01.02.2011
L’alliance des marchés et de l’Union Européenne
Beaucoup, notamment à gauche, voient dans l’Europe le moyen de dompter les marchés et pour cette raison, ils sont partisans de « plus d’Europe » ou d’une Europe sociale. Ils n’ont pas compris que cette Europe n’a jamais servi que les intérêts du marché et qu’elle ne fera jamais rien d’autre.
Naïveté et réalité
Il est tout de même assez incroyable de pouvoir encore croire que cette Union Européenne pourrait être un moyen de domestiquer les marchés alors que depuis 25 ans au moins, elle démontre systématiquement le contraire. Juste en raisonnant par l’absurde, on serait bien incapable de citer aujourd’hui un seul exemple concret de protection. Les plans d’austérité européens démontrent bien aujourd’hui que cette Europe ne nous protège ni de la crise ni de la spéculation.
Aujourd’hui, l’Europe protège les créanciers (refusant la moindre restructuration des dettes souveraines contrairement aux idées avancées par l’Allemagne ou The Economist, qui ne sont pas des farfelus). Elle impose des cures d’austérité violentes aux peuples pour qu’ils honorent rubis sur ongle les créances d’un système financier que la collectivité vient pourtant tout juste de sauver de ses excès il y a un peu plus de deux ans, sauvetage en partie responsable du niveau des dettes.
Une alliance durable
Les évènements récents ont sans doute ouvert les yeux de beaucoup qui ont compris que cette Europe ne défend jamais les peuples mais les asservis à une finance dont elle n’a rien fait pour corriger les excès. Car le problème est plus profond. Il est structurel. Il est dans les gènes (fondamentalement néolibéraux) de cette Europe, éclaboussant tous les traités, qui sanctifient la « concurrence libre et non faussée ». Cette Europe est fondamentalement au service des marchés.
C’est elle qui cherche à permettre un nivellement social et salarial par le bas avec la directive Bolkenstein. C’est elle qui cherche à tout prix à imposer les OGM à des peuples qui n’en veulent pas, ou qui promeut l’utilisation de farines animales. C’est elle qui impose l’ouverture des marchés sans réciprocité, laissant rentrer les voitures japonaises et coréennes alors que le Japon et la Corée restent fermés aux automobiles européennes. C’est elle qui impose la libéralisation des mouvements de capitaux qui profitent aux plus riches, aux multinationales et aux mafieux.
C’est cette Europe qui a imposé une privatisation complète de la création monétaire au service de la finance, qui peut emprunter à 1% à la Banque Centrale Européenne et prêter ensuite à 3 ou 7% aux Etats, tout en refourguant à cette même BCE leurs créances les plus douteuses. C’est cette Europe qui a imposé le dogme d’un euro cher qui ne profite qu’à une minorité et qui a amplifié le mouvement de délocalisations des emplois, envoyant des millions de travailleurs au chômage.
Tout casser pour toute recommencer
C’est pourquoi il est totalement hallucinant de voir le Parti Communiste défendre l’euro, l’outil de l’asservissement des peuples et des travailleurs européens au grand capital, pour reprendre leur jargon. Bien sûr, l’idée européenne est belle et elle porte en elle de belles promesses, la possibilité de construire des projets utiles pour l’ensemble des pays européens. Mais comment ne pas voir que cette Europe là ne se fera pas dans le cadre actuel ?
Il n’y a pas trente-six solutions aujourd’hui. Le cadre des traités actuels est tellement néolibéral qu’il faut le balayer entièrement pour reconstruire une organisation européenne au service des peuples qui la composent. Vouloir modifier les traités existants pour les orienter dans un sens plus conforme à l’intérêt général est illusoire car les modifications se feraient à partir d’une base de textes dont l’orientation est fondamentalement mauvaise, antisociale et dogmatiquement néolibérale.
Cette Europe n’est pas un moyen de nous protéger des marchés. Au contraire, c’est le moyen s’asservir les peuples aux marchés. D’ailleurs, c’est bien pourquoi les marchés souhaitent le renforcement de ses pouvoirs puisque cela lierait les peuples plus fermement encore.
10:55 Publié dans Actualités, Europe | Lien permanent | Commentaires (30) | Envoyer cette note | Tags : europe, marchés, ogm, bce, euro
13.06.2010
Les marchés imposent l’austérité à la France
Il y a encore quelques semaines, le gouvernement s’était contraint à un exercice oratoire hautement ridicule en refusant de prononcer le mot « rigueur ». Mais aujourd’hui, le masque tombe, face à la pression des marchés, c’est même plutôt l’austérité qui s’impose.
Pression sur Bercy
C’était prévisible. Après les annonces de la Grèce, du Portugal, de l’Espagne, de l’Italie, du Royaume Uni et de l’Allemagne, la France apparaissait un peu comme le village d’irréductibles gaulois qui résistait encore et toujours aux plans d’austérité. L’annonce du plan Allemand a bouleversé la donne. En effet, notre voisin d’outre-Rhin est plutôt moins endetté, avec le déficit le plus faible de l’Union avec l’Italie. Certains demandaient même à Berlin de faire davantage pour la croissance.
Mais Angela Merkel est partie dans la direction opposée en annonçant un plan d’économie de 80 milliards d’euros d’ici à 2014. La rigueur de ce plan est à modérer : il porte sur quatre années, ce qui relativise les économies réalisées. Par exemple, ce sont quinze mille suppressions de poste dans l’administration fédérale qui sont envisagées, un niveau bien inférieur à l’hexagone. Mais du coup, cette annonce a fait grimper les écarts de taux entre nos deux pays à 0.5 point, un record.
La potion amère du docteur Fillon
En clair, les marchés commençaient à estimer que la France ne faisait pas autant d’efforts que ses camarades européens pour réduire ses déficits budgétaires. A 3.1%, l’Etat Français emprunte encore à des conditions largement meilleures que la plupart des pays, mais l’écart se creusait avec l’Allemagne, dont le Bund est tombé à seulement 2.6%. C’est pourquoi François Fillon a affirmé hier « qu’aucun écart ne sera permis » pour le plan de baisse des déficits annoncé par le gouvernement.
Le plan Français est finalement plus sévère que le plan Allemand puisqu’il doit dégager 100 milliards en quatre, 20 de plus que le plan d’Angela Merkel. Outre 45 milliards de réductions de dépenses, le Premier Ministre s’étant félicité de la suppression de cent mille postes de fonctionnaires en trois ans, il a annoncé 55 milliards de recettes supplémentaires (5 issues du rabotage des niches fiscales et 15 consécutives à l’arrêt du plan de soutien à l’économie).
Contrairement à ce que recommande Jacques Sapir, une vague d’austérité sans précédente s’impose en Europe. Rendez-vous dans deux ans pour juger des conséquences de ces choix…
10:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : rigueur, austérité, françois fillon, marchés
18.05.2010
L’ode incroyable au marché et à l’austérité du Monde
La grande crise de 2008 semblait avoir remis en cause certaines certitudes et tempérer la croyance théologique dans les vertus du marché. Mais, comme dans le monde politique, la crise actuelle semble révéler les idées et le caractère de chacun. Malheur aux vaincus !
« Merci les marchés et vive la rigueur »
C’est par ce titre surréaliste que le nouveau responsable de l’économie du quotidien du soir a titré sa chronique de samedi. Sa présentation de la crise actuelle est à sens unique. Les Etats sont coupables de « cavalerie budgétaire » et « d’incurie », les marchés ont bien raison de leur mettre la pression et d’ailleurs « le pouvoir des marchés sur les Etats a augmenté au même rythme que progressait l’endettement de ces derniers ». Une seule solution : la rigueur.
Ce manque de nuance est assez stupéfiant. Si l’on ne peut naturellement pas exonérer les hommes politiques de responsabilités en France du fait du laxisme budgétaire de la plupart des équipes au pouvoir depuis trente ans, le raisonnement du journaliste du Monde est totalement excessif. Mettre l’Espagne dans le même panier est totalement injuste puisque ce pays avait une dette de moins de 40% du PIB en 2007 après plusieurs années d’excédents budgétaires.
Et puis, il est tout de même incroyable de sanctifier à ce point le dieu marché, à peine 18 mois après une crise où les marchés financiers étaient partis pour s’autodétruire si les Etats n’étaient pas venus à leur secours. L’histoire récente nous a de tout de même montré le caractère autodestructeur, exubérant et égoïste des marchés et toutes les limites qu’il y a à les laisser faire sans la moindre contrainte véritablement structurante. Tout ceci semble avoir été totalement oublié.
Le summum de la pensée unique
Ce qu’il y a également de choquant dans cette chronique est l’affirmation à peine voilée qu’il n’y a qu’une seule politique possible. L’auteur ridiculise la proposition du Front de Gauche et du Parti Communiste de fermer les marchés pour un mois et ne propose comme alternative que des taux d’intérêt à 15%, une faillite ou une explosion des dettes publiques. En clair, la seule politique possible serait l’austérité budgétaire (terme plus juste que la rigueur vu les politiques suivies).
Et, naturellement, les divins marchés ont en plus la délicatesse « d’avoir fait comprendre aux dirigeants européens, certes par la manière forte, que sans évolution rapide vers le fédéralisme, sans politique budgétaire commune, l’union monétaire était vouée à disparaître ». Pour ceux qui n’auraient pas compris : les gouvernements nationaux vont devoir rapidement céder à nouveau des prérogatives à Bruxelles pour essayer de faire tenir cette construction bancale qu’est l’euro.
Bref, nous aurions le choix entre la continuation, et même l’accélération de l’intégration européenne couplée à une austérité budgétaire et une fausse alternative que serait la vision crypto marxiste du Front de Gauche. L’adorateur du marché devrait pourtant reconnaître que même les marchés doutent de son modèle dont ils se demandent bien comment il pourra produire la moindre croissance et s’il ne risque pas d’aggraver la situation au lieu de résoudre les problèmes.
Il est absolument hallucinant de lire une telle chronique empreinte d’un culte sans nuance pour le marché à peine quelques mois après la plus grave crise du capitalisme depuis près d’un siècle. Naturellement, l’auteur passe complètement à côté des solutions alternatives.
10:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (29) | Envoyer cette note | Tags : le monde, pierre-antoine delhommais, austérité, rigueur, marchés
28.04.2010
La Grèce face à l’horreur financière
D’une part, on pourrait dire que les Grecs n’ont que ce qu’ils méritent pour avoir trafiqué leurs comptes et trop longtemps dépensé plus que de raison. La crise financière ne serait qu’une juste sanction de leurs excès passés. Pourtant, une telle présentation oublie la responsabilité des marchés.
Le double excès des marchés
Ca y est ! La Grèce est en situation de faillite virtuelle puisqu’elle ne peut plus emprunter aujourd’hui qu’à des conditions tellement mauvaises qu’elles ne mettraient pas Athènes en capacité de rembourser. Finalement, les cassandres du début d’année semblent avoir raison. Et après tout, les marchés n’ont pas totalement tort de sanctionner un pays qui a menti sur ses comptes et qui présente cette année le déficit public le plus élevé de tous les pays occidentaux.
Cependant, les marchés ne sont pas complètement innocents. Car à la défiance extrême qu’ils manifestent à l’égard de la Grèce, on peut faire un parallèle avec la confiance extrême qu’ils lui ont accordé pendant les années 2000, permettant aux autorités locales d’emprunter dans les mêmes conditions que l’Allemagne malgré une situation économique radicalement différente. On jette la pierre à la Grèce, mais pas aux analystes qui lui accordaient le même crédit que Berlin…
Et pourtant, cela a joué un rôle déterminant dans la crise actuelle. En effet, la baisse des taux dans les années 90 a permis à la Grèce d’éviter de se poser des questions sur ses finances publiques. L’excès de confiance (et donc l’erreur de jugement) des marchés a donné une image totalement déformée de la situation financière de la Grèce, y compris à Athènes. Nul doute qu’avec des taux un peu plus élevés il y a cinq ans, la situation ne serait pas aussi explosive aujourd’hui…
Les esprits animaux sont de retour
On dira que dans le cas de la Grèce, c’est parce qu’Athènes avait triché sur la réalité de sa situation. Sauf que… les marchés ont également accordé quasiment les mêmes taux à l’Italie et l’Allemagne pendant des années alors que le niveau de leurs dettes publiques et de leurs déficits n’avaient rien à voir. On peut voir dans les excès de défiance d’aujourd’hui la conséquence de l’excès de confiance d’hier. Bref, et ce n’est pas une nouvelle, le jugement des marchés est souvent mauvais.
En outre, la situation actuelle démontre bien le caractère auto-réalisateur des marchés. A 4% de taux d’intérêt, la dette publique grecque est gérable. A 8%, sur un cycle entier de refinancement, elle coûterait plus de 10 milliards d’intérêts supplémentaires par an, soit près de 5% du PIB. Bref, tous les efforts pour réduire les déficits publics sont anéantis par l’envolée des taux, ce qui fragilise plus encore la situation et pousse les taux à la hausse.
Et c’est la façon dont fonctionnent les marchés depuis toujours. On l’a bien vu sur les valeurs technologiques au tournant du millénaire ou sur les valeurs financières en 2008. La panique nourrit la panique, la baisse entretient la baisse. Le phénomène est encore plus violent pour les dettes publiques du fait de l’impact du coût de financement… La détérioration de la situation accélère la détérioration. C’est le piège dans lequel la Grèce est aujourd’hui enfermée.
Il faut être clair, si la digue grecque cède, c’est l’ensemble de l’Europe qui finira par céder. Le Portugal, l’Irlande, l’Espagne, l’Italie, la France, la Grande-Bretagne seront les suivants à s’effondrer. C’est pourquoi il reste probable que la Grèce sera « sauvée », au moins pour un temps.
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (21) | Envoyer cette note | Tags : grèce, crise financière, dette publique, marchés, esprits animaux
04.08.2008
Analyse critique du néo-libéralisme : pourquoi les marchés fonctionnent aussi mal ?
Les différentes crises que nous traversons montrent un disfonctionnement important des marchés. Pourtant, jamais l’information n’a été disponible en telle quantité et aussi rapidement et jamais autant de personnes, souvent très diplômées, n’ont travaillé pour ces marchés. Quelles sont les causes du problème ?
Mars 2000 : l’action France Telecom atteint 219 euros, en pleine bulle Internet. À peine deux ans et demi plus tard, en septembre 2002 l’action vaut moins de 7 euros, une chute de plus de 95%, suite à l’annonce de pertes de plus de 20 milliards d’euros pour dépréciation d’actifs ! En 2000, l’entreprise avait racheté pour 50 milliards d’euros l’opérateur Orange, qui comptait 6 millions d’abonnés, soit le prix complètement incroyable de plus de 8000 euros par abonné ! À cette époque, la capitalisation boursière de l’entreprise se comptait en centaines de milliards d’euros. Aujourd’hui, autour des 20 euros l’action, l’entreprise vaut un peu plus de 50 milliards, pour un chiffre d’affaires équivalent et un résultat net de 5 milliards d’euros. Au plus fort de la crise, France Telecom valait moins de 20 milliards d’euros.
Cet exemple, qui n’en est qu’un parmi tant d’autres, a le mérite de montrer les excès d’optimisme, puis de pessimisme des marchés. Pourtant, le contexte actuel devrait permettre une valorisation optimale des entreprises, que ce soit grâce aux flux d’information ou aux personnes qui travaillent sur le marché. Encore une fois, la main du marché semble plus aveugle qu’invisible. Car, comment les analystes ne se sont-ils pas rendus compte que valoriser chaque abonné 8000 euros était une absurdité économique complète, étant donné les perspectives de profit à attendre par abonné ? Et comment ne pas se rendre compte que la chute du titre de plus de 95% était excessive ?
Le mensuel Alternatives Economiques propose plusieurs explications intéressantes pour analyser les raisons de ces excès dans ses derniers numéros. Première raison finalement simple : le caractère moutonnier du marché. En effet, lorsqu’un agent du marché financier (banque, fond…) commence à investir dans un secteur ou un type d’investissement qui rapporte plus, alors ses résultats s’améliorent et devancent ceux de ses concurrents. Les analystes, s’arrêtant assez souvent aux seuls résultats financiers, conseille alors cet agent au détriment de ses concurrents, qui se sentent alors obligés de suivre la même stratégie, aussi risquée soit-elle, pour ne pas afficher de moins bons résultats et être sanctionnés. C’est ainsi que de nombreuses banques ont largement investi dans les subprimes.
La course aux rendements et au profit pousse en fait les acteurs financiers à des comportements de plus en plus risqués pour faire mieux que les concurrents. Et dans un contexte économique positif, l’excès de confiance se transforme alors tout naturellement en bulle… jusqu’à ce que la réalité rattrape le marché et provoque un excès inverse, tout aussi violent. Pire, comme le rapporte Alternatives Economique, citant un rapport de Claudio Borio, économiste à la Banque des Règlements Internationaux, les nouveaux outils financiers démultiplient l’ampleur des réactions des marchés. La titrisation des crédits en actifs financiers rend le risque beaucoup moins lisible. La démultiplication des paris par rapport aux capitaux (comme l’a montré le cas de la Société Générale) amplifie également les hauts et bas du marché.
L’analyse des raisons de la crise semble progresser tous les jours et dessiner les contours d’une solution qui passe par un meilleur encadrement du monde de la finance. Mais la traduction politique de cette analyse et la mise en pratique de solutions tarde…
Sources : Alternatives Economiques, juin et juillet-août, Wikipedia, http://www.lesechos.fr/info/analyses/4737368.htm
11:32 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : crise financière, marchés, subprimes, france telecom, bri



