09.07.2011

Insécurité : la grande faillite de Nicolas Sarkozy

Cela aura été une des polémiques de la semaine : la Cour des Comptes a publié un rapport au vitriol sur les forces de sécurité publique, dénonçant vertement la politique du gouvernement. Elle critique les manipulations des statistiques ainsi que la politique menée sur le terrain.

Un bilan en trompe-l’œil

Nicolas Sarkozy a réussi à se faire élire en 2007 en partie grâce au bilan qu’il a vendu de son action au ministère de l’intérieur. L’ancien ministre avait réussi à vendre son agitation législative et communicante en affichant fièrement une baisse globale de la délinquance de 9% de 2001 à 2006, cassant la progression enregistrée alors que Lionel Jospin était premier ministre. Mais cette version des faits ne résistait pas à une analyse des chiffres même du ministère.

En effet, en mars 2007 j’avais étudié les chiffres avancés par la place Beauvau et j’avais constaté que si le chiffre global baissait, c’était notamment parce que les vols de voiture ou les cambriolages baissaient (du fait de la plus grande sophistication des équipements) alors qu’en revanche, les violences aux personnes avaient continué leur progression. Les coups et blessures non liés à un homicide s’étaient alors envolés de 41% (de 116 à 164 mille) sur la même période.

C’est exactement ce qui continue depuis 2007 : le chiffre global de la délinquance poursuit sa baisse régulière, dans un mouvement dont la maîtrise semble bien suspecte, et les violences aux personnes continuent de progresser. Il y a eu une progression de 18% des coups et blessures de 2006 à 2009 pour un total de 193 mille, soit une progression de 70% en huit ans. Bref, paradoxalement, nous étions beaucoup plus sûrs quand le PS était aux affaires…

Un gouvernement inefficace

Claude Guéant a beau monter sur ses grands chevaux, le bilan de Nicolas Sarkozy sur cette question est catastrophique. Le chiffre des violences aux personnes est doublement significatif. Tout d’abord, il rassemble les actes qui contribuent le plus au sentiment d’insécurité, des actes plus traumatisants. D’ailleurs, de manière inquiétante, le chiffre des violences non crapuleuses (violences gratuites) s’est envolé, passant de 155 à 240 mille de 2002 à 2008.

Mais surtout, ce sont des actes où il est beaucoup plus difficile de trafiquer les statistiques. Le rapport de la Cour des Comptes estime "que les statistiques départementales présentent parfois une grande instabilité, qui peut faire douter de leur fiabilité", rejoignant les dires du criminologue Alain Bauer pour qui « le dispositif statistique national a été le plus souvent utilisé, depuis 1945, pour ne pas dénombrer la réalité mais pour la mettre en scène ».

La cour des Comptes questionne également la pertinence de la politique suivie, critiquant la faible présence des policiers sur le terrain, leur mauvaise répartition et le manque d’efficacité de la vidéo surveillance. On pourrait ajouter, comme le fait Nicolas Dupont Aignan dans un communiqué de presse publié sur le site de Debout la République que la baisse des effectifs est absolument anormale étant donné la montée permanente des violences aux personnes.

Merci à la Cour des Comptes de dénoncer officiellement les tricheries du gouvernement et sa mauvaise politique en matière d’ordre public. Cela fait maintenant environ neuf ans que Nicolas Sarkozy est en charge de notre sécurité et l’agitation ne saurait camoufler un bilan calamiteux.

Merci à Clément dont j’ai utilisé les travaux pour nourrir ce papier

14.05.2011

Terra Nova parachève le virage libéral du PS

La fondation Terra Nova est décidemment une source inépuisable, de comique involontaire (avec sa proposition ubuesque de réforme du mode d’élection du président de la République), comme de révélation du fond de la pensée d’une certaine gauche, qui n’a plus de gauche que le nom.

Le peuple quitte le PS

Cela fait maintenant dix ans que le peuple a quitté le PS, brutalement, lors des élections présidentielles de 2002, quand le vote ouvrier a permis à Jean-Marie Le Pen de battre Lionel Jospin pour atteindre le second tour. Selon les instituts à peine 10 à 15% auraient ainsi voté pour le candidat « socialiste », alors qu’il était largement dominant auparavant. Car c’est bien cette perte des classes populaires qui explique principalement l’échec de 2002.

A dire vrai, ce choix n’est pas vraiment étonnant. Après tout, ce gouvernement ne se préoccupait pas de leurs problèmes. Insécurité ? « On a été naïf »… Chômage, délocalisations ? « L’Etat ne peut pas tout faire ». Pourquoi donc les classes populaires devraient-elles voter pour un parti qui semble à peine se préoccuper de leurs attentes et qui théorise son incapacité à y répondre…

Dès lors, il n’est pas étonnant que le Front National rafle la mise auprès des ouvriers et des employés. Non seulement, sa dimension protestataire séduit des citoyens lessivés par l’anarchie néolibérale et son cortège de chômage de masse et de pouvoir d’achat en berne mais elle exprime aussi leur révolte contre les partis au pouvoir depuis trente ans, qui ont beaucoup promis et rien réglé. En plus, ils leur parlent des sujets qui les préoccupent : délocalisations, insécurité, immigration.

Le vote des catégories populaires ne vaut pas un blanc seing pour tout ce qu’est ou ce que dit le Front National, loin de là. Emmanuel Todd a eu cette belle phrase : « les Français ne sont pas racistes, ils sont malheureux ». Écœurés par les socialistes et l’UMP, ils se tournent vers Le Pen parce qu’ils ne voient pas encore d’autres issues, malgré ses innombrables scories, qui en freinent encore beaucoup. 2012 devrait être l’occasion à des alternatives républicaines d’émerger.

Le PS quitte le peuple

Face à ce phénomène, la fondation Terra Nova vient de publier une étude hallucinante, qui recommande mezzo voce de purement et simplement abandonner les ouvriers (dont le nombre diminue, de toutes les façons) : leurs valeurs sociétales (conservatrices) sont trop éloignées et leurs attentes de protection économique ne sont pas vraiment couvertes par le PS.

On se demande comment la fondation a pu publier une étude aussi froide, à mille lieues de tout ce que devrait être la politique, et qui découpe la France en cibles électorales catégorielles pour mesurer l’adéquation potentielle avec le projet « socialiste ». Naturellement, des militants de gauche sincères s’en sont émus, avec brio. Mais finalement, cette analyse est parfaitement cohérente avec ce qu’est le PS depuis si longtemps : un parti libéral libertaire mâtiné de social-démocratie.

L’internationalisme du PS, son refus des frontières, son mépris des nations font le lit de la loi de la jungle, qui permet aux multinationales de délocaliser les emplois et de pressurer toujours plus les salaires de ceux qui restent, d’une anarchie qui permet de placer son argent dans des « parasites fiscaux » qui peuvent remercier la directive Delors Lamy qui a libéré les mouvements de capitaux, cette anarchie qui créé une société où les plus forts écrasent les plus faibles.

Car ces « socialistes » ne les aiment pas ces plus faibles : ils seraient un peu rétrogrades avec leur envie d’autorité, leurs aspirations égalitaristes et fraternelles qui pourraient contrevenir à cette liberté qui devient leur valeur centrale, même quand elle permet les délocalisations, la compétition avec les esclaves chinois ou l’évasion fiscale. Olivier Ferrand nous révèle ainsi que le PS n’est plus un parti de gauche, mais bien un parti social libéral, pour reprendre le terme de Bertrand Delanoë.

C’est pourquoi je remercie Terra Nova. Au moins, vous avez l’honnêteté d’aller jusqu’au bout de vos idées, de ne pas les camoufler derrière une rhétorique gauchiste à laquelle vous ne croyez pas. Voici le vrai visage de ces « socialistes » que le Général disait ne pas aimer « parce qu’ils n’étaient pas socialistes ».

28.08.2010

Insécurité : le jeu dangereux de Nicolas Sarkozy

Nicolas Sarkozy semble vouloir utiliser le thème de la sécurité pour sa campagne de réélection en 2012. Contrairement à ce que le Figaro voulait faire croire, cette stratégie apparaît de plus en plus dangereuse…

Lutte contre l’insécurité ou semblant de lutte ?

Bien sûr, cette tactique a bien réussi en 2002 pour la réélection de Jacques Chirac mais il affrontait alors son Premier Ministre, alors au pouvoir depuis cinq ans et au prise avec une augmentation de l’insécurité qu’il semblait d’autant plus incapable d’endiguer que son deuxième ministre de l’intérieur avait renoué avec l’angélisme traditionnel de la gauche, au contraire de Jean-Pierre Chevènement, titulaire du poste auparavant. Du coup, le président sortant jouait sur du velours en attaquant un gouvernement qui semblait totalement dépassé par le phénomène.

Mais le contexte de 2012 sera complètement différent. Nicolas Sarkozy sera alors responsable de la sécurité des Français depuis dix ans. Attirer l’attention des Français sur les problèmes d’insécurité risque surtout de souligner l’échec du gouvernement… D’ailleurs, c’est ce que montrait le sondage de Marianne pour qui à peine un quart de la population fait confiance au gouvernement sur la sécurité et même pas la majorité des électeurs de droite. Si Nicolas Sarkozy est encore un peu plus crédible que le PS sur le sujet, il ne l’est plus que marginalement.

Vers un 21 avril à l’envers ?

Après, il est vrai qu’il s’agit sans doute d’un des seuls sujets où il conserve une meilleure crédibilité que la gauche, mais cette stratégie est à double tranchant, comme le révèle une nouvelle vague de sondages analysés par le Monde. Tout d’abord, cette vaste offensive médiatique n’a pas provoqué de rebond de popularité alors que le gouvernement est pourtant est très impopulaire. Ensuite, si elle semble plaire à l’électorat du Front National, elle déplaît fortement aux cadres, pourtant l’électorat traditionnel de la droite et de Nicolas Sarkozy en particulier.

Le président sortant a donc toutes les chances de se retrouver pris entre deux feux. Les classes supérieures sont lassées de sa méthode inutilement provocatrice et ont une multitude d’autres votes possibles (écologistes, Bayrou ou Strauss-Kahn). Et le Front National pourrait bien être le grand gagnant de la stratégie gouvernementale en soulignant la montée des violences aux personnes et la diminution du nombre de policier, d’autant plus que la façon de faire de Nicolas Sarkozy pourrait bien déculpabiliser une partie de l’électorat UMP vis-à-vis du FN.

Bref, entre un électorat de centre-droit lassé de ses outrances et un Front National qui pourrait bien être le grand gagnant des débats sur l’insécurité, on en vient à se demander si Nicolas Sarkozy ne pourrait pas subir le même sort que Lionel Jospin. Ce ne serait pas injuste…

10.01.2010

Lionel Jospin, éléphant suffisant

Lionel Jospin regrette sans doute depuis longtemps d’avoir prononcé des mots si définitifs le soir du premier tour de l’élection présidentielle de 2002. Résultat, il passe son temps à faire des tournées d’adieux, en conservant une capacité très limitée à faire son autocritique.

Un manque de recul terrifiant

Près de huit ans après, Lionel Jospin attribue toujours son échec à la multiplicité des candidatures à gauche et, comme le rapporte le Figaro, il admet tout juste avoir « surestimé le rejet de Jacques Chirac, surestimé la perception positive de mon bilan, sous-estimé l'impact qu'avait la division de la gauche et sous-estimé le premier tour ». Enfin, il admet que sa « campagne n'a pas été assez offensive », et parle de son « regret d'une marche qui était à notre portée […] et [son] sentiment que cinq années avec nous auraient été préférables à la stagnation du quinquennat chiraquien ».

L’interview qu’il a donnée au Monde confirme cet état d’esprit. On note un certain mépris pour l’extrême gauche, qui « ne se retrouvera jamais (dans son bilan) et qui n’est à l’aise que sous la droite ». En clair, l’ancien premier ministre socialiste ne veut bien admettre que des erreurs de perception (sous-estimation ou surestimation) mais surtout pas la moindre critique sur son bilan qu’il continue à défendre bec et ongle alors que sa défaite devrait l’inciter à plus d’humilité. On devine entre les lignes qu’il pense qu’il aurait facilement battu Jacques Chirac au second tour s’il avait réussi à devancer Jean-Marie Le Pen.

Une caricature des dérives socialistes

Jeudi soir, sur le plateau de Canal Plus, Lionel Jospin était également incapable de la moindre véritable autocritique. Pas une seconde il ne semble douter de l’issue d’un duel avec Jacques Chirac au second tour de l’élection présidentielle de 2002. Pourtant, sa défaite était davantage la conséquence de ses choix que de l’éparpillement des voix de la gauche. C’est lui qui a poussé Jean-Pierre Chevènement hors du gouvernement par ses arbitrages sur la Corse. S’il l’avait conservé dans son gouvernement, nul doute que l’issue du premier tour aurait été différente.

Mais l’issue du second tour ne lui aurait pas été plus favorable. Car Lionel Jospin est le premier ministre qui a abdiqué tout volontarisme politique sur deux éléments fondamentaux. Il a abdiqué sur la sécurité en ne sachant pas réagir à la hausse de la délinquance après le départ de Jean-Pierre Chevènement. Et il a abdiqué sur le chômage avec Vilvoorde. Bref, pourquoi les Français auraient-ils voulu d’un président qui admettait si facilement son impuissance à agir ?

Par-delà l’incapacité crasse de Lionel Jospin à admettre de véritables erreurs (celles qu’il admet ne sont pas de vraies erreurs), le plus incroyable est aussi sa capacité à parler sans cesse de la gauche en oubliant les idées et les Français. Il n’est pas pour rien dans le nombrilisme du Parti Socialiste.

08.08.2009

Le mythe de la modernisation du PS

C’est une des forfanteries les plus répandues de la vie politique Française, à nouveau ranimée par Manuel Valls dans son interview au Financial Times : le Parti Socialiste de notre pays n’aurait pas complètement oublié ses racines marxistes et n’embrasserait pas suffisamment la modernité…

Mais de quelle modernité parle-t-on ?

Pourtant, le dernier passage du Parti Socialiste Français s’est soldé par un montant de privatisations supérieur à celui de ses prédécesseurs de droite. Laurent Fabius s’est révélé être un des ministres des finances les plus ouverts aux idées libérales. Enfin, c’est bien Lionel Jospin qui a accepté la libéralisation (certes lointaine dans le temps) des services publics. Bien sûr, ce même gouvernement a également mis en place les 35 Heures mais il ne se trouve pas grand monde pour encore défendre cette mesure, notamment la candidate représentant le parti lors de l’élection présidentielle de 2007…

Pire, la crise a montré la faible différence de pensée entre le PS et l’UMP tant le parti dit de gauche a été incapable de formuler une proposition de système alternatif, refusant tout débat sur le protectionnisme, la réforme du système monétaire et se limitant à des propositions cosmétiques identiques aux partis dits de droite sur la réglementation de la finance. Dès lors, on ne voit pas bien dans quelle direction le PS pourrait aller pour davantage accepter la mondialisation, si ce n’est prêter allégeance à Laurence Parisot.

Pourquoi en parle-t-on ?

En fait, quand Manuel Valls parle de modernisation du Parti Socialiste, il parle uniquement de rajeunissement des cadres dirigeants, à savoir le remplacement de la vieille génération qui a accédé au pouvoir sous François Mitterrand et Lionel Jospin par lui-même. La modernisation du PS, devine-t-on en filigrane, c’est lui. Il suffirait donc de changer de dirigeants pour moderniser le parti. Dans un sens, ce n’est pas complètement faux, la génération des éléphants donne une tellement mauvaise image d’elle-même. Il ne serait sans doute pas un mal de faire venir de nouvelles têtes.

En revanche, parler de modernisation idéologique en sous-entendant que le PS n’a pas suffisamment accepté la mondialisation est d’une hypocrisie incroyable. Les socialistes ont tout abandonné à la mondialisation. Non seulement, ils ont renoncé à toute intervention financière, monétaire et commerciale mais ils se font aujourd’hui les promoteurs de cet abandon en défendant l’indépendance des banques centrales ou le libre-échange absolu. En fait, on peut se demander si ce mythe n’est pas créé par les tenants du système pour verrouiller encore davantage le champ des possibles idéologiques.

Le besoin de modernisation du PS ne concerne que le nécessaire renouvellement générationnel. Mais ce changement n’aura d’intérêt que s’il s’accompagne d’une reconstruction idéologique lorgnant vers Généreux, parti, Lordon ou Krugman. Rien ne permet aujourd’hui d’accréditer cette thèse.

Source : http://www.lemonde.fr/politique/article/2009/07/21/manuel...