28.08.2011

Le grand bluff de la taxe sur les riches

200 millions d’euros : voilà donc la contribution que le gouvernement va faire peser sur les ménages les plus riches dans le cadre de son plan d’austérité dévoilé cette semaine par François Fillon. Une mesure plus que symbolique qui témoigne des bricolages injustes et superficiels de l’équipe au pouvoir.

L’imposture gouvernementale

Hervé Nathan, sur Marianne, a mis en parallèle ces 200 millions avec les 11 milliards du plan. En clair, moins de 2% de l’effort national sera concentré sur les ménages les plus riches. La situation est d’autant plus paradoxale que 16 personnalités très riches ont demandé au gouvernement à les faire contribuer à l’effort national. Cependant, outre la modestie de l’effort, cette taxe est temporaire et sera supprimée quand le déficit atteindra 3% du PIB, soit dès 2013…

Mais si on prend un peu de recul, cette décision apparaît comme encore plus symbolique car le bilan 2011 du gouvernement de l’imposition des ménages les plus riches apparaît encore très déséquilibré. En début d’année, Nicolas Sarkozy a essayé de nous vendre la suppression du bouclier fiscal, très contesté dès 2007, par une baisse de l’ISF. Sauf que le premier coûtait 900 millions d’euros aux finances publiques et que la baisse du second devrait coûter au moins 2 milliards.

Bref, au final, la fiscalité des ménages les plus aisés devrait baisser d’environ un milliard à l’issue de ce tour de passe-passe. En outre, on peut toujours se poser des questions sur le rendement prévu du nouvel ISF, qui semble très optimiste. En outre, comment ne pas constater que les 16 personnalités se sont bien abstenus de revenir sur les détails de cette réforme. Au global, ils seront bel et bien gagnants. Nicolas Sarkozy reste le président des riches.

Ce qu’il faudrait faire

C’est pourquoi Thomas Piketty, auteur, avec Camille Landais, d’un excellent livre sur la fiscalité, a sévèrement critiqué le gouvernement en qualifiant cette contribution de « totalement anecdotique ». Le gouvernement ajoute rustine sur rustine. Plutôt que de réformer globalement la fiscalité et de supprimer les niches fiscales, il diminue un peu les plafonds, maintenant la complexité et donc l’injustice de notre système fiscal, qui aurait besoin d’une réforme en profondeur.

A ce titre, il faut saluer les propositions de Jean-Louis Borloo, qui propose deux nouvelles tranches d’impôt sur le revenu à 45 et 50%. Il propose également une taxe sur les transactions financières, pour laquelle je me bats depuis longtemps. Il propose également de remonter la fiscalité sur les revenus du capital (en passant le prélèvement forfaitaire libératoire de 19 à 25%) ainsi que la suppression de la niche Copé sur les ventes de filiales des grands groupes, qui coûte 6 milliards.

Mais si ces propositions sont justes, Jean-Louis Borloo fait sans doute l’erreur de vouloir imposer une austérité trop radicale, sans proposer de mesure pour relancer la croissance. Car vouloir réduire rapidement les déficits a forcément un impact négatif sur la croissance, déjà pas bien vaillante, comme l’a démontré la hausse du chômage en juillet. Bref, l’austérité seule est une voie extrêmement dangereuse, comme le souligne Joseph Stiglitz dans son dernier livre.

Comme souvent, cette taxe exceptionnelle sur les riches est de la poudre aux yeux, comme le montre bien le dossier de Marianne 2. Dès que l’on prend un peu de recul, Nicolas Sarkozy reste encore et toujours le président des riches, celui qui démantèle l’ISF.

22.08.2011

Pourquoi l’euro ne peut pas marcher – Réponse au MRC

Jean-Pierre Chevènement est, avec Philippe Séguin, la personne qui a le plus influencé ma construction intellectuelle au début des années 1990 (débats sur Maastricht et l’autre politique). Même si je suis très souvent en accord avec lui, je crois qu’il fait fausse route dans la crise de l’euro.

Les propositions du MRC

Cet été, le Mouvement Républicain et Citoyen n’est pas resté inactif. Jean-Pierre Chevènement a ainsi publié une lettre ouverte au président de la République, pour appeler à un soutien franco-allemand au rachat des titres de dette espagnols et italiens par la BCE. Il appelle à un « rachat massif » pour « sauvegarder la cohésion de la zone euro ». Il a également estimé que le FESF est sous doté. Il vient de confirmer ses propos dans une interview sur Marianne.

Julien Landfried porte-parole du sénateur de Belfort, a prolongé sa réflexion sur Atlantico et dans le Monde. Il prône un euro moins cher, une lutte contre le dumping fiscal, une mutualisation partielle des dettes publiques (contre la fin des fonds structurels) et une mobilisation l’épargne nationale. Il y ajoute une réforme des statuts et missions de la BCE pour y inclure la croissance et l’emploi et une coordination de la politique de change. Enfin, il prône une relance salariale en Allemagne.

Des propositions intéressantes et des angles morts

Bien sûr, comment ne pas partager un nombre important de ces propositions (lutte contre le dumping fiscal, croissance et emploi dans les objectifs de politique monétaire) ainsi qu’une partie du constat ? Cependant les propositions faites ici souffrent de gros angles morts. Appeler Berlin à une relance salariale, à une baisse de l’euro, à une réforme de sa gouvernance de la monnaie unique ou à des euro obligations me semble illusoire tant cela est contraire à la politique allemande.

Mais c’est surtout sur la mutualisation des dettes publiques et la demande d’augmentation du FESF que va porter ma critique. J’y vois un écho des politiques du FMI des années 1990, dénoncées par Joseph Stiglitz, quand le Fonds prêtait de l’argent aux pays émergents pour défendre leur monnaie, tout en imposant une austérité dévastatrice. Ces politiques ne font que traiter un problème de liquidité en ignorant le problème de solvabilité et profitent surtout aux créanciers !

En effet, faciliter le financement de la dette des pays en difficulté ne rend pas cette dette forcément plus soutenable. Le cas de la Grèce est à ce titre particulièrement éclairant avec un PIB en chute libre qui ne permet pas le rééquilibrage des comptes. Qui plus est, cela revient à transférer les créances privées (et donc le risque) sur les Etats, ce que je trouve particulièrement insupportable. En outre, tous ces pays ont surtout besoin de croissance.

L’euro, une maison trop grande, mal construite, et en zone inondable

Le problème de la zone euro est très complexe. On pourrait dire qu’il s’agit d’une maison trop grande, mal construite, et en zone inondable. C’est une maison trop grande (sur des fondations trop petites) en ce sens qu’il ne s’agit pas d’une Zone Monétaire Optimale, ce qui impose d’innombrables ajustements pour la faire fonctionner, comme nous le voyons depuis 18 mois.

Malheureusement, c’est aussi une maison mal construite, dans le sens que la politique monétaire suivie est totalement absurde, aboutissant à une monnaie extrêmement surévaluée, qui provoque un désastre industriel. Et enfin, c’est une maison construite en zone inondable, en ce sens qu’elle est offerte à tous les vents de la mondialisation, laissant rentrer toutes les importations, subissant la sous-évaluation des autres monnaies ou les crises venues d’ailleurs.

Ce triple problèmes de construction fait que l’on peut se dire qu’en en corrigeant deux, la situation irait mieux, ce qui est vrai. Mais, malheureusement, si les fondations ne sont pas solides, elles finiront par s’effondrer, même si on règle les autres problèmes. Une monnaie unique pour des pays aussi hétérogènes créé des cercles vicieux qui pourront être compensés un temps par beaucoup d’argent, mais qui finiront toujours par nous rattraper après nous avoir coûté très cher.

Car cette construction artificielle et bancale accroît les problèmes au lieu de les régler. Comme le rappelle Jean-Jacques Rosa, « la politique monétaire unique freine ainsi les économies en récession et stimule les économies en surchauffe ». Elle pousse aussi les pays à un moins-disant salarial et social pour gagner en compétitivité et elle empêche le rééquilibrage des balances commerciales. Bref, loin de faire converger les économies qui la composent, elle les fait diverger.

Car supposons que l’Allemagne accepte des euro-obligations ou une augmentation radicale du FESF (ce qui semble bien improbable, comme l’a montré le sommet de la semaine dernière), seul le problème de liquidité sera réglé. Patrick Artus avait affirmé que la Grèce avait besoin de baisser ses salaires d’au moins 30%. La sauvegarde de l’euro impose de toutes les façons une immense régression sociale et la « solidarité » européenne ne s’exerce en réalité qu’avec la finance.

Oui, le MRC a raison de dire que si nous refaisons la toiture et nous nous protégeons des inondations, cela ira mieux. Malheureusement, la maison euro est bâtie sur des fondations extrêmement faibles. Mieux vaut reconstruire de nouvelles maisons nationales avant l’effondrement…

17.07.2011

Les fous de la corbeille

Il y a dix jours, sur RTL, Jean-Pierre Raffarin a osé mettre sur le même plan l’avis des électeurs et l’avis des prêteurs. Gérald Andrieu, de Marianne, a signé un beau papier dénonçant cette prise de position. Malheureusement, il y a d’autres fous de la corbeille, comme le prouve ce papier de Pascal Salin.

L’adoubement de la corbeille

Il fallait avoir le cœur bien accroché pour écouter l’ancien Premier Ministre jeudi dernier : « au fond, dans le passé, l’élection présidentielle dépendait d’un seul facteur : l’avis des électeurs. Maintenant, l’élection présidentielle dépend de deux facteurs : l’avis des électeurs, mais aussi l’avis des prêteurs ». L’UMP semble vouloir indiquer que voter socialiste pourrait remettre en question le crédit de la France sur les marchés financiers et pour les agences de notation.

Ce faisant, ils ne se rendent même pas compte de la schizophrénie de leur discours, puisqu’ils critiquent les agences tout en évoquant leur jugement pour déconsidérer leurs adversaires. Mais le plus hallucinant est clairement le fait de mettre sur le même plan les électeurs et les prêteurs. S’il ne s’agit pas de faire n’importe quoi avec ces derniers, les mettre sur le même plan est extrêmement choquant d’un point de vue démocratique ce qu’un ancien Premier Ministre aurait du voir.

L’ayatollah néolibéral

C’est un commentateur de mon blog qui m’a signalé ce papier proprement incroyable de Pascal Salin, professeur d’économie à Dauphine. Il est toujours intéressant de savoir comment ses adversaires pensent, mais là, j’avoue que cela dépasse complètement tout ce que je pouvais imaginer. Il affirme ainsi que « supprimer la progressivité de l'Impôt sur le Revenu et augmenter un peu la TVA serait donc justifié, mais relever la TVA sans autre contrepartie serait de la pure folie ».

Cette interview a au moins le mérite de dévoiler le fond d’un certain courant de pensée, qui ne recule devant aucun mensonge pour défendre ses idées. L’impôt sur le revenu ne représente que 2.5% du PIB, moitié moins qu’il y a vingt ans. Ensuite, évoquer des taux d’imposition de 80 à 90% est quand même totalement ridicule quand on sait qu’il y a un bouclier fiscal à 50% ou si on suit les travaux de Landais et Piketty qui ont démontré la dégressivité de notre imposition passé un certain seuil.

Malgré tout, on peut remercier Jean-Pierre Raffarin et Pascal Salin de leur franchise : cela permet de comprendre le fond de la pensée néolibérale, sa vision de la démocratie ainsi qu’un certain rapport aux inégalités et à l’impôt. 

11.03.2011

Quand la gauche bien-pensante nourrit le FN

La percée de Marine Le Pen dans les sondages provoque un grand mouvement de panique. Mais une certaine gauche ferait bien de cesser de crier au loup à tort et à travers. Outre le fait de méditer sur la morale de cette fable, elle nourrit le vote FN.

Le dérapage du Nouvel Observateur

Je vous invite vivement à lire la tribune de Philippe Cohen, de Marianne, et plus encore le torchon du Nouvel Observateur sur les personnes qui « décontaminent la pensée FN ». Laurent Joffrin s’inscrit dans la ligne droite de son prédécesseur à la tête de Libération, Serge July, et son éditorial du lendemain du référendum de 2005. Au final, ces papiers de Libération et du Nouvel Observateur font sans doute plus pour le FN que tous les intellectuels convoqués au bûcher de leur bien-pensance.

Je le dis d’autant plus facilement que je ne peux pas être soupçonné de la moindre complaisance à l’égard du FN, dont je dénonce l’extrémisme et les mensonges sur l’immigration. Mais, par-delà un ton haineux, le plus incroyable est le niveau d’intolérance manifesté par ce genre de papiers. En résumé, si on ne pense pas comme eux, on est forcément un nazillon en puissance, un complice du FN. Le Nouvel Observateur détiendrait la vérité absolue et tous les autres seraient donc des déviants.

Finalement, ces dénonciateurs du FN, qui voient le nazisme et le fascisme partout, sans même se rendre compte qu’en fait il les banalise, finissent par se comporter comme des extrémistes, intolérants et haineux. Vis-à-vis de leurs adversaires, ils tiennent un discours très proche de celui du Front National, à ceci près que les ennemis ne sont pas les mêmes. Marine Le Pen, que je n’ai pourtant jamais épargnée, finit presque par paraître plus modérée et républicaine qu’eux.

Leur part de responsabilité dans la montée du FN

Si Nicolas Sarkozy porte une grande responsabilité dans la montée du Front National, qu’il cherche à instrumentaliser, cette gauche, qui a longtemps soutenu François Mitterrand, le père politique du FN, n’est pas en reste. Comme le souligne bien Philippe Cohen, cette gauche a oublié les chômeurs, les travailleurs pauvres et les victimes de la globalisation. Pour se donner bonne conscience, comme le souligne Jean-Claude Michéa, elle défend les sans papiers.

C’est ainsi que la phrase de Chantal Brunel a déclenché une véritable hystérie collective, où la gauche en a rajouté trois tonnes dans l’indignation et la majorité s’est couchée immédiatement. Si l’évocation des bateaux était brutale en revanche, sur le fond, on peut tout de même débattre de l’accueil de réfugiés en France, et même de leur renvoi à terme. D’ailleurs, après avoir été bien cuisiné par Jean-Michel Apathie sur Canal Plus, même Harlem Désir a fini par admettre que nous ne pouvions pas les garder.

La position de Chantal Brunel peut sembler proche du FN. Mais en réalité, la présidente du FN est allée plus loin en proposant de repousser les immigrés dans les eaux internationales, sans même les laisser accoster, alors que la député UMP propose de les renvoyer en bateau dans un second temps. C’est pourquoi il n’est pas juste de dire que Chantal Brunel fait pire que Marine Le Pen. Attention à ne pas avoir de réactions excessives qui vont exaspérer certains électeurs qui ne comprendront pas le procès de Moscou fait à Madame Brunel et qui pourraient in fine, être poussés à voter FN.

Plus généralement, il est malheureusement logique d’une part grandissante de l’électorat apporte son soutien au Front National devant l’autisme d’une majorité de la classe politique et médiatique, qui excommunie toute personne qui parle de nation, qui critique l’Europe, qui parle d’insécurité ou qui n’adopte pas une attitude compatissante vis-à-vis des sans-papiers ou des immigrés. En outre, en assimilant des républicains au FN, cela nourrit grandement le votre frontiste.

Le Front National se nourrit des carences politiques de la droite comme de la gauche. Mais en réagissant de manière totalement irrationnelle et excessive, je me demande si une certaine gauche n’est pas finalement encore plus responsable de la montée de Marine Le Pen. 

21.02.2011

DSK officieusement candidat

Certes, ce n’est pas encore totalement officiel, mais comme l’a souligné le Nouvel Observateur, la séquence qui s’est achevée hier soir est d’une clarté de plus en plus limpide. Dominique Strauss-Kahn sera bel et bien candidat aux primaires du Parti Socialiste.

Un candidat en précampagne

Hier soir, ce n’était pas le patron du FMI qui était interviewé sur France 2 mais déjà le candidat. Il n’y a que que le Figaro pour dire qu’il n’y avait aucun indice alors que chaque phrase sous-entendait sa candidature. Quand Laurent Delahousse l’a interrogé sur le souhait de sa femme qu’il ne fasse pas un second mandat au FMI, il a bien indiqué qu’il prenait ses décisions en la consultant. Et il a regretté que Jacques Delors n’ait pas été candidat en 1995.

Il a aussi dénoncé les polémiques stériles de l’UMP à son égard, affirmant que le gouvernement devrait plutôt se concentrer sur la recherche de solutions aux problèmes actuels. Il a également minoré l’importance de ces attaques en soulignant qu’il en a déjà subi de bien plus dures, manière de souligner qu’il est prêt au combat et qu’il ne sera pas aisément impressionnable. Il a également cherché à répondre aux critiques de l’UMP en soulignant qu’il s’intéresse au sort des plus faibles.

C’est ce qu’il a fait en citant Marianne et Jacques Julliard au sujet des six millions de Français qui gagnent moins de 750 euros par mois. Se faisant, on peut déceler un prémices d’angle d’attaque contre Nicolas Sarkozy, à savoir qu’il a oublié les classes populaires et qu’il a trop favorisé les plus riches. Il a insisté sur le besoin d’éviter un déclassement de l’Europe face à l’Asie, moyen sans doute d’indiquer que la France a besoin d’un bon économiste pour assurer son avenir.

Le meilleur ennemi

Reste à savoir comment va réagir le Parti Socialiste. Sera-t-il accueilli comme le fils prodigue, rassemblant largement le parti derrière lui dans des primaires sereines ? Ou devra-t-il affronter une guerre des tranchées qui pourraient laisser le parti divisé et affaibli ? Ségolène Royal rendra-t-elle la monnaie de sa pièce à un de ses opposants de 2006 ou choisira-t-elle de jouer placée et donc collectif plutôt que de subir l’humiliation d’une défaite qui semble aujourd’hui très probable ?

Je crois que le Parti Socialiste a trop faim de pouvoir aujourd’hui pour se diviser. Les éléphants (Fabius, Aubry, DSK, potentiellement Hollande et Royal) ont compris qu’une nouvelle défaite les balaierait, ce qui devrait les pousser à s’entendre. Et les quadras (Montebourg, Valls, Hamon) doivent bien imaginer qu’il ne serait pas un mal d’arriver un jour à être ministre avant de pouvoir envisager autre chose. Bref, il existe des forces puissantes pouvant agir en faveur de l’unité du PS.

Et puis, tant mieux. Car la candidature de Dominique Strauss-Kahn serait une bénédiction pour les alternatifs. En effet, DSK est le candidat de la globalisation néolibérale, le candidat qui va défendre une gouvernance européenne et mondiale renforcée, qui va parler du besoin de compétitivité, le nom poli de la stagnation des salaires. Bref, avec lui, il ne sera pas possible de croire que le Parti Socialiste propose une alternative réelle sur les questions économiques.

Du coup, le débat ne sera pas biaisé. Bien sûr, DSK prendra quelques accents gauchistes pour donner le change, mais personne ne sera dupe. Les Français verront bien que sur les questions économiques ou européennes, PS, Modem, Verts et UMP sont très proches. Tant mieux pour nous.

10.02.2011

L’Union Européenne, c’est l’Europe des raisins de la colère

On nous disait que l’Europe, c’était la paix, la prospérité, l’emploi. Depuis trois ans, il devient tous les jours plus évidents que ces belles promesses n’étaient que du vent. Le projet européen tel qu’il est aujourd’hui, c’est une politique suicidaire de rigueur et un encadrement bien peu démocratique des Etats.

L’austérité jusqu’à l’absurde

140% du PIB : voici le niveau de la dette Grecque aujourd’hui. Ce chiffre devrait atteindre 165% en 2014 (on annonçait vingt points de moins il y a seulement six mois). Bien sûr, la Grèce porte une très forte part de responsabilité, mais la cure d’austérité sans restructuration de la dette, en ayant fait baisser le PIB de 10% en trois ans, en a encore alourdi son poids. Bref, les politiques suivies à Athènes, Lisbonne, Dublin, et sans doute demain à Madrid sont intenables en l’état.

Anne Dastakian, de Marianne, est revenu dans un papier passionnant sur le cas de la Lettonie, qui préfigure peut-être l’avenir des PIIGS… Ce pays a connu une très forte croissance jusqu’en 2007 avant que la bulle n’explose de manière très violente en 2008. Le PIB a reculé de 22% en deux ans, le taux de chômage a atteint 18%, le salaire minimum a baissé de 20%, celui des fonctionnaires de 30%, de même que les dépenses de santé, suite au plan du FMI.

Mais la Lettonie montre bien l’absurdité de ces plans puisqu’après cette cure d’austérité sauvage, la situation n’est toujours pas assainie. En effet, le chef de mission du FMI prévoit un nouvel ajustement équivalent à 7% du PIB pour 2011-2012. Bref, comme le souligne la journaliste, la crise est plus violente que la Grande Dépression des années 1930 aux Etats-Unis. Pourtant, l’Islande nous montre bien qu’il y a une autre voie que les politiques à la Hoover pour s’en sortir.

L’institutionnalisation de politiques absurdes

Mais le pire semble encore à venir avec cette Europe, qui, pour reprendre un bon mot d’Emmanuel Todd, « utilise sa propre puissance économique pour se torturer ». C’est exactement ce que semble proposer le nouveau plan franco-allemand. S’il y a des idées intéressantes (plancher d’imposition, plan de gestion de crise des banques), le fond du plan risque d’enfermer notre continent dans une stagnation économique prolongée et empêcher toute croissance.

L’Allemagne souhaite mettre fin à l’indexation des salaires sur l’inflation : organisant en clair une baisse du pouvoir d’achat des travailleurs ! Cette Europe n’a pas compris que la quête sans fin de la compétitivité est totalement illusoire sachant que le salaire minimum au Bangladesh est de trente euros. De combien faudra-t-il baisser les salaires pour que le vieux continent soit à nouveau compétitif à l’échelle mondiale ? Ne faudrait-il pas chercher à éviter une telle course au moins-disant salarial ?

Enfin, le fait de constitutionnaliser des règles budgétaires poursuit la même logique anti-démocratique de cette Europe qui veut absolument limiter le choix réel des citoyens et entraver la marge de manœuvre des gouvernements nationaux. Après la suppression des politiques monétaires nationales avec l’euro, voici que l’encadrement des politiques budgétaires (soumises à la Commission puis encadrées constitutionnelles) promet de ligoter plus encore les capacités d’actions  des Etats.

Le seul point positif de ces derniers mois est de montrer le vrai visage de cette Europe, soucieuse d’augmenter son pouvoir et son contrôle des Etats, et qui mène une véritable politique antisociale au service de la finance et des multinationales. Les masques sont tombés : aux peuples de réagir !

19.01.2011

Marine Le Pen, sous le vernis, toujours du brun

Dimanche, Marine Le Pen a été intronisée à la tête du Front National, succédant à son père, resté à sa tête près de quarante ans. Que signifie la percée de cette femme que certains sondages annoncent déjà à 18% pour les présidentielles ? Le FN peut-il devenir plus respectable ?

Un virage apparemment réussi

Conviction ou posture tactique ? On ne le saura sans doute jamais, mais Marine Le Pen n’hésite pas à modifier assez profondément le discours du parti fondé par son père. Oubliant carrément l’immigration et évoquant à peine l’islamisation, évoquant l’esprit de 1789 et les fondements laïcs de notre République, elle a choisi de se battre principalement contre la mondialisation. Elle ose même parler du besoin d’un Etat fort. Comme le rapporte Marianne, le virage n’est pas neutre pour le FN.

Mais cet article illustre une première victoire intellectuelle de Marine Le Pen. En effet, en faisant la liste des différences d’avec son père, en pointant le rejet d’un tel discours, voir même le départ, des éléments les plus extrêmes du Front, c’est l’histoire qu’elle veut construire qui se diffuse, celle d’une mutation de ce parti d’extrême-droite en ce qui serait un parti de droite populaire. Depuis des mois, sa petite musique est bien passée : Marine Le Pen est plus modéré, voire même plus républicaine.

Du vernis en politique

Il faut convenir qu’à la lecture de son discours de dimanche, le changement est considérable par rapport à son père. Au risque de choquer, à quelques éléments près, je dois constater que je ne suis pas en désaccord (et encore, je me sens obligé d’utiliser une double négation, tellement ce constat me gène). Du coup, certains s’interrogent et se demandent aujourd’hui si finalement le Front National ne serait pas devenu acceptable. Mais n’est-ce pas aller un peu vite en besogne ?

En effet, peut-on décemment juger un politique uniquement sur ses derniers discours ? Ne doit-on pas un minimum tenir compte de son parcours, de son parti et de ses dirigeants (son père est devenu président d’honneur et tient encore les finances),? Comme nous l’a bien montré Nicolas Sarkozy (et les deux précédents présidents), il peut y avoir un gouffre entre le discours et les actes. Non, on ne peut pas juger le Front National de Marine Le Pen uniquement sur son discours.

Un problème de détails ?

Le Front National, c’est aussi son président d’honneur, pour qui les « chambres à gaz sont un point de détail de l’histoire de la seconde guerre mondiale », qui fait des blagues sur les fours crématoires des camps de concentration, un homme qui a évoqué pas plus tard que dimanche le « nez des juifs », dans la tradition la plus répugnante de l’extrême-droite. Le Front National, c’est aussi son comité central, composé de nombreux partisans de Bruno Gollnisch, au discours moins policé.

Et puis, que pense véritablement Marine Le Pen ? Elle avait théorisé il y a neuf mois sur Europe 1 le côté contre-productif des « saillies » de son père, même si elles lui donnaient « du charme ». Elle n’a pas hésité à recourir à une comparaison absurde et révélatrice avec l’Occupation nazie au  sujet des prières de rue. Bref, outre le fait que l’on peut suspecter que son vernis républicain est justement du vernis, il reste encore d’immenses zones d’ombre avant de décerner un brevet républicain à Marine Le Pen.

Et puis, en prenant un peu de recul, la séquence de dimanche dernier comporte beaucoup d’éléments choquants. Entre la succession familiale (plutôt l’apanage d’organisations autoritaires), la remarque nauséabonde sur le « nez » des juifs, le journaliste (juif) de France 24 molesté par le service d’ordre, l’interdiction de présence de l’équipe du Petit Journal au Congrès, comment ne pas voir que le Front National n’est pas un parti républicain, mais encore un parti d’extrême-droite ?

En se positionnant comme plus modérée que Bruno Gollnisch, Marine Le Pen a gagné une bataille politique. Mais, sous le vernis plus respectable de son discours, c’est bien du brun qui ressort, comme le montrent son dérapage sur l’Occupation et beaucoup de détails, qui, eux aussi, n’en sont pas.

Sur ce sujet, lire le très bon papier de Yann.

17.01.2011

Quand Joseph Stiglitz évoque la sortie de l’euro

Il y a huit mois, le prix Nobel d’économie étasunien critiquait dans Le Monde les plans d’austérité sans pour autant remettre en cause l’existence de la monnaie unique européenne. Une nouvelle interview de Marianne permet de constater l’évolution de sa pensée sur le sujet.

La solution Argentine

Même s’il ne rentre pas dans le détail de l’argumentation d’un Jacques Sapir qui s’appuie sur l’analyse des balances commerciales et de l’évolution des coûts salariaux, Joseph Stiglitz affirme qu’ « en sortant de l’euro et en restructurant leur dette, la Grèce et l’Espagne retrouveraient leur compétitivité. Ces pays n’auraient évidemment plus accès aux marchés de capitaux. Mais c’est déjà le cas de la Grèce aujourd’hui. La pire des punitions, c’est ce qui leur arrive en ce moment… ».

Il s’appuie sur le cas Argentin en soulignant que « tous les problèmes de l’Argentine n’ont pas été résolus, mais la situation est objectivement meilleure aujourd’hui qu’auparavant ». Bref, lentement mais sûrement, le monde économique commence à comprendre que la situation des pays de la périphérie européenne est intenable et qu’on leur impose une cure sans fin d’austérité qui ne pourra se terminer que par une sortie de l’euro, une dévaluation et une restructuration de la dette.

D’ailleurs, même The Economist recommande avec une certaine gravité une restructuration des dettes de la Grèce, l’Irlande et le Portugal en soulignant que leur poids n’est pas soutenable. Il prévoit notamment que la dette de la Grèce atteindra 165% du PIB en 2014, soit une somme ingérable. Pour cette raison, l’hebdomadaire anglais propose une restructuration maintenant en argumentant que le plus tôt sera le mieux et que cela sera moins brutal que si cela est fait plus tard.

Un besoin insatisfait d’alternative

Plus globalement, il réitère sa critique des plans d’austérité européen en soulignant qu’elle « ne fait que retarder la solution des problèmes. Les économies seront plus faibles, les rentrées fiscales aussi, et le chômage sera plus élevé ». Il dénonce la domination de la finance et des banques dans l’interprétation de la crise et des solutions qui y sont apportées, affirmant même qu’aujourd’hui « les banques disposent de 51 % des votes, car elles achètent les gouvernements ».

Joseph Stiglitz semble passablement pessimiste, se posant même la question d’un possible virage à droite des Etats-Unis en 2012. Il critique durement le compromis passé par Barack Obama avec les républicains, qui prolonge les baisses d’impôt décidées par Georges Bush, soulignant qu’elles profitent principalement aux 1% de la population qui détient 40% des richesses. Au global, il souligne « qu’un moment politique important, favorable à une réforme de fond du capitalisme, a été raté ».

Petit à petit, le prix Nobel d’économie devient de plus en plus critique sur la politique conduite en Europe. S’il ne se prononce pas encore unilatéralement pour une fin de la monnaie unique, faute est de constater que nos idées continuent à progresser.

16.01.2011

DSK, le meilleur ennemi

Nous saurons dans six mois s’il quitte prématurément son mandat du FMI pour se lancer dans la course aux primaires socialistes. Il y a fort à parier qu’il soit le candidat tant il a fait le vide comme Ségolène Royal en 2006. Et si c’était la meilleure des nouvelles pour les alternatifs ?

Le candidat des sondages

Rarement les sondages ont été aussi tranchés en faveur d’un candidat. Si Ségolène Royal dominait le paysage socialiste en 2006, jamais elle n’avait été donnée aussi largement gagnante face à Nicolas Sarkozy au second tour. Aujourd’hui, DSK domine largement ses rivaux, dans le cadre de primaires, au premier tour et plus encore au second tour. Il se retrouve dans la situation d’Edouard Balladur en 1994 et il est donc probable qu’il cède à la tentation et se présente.

Il a même deux avantages par rapport à ce dernier : il se retrouverait face à un président sortant très impopulaire et il représenterait l’opposition. Bref, comme semblent l’indiquer ses interventions ou celles de ses proches, il est probable qu’il aille, d’autant plus que ses rivaux peinent aujourd’hui à distancer Marine Le Pen, comme le montre le dernier sondage de Marianne. Résultat, le PS devrait soutenir le candidat qui lui offre les meilleures chances de gagner.

Bien sûr, les sondages sont aléatoires, mais aucun de ses rivaux ne s’est imposé. Ségolène Royal s’est plutôt affaiblie et Martine Aubry ne profite pas de sa position. Les deux pourraient bien le soutenir quand il se déclarera. Arnaud Montebourg et Manuel Valls restent dans la seconde division. Et si les médias continuent à chanter les louanges de François Hollande, ce dernier s’est davantage imposé dans les rédactions (y compris du Figaro) qu’auprès des Français…

Le candidat du système

Et si finalement, c’était une bonne nouvelle ? Après tout, subsiste encore chez certains l’espoir que le PS pourrait proposer une véritable alternative à la globalisation néolibérale, du fait de l’épisode 1981-83. Pourtant, les « socialistes » ont au moins autant contribué que la droite au grand mouvement de déréglementation comme le soulignent Frédéric Lordon ou Jean-Pierre Chevènement. Du coup, la candidature de DSK pourrait doucher définitivement ces espoirs.

En effet, DSK a le mérite de présenter un programme qui ne cache pas son adhésion à la globalisation néolibérale. Il propose d’aller plus loin sur la voie de l’intégration européenne, en mettant sous tutelle les Etats d’une manière qui serait inenvisageable aux Etats-Unis. Et il ne faut pas compter sur lui pour remettre en cause le libre-échange, la libre-circulation des mouvements de capitaux, la déréglementation financière ou l’indépendance des banques centrales.

Bref, DSK est sans doute le meilleur représentant de tout ce que les gaullistes et les républicains de gauche veulent combattre. Le débat politique pourrait grandement gagner en clarté s’il était le candidat du PS en 2012 et il devrait favoriser l’émergence d’alternatives. Il est le meilleur candidat pour maximiser le score le Jean-Luc Mélenchon et Nicolas Dupont-Aignan, le meilleur ennemi que nous pourrions avoir. A défaut, François Hollande serait le meilleur substitut.

Paradoxalement, la candidature de DSK serait la meilleure chose qui pourrait arriver pour nos idées. En clarifiant le débat, elle en favoriserait grandement l’émergence. Et il n’est pas difficile d’imaginer que la campagne serait pour lui une autre paire de manches que les sondages…

09.01.2011

Les victoires de l’économiquement incorrect

La pensée unique économique déploie dans les médias de nombreux « experts » chargés de porter la bonne parole, qui trustent la plupart des plateaux et des tribunes. Cependant, petit à petit, les alternatifs commencent à casser le plafond de verre et gagnent en audience.

Des tribunes s’ouvrent à nouveau

La crise du début des années 1990 et le débat sur le traité de Maastricht avaient permis à un certain nombre d’alternatifs de prendre la parole et de plaider pour une « autre politique », au premier rang desquels Maurice Allais, Jacques Calvet et Emmanuel Todd du côté de la société civile, ainsi que Philippe Séguin et Jean-Pierre Chevènement en chefs de fil politiques. On y traitait déjà de protectionnisme et de problèmes monétaires avec l’arrimage du franc au mark.

La grave crise de 2008 semble avoir profondément réveillé les consciences, d’autant plus que la décennie 2000 n’a guère été réussie pour beaucoup de pays européens, enfermés dans la torpeur économique d’un euro cher puis victimes de la pire crise économique depuis 80 ans, et enfin d’une crise majeure des dettes souveraines depuis le printemps 2010. Résultat, comme beaucoup d’alternatifs (Allais, Stiglitz, Gréau, Jorion, GEAB) avaient anticipé la crie, on les écoute davantage.

Bien sûr, leur présence reste limitée dans les plus grands médias, mais Paul Krugman et Joseph Stiglitz, de plus en plus critiques vis-à-vis de la globalisation néolibérale, gagnent une belle audience. En France, Frédéric Taddéi ou Yves Calvi ouvrent leurs émissions à des alternatifs. Et comment ne pas reconnaître le rôle majeur joué par Marianne, qui ouvre grand ses pages et son site à Frédéric Lordon, Jacques Sapir ou Jean-Luc Gréau, leur permettant de populariser leurs thèses.

Des brèches dans la pensée unique

Le site pour un protectionnisme européen autour d’Emmanuel Todd, Jean-Luc Gréau et Hakim el Karoui a été un pionnier. Depuis, les idées protectionnistes avancent. Si Joseph Stiglitz y est encore opposé, Paul Krugman y est de plus en plus sensible en constatant son rôle dans la croissance des inégalités. Marianne a récemment publié deux tribunes très intéressantes de Pierre-Noël Giraud, en faveur d’un protectionnisme coopératif. Et même Laurent Wauquiez s’en rapproche.

Mais ce sont aujourd’hui les questions monétaires et financières qui dominent le débat. Elie Arié a très bien souligné le rôle de la libéralisation des mouvements de capitaux dans le mouvement de déréglementation économique, illustrée par la crise asiatique de la fin des années 1990. Joseph Stiglitz vient de remettre en cause l’indépendance des banques centrales dans son dernier livre. Enfin, André-Jacques Holbecq et RST sont des défenseurs acharnés de la monétisation.

Mais le nouveau combat porte aujourd’hui sur l’euro. Ce blog est le témoin de la virulence des échanges, y compris avec des blogueurs alternatifs comme Malakine ou Incognitototo. Joël Halpern vient de signer un papier très intéressant sur les circonstances d’une sortie de l’euro et Bernard Prudhon, un avocat, complète les charges contre la monnaie unique déjà menée par Jacques Sapir, dans une nouvelle série remarquable ou Alain Cotta, auteur de « Sortir de l’euro ou mourir à petit feu ».

Cependant, la vivacité du débat a l’intérêt d’affuter les arguments. Puisque les défenseurs de l’euro pointent les risques économiques d’un retour aux monnaies nationales, je vais revenir sur les risques évoqués (inflation, récession) tout en analysant les risques de conserver l’euro.