19.06.2011

Oui, la démondialisation est une nécessité

Quelques jours après une réunion enthousiasmante avec Frédéric Vialle, une partie du conseil scientifique d’attaque a publié sur Médiapart une critique de la démondialisation chère à Jacques Sapir. Mais ce dernier, comme Frédéric Lordon ont justement mis en pièce cette tribune.

Une critique simpliste et superficielle

Il est proprement hallucinant qu’un tel texte ait pu être produit par le conseil scientifique d’Attac, quand on pense à ce que peut produire l’association. Voici un papier pétrit de contradictions, de mauvaise foi, d’approximations et d’un manque de rigueur qui en fait une proie facile à ridiculiser par un Jacques Sapir qui se fait volontiers saignant et un Frédéric Lordon qui joue plutôt la carte du démontage en règle, dans une inversion de leur style respectif.

La thèse des auteurs est que les ennemis ne sont pas les travailleurs chinois mais bien les gouvernements qui ont mis en œuvre les politiques de recul de droits sociaux. Sans craindre la contradiction, ils affirment qu’il « faut évidemment réduire les flux de marchandises et de capitaux, et relocaliser les systèmes productifs », soit une démondialisation... Mais ils souhaitent aussi « plus de coopération européenne et mondiale dans bien des domaines ».

Puis, après avoir évoqué le Front National, ils disent que « la démondialisation n’apporterait rien à l’affaire » sur la réduction des inégalités, ou le chômage. Ils attaquent aussi la sortie de l’euro qui ne ferait « qu’accentuer les problèmes au lieu de les résoudre » puis s’opposent aux mesures unilatérales et soulignent que la réindustrialisation devra être plus écologique. Enfin, ils finissent par critiquer les plans d’austérité qui aggravent la crise.

Tout d’abord, il faut noter qu’ils critiquent clairement Jacques Sapir, mais sans le nommer. Ensuite, ils témoignent d’une attention limitée à ses textes, car sinon, ils sauraient qu’il n’est nullement opposé à la coopération internationale ou européenne. En outre, leur papier en reste à des incantations sans la moindre démonstration sur l’euro et le reste. Et refuser l’unilatéralisme est le plus sûr moyen de ne rien faire avec le traité de Lisbonne et les gouvernements en place…

Les réponses de Sapir et Lordon

Finalement ce torchon a malgré tout un intérêt. En effet, il a poussé Jacques Sapir et Frédéric Lordon à publier chacun un (long mais riche) papier de réponse. Directement visé, le premier démonte mot après mot, comme un professeur reprenant la copie superficielle et simpliste d’un élève qui n’a pas fait attention à ce qu’il avait écrit. Il relève toutes les contradictions, malhonnêtetés, simplifications et imprécisions de ce texte qui ne fait pas honneur à un « conseil scientifique ».

Sur l’euro, pourquoi ce large « conseil scientifique » ne produit pas une véritable contre argumentation aux papiers, argumentés eux, de Sapir ? On sent deux choses dans leur critique : un rejet viscéral (pour ne pas dire plus) de la nation et une peur maladive d’être en compagnie du Front National sur un débat, au point où il ne m’étonnerait qu’à moitié qu’ils finissent par dire qu’il n’y a pas assez de chômeurs si le FN faisait de la dénonciation du chômage de masse son axe de campagne…

Frédéric Lordon commence par dénoncer l’amalgame avec le FN en affirmant que l’on « n’abandonnera donc pas le débat de la démondialisation sous prétexte que le FN qui a senti la bonne affaire, s’y vautre avec délice ». Il souligne que l’on ne cherchait pas autant de noises à ce parti sur l’économie quand il était néolibéral et qu’il faudrait plutôt questionner Marine Le Pen que ceux dont elle s’inspire. Au final, cette attitude contribue plutôt à renforcer le FN…

Puis, il dénonce certains arguments, qui viennent en droite ligne des néolibéraux ou des socio-démocrates infirmiers de la mondialisation. Il revient sur « la question décisive de la souveraineté » et souligne à quel point néolibéralisme et mondialisation détricotant les souverainetés nationales vont de pair, soulignant l’angle mort des auteurs. Il développe longuement sa pensée sur la nation, la souveraineté et le politique et livre à nouveau une critique sévère de l’UE.

De ces échanges, une partie de la direction d’Attac ne sort pas grandie devant la légèreté de leur texte. Je vais laisser la conclusion à Jacques Sapir : « la haine de la nation, c’est l’internationalisme des imbéciles ».

17.05.2011

Affaire DSK : n’oublions pas la victime !

Hier, comme beaucoup, j’ai fait un papier sur l’affaire du jour. Mais si j’ai respecté la présomption d’innocence du président du FMI, j’aurais dû évoquer le sort de la victime présumée, comme l’avait très justement fait Nicolas Dupont-Aignan.

Il y a deux protagonistes dans cette affaire

Bien sûr, il convient de respecter la présomption d’innocence de Dominique Strauss-Kahn. On ne sait pas s’il est coupable ou non, et s’il ne l’était pas, le traitement imposé par le système judiciaire étasunien (qui permet aux médias de saisir tous les moments de la procédure) n’en serait que plus cruel et révoltant. A quoi bon en effet permettre cette publicité de toutes les étapes des procédures judiciaires, comme le souligne Daniel Salvatore Schiffer sur Marianne 2.

Malheureusement, dans un souci de respecter la présomption d’innocence, on peut finir par tomber dans une trop grande complaisance. Pire, on peut également finir par oublier qu’il y a aussi une victime présumée, qui, si les faits sont avérés, a traversé un véritable enfer. Comme le note NDA, « force est de reconnaître qu’aux Etats-Unis – à juste raison – on ne plaisante pas, comme trop souvent en France, avec ce type d’acte, même s’il est commis par un personnage puissant ».

Finalement, très peu de commentateurs (Jean-Michel Apathie sur RTL ou Michel Broué sur Médiapart ont été d’heureuses exceptions) ou d’hommes politiques ont évoqué le sort de la victime présumée. Et c’est une erreur car cela revient à faire deux poids deux mesures entre les deux protagonistes de cette sinistre affaire. Même si DSK est plus proche de nous, la gravité des faits pose problème. Attention à ne pas sombrer dans une complaisance malsaine, comme Michèle Sabban.

Vision française contre anglo-saxonne

Les médias anglo-saxons se régalent de ce scandale et en profitent très largement pour essayer de démontrer la supériorité de leur modèle sur le nôtre. Mais ils pratiquent volontiers l’amalgame pour arriver à une telle conclusion. En effet, c’est une chose de ne pas parler des aventures d’un homme politique, c’en serait une autre de couvrir des actes répréhensibles qu’il aurait commis. Il y a une différence de nature fondamentale que cette presse n’arrive pas à comprendre.

En outre, dans le cas de Dominique Strauss-Kahn, on ne peut pas vraiment dire que sa réputation de séducteur était couverte par une omerta médiatique. A partir de l’affaire avec une économiste hongroise du FMI, une bonne partie de ce que la France compte d’humoristes politiques ne se privait pas d’évoquer cet aspect de la personnalité de DSK, même s’il est vrai que très peu de journalistes le faisaient, à l’exception notable de Jean Quatremer de Libération.

La protection qui existe en France autour de la vie privée des hommes politiques n’est pas invalidée par cette affaire. Dans le cas de Dominique Strauss-Kahn, ce qui pourrait être en question serait une protection d’actes délictuels (l’affaire Tristane Banon) ou très limites (Aurélie Filippetti, élue socialiste qui aurait déclaré ne pas vouloir être seule dans une salle fermée avec lui). Couvrir des comportements répétés répréhensibles par la loi poserait un problème.

Bien sûr, Dominique Strauss-Kahn n’a jamais été condamné et il faut respecter la présomption d’innocence. Mais il ne faut pas tomber dans une complaisance malsaine, ne pas oublier que la victime, si les faits étaient avérés, a traversé un calvaire ignoble.

11.05.2011

Quotas dans le football : beaucoup de bruit pour rien

Hier, la montagne de polémiques a accouché d’une souris : il n’y aura ni sanction, ni saisie de la justice au sujet des quotas de footballeurs binationaux. Cet épisode restera malheureusement comme un cas d’école de polémique stérile et trop souvent caricaturale.

Faut-il des quotas de binationaux ?

Par-delà l’aspect très contestable du fait de juger des personnes en fonction de discussions privées qui n’avaient absolument pas vocation à être rendues publiques, il faut revenir sur le cœur du débat : est-il légitime ou non d’instaurer des quotas de binationaux dans les centres de formation Français ? Devant l’ampleur du phénomène (près de 40% des jeunes formés actuellement pourraient choisir de défendre d’autres couleurs), la question mérite d’être posée.

En effet, Didier Drogba, un des meilleurs joueurs de la planète, a finalement choisi de ne pas défendre les couleurs du pays qui l’a en partie formé. N’est-il pas légitime que la France se pose alors la question de l’utilité de cette dépense ? En effet, il est tout de même gênant que des personnes formées gratuitement chez nous puissent finalement défendre d’autres pays. Une remarquable enquête du Monde montre qu’il ne s’agit pas d’un détail mais d’un phénomène important.

Bien sûr, les meilleurs choisissent en général l’équipe de France mais ce n’est pas toujours vrai. En outre, ces nombreux départs créent des manques pour la sélection nationale en réduisant le nombre de joueurs disponibles. Point important : le fait que les quotas concernent les binationaux contredit le procès en racisme. Enfin, que dire de l’image de mercenaires que cela donne une nouvelle fois des footballeurs, modèles incertains d’une époque incertaine ?

La mauvaise foi en action

Et cela démontre malheureusement la mauvaise foi de beaucoup de protagonistes de cette affaire. Médiapart l’a clairement été en parlant de « quotas de noirs et d’arabes ». J’ai beaucoup aimé quand Edwy Plenel quand il n’hésitait pas à révéler les parts d’ombre de François Mitterrand, ou même quand il a récemment démonté les estimations vaseuses des syndicats sur le nombre de manifestants opposés à la réforme des retraites l’automne dernier.

Malheureusement, ici, ses équipes et lui ne font pas honneur à leur métier en utilisant de tels amalgames. Cela est d’autant plus dommage qu’ils ont sans doute fait du mal à la cause qu’ils défendent en attaquant des personnes qui n’avaient pas à être attaquées. Ce faisant, au lieu de les combattre, ils pourraient bien contribuer à pousser les idées racistes en sous-entendant que Laurent Blanc le serait, en lui volant des propos tenus dans une réunion privée puis étalés hors contexte.

Mais il faut également adresser un carton rouge au PS, naturellement monté sur ses grands chevaux sur la question et au gouvernement. Chantal Jouanno a eu une attitude déplorable pendant toute cette affaire. David Desgouilles a réglé son sort de bien jolie manière sur son blog en soulignant les contradictions majeures de son discours. Elle n’a fait que surfer sur l’événement, en veillant à ne pas heurter certains médias dont la bien-pensance a étouffé la raison.

Certains médias (RTL, TF1…) ont conservé un traitement assez neutre quand certains sont tombés dans un procès caricatural et malhonnête. Heureusement, malgré le battage médiatique absolument insensé autour de cette polémique, les Français semblent avoir gardé la tête froide, comme le montre ce sondage indiquant que seulement 7% des Français souhaitaient la démission de Laurent Blanc. Et Zinedine Zidane a montré beaucoup de bon sens ce week-end.

En fait, l’hystérie qui a parfois accompagné ce débat semble s’être nourrie des questions que se pose notre pays sur son vivre ensemble. Et il faut dire le a bien compliqué les choses, entre un hypocrite et mal conçu débat sur l’identité nationale, ses multiples dérapages et les ratés de Chantal Jouanno.

03.05.2011

Le mauvais procès fait à Laurent Blanc

C’est peu de dire que les révélations du site Médiapart ont créé un emballement médiatique assez incroyable aboutissant à la suspension d’un dirigeant de la FFF et aux excuses du sélectionneur national. Mais cette polémique a été l’occasion de nombreux abus.

Les deux questions posées par la FFF

Lors de cette réunion de novembre 2010, deux questions semblent avoir attiré l’attention des dirigeants du football Français. La première est celle des binationaux formés par la FFF qui choisissent de défendre d’autre pays comme Didier Drogba ou Ludovic Obraniak. Pour le coup, il semble parfaitement légitime que la FFF se pose des questions sur les moyens de limiter le nombre de joueurs formés en France qui peuvent aller jouer à l’étranger et donc des quotas ou toute autre mesure.

La deuxième question qui semble avoir fait l’objet d’un débat est celle du profil physique des joueurs sélectionnés. Il semblerait que les critères actuels favorisent les jeunes les plus athlétiques, au contraire d’une filière espagnole, qui valorise la technique et l’agilité, avec le succès que l’on sait. Certains dirigeants auraient évoqué le fait que les premiers critères favorisaient les joueurs noirs.

Un traitement médiatique très différencié

Cette affaire constitue un cas d’école dans le traitement de l’information. Certains, comme le Monde ou Libération, ont évoqué des quotas raciaux, mélangeant les deux discussions pour dénoncer le racisme supposé des dirigeants du football Français. En revanche, TF1, dimanche soir, a évoqué la problématique des binationaux de manière équilibrée, rappelant ceux qui avaient choisi la France (Trézéguet) et ceux qui avaient choisi un autre pays (Drogba, …).

Pour le coup, il est profondément malhonnête de la part de certains journalistes de mélanger les deux discussions pour parler de quotas ethniques alors que la discussion sur les quotas ne concernait que les binationaux. En outre, les extraits (partiels) des conversations démontent les gros titres faits par Médiapart, comme le note RTL. Il est difficile de ne pas y voir une volonté de créer un bon gros scandale pour faire du bruit, comme le soutient justement Romain Pigenel.

Il est atterrant de voir la réaction de Chantal Jouanno qui parle de « propos graves » et soutient qu’il y aurait d’autres solutions pour régler le problème des binationaux tout en parlant de manière totalement contradictoire « d’exporter notre savoir-faire ». Pour elle, il n’est sans doute pas grave que la France paie en partie la formation de joueurs qui vont briller dans d’autres sélections et que cela limite également le nombre de joueurs formés pour notre sélection nationale… Martine Aubry a cédé bien facilement à la polémique en jugeant « inacceptable, terrifiant et imbécile » la question des quotas. Rien que cela !

Beaucoup trop de bruit pour rien

En fait, dans les extraits rapportés par Médiapart, Laurent Blanc précise bien qu’il n’y a aucune connotation raciste dans ses propos mais qu’il trouve anormal que la France forme des joueurs qui jouent après pour d’autres pays, ce qui semble être du simple bon sens. Il semble franchement abusif de lui faire un procès en racisme, comme le souligne David Desgouilles.

Enfin, il faut rappeler qu’il s’agissait d’une discussion privée, qui n’avait pas lieu d’être révélée ainsi au grand public. Si certains propos ont été maladroits et ont pu heurter certaines personnes, il faut rappeler qu’ils n’étaient pas tenus en public, mais dans le cadre d’une réunion de travail, ce qui est forcément l’occasion de simplifications et de propos un peu moins policés que devant les médias.

Bref, cette polémique est tout à fait ridicule. Les antiracistes peu précautionneux ont contribué à affaiblir leur cause en montant sur leurs grands chevaux pour des propos qui ne méritaient pas tout le foin qui a été fait. Oui, il faut lutter contre le racisme. Mais, si certaines de ces discussions privées (et qui n’avaient donc pas à être étalées de la sorte) peuvent sembler maladroites prises hors de leur contexte, elles ne sont pas condamnables.

Et face au déluge de réactions aberrantes de la part du Parti Socialiste comme du gouvernement, il faut remercier Nicolas Dupont-Aignan, le seul homme politique à avoir justement apporté son soutien à Laurent Blanc, en dépit de la vendetta irrationnelle d’une partie des médias.

24.10.2010

Réforme des retraites : UMP – PS, zéro partout

Le Sénat a voté vendredi la réforme des retraites. Il semblerait que la réforme ait de grandes chances de passer, même si les manifestations et blocages actuels incitent à la prudence. Une immense occasion perdue de véritablement réformer notre système et d’en débattre ouvertement.

Une opposition malhonnête

Le débat sur la réforme des retraites est pitoyable. Sans cesse, les syndicats et le parti socialiste ont menti ou présenté les choses de manière injuste. On peut commencer par le comptage totalement farfelu du nombre de manifestants : Canal Plus et Médiapart ont montré que même les estimations officielles sont légèrement optimistes. Il n’y a jamais eu beaucoup plus d’un million de manifestants, ce qui ne retire pas tant que cela à la force de la mobilisation.

Le PS a aussi démontré sa mauvaise foi en se lamentant sur le sort des carrières longues ou difficiles. Alors qu’il n’a rien fait pour ces personnes pendant les quinze années où il a été au pouvoir, comment peut-il critiquer un gouvernement qui prend des mesures pour compenser ceux qui ont eu des carrières pénibles ou précoces ? Et comment ne pas constater les contradictions d’un parti qui accepte l’allongement de la durée de cotisation mais pas le report de l’âge de la retraite ?

Une fausse réforme

Mais le gouvernement n’est pas en reste. Il est risible de voir les ministres défendre cette réforme en affirmant sans rire qu’elle sauve littéralement le système de retraite par répartition ou de voir Benjamin Lancar interpeller sérieusement les jeunes en disant que cette réformette assure leur retraite future. Dans la réalité, les déficits devraient perdurer jusqu’en 2017 et continuer après 2019, le tout avec des hypothèses de taux de croissance et de taux de chômage irréalistes.

Bref, cette réforme n’est qu’une réformette qui ne résout rien et qui imposera d’autres réformes dans les années à venir. Elle n’est qu’un symbole destiné à rassurer les marchés et une posture politicienne dont Nicolas Sarkozy espérait tirer parti sur la foi des sondages du printemps où les Français semblaient accepter le report du départ de l’âge de la retraite. Le seul objet de la réforme était de souder l’électorat de droite et d’affaiblir la gauche, mais le piège s’est refermé sur son initiateur.

Cette réforme de retraite restera dans les annales de la Cinquième République comme un épisode où les Français auront pu assister à une course de vitesse de mauvaise foi entre la majorité et l’opposition. D’où le rejet du système qui s’exprime dans les manifestations.

16.10.2010

Retraites : une mauvaise opposition pour une mauvaise réforme

Aujourd’hui a lieu une nouvelle manifestation contre la réforme des retraites du gouvernement. Ce qui est spectaculaire, c’est de voir la quantité de malhonnêtetés intellectuelles véhiculées par l’ensemble des protagonistes : gouvernement, parti socialiste et syndicats.

Du comptage du nombre de manifestants

Ce qui devait arriver est arrivé. Quelques médias ont décidé de s’atteler à un décompte du nombre de manifestants pour essayer de comprendre quel est le véritable nombre de manifestants. Y-avait-il 3,5 ou 1,2 millions de manifestants mardi ? Les conclusions de France-Soir, de Canal Plus et Médiapart sont unanimes : ce sont les chiffres de la police qu’il faut prendre en compte. Et encore, la réalité se situerait même légèrement en-dessous des chiffres officiels !

En effet, France Soir a fait appel à une société spécialisée dans le domaine pour estimer le nombre de manifestants à Paris. Le résultat est sans appel : entre soixante-treize et quatre-vingt mille manifestants, (quatre vingt dix pour la police et trois cents trente mille pour les organisateurs). Et malheureusement pour les syndicats, des médias plutôt favorables au mouvement confirment cette évaluation comme Canal Plus ou Médiapart, ainsi que le rapporte le Parisien.

Je vous invite à visionner le Petit Journal de Canal Plus, qui démonte totalement l’évaluation des syndicats à Marseille (deux cent trente mille manifestants contre vingt-quatre mille selon la police). Par delà la démonstration de la malhonnêteté patente de leur comptage, l’émission de Canal Plus rapporte une évaluation scientifique autour de dix-huit mille personnes… Bref, pour évaluer le nombre de manifestants, il semble que seuls les chiffres de la police aient de la valeur.

Une opposition malhonnête

Cette malhonnêteté crasse des syndicats est absurde. Réunir plus d’un million de personnes est une sacrée performance et montre le malaise et l’opposition de beaucoup de Français. Pourquoi mentir sciemment en utilisant les mêmes technique que Nicolas Sarkozy quand ses soutiens annonçaient que cent mille personnes assistaient à son meeting Porte de Versailles alors qu’il y en avait trente mille au plus ? Ces mensonges finissent par ôter toute crédibilité.

Mais le PS n’est pas en reste dans les mensonges. Il faut voir ses chefs se lamenter sur le sort des carrières longues que le gouvernement ignorerait. Ils font mine d’oublier que jusqu’à récemment une personne qui avait commencé à travailler à seize ans devait travailler 44 ans pour toucher une retraite pleine et que c’est sous la présidence Chirac qu’un dispositif a été adopté pour leur permettre de partir à la retraite plus tôt et que le projet actuel améliore et pérennise le dispositif.

Bref, il est dommage que la médiocrité de l’opposition rejoigne celle d’un gouvernement qui fait cette réforme pour un effet d’affichage uniquement puisqu’elle ne résout rien à moyen terme et ne permet absolument pas un financement stable et solide du régime par répartition dans les décennies à venir. Il est risible de voir le gouvernement parler de « sauvetage des retraites » alors  que notre système va continuer à cumuler les déficits et qu’il faudra forcément une nouvelle réforme.

Si cette réforme devait passer, il en resterait un goût amer : un gouvernement qui ignore les injustices de sa réforme, une opposition qui semble se mobiliser à moitié et qui recourt trop souvent à des mensonges. Bref, la France et les Français auraient mérité un meilleur débat et une meilleure réforme.

11.07.2010

Les soupçons de l’affaire Woerth

La ligne de défense offensive du gouvernement a permis de dresser un rideau de fumée et déplacer le débat sur le complot dont le ministre porteur de la réforme des retraites serait la victime. Mais, jour après jour, les révélations alourdissent un dossier qui devient de plus en plus corsé.

Le soupçon de financement illégal

Jusqu’à présent, j’ai adopté un ton relativement clément à l’égard du ministre et du président car il faut respecter la présomption d’innocence. Néanmoins, face à un gouvernement qui claironne que l’affaire est finie du simple fait des polémiques sur les déclarations de l’ancienne comptable de Liliane Bettencourt et qui fait un procès en fascisme au site Médiapart d’Edwy Plenel, il est sans doute utile de revenir sur les graves soupçons qui pèsent sur l’équipe actuelle au pouvoir.

Le premier soupçon est le financement illégal de campagne électorale. Si deux témoignages remettent partiellement en cause les dires de Claire Thibout, une ancienne secrétaire de Monsieur Bettencourt confirme ses révélations. En outre, une révélation de Marianne montre que 188 000 euros auraient été retiré en liquide sur les quatre premiers mois de 2007, contre seulement 50 000 un an auparavant, potentiellement pour financer la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy.

Le soupçon de contrepartie fiscale

L’autre soupçon qui apparaît est celui d’un traitement fiscal de faveur à l’égard de la riche donatrice de l’UMP. En effet, Marianne a fait une analyse des déclarations fiscales de Liliane Bettencourt. Plusieurs éléments apparaissent troublants. Par-delà les 400 millions qui auraient été versés au fisc depuis dix ans, l’hebdomadaire révèle qu’alors qu’elle devrait toucher 250 millions de dividendes de L’Oréal, ce ne sont sans doute que 28 millions qui figurent sur sa déclaration fiscale.

En outre, la femme la plus riche de France a admis certaines évasions fiscales, avec l’oubli d’une île aux Seychelles et de comptes en Suisse. Pourtant, le fisc ne semble pas s’intéresser à cette contribuable hors du commun, qui a bénéficié d’un chèque de 30 millions d’euros au titre du bouclier fiscal. C’est là que la position d’Eric Woerth, trésorier de l’UMP, ministre du budget avec sa femme comme conseillère fiscale de Madame Bettencourt devient particulièrement malsaine.

Un détournement du débat

Bien sûr, il n’y a pour l’instant aucune preuve de malversations mais suffisamment de faits et de déclarations pour justifier l’ouverture d’une enquête. Il est piquant de constater que la procédure choisie permet au juge Courroye de conserver la main sur le dossier, sachant ses liens avec le président et l’affaire de l’appartement de Neuilly, qu’il a enterrée. Pendant ce temps, l’UMP monte au créneau dénonçant les méthodes fascistes de la presse en général et du site Médiapart en particulier.

Pourtant, aujourd’hui, la presse se contente majoritairement de raconter les faits, à quelques demandes intempestives de dissolution ou démission prêt. Au mieux, c’est l’UMP qui s’est mise dans un tel pétrin en autorisant un tel cumul de fonctions qui entraîne un gros conflit d’intérêt. Les accusations contre Edwy Plenel sont d’autant plus abusives que l’ancien directeur adjoint du Monde a joué un grand rôle dans les années 90 dans la révélation de scandales mettant en cause le PS, qui se fait discret.

Voilà une partie des faits. Les accusations sont graves. Il n’existe pas pour l’instant de preuves de malversations. A ce titre, il convient de respecter la présomption d’innocence. Grosso modo, la presse le fait bien. Quand Eric Woerth vat-il enfin quitter la trésorerie de l’UMP ?

09.07.2010

Affaire Woerth : la défense intenable du gouvernement

Bien sûr, il n’y a aucune preuve formelle de culpabilité du ministre du travail - trésorier de l’UMP et il faut respecter la présomption d’innocence. Mais le moins que l’on puisse dire est que Nicolas Sarkozy et sa majorité ont une défense extrêmement maladroite.

La meilleure défense n’est pas forcément l’attaque

Il faut croire que l’adage célèbre préside la ligne de défense du gouvernement. Aucune remise en question du cumul pourtant anormal d’Eric Woerth et attaque tous azimuts contre les journalistes et l’opposition, accusée de pratiques fascistes, de faire le jeu de l’extrême droite ou renvoyée à leurs propres affaires. Bref, plutôt que de répondre sur le fond du dossier, la majorité a souvent recours à des attaques massives et souvent outrancières contre leurs détracteurs.

Pourtant, une autre ligne aurait sans doute permis de calmer la polémique. Eric Woerth aurait du démissionner depuis longtemps de sa responsabilité de trésorier de l’UMP. Cela ne revenait pas forcément à admettre des dérapages, mais l’UMP aurait pu expliquer que ce cumul créait un trouble et qu’il était plus prudent d’y renoncer. De même, Nicolas Sarkozy, que l’on a connu plus réactif, tarde à intervenir pour parler aux Français, laissant pour l’instant son ministre en première ligne.

Hier, à l’occasion du nouveau témoignage de l’ancienne comptable de Liliane Bettencourt, nous avons eu droit à un nouveau festival de la majorité, totalement déchaînée contre le site d’Edwy Plenel, accusé de fascisme, Eric Raoult évoquant Cuba et Nadine Morano une opération commerciale. La tactique est relativement habile, la force des mots employés leur permettant d’occuper en partie les unes des journaux à la place des faits. Mais on nous avait fait le coup pour Jean Sarkozy…

L’échec du sarkozysme

Par delà les soupçons légitimes sur ces affaires, il est impressionnant de voir à quel point ces affaires font du mal au président, en chute libre dans les sondages et désormais à seulement 26% de cote de confiance selon le Figaro Magazine. Plusieurs choses expliquent cela. Tout d’abord, cela présente les liens que le président a toujours affichés avec les puissances de l’argent (Fouquet’s, yacht Bolloré, paquet fiscal) sous un nouveau jour guère reluisant.

Mais cela pose également de la communication sarkozyste. Après avoir multiplié les annonces pour faire l’actualité, au bout de trois ans, le gouvernement se trouve un peu dépourvu aujourd’hui, à part le débat sur les retraites, qui dure depuis plusieurs semaines et celui sur la burqa, qui s’est inutilement étalé sur un an. Il est assez logique finalement que les médias se focalisent sur les affaires : le gouvernement n’a rien de nouveau à dire depuis quelques temps…

Du coup, Nicolas Sarkozy se drape dans une distance toute chiraquienne et refuse d’intervenir. Mais cela ressemble à de l’évitement, si ce n’est à un manque de courage… Le Sarkozy que certains ont apprécié aurait au moins affronté le problème au lieu de se terrer comme il le fait aujourd’hui. En revanche, malgré tout, tant qu’il n’y a pas de preuves, je persiste à croire qu’il n’y a pas lieu de demander sa démission ni même une dissolution.

On ne peut que constater la gestion désastreuse de cette affaire par la majorité dont l’agressivité n’arrange rien. Je vous invite à écouter Nicolas Dupont-Aignan, dont la position est très juste entre dénonciation des conflits d’intérêt et demande de démission du poste de trésorier de l’UMP.