19.06.2008
Défense, OTAN : le hors sujet de Nicolas Sarkozy
Le 18 juin, le président a commémoré l’appel du Général de Gaulle. Pourtant, la veille, il venait de remettre en cause un de ces choix les plus emblématiques, le départ de l’OTAN, lors de la présentation du livre blanc de la Défense. Un nouvel exemple qui montre bien qu’il n’est pas gaulliste.
En 1966, le Général de Gaulle avait quitté le commandement armé de l’OTAN devant la domination sans partage que les Etats-Unis exerçait sur l’organisation. Nous étions pourtant dans un contexte de guerre froide avec le bloc soviétique, mais il avait considéré qu’une France alliée des Etats-Unis mais indépendante pouvait davantage apporter au monde et à ses citoyens. Aujourd’hui, la guerre froide est finie, le danger soviétique n’est plus. On pourrait penser qu’il serait légitime que cette organisation, qui consacrait la supériorité des Etats-Unis parce qu’ils protégeait l’Europe de l’Ouest de la menace soviétique, soit dissoute. Malheureusement, elle perdure et on se demande bien pourquoi la France la rejoint aujourd’hui, 42 ans après l’avoir quitté, sans doute par simple volonté d’alignement avec les Etats-Unis.
Mais ce chois malheureux n’est pas le seul mauvais point de la présentation du livre blanc de la défense. Un groupe d’officiers généraux et supérieurs, tenu à l’anonymat, s’est exprimé dans le Figaro de ce jour pour exprimer leur opinion sur les nouvelles orientations de la politique de défense. S’ils ne sont pas tendres avec les choix des années précédentes, qui ont privilégié, selon eux, certains équipements de prestige, leur jugement sur la présentation de mardi est sévère puisqu’ils pointent un « certain amateurisme » et des incohérences inquiétantes. Leur jugement n’est pas seulement négatif puisqu’ils soulignent que le regroupement des bases, qui limitera les considérations de politiques locales, et la priorité donnée au renseignement sont de bonnes impulsions.
En revanche, ce groupe pointe plusieurs incohérences majeures. Une incohérence budgétaire : alors que la plupart des autres pays augmentent leur budget militaire, la France fait le choix d’une coupe sévère. S’ils admettent que cela peut être un choix politique, ils soulignent que les coupes sont distribuées de manière trop uniforme, sans réelle priorité. Ils soulignent que le rapport ne prend pas en compte la croissance des guerres de projections, qu’il souligne pourtant, en coupant uniformément dans les budgets concernés (et notamment en oubliant le second porte-avion). Ils qualifient de « gadget » servant des « intérêts industriels » les choix satellitaires. Enfin, ils soulignent que certaines structures administratives ne sont pas touchées par cet effort alors que les bases africaines, qui restent au même nombre, perdront trois mille postes.
Nicolas Sarkozy sait bien que les Français ne défileront pas pour le budget des armées ou le retour dans l’OTAN. Il décide donc de tailler dans le vif. Pire, il le fait de manière aveugle et comptable, sans faire de véritables priorités, ce qui va fortement affaiblir notre position dans les prochaines années.
Source : http://www.lefigaro.fr/debats/2008/06/19/01005-20080619ARTFIG00011-livre-blanc-sur-la-defense-une-esperance-decue.php
13:04 Publié dans Actualités, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : défense, livre blanc, otan, figaro, surcouf



