27.12.2008

Ils sont en train de sauver le système sans le changer !

La crise financière de 2008 restera dans les annales de l’histoire économique. En revanche, contrairement à celle de 1929, qui avait provoqué une réflexion de fond sur les processus économiques, il est fort possible que celle-ci se conclue (à court terme) par une absence totale de réforme du système.

La cavalerie, à l’échelle de l’économie mondiale

La gigantesque escroquerie de Bernard Madoff, qui payait des intérêts exorbitants en utilisant les versements en capital de ses investisseurs est un cercle vicieux qui revient à utiliser un argent que l’on a pas vraiment : on l’appelle cavalerie. Malheureusement, on peut se demander s’il n’y a pas une analogie avec ce qui se passe aujourd’hui dans le monde. Alors que les dirigeants expliquaient encore il y a six mois qu’il n’y avait pas d’argent pour financer tel ou tel projet, ils déversent aujourd’hui des milliards comme si les billets poussaient désormais sur des arbres.

Les gouvernements européens ont ainsi mis en place une garantie bancaire de plus de 1000 milliards d’euros. Ils ont également dépensé des dizaines de milliards pour recapitaliser de nombreux établissements. Et un plan de relance de plus de 100 milliards a déjà été mis en place. Aux Etats-Unis, après les 700 milliards du plan Paulson et les 100 milliards du plan de relance de Georges Bush, on parle de 500 à 1000 milliards pour un plan Obama. Mais ce sont les banques centrales qui sont les plus actives : 2000 milliards d’actifs rachetés par la Fed, environ 1000 milliards pour la BCE et une baisse des taux.

La relance de l’endettement, la solution de facilité

Alors que la crise actuelle est une crise issue d’un excès d’endettement, partout dans le monde, les autorités cherchent à soutenir le crédit et cherchent à relancer l’activité par l’endettement. C’est exactement ce que le monde a fait après l’explosion de la bulle Internet, et qui nous a conduit à une crise encore plus violente aujourd’hui. Et comme la situation est plus grave, les moyens utilisés sont encore plus grands. Mais le parallèle avec la précédente crise économique est inquiétant. Ne sommes-nous pas en train de préparer la prochaine crise économique ? Les Etats ne seront-ils pas trop affaiblis pour l’affronter ?

Il est vrai cependant qu’il peut sembler moins dangereux de soutenir la finance en baissant les taux, recapitalisant les banques et en rachetant leurs actifs pourris. Cela permet d’amortir la réduction temporaire de l’effet de levier (réduction des actifs par rapport au capital) car cette réduction de l’effet de levier a un puissant effet dépressif sur l’activité. Bref, il semble moins dangereux de limiter le dégonflement de la bulle financière pour protéger l’économie réelle des conséquences peut-être difficilement maîtrisables d’un dégonflement plus brutal, fût-ce au prix d’un endettement massif.

Une autre voie était-elle possible ?

Mais cette voie n’est pas sans danger, pour deux raisons. Tout d’abord, elle laisse les institutions publiques lourdement endettées. Que se passera-t-il si les banques centrales ne peuvent pas nettoyer leur bilan avant la prochaine crise ? Les Etats ne sont-ils pas en train d’hypothéquer leur capacité financière pour les années à venir, dans une forme d’asservissement de la collectivité au monde de la finance ? En fait, il apparaît clairement que le système financier néolibéral n’est pas sur le point d’être changé, mais qu’il est simplement sauvé par une injection d’argent public.

Pourtant, une autre voie était sans doute possible. Pour être honnête, ce chemin était sans doute plus difficile car différent de ce qui avait été fait avant. Cette voie aurait consisté à accélérer la baisse de l’effet de levier au lieu de l’amortir (hausse des ratios prudentiels, taxation et encadrement des mouvements de capitaux, limitation des pratiques spéculatives, sans doute nationalisation partielle des banques…) de manière à dégonfler radicalement la bulle financière et limiter sa capacité de nuisance sur l’économie réelle. Pour compenser l’effet dépressif d’une telle décision, il aurait fallu inverser les sommes investies et donner la priorité à l’économie réelle sur la finance.

Bien sûr, un tel choix représente en partie un saut dans l’inconnu. Mais aujourd’hui, nous ne faisons que répliquer en plus fort les choix de 2001 et nous savons ce à quoi ils nous ont mené sept ans après. Il ne faut pas sauver le système, il faut le changer, tout en protégeant les citoyens des conséquences.