24.10.2010
Réforme des retraites : UMP – PS, zéro partout
Le Sénat a voté vendredi la réforme des retraites. Il semblerait que la réforme ait de grandes chances de passer, même si les manifestations et blocages actuels incitent à la prudence. Une immense occasion perdue de véritablement réformer notre système et d’en débattre ouvertement.
Une opposition malhonnête
Le débat sur la réforme des retraites est pitoyable. Sans cesse, les syndicats et le parti socialiste ont menti ou présenté les choses de manière injuste. On peut commencer par le comptage totalement farfelu du nombre de manifestants : Canal Plus et Médiapart ont montré que même les estimations officielles sont légèrement optimistes. Il n’y a jamais eu beaucoup plus d’un million de manifestants, ce qui ne retire pas tant que cela à la force de la mobilisation.
Le PS a aussi démontré sa mauvaise foi en se lamentant sur le sort des carrières longues ou difficiles. Alors qu’il n’a rien fait pour ces personnes pendant les quinze années où il a été au pouvoir, comment peut-il critiquer un gouvernement qui prend des mesures pour compenser ceux qui ont eu des carrières pénibles ou précoces ? Et comment ne pas constater les contradictions d’un parti qui accepte l’allongement de la durée de cotisation mais pas le report de l’âge de la retraite ?
Une fausse réforme
Mais le gouvernement n’est pas en reste. Il est risible de voir les ministres défendre cette réforme en affirmant sans rire qu’elle sauve littéralement le système de retraite par répartition ou de voir Benjamin Lancar interpeller sérieusement les jeunes en disant que cette réformette assure leur retraite future. Dans la réalité, les déficits devraient perdurer jusqu’en 2017 et continuer après 2019, le tout avec des hypothèses de taux de croissance et de taux de chômage irréalistes.
Bref, cette réforme n’est qu’une réformette qui ne résout rien et qui imposera d’autres réformes dans les années à venir. Elle n’est qu’un symbole destiné à rassurer les marchés et une posture politicienne dont Nicolas Sarkozy espérait tirer parti sur la foi des sondages du printemps où les Français semblaient accepter le report du départ de l’âge de la retraite. Le seul objet de la réforme était de souder l’électorat de droite et d’affaiblir la gauche, mais le piège s’est refermé sur son initiateur.
Cette réforme de retraite restera dans les annales de la Cinquième République comme un épisode où les Français auront pu assister à une course de vitesse de mauvaise foi entre la majorité et l’opposition. D’où le rejet du système qui s’exprime dans les manifestations.
10:55 Publié dans Actualités, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note | Tags : réforme des retraites, nicolas sarkozy, manifestations, nombre de manifestants, canal plus, médiapart
13.10.2010
La réforme des retraites ou l’échec de Nicolas Sarkozy
Hier, les Français se sont mobilisés en masse pour manifester contre la réforme des retraites du gouvernement. Cette vaste mobilisation est-elle un chant du cygne avant la victoire du gouvernement ou un prélude à un conflit dur où le président serait contraint de reculer ?
Une posture politique
Il faut le répéter : cette réforme est davantage un geste politique destiné à ranimer le clivage gauche-droite et tenter de mobiliser son électorat qu’une véritable réforme de fond destinée à équilibrer les comptes des retraites. Pour preuve, les comptes resteront déficitaires jusqu’en 2017 et ne le seront pas plus à partir de 2019. Seule l’année 2018 le serait, et encore, au prix d’hypothèses de croissance et de niveau de chômage qui apparaissent totalement irréalistes.
Nous sommes à mille lieues de la réforme de structure. Nicolas Sarkozy veut seulement montrer qu’il a du courage à son électorat et provoquer une querelle où il devait être soutenu par l’électorat de droite. Cette posture apparemment habile devait lui permettre de se replacer au cœur du débat politique et d’attaquer le manque de propositions alternatives du Parti Socialiste. Mais le beau scénario écrit par les communicants de l’Elysée a du plomb dans l’aile.
Une confrontation dangereuse
Le président a voulu l’affrontement en pensant rééditer le coup de la réforme des régimes spéciaux. Mais aujourd’hui, les sondages semblent indiquer qu’il ne gagne sur aucun front. La droite a pris conscience du manque de radicalité de la réforme. La gauche peut s’appuyer sur ses aspects injustes pour la dénoncer. En privilégiant la posture au fond (lire sur ce sujet le constat et les propositions de Debout la République), le président se met dans une position difficile.
En effet, il lui est totalement impossible de retirer son projet, sous peine de se démonétiser à droite, sans pouvoir espérer le moindre gain à gauche. Même en cas de conflit dur, l’option du retrait n’en semble pas une. Cela amène à se demander ce qui pourrait bien se passer si la mobilisation continuait à se renforcer et qu’un blocage du pays commençait. Bref, Nicolas Sarkozy semble pris dans le piège qu’il avait tendu à la gauche, ne contentant personne et ne résolvant rien…
La remobilisation d’hier et les sondages dessinent un scénario dangereux pour le président. Il semble avoir déjà perdu la bataille de l’opinion et les options qui lui restent semblent devoir revenir à un choix entre la peste et le choléra.
10:55 Publié dans Actualités, Dupont-Aignan, Economie | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : nicolas sarkozy, réforme des retraites, manifestations, debout la république
23.05.2008
De la réforme des retraites et du principe de réalité
Je n’aime pas évoquer le principe de réalité à propos de politique car je crois qu’il y a toujours plusieurs choix, qui dépendent d’options philosophiques différentes. Néanmoins, pour une fois, sur les retraites, je suis plutôt du côté du gouvernement que des manifestants.
Dans les manifestations d’hier, on entendait des revendications paradoxales « pour le maintien des quarante ans de cotisations et une revalorisation des petites retraites », le tout sachant que les Français gagnent près d’un trimestre d’espérance de vie tous les ans ! Pour le coup, le gouvernement a raison quand il dit qu’il n’y a pas une infinité de solutions : soit on réduit le niveau des retraites, soit on augmente les cotisations de manière très importante, soit on allonge la durée de cotisation. Bien sûr, il y a d’autres ajustements possibles, mais le choix général doit se porter sur une de ces trois solutions. Et pour le coup, je crois que l’option choisie par le gouvernement est sans doute la plus appropriée étant donné le niveau trop faible des pensions et celui déjà très élevé des cotisations.
Mais si je suis d’accord avec l’option générale choisie par le gouvernement, son action n’est pas exempte de toute critique. Tout d’abord, il est dommage de ne pas avoir mis en place des charges sociales sur les stocks options comme la Cour des Comptes de Philippe Séguin l’avait suggéré il y a quelques mois. Alors que le régime général affiche un déficit d’une dizaine de milliards d’euros, les trois à quatre milliards qui auraient pu être collecté de la sorte auraient grandement contribué au rétablissement de l’équilibre des comptes de la branche retraite de la Sécurité Sociale. Ensuite, le gouvernement n’a pas vraiment donné suite à un certain nombre d’annonces de Nicolas Sarkozy puisque le dossier de la prise en compte de la pénibilité du travail ne semble pas avoir avancé.
À ce sujet, il faut noter le très intéressant dossier de Libération sur les retraites que vous trouverez en lien. Alors que le parti socialiste peine à formuler la moindre proposition alternative, le quotidien propose plusieurs solutions intéressantes. Tout d’abord, il plaide pour le transfert d’une partie des cotisations chômage puisque l’Unedic est aujourd’hui largement bénéficiaire. Il soutient également la prise en compte de la pénibilité de certains métiers, en reconnaissant que cela nécessitera un financement additionnel… En revanche, la proposition du Medef de repousser à 63 ans et demi l’âge de départ à la retraite peut paraître surprenante maintenant que nous sommes passés à un système basé sur la durée de cotisation, qui semble plus juste pour prendre en compte l’âge auquel on commence à travailler.
Si la politique du gouvernement à l’égard des retraites reste perfectible, elle prend sans doute la meilleure direction possible pour l’intérêt commun. C’est pourquoi j’espère que la fermeté affichée jusqu’à présent résistera aux manifestations.
Source : http://www.liberation.fr/actualite/economie_terre/327580.FR.php
11:04 Publié dans Actualités, Economie, Société | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : retraites, manifestations



