21.02.2009

OTAN : la trahison gaulliste de Nicolas Sarkozy

De temps à autre, Nicolas Sarkozy nous parle de son admiration pour le Général de Gaulle et va à Colombey pour honorer le Français le plus illustre. Mais en décidant de revenir sur la décision du Général de se retirer du commandement militaire de l’OTAN, il commet une nouvelle trahison.

À quoi sert l’OTAN aujourd’hui ?

Dans une allocution télévisée de 1967, le Général de Gaulle soutenait qu’« en se retirant de l’OTAN, la France, pour sa part, s’est dégagée d’une telle sujétion ». Dans les Mémoires d’espoir, il raconte un dialogue avec le président Eisenhower, qui souhaitait que la bombe atomique Française soit placée sous contrôle Américain au sein de l’OTAN : « Nous voulons tenir dans notre main notre destin. (…) Bien que fidèle à notre  alliance, je n’admets pas, pour la France, l’intégration dans l’OTAN ».

En pleine guerre froide, malgré les chars du Pacte de Varsovie, le Général de Gaulle avait estimé qu’il n’était pas la vocation de la France de rester dans une organisation militaire où elle était subordonnée à un autre Etat, que l’indépendance nationale n’était pas négociable. Il avait donc quitté le commandement militaire de l’OTAN en 1966. Plus de quarante ans après, on peut se demander quelle est l’utilité d’une telle organisation, qui n’aurait pas dû survivre au Pacte de Varsovie.

Le monde du 21ème siècle, celui qui a vu la « Russie de toujours » digérer le communisme, impose une nouvelle organisation des relations internationales. Et je ne vois pas pourquoi les pays européens devraient rester sous la coupe des Etats-Unis dans une organisation conçue contre l’Union Soviétique. Si l’Alliance Atlantique a encore un sens, comme une alliance entre les Etats-Unis et les pays européens, l’OTAN, organisation de la guerre froide, aurait dû disparaître dans les années 90.

Le fossoyeur et le défenseur du gaullisme

Nicolas Sarkozy a décidé de faire réintégrer à la France le commandement militaire de l’OTAN, décision qui devrait être effective début avril. Cette rupture avec la position gaulliste est, comme le souligne très justement Nicolas Dupont-Aignan, dans une tribune dans Le Monde d’hier, une position plus idéologique que technique. Aucun des arguments avancés par le gouvernement ne tient la route. Les circonstances plaident plus pour une disparition de l’OTAN que son élargissement.

Il est également douteux que ce retour nous permette d’influencer quoique ce soit dans une organisation qui a 60 ans et où les Américains n’ont pas vraiment envie de partager un pouvoir qu’ils exercent sans partage depuis sa création. Enfin, vouloir en faire un outil pour créer la défense européenne pose le débat qu’avait si bien expliqué le Général de Gaulle entre une « Europe Américaine » et une « Europe Européenne ». Comment ne pas voir que Nicolas Sarkozy se dirige aveuglément vers la première solution ?

Cette nouvelle rupture avec le gaullisme fera peut-être ouvrir les yeux de certains qui pensent encore que Nicolas Sarkozy serait un lointain descendant du Général. En réalité, il est un fossoyeur de sa pensée. Heureusement, un autre Nicolas a pris le flambeau. Merci.

Source : http://www.lemonde.fr/opinions/article/2009/02/20/non-a-l..., « Le dictionnaire du gaullisme » Guy Sabatier et Philippe Ragueneau