16.11.2010

Nicolas Sarkozy, le président qui défait ce qu’il a fait

C’est un des aspects les plus incroyables de cette présidence. Petit à petit, Nicolas Sarkozy détricote de plus en plus de choses qu’il a pu faire au démarrage de sa présidence. Si seuls les imbéciles ne changent pas d’avis, nous avons là le président le plus intelligent de notre histoire…

Des reniements de fond

Fin 2011, début 2012, quand les médias feront le bilan du quinquennat, cela risque d’être cruel pour ce président qui aura été trop bavard. D’innombrables déclarations contradictoires pourront être mises bout à bout… L’une des premières mesures du gouvernement avait été le controversé « paquet fiscal », qui mettait en place la défiscalisation des heures supplémentaires, des réductions d’impôt pour les achats immobiliers, un abaissement du bouclier fiscal ou la réduction des droits de succession.

Deux de ces quatre mesures (défiscalisation des heures supplémentaires, déductibilité des intérêts d’emprunt immobilier) ont déjà été remises en question du fait d’études démontrant leur inutilité. Et il semble que le bouclier fiscal doive subir le même sort dans les prochains mois. Bref, la bataille a été perdue et Nicolas Sarkozy doit revenir sur sa loi TEPA, cas assez unique d’un président qui défait trois ans après une des lois emblématiques adoptées à son arrivée au pouvoir.

Des reniements de forme

Mais ce n’est pas tout. Alors qu’il n’en avait jamais parlé pendant la campagne électorale, Nicolas Sarkozy a fait du débauchage de seconds couteaux de gauche en manque de reconnaissance (autrement appelé « ouverture ») un des aspects marquants de son mandat. Il était alors intarissable sur cette pratique. En deux remaniements (éliminant Martin Hirsch et Jean-Pierre Jouyet puis, dimanche, Bernard Kouchner, Fadela Amara et Jean-Marie Bockel), il a mis fin à l’expérience.

Le remaniement marque également la fin du ministère de l’immigration et de l’identité nationale et le rétrécissement du ministère de l’environnement. Sur la forme, Nicolas Sarkozy se fait également un peu moins présent. Après s’être un peu brûlé les ailes, il laisse davantage son premier ministre et son gouvernement prendre la lumière. On le voit un peu moins dans les médias, ce qui pourrait donner un peu plus d’impact à son intervention de ce soir.

D’une part, on ne peut que se réjouir de ces 180° quand on avait dénoncé ces pratiques. Corriger ses erreurs est une attitude positive. Mais comme il n’a pas fait tellement de choses depuis son accession à la présidence, cela vide un bilan déjà bien maigre…

01.06.2009

L’économie va rattraper Nicolas Sarkozy

Nicolas Sarkozy ne s’est jamais vraiment intéressé à l’économie. S’il a un fond libéral, il peut également l’oublier pour intervenir de manière finalement assez colbertiste. Mais son manque de considération pour ces questions va sans doute lui coûter cher en 2012.

La bonne performance de la France

Le bilan économique des deux premières années du mandat de Nicolas Sarkozy est désastreux. Bien sûr, le fait que la France soit, relativement, moins touchée que ses partenaires européens peut donner l’impression que nous sommes sur la bonne voie. Mais c’est une fausse impression. La meilleure santé de notre économie tient bien plus à sa moindre industrialisation, qui nous protège de l’effondrement des échanges industriels, et au poids de notre Etat Providence, qui amortit la crise.

En outre, contrairement à l’Espagne ou au Royaume-Uni, nous n’avons pas connu de bulles immobilières extravagantes. Et l’endettement des ménages Français est parmi les plus faibles d’Europe. Résultat, le resserrement du crédit a moins de conséquences sur notre économie. Et  nous ne subissons pas une baisse de 20% des prix de l’immobilier, qui appauvrit les ménages outre-Manche ou un effondrement du marché de l’immobilier comme en Espagne.

Une succession d’erreurs économiques

Bref, c’est la structure même de notre économie qui explique notre résistance et dissimule les mauvaises décisions prises depuis mai 2007. En premier lieu, le « paquet fiscal » qui coûte près de 15 milliards par an. L’exonération des intérêts d’emprunts immobiliers est une subvention aux prix de l’immobilier. L’exonération des heures supplémentaires créé un effet d’aubaine qui distord notre marché du travail. Et les baisses d’impôts sur les hauts revenus sont une hérésie vue l’évolution des revenus ces dernières années.

Mais les erreurs économiques de Nicolas Sarkozy ne s’arrêtent pas à la loi TEPA. Ayant beaucoup dépensé en 2007, la cigale Sarkozy s’est retrouvée bien dépourvue quand la crise est venue. Résultat, le plan de soutien à l’économie est très limité pour ne pas gonfler davantage des déficits qui ont augmenté de plus de 50% en 2008. Résultat, le plan de relance Français reste limité à 1% du PIB si on exclut les dépenses annoncées des entreprises parapubliques, une fraction de celui de nos voisins.

Le pire est à venir

C’est pour cela que le pire est à craindre. En effet, alors que nos voisins peuvent espérer un rebond sensible du fait de l’importance de leurs plans de soutien (deux à cinq fois plus importants que le nôtre), la France risque de manquer de carburants fin 2009 / début 2010. Si la baisse de notre PIB reste plus limitée, la reprise devrait être encore plus molle en France que dans les autres pays européens. Bien sûr, nous profiterons un peu de la reprise de nos voisins, mais cela risque de ne pas être suffisant.

Bref, Nicolas Sarkozy a tort de se vanter des meilleurs résultats de la France car cet argument pourrait lui revenir comme un boomerang dans les prochains mois si la reprise est moins forte chez nous, ce qui est probable étant donnée la timidité de notre plan de relance. Pire, avec le gonflement des déficits et une croissance très molle, le gouvernement va se retrouver dans une impasse financière : augmenter les impôts ou tailler fortement dans les dépenses à la veille des élections de 2012.

Le manque d’intérêt de Nicolas Sarkozy pour les questions économiques va finir par le rattraper. Si le budget 2010 pourra sans doute passer sans trop de difficulté, l’équation budgétaire pour 2011 et 2012 devrait être un casse-tête budgétaire insoluble.

Source : http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/05/26/avec-le...