoir que beaucoup ne tireraient pas les leçons de la crise, il est sidérant de constater à quel point les structures de l’économie mondiale n’ont pas changé depuis trois ans. Rendez-vous dans quelques années pour une nouvelle catastrophe…
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22.10.2010
Comment l’anarchie commerciale a cassé la croissance des pays occidentaux
Dans la pensée unique, bien illustrée par l’éditorial d’Axel de Tarlé ce matin sur Europe 1, l’Allemagne serait un modèle économique, les exportations le but que toute économie devrait se fixer. Pourtant, l’anarchie commerciale est en train de détruire le potentiel de croissance des pays occidentaux.
Le contre-exemple Allemand
Beaucoup d’analystes ont décidemment la mémoire courte. Il suffit que l’Allemagne enregistre une croissance très forte en 2010 pour qu’ils décrètent sans le moindre recul que c’est le modèle à suivre. Comment ne pas être frappé par tant de bêtise ! Oublient-ils qu’en 2009, ce « modèle » a vu son PIB reculer de 5%, ce qui signifie que sur la période 2009-2010, la richesse nationale de la France aura moins reculé que celle de son vertueux voisin d’outre-Rhin ?
Mais surtout, un examen de statistiques un peu longues donne une perspective totalement différente. De 2000 à 2009, le PIB Allemand a cru de 0.8% par an (1.5% en France…). Seule l’Italie a fait moins bien avec une croissance d’à peine 0.5%. Et si le chômage est nettement plus faible outre-Rhin, il faut aussi le voir comme la conséquence d’une économie grosso modo 20% plus importante que la France mais qui compte 20% d’enfants de moins. La démographie joue un rôle.
L’Allemagne n’est pas un modèle et comme le souligne Jacques Sapir, elle est devenue un problème pour l’Europe. Son modèle de croissance, basé sur les exportations, comprime les salaires, qui stagnent. Pire, il ne tient que parce que les autres pays européens ne l’ont pas adopté. Si tout le monde suivait l’Allemagne, le continent européen s’enfermerait dans la dépression. Et surtout, comment peut-on affirmer que l’absence de progrès social pour 90% de la population est un modèle ?
Les conséquences de l’anarchie commerciale
Ce contre-exemple Allemand a au moins le mérite de montrer les conséquences délétères d’un modèle de croissance basée sur le commerce. Même si je ne partage pas complètement ses conclusions, Malakine a fait un papier très intéressant sur l’emploi. Il y distingue quatre types de secteurs économiques : le public, les services domestiques non soumise à la concurrence, l’économie productive domestique non soumise à la concurrence (BTP notamment) et l’économie productive soumise à la concurrence.
Tout le problème est que les écarts de salaires entre pays en voie de développement et pays développés ne sont absolument pas proportionnels aux écarts de productivité, contrairement à la mythologie néolibérale (sinon, on ne voit pas pourquoi il y aurait des délocalisations, étant donnés les coûts de transport). L’existence d’écarts très grands de salaires (de 1 à 20) sans mécanisme régulateur produit forcément un transfert des emplois vers les zones de bas salaires.
En outre, cela met une forte pression sur les salaires (comme le montre le cas de l’Allemagne), condamnant cette partie de l’économie des pays développés à la décroissance. Pire, la partie de l’économie ouverte à la concurrence est en croissance rapide, comme le montrent les délocalisations de certains services (centres téléphoniques, services bancaires…). La décroissance de ces secteurs créé des déficits qui pousse l’Etat à réduire ses dépenses, réduisant plus encore notre potentiel de croissance.
Bien sûr, les néolibéraux utilisent la baisse du prix de certains produits pour montrer les bénéfices de l’ouverture commerciale. Mais ce raisonnement est faux : la compression des salaires a été plus forte que la compression des prix, comme le montre la baisse du pouvoir d’achat des classes populaires presque partout. Aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, les ménages n’ont réussi à maintenir leur pouvoir d’achat qu’au prix d’un recours massif au crédit.
La réalité de l’anarchie commerciale c’est une baisse du prix de certains produits, mais ce sont surtout des délocalisations massives, du chômage, une compression des salaires, et, au final, une remise en cause profonde de la possibilité même de croissance des pays dits développés.
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04.10.2010
Le protectionnisme monétaire est un protectionnisme commercial
D’une part, le protectionnisme commercial est souvent présenté comme le pire des maux économiques et les dirigeants du monde entier affirment vouloir lutter contre. De l’autre, rien n’est fait contre le protectionnisme monétaire, une arme tout aussi redoutable.
La puissance de l’arme monétaire
Il y a plus beaucoup plus simple et tout aussi efficaces que les droits de douane : la variation du taux de change. Courant 2007, l’euro cotait 1,3 dollars, soit une surévaluation d’environ 20%. En clair, un produit fabriqué dans l’Union Européenne dans une même usine, avec la même productivité, avec des salariés payés au même niveau, revenait 20% plus cher qu’aux Etats-Unis du fait de la simple sous-évaluation du dollar par rapport à l’euro.
Pour amortir les conséquences de la crise économique, plusieurs pays ont utilisé l’arme monétaire. Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont vite baissé leurs taux d’intérêts (contrairement à la BCE), ce qui a provoqué une vive dépréciation du dollar et de la livre face à l’euro (d’environ 20%). D’un seul coup, les produits importés de la zone euro coûtait environ 20% plus cher alors que leurs exportations vers la zone euro voyaient leur prix baisser d’environ 20%.
La baisse consécutive des importations et l’augmentation des exportations contribuent fortement à la croissance du PIB et peuvent en partie compenser la récession de l’économie. C’est ainsi que les Etats-Unis ont enregistré une croissance de leur économie au second trimestre 2008 (poussée par une augmentation des exportations de plus de 10%) alors que la zone euro entrait déjà dans la récession, du fait de la surévaluation accentuée de l’euro.
Deux poids deux mesures
Cette pratique est assez répandue. La Suède a également profité de la baisse de la couronne en 2009 pour amortir les conséquences de la crise et la Chine refuse toujours de laisser flotter le wuan (sous-évalué de 50%) de manière à conserver l’avantage compétitif de ses exportateurs. Le cours d’une monnaie est aujourd’hui une des armes économiques les plus puissantes. La Grèce et l’Irlande, piégées dans l’euro, en auraient bien besoin pour relancer leurs économies.
C’est bien pour cela qu’il est proprement hallucinant que la communauté internationale laisse faire les politiques de dépréciation monétaire alors qu’elle condamne tout protectionnisme commercial. Pourtant, laisser sa monnaie baisser de 20% revient à imposer un droit de douane de 20% sur les produits importés tout en versant l’équivalent d’une subvention de 20% pour les produits qui sont exportés depuis le territoire national vers l’étranger.
Il y a sans doute une raison dans ce « deux poids deux mesures ». Les néolibéraux sont généralement favorables aux taux de change flottants car cela laisse les marchés jugent de la valeur d’une monnaie, même si les Etats peuvent intervenir. A contrario, ils voient les droits de douane comme une distorsion de la concurrence. Du coup, ces derniers sont condamnés avec une rare violence, quasiment théologique alors que les manipulations monétaires sont parfaitement tolérées.
Le problème est que les institutions européennes refusent de voir que les autres pays utilisent largement le protectionnisme monétaire. Résultat la zone euro est la seule zone géographique qui refuse la moindre protection à son industrie, avec les conséquences que l’on sait sur l’emploi…
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25.07.2010
Libre-échange et protectionnisme
Même si la crise a été l’occasion d’une remise en question de certains dogmes et si les tenants du protectionnisme arrivent aujourd’hui à faire davantage entendre leur voix, il est frappant de voir encore à quel point le débat est biaisé. Pourtant, les faits sont têtus.
Les gentils et les méchants
Dans la fable libre-échangiste défendue par Bruxelles, l’UMP, le PS, le Modem ou les Verts, il y a d’un côté les gentils libre-échangistes, autrement appelés les « modernes » et de l’autres, les vilains protectionnistes, forcément rétrogrades et passéistes, volontiers caricaturés comme des partisans de l’autarcie albanaise sans autre forme de procès. Dès la deuxième page de son livre, « La cité de l’homme », Dominique de Villepin range ainsi le protectionnisme comme un mal à éviter.
Dans ce monde en noir et blanc, il y aurait d’une part les pays comme l’Europe ou les pays émergents d’Asie, ouverts au commerce international au progrès, bref, modernes. De l’autre, il y aurait la Corée du Nord ou le Venezuela (qui ne tiendrait que grâce à sa rente pétrolière). Le discours majoritaire ne fait pas dans la nuance et ne s’embarrasse pas de la complexité d’une réalité beaucoup moins simpliste qu’ils ne la présentent, où se sont les nuances de gris qui dominent.
Les dangers du libre-échange
En outre, la théorie de Ricardo sur les avantages comparatifs a beaucoup vieilli. Il faudrait se souvenir du fait qu’elle date de deux cent ans, à une époque où le transport était aléatoire et cher et où les écarts de salaire entre les pays allaient de un à deux… Aujourd’hui, le coût de transport est très faible, du fait du transport en conteneur par bateau. Du coup, comme le démontre parfaitement Jean-Luc Gréau, ce ne sont plus les avantages comparatifs qui expliquent la spécialisation, mais bien les coûts.
Du coup, la Chine se spécialise dans la production de tous les produits pour lesquels le coût de transport n’est pas un obstacle, au point d’exporter quatre fois plus vers l’Union Européenne que d’y importer. Comme le démontrait bien Maurice Allais, le libre-échange avec des pays aux conditions salariales aussi différentes est un vecteur massif de destruction d’emplois au sein des pays développés, ainsi que d’écrasement des salaires. Les salariés, comme en Allemagne, ne récupèrent aucun gain de productivité.
Un autre regard sur les tigres et les dragons asiatiques
Les tigres asiatiques sont cités en exemple pour défendre le modèle libre-échangiste. Certes, ces pays ont largement profité de l’ouverture au commerce des pays occidentaux. Mais un examen plus approfondi en fait plutôt des cas d’école pour défendre… les pratiques protectionnistes. Il suffit de constater aujourd’hui que plus de 95% des voitures vendues au Japon, en Corée du Sud ou en Chine sont fabriquées localement pour comprendre que leur modèle est également fortement protectionniste.
Le cas de l’industrie automobile en Chine est exemplaire. Il y a vingt ans, elle impose des droits de douane de 100% sur les voitures importées, contraignant les constructeurs à implanter des usines d’assemblage. Mieux, ils imposent des joint-ventures avec des entreprises locales pour développer leurs constructeurs. Puis, la Chine a augmenté les droits de douane sur les pièces détachées pour faire venir les sous-traitants et assurer un transfert complet de la chaine de valeur.
Le modèle gagnant est protectionniste
Mieux, cet exemple est tout sauf un exemple isolé. Le Japon et la Corée du Sud ont enclenché leur développement économique en protégeant leur agriculture des aléas du commerce international. Aujourd’hui encore, The Economist montre que le modèle économique chinois comporte un large volet protectionniste. En effet, alors que le tarif extérieur moyen des Etats-Unis est de 3%, il atteint la bagatelle de 9% en Chine, qui protège 27% de son économie. En outre, on imagine bien que cette moyenne est trompeuse et que la Chine ne protège pas ses industries qui n’en ont pas besoin….
Le protectionnisme est utile car il donne le temps à un secteur économique et à des entreprises de grandir et d’atteindre la taille critique. Il est utile pour éviter une course au moins-disant salarial et social dégradantes pour les pays occidentaux. Il est également utile à l’environnement par la réduction de l’utilisation des transports qu’il implique. Enfin, le protectionnisme est utile pour faire des entreprises les acteurs d’une véritable collectivité, leur donner un intérêt au progrès économique de leurs employés, alors que les multinationales hors-sol n’ont qu’une logique de coût.
Le protectionnisme commercial, ce n’est pas l’autarcie. Tous les pays du monde le pratiquent déjà plus ou moins, et notamment ceux que l’on nous donne en exemple. Une dose de protectionnisme, c’est aussi refuser la loi de la jungle de l’anarchie commerciale.
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06.07.2010
Le modèle de développement asiatique est protectionniste
C’est un des mythes les plus tenaces de la théorie économique : les développements du Japon, de la Corée du Sud et de la Chine démontreraient les bienfaits du libre-échange. Et si c’était l’inverse qui était vrai ?
Libre-échange chez les autres, protectionnistes chez eux
En fait, voilà la réalité du développement économique de ces pays. Grosso modo, les plus grandes puissances économiques du Sud-est Asiatique comptent sur l’ouverture commerciale des autres pays pour exporter un maximum tout en protégeant fortement leur marché intérieur et leurs entreprises. Ce n’est pas un hasard si plus de 95% des voitures vendues dans ces trois pays sont produits localement, contrairement à ce qui se passe aux Etats-Unis et en Europe…
L’exemple de la Chine est particulièrement parlant. Il y a une vingtaine d’années, ce pays a décidé de développer une industrie automobile. L’Etat a donc mis en place des droits de douane de plus de 100% sur les importations de véhicules, imposant à tous les constructeurs de construire des usines de montage sur place. Et pour s’assurer un transfert de technologie, la Chine a également imposé qu’un partenaire local détienne la moitié de l’entreprise.
Dans un second temps, la Chine a remonté les droits de douane sur les pièces détachées pour faire venir l’ensemble de la filière sur son territoire. Enfin, une fois la pompe amorcée, les droits de douane sur les véhicules importés ont été diminués (à 35% tout de même) et les anciens partenaires des constructeurs occidentaux ont commencé à produire leurs propres véhicules, souvent des copies de modèles occidentaux au démarrage, avant de passer à la phase exportation, pour bientôt.
Un modèle dirigiste, protectionniste et patriote
Même si chemin n’est pas exactement le même, il est difficile de ne pas voir dans la politique de la Chine une réplique du modèle japonais. Les pays asiatiques ont compris que s’ils avaient ouvert de manière anarchique et dogmatique leur marché intérieur, alors, ils n’auraient pas pu construire une forte industrie. Il est essentiel de protéger une industrie naissante pour lui permettre de se développer et de se tourner ensuite vers l’exportation. Voilà ce que montre le modèle asiatique.
Mais ce qui est très intéressant également est de voir que les pays asiatiques conservent une protection de leur marché intérieur, comme le montre cet article de Marianne 2, favorisant par des normes et des règlements leurs industriels au détriment des industriels occidentaux. Ce patriotisme économique donne une base arrière solide aux entreprises locales, qui, si elle entretient sans doute des prix plus élevés, assure une stabilité propice aux investissements pour l’avenir.
Le modèle de développement asiatique, bien loin des idéaux néolibéraux, est un modèle de développement dirigiste, protectionniste et patriote. L’Etat donne une direction ferme à l’économie, à travers une politique industrielle menée dans la durée. L’Etat protège son territoire national de l’anarchie commerciale. Et l’Etat favorise son industrie nationale, par un protectionnisme commercial et tout un ensemble de règles qui limite les importations quand il l’estime nécessaire.
En gros, le modèle de développement asiatique est l’exact contraire de la voie suivie par l’Europe d’aujourd’hui, libérale, libre-échangiste et supranationale. La divergence des taux de croissance donne sans doute une bonne indication de la pertinence des deux modèles…
10:55 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : libre-échange, protectionnisme, chine, corée du sud, japon
12.03.2010
Le protectionnisme expliqué par Eric Zemmour
C’est une idée surprenante mais rafraîchissante que RTL a eu d’embaucher Eric Zemmour pour faire une chronique matinale à 7h15. En effet, la première radio de France donne la parole à un journaliste qui a l’habitude de pourfendre le politiquement correct.
Le libre-échange expliqué aux enfants
Après une chronique très intéressante sur l’euro, il a signé hier une chronique sur le protectionnisme des Etats-Unis dans l’affaire du marché des avions-cargos auquel Airbus a renoncé. Cette intervention était d’une limpidité dont tous les partisans d’une autre politique (moi le premier) pourraient s’inspirer. En effet, le chroniqueur impertinent a réussi à présenter la réalité du commerce international depuis deux siècles d’une manière extrêmement pédagogique et clair.
Il a commencé par rappeler que le libre-échange a toujours été défendu par les grandes nations exportatrices, la Grande-Bretagne au 19ème siècle, les Etats-Unis après 1945 et aujourd’hui, la Chine et l’Allemagne, les deux premiers exportateurs mondiaux (et ceux qui ont les excédents les plus importants). Ce premier rappel a déjà l’immense intérêt de montrer un biais majeur du débat. Ce sont ceux qui tirent le plus parti de la libéralisation du commerce qui la défendent…
Un dogmatisme européen imbécile
Le chroniqueur d’RTL a eu également l’intelligence de prendre l’exemple de l’appel d’offre des Etats-Unis pour le renouvellement des ses avions-cargos pour montrer qu’outre-Atlantique, l’attitude est à mille lieues du dogmatisme libre-échangiste de Bruxelles. Alors que la Commission Européenne rappelle à l’ordre le gouvernement Français quand celui-ci demande à Renault de ne pas délocaliser la production de la Clio en Turquie, les Etats-Unis favorisent ouvertement Boeing.
En effet, le gouvernement étasunien mène un appel d’offre interminable pour le remplacement de ses avions ravitailleurs. La première manche a été gagnée par Boeing, mais le Congrès a fait annuler cette décision pour conflit d’intérêt. Airbus a gagné la deuxième manche en promettant de construire l’usine d’assemblage sur place mais les élus ont fait en sorte de casser cette décision. L’avionneur européen vient de renoncer au 3ème appel d’offre tant celui-ci est taillé sur mesure pour son concurrent.
Bref, il n’y a que l’Europe pour appliquer un libre-échange sans nuance, sans le moindre souci des intérêts nationaux ou des emplois, qui sont de plus en plus délocalisés. Nous sommes bien les seuls à pratiquer une telle politique ! La Chine a eu recours à un protectionnisme radical pour construire son industrie automobile, n’hésitant pas à imposer des droits de douane de 100%. Et l’Allemagne utilise les normes pour favoriser ses industriels au détriment des concurrents.
Merci Eric Zemmour de cette leçon de bon sens qui montre à quel point l’Europe est le seul continent à pratiquer un libre-échange dogmatique qui vire à une anarchie économique destructrice d’emplois alors que tous les autres ont le bon sens de défendre leurs intérêts.
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : eric zemmour, protectionnisme, libre-échange, airbus, boeing
15.02.2010
Jean-François Copé, l’analphabète du libre-échange
C’est Malakine qui a déniché ce petit bijou de langue de bois et de soumission à la pensée unique. Jean-François Copé explique sur Slate pourquoi il ne faut pas craindre les délocalisations.
L’éloge du politiquement correct
C’est ainsi que notre aspirant à l’élection présidentielle de 2017 voit quatre raisons pour lesquelles il n’y aurait pas de fatalité aux délocalisations, ce qui permettrait à la France d’envisager un avenir industriel. Première raison selon lui : il suffit d’investir dans les industries d’avenir. En effet, si la sidérurgie n’emploie plus que 20 000 salariés aujourd’hui (dix fois moins qu’il y a 35 ans), nous pouvons compenser avec les nouveaux marchés, comme le développement durable ou la voiture électrique.
Ensuite, les délocalisations ne se révèleraient pas toujours si intéressantes puisque les salaires progressent plus vite dans les pays émergents (l’écart de salaire entre la France et la République Tchèque est passé de 1 à 8 à 1 à 5…). En outre, la taxe carbone devrait renchérir les coûts de transport et pénaliser les importations. Enfin, on pourrait baisser le coût du travail, par une augmentation de la productivité, un transfert des cotisations sociales sur la TVA ou en « travaillant plus pour gagner autant » !
Une vision dépassée du libre-échange
Comment ne pas être choqué par l’indigence de ce raisonnement. Jean-François Copé devrait savoir que la Chine a pris le leadership de l’éolien et que l’Europe a bien du mal à s’imposer dans les nouvelles technologies. Ensuite, si les écarts de salaire se réduisent, non seulement ils restent considérables, mais en plus, les industriels trouveront toujours un pays où ils sont moins élevés. Il se passera assez de temps pour que l’industrie Française disparaisse avant que les salaires Chinois rattrapent les nôtres.
D’ailleurs, il suffit de constater à quel point nos constructeurs automobiles délocalisent puisque la part de la production faite en France est passée de 60 à 40% de 2004 à 2008 ! Si l’idée de la TVA sociale est intéressante, le moins que l’on puisse dire est que la majorité semble frileuse sur le sujet. Quant à l’idée de demander aux Français de travailler plus pour un même salaire, elle montre surtout à quel point le libre-échange a un effet dépressif sur les salaires et le pouvoir d’achat.
Face à des Français qui comprennent tous les jours davantage les risques des délocalisations, Jean-François Copé tente d’avoir un discours rassurant. Mais sa dernière proposition démontre de manière transparente la logique du moins-disant social du « laisser passer »…
10:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : jean-françois copé, slate, libre-échange, délocalisations



