20.09.2011

Libye : une bataille a été gagnée

Il y a six mois, sous l’impulsion de la France et de la Grande-Bretagne, une partie de la communauté internationale décidait d’intervenir en Libye pour aider les rebelles à renverser Kadhafi. Même s’il reste beaucoup à faire, il semble que cette décision était bien la bonne.

La Libye, ce n’est pas l’Irak

Pour être clair, sur le principe, je suis opposé à l’ingérence militaire dans un pays. Comme le souligne remarquablement bien Jacques Sapir, cette ingérence est toujours le fait du plus fort sur plus faible que lui. Qui plus est, cela représente également une puissante incitation pour tous les dictateurs à s’armer toujours plus pour éviter que d’autres pays ne puissent se mêler de leurs affaires et les renverser. Bref, intervenir est une décision délicate et je comprends que l’on puisse s’y opposer.

Bref, le cas pour intervenir n’était pas facile, d’autant plus qu’il y avait les précédents irakien et afghan qui démontraient les limites d’une intervention occidentale. Malgré tout, la Libye, ce n’était pas et ce n’est toujours pas du tout l’Afghanistan. Quatre conditions bien spécifiques permettaient de justifier cette opération : le vote des Nations Unies, le soutien de la ligue arabe, la demande d’une partie du peuple libyen et la perspective d’un massacre à Benghazi.

Ces conditions bien spécifiques permettaient à mon sens de faire une exception à la règle d’opposition de principe à toute ingérence militaire. Bien sûr, certains soulignent que nous avons soutenu une faction contre une autre et que n’aurions pas du nous mêler d’un conflit interne. Sauf que d’un côté, il y avait un dictateur et de l’autre une opposition qui semble réellement vouloir mettre en place la démocratie. Dans ces conditions, il est possible de faire deux poids deux mesures.

L’action déterminante de la France

En outre, il faut noter que cette opération était soutenue par des personnalités respectées dans le monde diplomatique et plutôt connues pour leur attachement à la souveraineté nationale, ce qui les avait conduit à s’opposer à la guerre en Irak. Une fois que les rebelles auront libéré les derniers bastions, le plus dur restera à faire, à savoir construire un Etat démocratique et apaisé, ce qui ne sera pas une mince affaire, même si l’argent des hydrocarbures devrait aider…

Globalement, même si cela a pris du temps, le déroulé des opérations a parfaitement justifié l’opération : il n’a pas été nécessaire d’envoyer des troupes sur place, l’opération est restée limitée dans le temps (contrairement à l’Afghanistan) et, comme l’a montré la libération de Tripoli, rapide, la réaction de la population semble démontrer que les Libyens n’étaient pas particulièrement attachés à leur dictateur. Il n’y a pas de résistance forte aux rebelles.

Et si nous en sommes là aujourd’hui, c’est bien grâce à l’action déterminée de Nicolas Sarkozy. Si cela ne change en rien mon jugement global très négatif, il porte la responsabilité de cette opération, qui efface en partie les guerres d’Irak et d’Afghanistan. Et comment ne pas vibrer devant les images de Tripoli et Benghazi acclamant la France la semaine dernière ? Mieux, le président Français a eu pour une fois le bon goût de partager la vedette avec David Cameron.

Comme l’avait bien souligné Coralie Delaume il y a un mois, cette première bataille a été gagnée et elle était sans doute juste. Bien sûr, tout reste à reconstruire, mais il semble que la direction soit la bonne. Pour la Libye, pour la France, pour une fois, merci Nicolas Sarkozy !

20.03.2011

Libye : la France à la tête du combat pour la liberté

Hier, Nicolas Sarkozy a réuni à l’Elysée un sommet pour mettre au point l’intervention militaire en Libye. Après le coup de bluff du cessez-le-feu de Kadhafi, l’aviation Française est intervenue la première pour bombarder des positions des troupes à proximité de Benghazi.

Merci à nouveau à Nicolas Sarkozy

Oui, merci à Nicolas Sarkozy pour avoir pris la direction effective des opérations, que personne ne semblait capable de prendre. Si l’opération aboutit et que la Libye se libère du joug du colonel Kadhafi, nous serons liés d’une bien belle manière au peuple libyen et cela sera grâce à l’action résolue du chef de l’Etat. En outre, notre diplomatie a su avancer de manière intelligente en obtenant l’accord des Nations Unies et de la Ligue Arabe et en refusant d’impliquer l’OTAN.

La réunion d’hier était un modèle du genre car nous avons impliqué les pays arabes, point essentiel pour ne pas donner une couleur colonialiste à l’intervention. Bref, non seulement la France dicte le tempo mais en outre, elle arrive à le faire en impliquant la communauté internationale au sens large. En outre, nous n’avons pas hésité à envoyer nos troupes en premier. Bref, même si nous ne pouvons pas être sûrs des résultats, l’intervention en Libye est remarquablement gérée.

La Libye n’est pas l’Irak

Certains s’inquiètent à juste titre de la possibilité d’enlisement. Mais tout d’abord, le fait qu’Hubert Védrine Alain Juppé et Nicolas Dupont-Aignan soient des partisans de l’intervention est a priori très rassurant. Ensuite, cette intervention n’a rien à voir avec celles d’Irak ou d’Afghanistan. Tout d’abord, il n’y a pas d’envoi de troupes terrestres, mais seulement des interventions aériennes. Ensuite, elle se fait avec l’agrément des Nations Unies et même de la ligue arabe, en impliquant ses membres.

Mais surtout, il ne s’agit pas d’envahir un pays pour faire tomber un dictateur et ensuite imposer notre modèle sans tenir réellement en compte la volonté du pays. Ici, il s’agit d’aider un peuple qui s’est soulevé contre son tyran et qui, après avoir failli le renverser, finit par ployer sous la répression armée de son autocrate. Ici, nous venons à l’aide des rebelles, à leur demande, en concertation avec la communauté internationale et sans arrière-pensées pétrolières.

Malgré tout, je comprends les limites d’une telle intervention, comme je l’ai souligné ces derniers jours. J’avais dénoncé la répression au Bahrein et je ne vois malheureusement pas ce qui pourrait être fait, à part des protestations verbales. Ce cas montre bien que si nous intervenons, c’est parce que le pouvoir Libyen n’est pas très fort. Cela souligne bien à quel point l’ingérence présente de grandes limites. Mais je persiste à croire qu’elle vaut le coup d’être risquées. L’alternative était-elle acceptable ?

Un merci qui n’absout pas tout

Bien évidemment, certains soupçonnent Nicolas Sarkozy d’arrière-pensées. Mais aurait-il été possible d’avancer aussi vite et fort uniquement avec cela ? Je ne veux pas croire que ce ne soit pas le souci humaniste de protéger le peuple libyen de son despote sanguinaire qui ait pu provoquer une telle réaction et convaincre la communauté internationale. S’il n’y avait pas eu cela, je ne peux pas croire que les dirigeants de tant de pays se seraient mis d’accord.

Et Nicolas Sarkozy est le chef incontestable de cette coalition. C’est pour cela que je l’ai remercié dans un papier il y a deux jours, qui a provoqué un gros débat sur le blog comme sur Marianne 2.  Bien naturellement, un satisfecit sur le dossier Libyen ne remet nullement en cause un jugement global extrêmement négatif sur l’ensemble de cette présidence, sans direction, faite de postures et dont les résultats demeurent très mauvais dans bien des domaines.

Néanmoins, je crois que ce n’est pas parce que l’on est un opposant résolu à un gouvernement qu’il faut sombrer à la facilité de critiquer tous ces faits et gestes. Parfois, j’ai eu l’impression que ses critiques du jour l’auraient également critiqué s’il avait laisser-faire. Si ce comportement peut plaire à des activistes, je crois qu’il oublie les Français moins engagés et qui ont moins de préjugés. En outre, les critiques perdent de leur valeur quand elles sont systématiques.

Bien sûr, la situation est loin d’être résolue. Kadhafi est encore là. Les rebelles affrontent le feu de ses troupes à Benghazi. Malgré tout, l’essentiel me semble être qu’à date, nous avons sauvé Benghazi.

18.03.2011

Libye : merci Nicolas Sarkozy !

On pouvait ne plus y croire, mais la note d’Alain Juppé sur son blog pouvait laisser présager une issue plus positive : le ministre des affaires étrangères pouvait-il s’exprimer de la sorte s’il ne croyait plus à une intervention ? L’essentiel est là, une coalition internationale va intervenir en Libye.

L’espoir renaît à Benghazi

Comment ne pas se sentir fier et heureux de la décision prise par le Conseil de Sécurité? En effet, comme le souligne Hubert Védrine, nous étions sans doute à quelques jours d’un massacre à grande échelle, d’une véritable épuration des rebelles par le régime Libyen, ce qui a sans doute fait basculer la décision. Ce choix d’hier soir, aussi tardif soit-il, est historique : la communauté internationale a décidé d’intervenir dans une guerre civile contre un dictateur en place.

Il était très important d’envoyer un tel message car si nous avions laissé faire, alors tous les dictateurs de la planète auraient ainsi reçu une carte blanche pour réprimer comme bon leur semble tout soulèvement de leur population. Aujourd’hui, la communauté internationale a pris position contre l’oppression et pour la liberté. En outre, cette intervention a obtenu l’assentiment des Nations Unies (10 voix pour, 5 abstentions), de la Ligue Arabe et du CNT Libyen.

Et là, il faut remercier Nicolas Sarkozy dont il est clair aujourd’hui qu’il est le premier responsable de cette intervention. La France a été en première ligne pour secouer la communauté internationale, avec la Grande-Bretagne. Sans l’action de notre pays, il est clair que rien n’aurait été fait. Alain Juppé semble également avoir joué un rôle majeur, ne serait-ce qu’hier au Conseil de Sécurité des Nations Unies. Les rebelles de Benghazi semblent l’avoir bien compris.

De la France et de l’Union Européenne

Cet épisode démontre également que, contrairement à ce que les déclinologues avancent, la France fait partie des quelques pays qui peuvent encore changer le destin de l’humanité. Comme en 2003, quand notre pays s’était fait le premier opposant à l’intervention en Irak, c’est notre pays qui a décidé la communauté internationale à faire quelque chose en Libye, malgré le scepticisme des Etats-Unis et le peu d’enthousiasme de la Chine et de la Russie.

Et alors que beaucoup de commentateurs vantaient l’action diplomatique d’Angela Merkel, qui critique publiquement les régimes dictatoriaux, ici, on voit que c’est une chose de parler et que c’en est une autre d’agir. L’épisode Libyen montre également que les seules réalités qui comptent sont les grandes nations. C’est l’action de deux grandes nations qui a tout changé. Parallèlement, l’Union Européenne n’aura été qu’un robinet d’eau tiède totalement inutile.

La critique n’a de sens que si on est capable de reconnaître également les réussites des personnes que l’on critique habituellement. Ici, Nicolas Sarkozy a joué un rôle véritablement historique. Merci pour la France et surtout merci pour les révoltés Libyens qui vont peut-être échapper à un destin funeste.

16.03.2011

Les dictateurs contre-attaquent, les démocraties laissent faire

Finalement, Paris et Londres n’auront pas obtenu raison. Les pesanteurs, les intérêts divergents, mais aussi les limites d’une telle intervention ont eu raison des velléités interventionnistes en Libye. Kadhafi devrait malheureusement reprendre le contrôle de son pays.

La communauté internationale paralysée sur la question libyenne

On pouvait être enclin à une intervention en Libye sous la forme de bombardements des troupes de Kadhafi car sur la base des informations que nous avons, de tels raids semblent pouvoir être le coup de pouce qui permettrait une libération du pays du joug sanglant de son dictateur. En cela il est difficile de résister au cri du cœur du Monde ou de Guy Sitbon sur Marianne 2, d’autant plus que les quelques raids nécessaires n’ont rien à voir avec les interventions en Irak ou en Afghanistan.

Même si les pays de la ligue arabe ont fini par accepter la zone d’exclusion, non seulement il y a des difficultés de mise en place, mais surtout, tout le monde comprend aujourd’hui que ce n’est pas à la hauteur de l’enjeu. Soit nous bombardons maintenant les armées de Kadhafi avant qu’elles ne prennent la capitale des rebelles, soit nous laissons faire. Tous ceux qui évoquent un entre-deux, de nouvelles discussions ou des brouillages de radar, ne font que noyer le poisson.

Plus généralement, le cas de la Libye démontre toutes les limites des « machins » supranationaux que sont les Nations Unies et l’Union Européenne. Bien sûr, il ne s’agit pas de revenir à la loi de la jungle, où chaque nation ferait ce que bon lui chante, mais au final, n’est-ce pas ce qui se passe déjà, ou s’est passé à Kaboul et Bagdad ? La seule solution serait que quelques pays oublient ces cénacles où il est couru d’avance qu’aucune décision ne sera prise…

Et pendant ce temps à Bahrein…

J’ai eu la chance de tomber sur ce papier du Figaro assez hallucinant. Lundi, des forces armées saoudiennes (pays à majorité sunnite) ont pénétré les frontières du Bahrein pour soutenir le roi (sunnite) qui fait face à une révolte de la majorité (chiite) de la population. Certes, cette intervention se fait à la demande des autorités du pays, et en vertu d’accords de défense militaire qui prévoient l’intervention des troupes d’autres pays dans d’autres territoires.

Mais il est tout de même choquant de voir une rébellion populaire matée par les troupes d’un autocrate voisin qui aide un autre dictateur à se maintenir au pouvoir contre la volonté de son peuple. Et dans le cas de l’Arabie-Saoudite, il faut être clair, personne ne dira rien étant donné que ce pays dispose des premières réserves mondiales de pétrole. Les autorités saoudiennes peuvent pratiquement faire ce qu’elles veulent car elles nous tiennent par les hydrocarbures.

En fait, les partisans de la globalisation ne l’ont jamais admis, mais la globalisation, le développement des échanges, s’ils ont des aspects positifs, créent aussi une interdépendance et même parfois, seulement une dépendance, y compris vis-à-vis de régimes dictatoriaux parfois sanguinaires et infréquentables. C’est pourquoi, même s’il ne s’agit pas de sombrer dans l’autarcie, l’indépendance nationale chère au général de Gaulle reprend tout son sens aujourd’hui.

Ces épisodes nous enseignent deux choses. La première, un peu triste mais logique, est que sur cette planète règne la loi du plus fort (que ce soit militairement, ou économique). La deuxième est que l’indépendance est le seul moyen de garder son libre arbitre.

12.03.2011

Faut-il intervenir en Libye ?

Nicolas Sarkozy et David Cameron ont tenté hier de persuader leurs collègues européens d’intervenir pour briser la reconquête de la Libye par les troupes du colonel Kadhafi. Et comment ne pas les comprendre ? Cependant, une telle intervention n’est pas sans poser de lourds problèmes.

L’humanisme commande d’intervenir

Il n’y a pas besoin d’être un néoconservateur interventionniste et impérialiste pour vouloir intervenir en Libye. En effet, comment ne pas avoir envie d’aider les révolutionnaires de Libye à se débarrasser d’un dictateur sanguinaire qui n’a pas hésité à faire tirer sur des manifestants ? Mieux, il semble évident que quelques raids bien placés pourraient définitivement régler son sort à ce régime dictatorial, alors justement que le régime reprend le dessus sur ses opposants.

En effet, comment rester sourd aux appels des insurgés qui demandent désormais clairement l’aide de la communauté internationale ? Aujourd’hui, il semble malheureusement probable qu’en l’absence de notre intervention, la rébellion pourrait bien être matée, avec toutes les conséquences que cela pourrait avoir. Après tout, si le peuple libre de Libye, en conflit ouvert avec un dictateur, nous demande d’intervenir, n’avons-nous pas le devoir de le faire ?

En outre, le sort de la Libye ne sera pas sans impact sur l’ensemble des pays arabes. Il est évident que si Kadhafi tombe, malgré sa répression sanglante, alors, le vent de la liberté et de la démocratie reprendra de plus belle, contraignant les autocrates à libérer leurs peuples ou provoquant leur destitution. En revanche, si le régime de Tripoli renverse la situation, alors, cela représentera un formidable encouragement pour les dictateurs à choisir la voie de la fermeté, fût-elle celle de la terreur et du sang. Bref, c’est une partie très importante qui se joue sous nos yeux.

Une intervention qui n’est pas si simple

Malheureusement, tout n’est pas si simple. En effet, il n’y a pas de consensus au niveau international pour agir. Il ne sera sans doute pas possible d’intervenir sous couvert des Nations Unies, du fait de l’opposition probable de la Chine et de la Russie. La ligue arabe n’accepte qu’une zone d’exclusion militaire. Faut-il alors passer outre et intervenir à quelques pays, malgré l’absence d’accord international, un peu comme en Irak, même si, ici, les principes sont clairement plus nobles et désintéressés ?

Faut-il s’immiscer dans les affaires Libyennes et peser de tout notre poids en faveur des rebelles ? En effet, il ne s’agit pas de renverser un régime autoritaire stable, mais d’aider la partie de la population qui s’est rebellée à faire tomber définitivement un dictateur qui résiste. En même temps, si nous intervenions en Libye, ce serait uniquement parce que ce pays est suffisamment faible et que nous sommes plus forts que lui. En réalité, il y a deux poids et deux mesures.

Nous ne nous poserions même pas la question si ce qui arrivait en Libye arrivait en Chine ou en Russie. Et cela pose un double problème. Pour paraphraser Jacques Sapir, cela montre bien que l’ingérence est toujours celle du fort sur le faible, ce qui pose problème. En outre, cela ne risque-t-il pas de pousser plus encore les dictateurs de la planète à être toujours plus forts (et, par exemple chercher à avoir l’arme nucléaire) pour ne pas pouvoir être menacé dans de telles circonstances ?

Malgré toutes ces limites, le contexte d’une population qui se révolte contre un tyran qui semble pouvoir mater la rébellion par la force incite à vouloir intervenir, par-delà toutes les convenances. Mais dans quel cadre et comment le faire assez vite tout en étant acceptable ?

01.03.2011

Comment réagir face aux révolutions arabes ?

Intervenir ? Ne pas intervenir ? Dénoncer la répression ? Ce sont des questions difficiles qui se posent aujourd’hui. Si tout le monde critique le gouvernement, les alternatives ne sont pas toujours très claires.

Paroles et souveraineté

Certes, le gouvernement a tardé à dénoncer les dictateurs, mais finalement, pas beaucoup plus que les autres. Ce qui était le plus révoltant a clairement été les vacances du Premier Ministre en Egypte et  celles de la ministre des Affaires Etrangères en Tunisie, sans payer l’ensemble de leurs frais et alors que les populations commençaient déjà à se révolter dans le second cas.

Car se pose la question du respect des souverainetés nationales. En effet, comme l’a bien souligné Jacques Sapir, le droit d’ingérence est essentiellement le droit du plus fort à imposer sa loi à plus faible que lui. En outre, l’ostracisme est-il véritablement la bonne solution ? L’isolation de la Corée du Nord ou de Cuba ne freine-t-elle pas au contraire l’évolution de ces pays ? N’est-ce pas le contact avec des démocraties qui peut au contraire éveiller les peuples à la liberté ?

Certains disent que la France doit dénoncer les dérives des autocrates que nous recevons ou qui nous reçoivent. Mais les dictateurs peuvent parler au nom de leur pays et les critiquer est parfois un moyen commode de s’acheter une conscience à bon compte, sans réellement agir en faveur des peuples qu’ils dirigent. Ce n’est pas forcément en parlant des droits de l’homme aux dirigeants Chinois devant les journalistes que nous contribuerons forcément à la libération du peuple chinois.

Souveraineté et laisser-faire

Mais malgré tout, entre un laisser-faire absolu et l’ingérence, il y a de la marge. La réception exceptionnelle du colonel Kadhafi allait beaucoup trop loin. On peut recevoir un autocrate sans céder à tous ses caprices. En outre, comme l’a souligné Nicolas Dupont Aignan, l’exemple du général de Gaulle, aidé par le gouvernement anglais, montre qu’une certaine forme d’ingérence a des bienfaits.

Mieux, comme il l’avait également souligné, il y a une différence entre parler aux autocrates, ce sur quoi se concentrent nos dirigeants aujourd’hui et parler aux peuples, ce que le Général faisait. Bref, il existe  une autre voie. Mais aujourd’hui, on pourrait même se poser la question d’une intervention pour aider le peuple Libyen à se débarrasser de Kadhafi, ce qui éviterait de nouveaux morts.

Mais là encore se pose la question des limites à poser à une telle intervention. En effet, il faut clairement que le peuple se soit déjà soulevé pour le faire. Il faudrait sans doute un accord assez large de la communauté internationale (par exemple, le conseil de sécurité de l’ONU). Mais, accepter une telle ingérence ne risque-t-il pas de nous mener dans un engrenage dangereux où quelques uns (forcément les plus puissants) décideraient in fin pour presque tous les autres, du moment qu’ils sont plus faibles ?

Pour un plan Marshall méditerranéen

Finalement, le machin voulu par Henri Guaino et Nicolas Sarkozy pourrait se révéler utile. Aujourd’hui, l’Europe devrait tendre la main aux pays arabes qui se libèrent des autocrates qui les dirigeaient. Comme à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, et comme nous aurions du faire pour les pays d’Europe de l’Est au lieu de les abandonner, nous devrions proposer aux pays devenus de véritables démocraties un plan Marshall destiné à favoriser leur transition.

Ainsi les pays européens donneraient une prime à la démocratie et à la liberté, sans s’ingérer directement dans les affaires des pays arabes. Les pays dont les dirigeants respecteraient la transition démocratique bénéficieraient d’une aide économique leur permettant de limiter les troubles que toute transition génère, car le processus de démocratisation sera long comme le souligne Hubert Védrine. Ce serait un immense message d’espoir envoyé aux pays arabes, une main tendue pour les aider.

Les pays européens ont déjà failli au rendez-vous de l’histoire en imposant une transition économique brutale aux anciens pays communistes. Sans forcément nous ingérer dans leurs affaires, nous pourrions tendre la main aux pays arabes qui se libèrent. Qui osera ?

24.02.2011

Nicolas Sarkozy, rantanplan de la diplomatie

Le Monde vient juste de publier une tribune de diplomates anonymes critiquant sévèrement la politique étrangère de la France. Il faut dire que les polémiques s’enchaînent avec une rapidité assez incroyable, révélant toutes les failles de notre diplomatie depuis 2007.

Fiascos diplomatiques

Le soulèvement démocratique des pays arabes expose cruellement les erreurs de notre diplomatie. Notre premier ministre et notre ministre des affaires étrangères ont ainsi passé leurs vacances de fin d’année en Tunisie et en Egypte, les deux premiers pays qui se sont révoltés contre leurs autocrates, tout en profitant de certaines largesses sur place. Même s’il n’y avait rien de techniquement illégal, cela n’est guère flatteur pour le pays que le monde arabe aimerait voir jouer un plus grand rôle.

Mais la série noire continue avec les déclarations cavalières de Nicolas Sarkozy pour le Mexique, comme l’a bien souligné David Desgouilles. Puis, c’est au tour du nouvel ambassadeur de Tunisie, Boris Boillon, de déclencher une polémique pour des propos un peu durs à l’égard des journalistes tunisiens. Enfin, la révolte de la Libye expose Paris à la critique après la réception du dictateur fin 2007 (dont les photos auraient disparu du site de l’Elysée depuis quelques jours).

Chérie, j’ai rétréci notre diplomatie !

Alors que Jacques Chirac avait redoré notre tradition diplomatique en s’opposant fermement à la seconde guerre d’Irak, Nicolas Sarkozy a mis notre diplomatie en lambeaux. Alain Juppé, pourtant devenu ministre depuis, et Hubert Védrine, avaient alerté le président sur le manque de moyens du Quai d’Orsay. Mais les moyens ne font pas tout. En diplomatie, il faut également avoir une direction, une vision à partager, une capacité à défendre ses positions pour exister.

Et sur ces trois points, Nicolas Sarkozy pèche. La seule direction qu’on lui connaisse est un atlantisme qui l’a poussé à rejoindre le commandement intégré de l’OTAN plus de quarante ans après le départ décidé par le général de Gaulle. Mais ce suivisme ne saurait donner une ligne directrice à notre action. Et sur la scène européenne, la France, faute de vision, suit la plupart du temps l’Allemagne, qui nous a imposé Lisbonne et une Union pour la Méditerranée croupion.

Non, il ne restera pas grand chose de la présidence de Nicolas Sarkozy, entre autres d’un point de vue diplomatique. Même si on peut ne pas goûter le procédé utilisé par les diplomates qui ont signé la tribune du Monde, l’ensemble de leur constat est tristement juste.

17.02.2009

Nicolas Sarkozy, diplomate de pacotille

Diplomatiquement, Nicolas Sarkozy bouge beaucoup. Dès qu’il y a un événement, il se déplace, en rajoutant souvent dans l’emphase sur son rôle. On pourrait croire qu’il fait progresser la voix de la France. Pourtant, un examen plus approfondi montre que c’est tout le contraire.

Le président qui se fâche avec tout le monde

En effet, les quinze derniers jours ont été l’occasion pour Nicolas Sarkozy de se fâcher avec de nouveaux dirigeants. Lors de son intervention télévisée et radiodiffusée, le président a ainsi critiqué nommément la baisse de la TVA de Gordon Brown et attaqué les délocalisations de nos constructeurs automobiles à l’Est, s’attirant les foudres du Premier Ministre Tchèque. Quel que soit ce que l’on en pense, il était possible de présenter les choses de manière moins agressive vis-à-vis de nos partenaires.

Mieux, Nicolas Sarkozy, sans doute contrarié par le peu d’empressement du nouveau président Américain à le rencontrer, s’est permis une critique ad hominem de Barack Obama, lui conseillant d’attendre l’élection du 12 juin pour ouvrir des discussions avec l’Iran alors que les Etats-Unis souhaitent aller plus vite. Il a dit « souhaiter qu’Obama engage ses discussions avec l’Iran dans un esprit de dialogue et d’une certaine fermeté ». La nouvelle administration Américaine doit particulièrement goûter de tels conseils…

Mais l’impair diplomatique le plus grave de la présidence Sarkozy est le refroidissement inédit de nos relations avec l’Allemagne. À cause de sa familiarité bien peu diplomatique et de son manque de considération pour Angela Merkel, nous sommes entrés dans une phase où l’Allemagne ne semble plus vouloir construire grand chose avec la France et s’est repliée sur la simple défense de ses intérêts, chose d’autant plus aisée que Nicolas Sarkozy est prêt à toutes les concessions pour un accord.

Une diplomatie Française à la dérive

Pire, en acceptant de rejoindre à nouveau le commandement militaire intégré de l’OTAN plus de quarante ans après la décision du Général de Gaulle, Nicolas Sarkozy réduit la France au rang de énième vassal des Etats-Unis. En effet, à quoi sert l’OTAN aujourd’hui ? Cette organisation, conçue pour protéger l’Europe de la menace soviétique, n’est pas adaptée au monde d’aujourd’hui, à part comme instrument de l’impérialisme Américain, auquel trop de pays sont malheureusement heureux de céder.

Dans les pays émergents, la position de la France n’est guère meilleure. Le président a fâché les Indiens en écourtant un séjour pour rejoindre Carla. Il a réussi l’exploit de beaucoup céder à la Libye (le fameux séjour de Kadhafi à Paris) et à la Chine sans pour autant gagner le moindre avantage diplomatique (nos relations sont en froid avec les deux pays). Enfin, son scandaleux discours de Dakar, aux relents colonialistes, a durablement abîmé nos relations avec l’Afrique.

Pire, Nicolas Sarkozy se fâche sans obtenir grand chose. Alors qu’il déclarait vouloir un « mini traité » limité aux questions institutionnelles, il a signé un traité constitutionnel bis, comme le souhaitaient les Allemands. Son Union pour la Méditerranée, bonne idée, a été diluée en une énième politique de l’Union, comprend des pays qui bordent la mer du Nord et n’a toujours rien réalisé de concret. Enfin, les contrats qu’il se vante de signer sont trop souvent du réchauffé.

Entre une brutalité bien peu diplomatique, un ego fatiguant et un trop grand empressement à trouver un accord pour assurer une belle photo, Nicolas Sarkozy a réussi le tour de force d’à la fois énerver tous nos partenaires sur la forme tout en étant incapable de défendre les intérêts de la France sur le fond.

Source : http://tf1.lci.fr/infos/monde/moyen-orient/0,,4254052,00-...

18.08.2008

Sarkozy 15 mois après : un bien mauvais négociateur

S’il y a un domaine où le style présidentiel permet assez bien de donner le change, c’est sa capacité à défendre efficacement les intérêts nationaux. La mise en scène efficace du pouvoir nous montre un président volontaire, énergique, toujours prompt à vendre son action. Le bilan réel n’est pas si flatteur.

C’est dans le cadre de l’Union Européenne que les faibles capacités de négociateur de Nicolas Sarkozy s’illustrent le mieux. Le nouveau président avait annoncé vouloir remplacer le défunt Traité Constitutionnel Européen par un « mini traité » limité aux questions institutionnelles. Finalement, il a avalé son chapeau et accepté un traité de Lisbonne à peine différent du TCE, mais a réussi la prouesse de présenter cette capitulation comme un succès personnel. L’Union pour la Méditerranée a également été constituée comme le souhaitaient les Allemands et pas comme le prévoyait le président Français puisqu’il a renoncé à en faire une institution indépendante de l’Union Européenne et a accepté que tous les pays de l’Union y participe, y compris les pays lettons ou scandinaves, dont on se demande ce qu’ils y font... Sur les émissions polluantes, c’est encore Angela Merkel qui a le mieux défendu ses intérêts.

Mais on pourrait répliquer que Nicolas Sarkozy est un bon VRP de nos entreprises. Cependant les milliards d’euros de contrats annoncés avec la Libye ou la Chine étaient une présentation bien flatteuse de la réalité. La plupart des contrats avaient été déjà signés avant sa visite et beaucoup d’autres n’étaient en réalité que des discussions. Ainsi, les 10 milliards de contrats annoncés lors de la visite de Kadhafi ne comportaient que 300 millions de nouveaux contrats ! Pire, les courbettes faites au dictateur libyen n’ont même pas réussi à le faire venir pour lancer l’Union pour la Méditerranée en juillet. Tout ça pour ça ! Vis-à-vis de la Chine, on ne peut pas dire que la France de Nicolas Sarkozy ait montré de grandes capacités d’influence : malgré sa présence lors de la cérémonie d’ouverture des J.O. et la non rencontre du dalaï-lama, notre pays a subi un léger boycott alors que l’Allemagne ou la Grande-Bretagne, absente aux J.O. et dont les dirigeants ont reçu le dalaï-lama, n’ont pas subi le moindre préjudice.

Et « l’idiot en colère », comme le surnommeraient les Chinois, n’est pas non plus toujours un brillant négociateur dans son propre pays. S’il a réussi à faire passer la réforme des Institutions aux forceps, l’accord de réforme des régimes spéciaux de retraite a été obtenu avec une quantité de concessions incroyables, dont plusieurs dispositifs qui permettront d’augmenter le niveau des retraites de manière très importante, ce qui pourrait augmenter le global du dispositif plutôt que le baisser ! On pourra objecter qu’il a réussi à faire passer des réformes importantes de la fonction publique, avec notamment des suppressions importantes de postes, mais cela montre seulement qu’il sait gérer les rapports de force qui lui sont largement favorables alors qu’il a beaucoup plus de mal à gérer ceux où il parle d’égal à égal ou avec plus fort que lui.

Au global, on peut vraiment se poser la question de ses capacités à bien défendre les intérêts de la France sur la scène internationale, tout comme l’intérêt général au sein de son propre pays, par-delà les effets de communication qu’il sait toujours aussi bien manier…