08.06.2011
Le virage à droite du Portugal
Quel paradoxe a priori : après avoir traversé la plus grave crise du capitalisme depuis près d’un siècle, après les espagnols, c’est au tour des portugais de sanctionner un gouvernement « de gauche » et d’installer une droite qui promet déjà d’apaiser les marchés...
Une bataille de perdue
En fait, il semble que les portugais fassent porter la responsabilité de la crise actuelle au gouvernement socialiste, ce qui explique la large victoire de la droite dimanche. Dans les pays de la périphérie de l’Europe, qui affrontent des plans d’austérité sauvages, pas grand monde ne semble mettre en cause la responsabilité de l’euro dans les disfonctionnements de leurs économies. A chaque fois (Grèce, Irlande, Espagne, Portugal), ce sont les gouvernements sortants qui trinquent.
Il faut dire que pendant des années, l’Europe a été cette main nourricière, ce tuteur venu aider ces économies à grandir, souvent après des épisodes autoritaires. Les populations et les hommes politiques ne se posent donc pas vraiment de questions. Pour eux, l’Europe, c’est forcément positif, du bien et il est hors de question de remettre en cause quoique ce soit dans la construction européenne. Donc la colère se concentre sur les élites politiques locales.
Malheureusement, ce scénario était prévisible, comme je l’écrivais dès février 2010. En outre, cette interprétation de la crise colle bien avec la lecture néolibérale de la crise, qui ne remet nullement le système en question, mais qui rejette la responsabilité sur le mauvais comportement de quelques acteurs économiques (la Fed, quelques spéculateurs, quelques gouvernements irresponsables). Il est donc logique que la droite tire les marrons du feu.
Cela montre aussi la faillite des sociaux-démocrates européens qui ne gouvernent plus que cinq pays de l’Union Européenne (dont trois en coalition), comme le souligne Jean-Philippe Huelin sur Marianne 2. Les « socialistes » européens ne se différencient plus de la droite que par leur attitude compassionnelle, et ne remettent pas en cause la globalisation néolibérale responsable de la crise. Pas étonnant dès lors qu’en des temps si difficiles les peuples les rejettent.
La victoire à venir
Néanmoins, cette transition n’est pas inintéressante à plusieurs titres. Tout d’abord, elle démonétise l’argument de la gauche fédéraliste qui propose d’aller vers une plus grande intégration et plus de solidarité pour régler la crise de l’euro. Avec une large majorité du continent à droite, ce scénario est totalement illusoire. Bien au contraire, plus d’intégration signifierait au contraire des politiques encore plus libérales et conservatrices, d’autant plus que les traités vont tous dans ce sens.
Un fédéralisme solidaire est d’autant plus vain qu’il ne résoudrait pas les problèmes de compétitivité qui nécessitent une dévaluation ou une baisse sauvage des salaires. Mais ces alternances sont intéressantes car elles mouillent l’ensemble de la classe politique dans les mauvaises solutions qui sont mise en place. En effet, imaginons qu’une nouvelle crise arrive, les alternatifs pourront alors montrer que ni la gauche ni la droite n’ont tiré les leçons de la crise de 2008.
Et c’est pour cela que paradoxalement, une victoire des socialistes pourrait être une bonne chose en 2012 en France. En effet, la réélection de Nicolas Sarkozy permettrait au PS de se présenter comme l’alternative dont la France a besoin en 2017, alors qu’il ne s’agirait que d’une alternance superficielle sur beaucoup de questions. Il faut que les citoyens comprennent bien que le PS n’a pas de solutions à la crise. Et pour cela, leur victoire est paradoxalement souhaitable.
Les peuples européens se cherchent. Ils sont mécontents des politiques menées mais l’aura de l’idée européenne créée un brouillard qui ne leur permet pas d’identifier les raisons de la crise. Nul doute que les plans d’austérité sauvages devraient les aider à ouvrir les yeux…
10:55 Publié dans Actualités, Europe, Parti Socialiste | Lien permanent | Commentaires (21) | Envoyer cette note | Tags : portugal, plan d'austérité, euro, jean-philippe huelin, marianne 2
29.03.2011
Le vote FN est, logiquement, un vote social
C’est un sondage publié par Marianne 2 qui l’a révélé : quand Marine Le Pen fait 21%, elle obtient 34.5% des intentions de vote des employés et 37.5% de celles des ouvriers. Le vote FN est un vote social.
Un vote sanction contre un système injuste
Le fait que le Front National réunisse les suffrages de plus d’un ouvrier sur trois est impressionnant. Ces scores, extrêmement sévères pour l’UMP, mais plus encore pour la gauche, montrent que les classes populaires ont totalement perdu confiance dans les partis de gouvernement. De la sorte, elles sanctionnent ces partis qui les ont abandonnées à cette globalisation néolibérale porteuse d’inégalités, qui délocalise leurs emplois et comprime leur pouvoir d’achat.
En effet, l’intégralité de la création de richesses économiques va depuis dix ans aux 10% des Français les plus riches, dans les profits des entreprises et les dividendes pour leurs actionnaires, qui battent record sur record. Et avec le sauvetage des banques, cette crise a démontré que si les profits sont privatisés, les pertes peuvent être collectivisées. Pire, pour sauver l’euro, les gouvernements européens sont littéralement en train de saigner les peuples, en Grèce, en Irlande ou au Portugal…
Dès lors, étant donné que PS, UMP, Modem et écologistes défendent globalisation et déréglementation et ne proposent rien pour le réformer, il est logique que les classes populaires, premières victimes de ce système injuste, instable et inefficace se tournent alors vers le principal parti qui le dénonce: le Front National. Jean-Pierre Chevènement, Philippe Séguin et Philippe de Villiers ont porté une telle parole, mais leur effacement a libéré du terrain pour Marine Le Pen.
Comprendre ce vote pour y répondre
Pour toutes ces raisons, le vote FN est parfaitement compréhensible. Après tout, il est parfaitement légitime de ne pas vouloir voter pour des partis trop souvent d’accord sur les questions européennes ou de libéralisation. Il est totalement absurde et choquant d’insulter les électeurs du Front National. De deux choses l’une, soit ce parti doit être interdit (et il n’a rien fait pour l’être) soit il faut arrêter de jeter l’anathème sur ses électeurs qui expriment juste un choix démocratique.
Ce vote est notamment un cri de Français qui ont mal à leur démocratie, qui ont envie d’un changement que PS, UMP, Modem, Verts sont incapables de leur apporter. C’est le cri de Français qui souffrent du chômage, de fins de mois difficiles, qui craignent le déclassement pour leurs enfants (pour la première fois, une génération pense que ses enfants vivront moins bien qu’elle, ce qui est triste). Bref, c’est un désir de changement qui ne trouve pas encore de traduction concrète.
L’alternative, ce n’est pas forcément le FN
Mais essayer de comprendre les électeurs du Front National ne doit pas mener forcément à de la complaisance avec le parti. Critiquer le FN parce qu’il a investi un jeune nazillon aux cantonales, ce n’est pas critiquer ses électeurs. Au nom de quoi faudrait-il tout lui passer parce qu’on se situe aussi dans l’opposition aux politiques européennes et de déréglementations menées par le Parti Socialiste et l’UMP, et soutenues par les Verts et le Modem ?
C’est exactement ce que souhaitent UMP et PS. Si l’alternative se cantonne au FN ou à des partis proches, alors elle sera teintée par les scories de ce parti. Le système utilise le FN pour se maintenir. Au contraire, il est essentiel que les Français comprennent que l’alternative est plurielle et qu’elle n’impliquera pas forcément le FN. C’est pourquoi il faut montrer qu’une alternative distincte et indépendante existe. Il y a Debout la République, il y a le MRC et il y a le Front de Gauche.
Il est également heureux que des intellectuels alternatifs affrontent la vindicte bien-pensante pour développer des thèses originales. Merci donc à Jacques Sapir ou Emmanuel Todd, qui a signé une très belle tribune au sujet de la montée du FN. Et merci aux journalistes qui honorent le débat public en ouvrant leur colonne à tous les penseurs libres, Philippe Cohen, Elisabeth Levy et Eric Zemmour, contre lesquels une gauche antisociale a fait une campagne révoltante.
Aujourd’hui, les Français ont le choix. Ne compter que sur le FN pour apporter le changement est une erreur, entre ses scories et ses difficultés à casser le plafond de verre. La crise est forte. Les mouvements du corps électoral seront brutaux. Ne nous enfermons-pas dans une voie sans issue. Un petit peut devenir grand.
09:55 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note | Tags : marianne 2, front national, marine le pen, ump, ps, philippe cohen, elisabeth levy, eric zemmour
20.03.2011
Libye : la France à la tête du combat pour la liberté
Hier, Nicolas Sarkozy a réuni à l’Elysée un sommet pour mettre au point l’intervention militaire en Libye. Après le coup de bluff du cessez-le-feu de Kadhafi, l’aviation Française est intervenue la première pour bombarder des positions des troupes à proximité de Benghazi.
Merci à nouveau à Nicolas Sarkozy
Oui, merci à Nicolas Sarkozy pour avoir pris la direction effective des opérations, que personne ne semblait capable de prendre. Si l’opération aboutit et que la Libye se libère du joug du colonel Kadhafi, nous serons liés d’une bien belle manière au peuple libyen et cela sera grâce à l’action résolue du chef de l’Etat. En outre, notre diplomatie a su avancer de manière intelligente en obtenant l’accord des Nations Unies et de la Ligue Arabe et en refusant d’impliquer l’OTAN.
La réunion d’hier était un modèle du genre car nous avons impliqué les pays arabes, point essentiel pour ne pas donner une couleur colonialiste à l’intervention. Bref, non seulement la France dicte le tempo mais en outre, elle arrive à le faire en impliquant la communauté internationale au sens large. En outre, nous n’avons pas hésité à envoyer nos troupes en premier. Bref, même si nous ne pouvons pas être sûrs des résultats, l’intervention en Libye est remarquablement gérée.
La Libye n’est pas l’Irak
Certains s’inquiètent à juste titre de la possibilité d’enlisement. Mais tout d’abord, le fait qu’Hubert Védrine Alain Juppé et Nicolas Dupont-Aignan soient des partisans de l’intervention est a priori très rassurant. Ensuite, cette intervention n’a rien à voir avec celles d’Irak ou d’Afghanistan. Tout d’abord, il n’y a pas d’envoi de troupes terrestres, mais seulement des interventions aériennes. Ensuite, elle se fait avec l’agrément des Nations Unies et même de la ligue arabe, en impliquant ses membres.
Mais surtout, il ne s’agit pas d’envahir un pays pour faire tomber un dictateur et ensuite imposer notre modèle sans tenir réellement en compte la volonté du pays. Ici, il s’agit d’aider un peuple qui s’est soulevé contre son tyran et qui, après avoir failli le renverser, finit par ployer sous la répression armée de son autocrate. Ici, nous venons à l’aide des rebelles, à leur demande, en concertation avec la communauté internationale et sans arrière-pensées pétrolières.
Malgré tout, je comprends les limites d’une telle intervention, comme je l’ai souligné ces derniers jours. J’avais dénoncé la répression au Bahrein et je ne vois malheureusement pas ce qui pourrait être fait, à part des protestations verbales. Ce cas montre bien que si nous intervenons, c’est parce que le pouvoir Libyen n’est pas très fort. Cela souligne bien à quel point l’ingérence présente de grandes limites. Mais je persiste à croire qu’elle vaut le coup d’être risquées. L’alternative était-elle acceptable ?
Un merci qui n’absout pas tout
Bien évidemment, certains soupçonnent Nicolas Sarkozy d’arrière-pensées. Mais aurait-il été possible d’avancer aussi vite et fort uniquement avec cela ? Je ne veux pas croire que ce ne soit pas le souci humaniste de protéger le peuple libyen de son despote sanguinaire qui ait pu provoquer une telle réaction et convaincre la communauté internationale. S’il n’y avait pas eu cela, je ne peux pas croire que les dirigeants de tant de pays se seraient mis d’accord.
Et Nicolas Sarkozy est le chef incontestable de cette coalition. C’est pour cela que je l’ai remercié dans un papier il y a deux jours, qui a provoqué un gros débat sur le blog comme sur Marianne 2. Bien naturellement, un satisfecit sur le dossier Libyen ne remet nullement en cause un jugement global extrêmement négatif sur l’ensemble de cette présidence, sans direction, faite de postures et dont les résultats demeurent très mauvais dans bien des domaines.
Néanmoins, je crois que ce n’est pas parce que l’on est un opposant résolu à un gouvernement qu’il faut sombrer à la facilité de critiquer tous ces faits et gestes. Parfois, j’ai eu l’impression que ses critiques du jour l’auraient également critiqué s’il avait laisser-faire. Si ce comportement peut plaire à des activistes, je crois qu’il oublie les Français moins engagés et qui ont moins de préjugés. En outre, les critiques perdent de leur valeur quand elles sont systématiques.
Bien sûr, la situation est loin d’être résolue. Kadhafi est encore là. Les rebelles affrontent le feu de ses troupes à Benghazi. Malgré tout, l’essentiel me semble être qu’à date, nous avons sauvé Benghazi.
10:55 Publié dans Actualités, International, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (49) | Envoyer cette note | Tags : nicolas sarkozy, libye, benghazi, kadhafi, ligue arabe, otan, irak, alain juppé, bahrein, ingérence, marianne 2
17.03.2011
Indépendance nationale, service public et énergie
La catastrophe nucléaire au Japon a logiquement poussé quelques hommes politiques à surfer sur la vague de l’horreur et demander un arrêt (bien impossible à court terme) des centrales ou un référendum. Pourtant, d’autres réflexions peuvent être engagées.
L’énergie est un service public
N’en déplaisent aux cabris de Bruxelles, la première conclusion que l’on peut tirer est que l’énergie est un service public, qui ne saurait encore moins être privatisé quand il s’agit de centrales nucléaires, comme le soulignent Jack Dion sur Marianne 2 et Nicolas Dupont-Aignan. Il est tout de même inquiétant d’apprendre dans l’Usine Nouvelle qu’il y a aujourd’hui des problèmes de maintenance des centrales nucléaires avec les prestataires privés employés par EDF.
L’expérience Japonaise montre qu’il est dangereux de privatiser EDF et de libéraliser le marché de l’énergie. En effet, le principal objectif d’une entreprise privée et cotée est logiquement le profit. Ne vaudrait-il pas mieux qu’EDF consacre une part de ses profits ou de ses investissements à l’étranger pour reprendre en main directement la sécurité de nos centrales ? L’objectif d’EDF ne doit pas être le profit mais la sécurité et le service public. Point barre.
En outre, les partisans de cette libéralisation (soutenue par le PS, l’UMP, les Verts ou le Modem), nous avaient vendu une plus grande efficacité, des prix plus bas. Le voile est tombé comme le montre bien Hervé Nathan : cette libéralisation ne sert nullement l’intérêt général puisqu’elle se traduit par une hausse du prix de l’énergie. En revanche, elle profite bien aux actionnaires comme le montrent les bénéfices de 4,6 milliards d’euros de GDF-Suez en 2010.
L’indépendance énergétique et la sécurité comme objectifs prioritaires
Mais par delà la nécessité de revenir à un service public de l’énergie, la question fondamentale des sources d’énergie se pose pour l’avenir. Aujourd’hui, nous dépendons essentiellement des hydrocarbures et du nucléaire, pour 80% de notre électricité. Cela pose de nombreux problèmes, de dépendance (le pétrole, le gaz et l’uranium sont importés), d’environnement (les rejets de CO², les déchets radioactifs) et de sécurité (même si notre filière semble nettement plus sûre).
A ce sujet, je vous conseille le papier de Marc Cohen, « Mensonges d’Etat contre foutaises écolos ». Bien sûr, la filière pose de vrais problèmes, mais non seulement nous n’avons pas encore d’alternatives solides (même si cela serait souhaitable) et plus encore, la situation du Japon n’a rien à voir avec celle de notre pays puisque nous ne risquons pas un séisme de magnitude 9 suivi d’un tsunami de 17 mètres de haut. En outre, notre EPR améliore à la fois la sécurité et les déchets…
La situation est modifiée par des découvertes massives de pétrole bitumeux dans le Bassin Parisien et de gaz de schistes, plutôt dans le midi. Ces découvertes permettraient de garantir notre indépendance énergétique pour des décennies. Malheureusement, les techniques d’exploitation semblent provoquer de véritables catastrophes écologiques (outre les émissions de CO²) et Corinne Lepage vient de saisir le Conseil d’Etat sur l’attribution des droits d’exploitation de ces gaz.
Bref, si le nucléaire et les hydrocarbures resteront pour quelques années nos principales sources d’énergie, il convient de préparer d’accélérer la transition vers des énergies plus propres, sûres, nationales et pas trop chères pour ne plus dépendre de ces pétromonarchies : géothermie, biocarburants, comme le rapporte Yann. Mais surtout, il conviendra de ne pas céder aux sirènes de Bruxelles pour lesquelles le secteur doit être libéralisé. Le rôle de l’Etat doit rester primordial.
Oui, la catastrophe nucléaire du Japon pose de vrais problèmes, et c’est aussi le cas de la rareté et de la pollution des hydrocarbures. Pour le coup, un Grenelle de l’énergie serait le bienvenu pour que la France montre qu’elle a des idées pour assurer ses sources d’énergie à l’avenir.
10:56 Publié dans Actualités, Economie, Europe, International | Lien permanent | Commentaires (24) | Envoyer cette note | Tags : japon, jack dion, marianne 2, nicolas dupont-aignan, usine nouvelle, edf, hervé nathan, gdf-suez, marc cohen, yann, corinne lepage, pétrole bitumeux, gaz de schistes
07.02.2011
Comment stabiliser les marchés agricoles ?
En quelques mois, le prix des matières premières agricoles a de nouveau explosé, affectant douloureusement de nombreux consommateurs pour lesquels se nourrir devient trop cher mais aussi les éleveurs dont l’exploitation perd sa rentabilité. Que faire ?
Les méfaits de la déréglementation
Bien sûr, il y aura toujours des ultralibéraux pour soutenir que la libéralisation des marchés est une chance, qu’elle permet d’optimiser la production, selon la théorie des avantages compétitifs de Ricardo, que nous lui devons la baisse global du prix de l’alimentation depuis des décennies… Comme le rapporte Marianne 2, Alain Madelin tente même de défendre la spéculation sur les matières premières en soulignant que cela permet de se couvrir sur leur prix, élément stabilisateur pour les marchés.
Déjà, le raisonnement d’Alain Madelin a une immense faille. Il justifie la financiarisation des marchés agricoles par la volatilité des prix qu’il a lui-même soutenue. En clair, les partisans de la déréglementation ont mis fin au système de soutien (et donc de contrôle) des prix, puis argumentant que désormais les prix sont trop volatiles, ils soutiennent le développement d’outils financiers permettant de s’assurer contre cette même volatilité des prix qu’ils ont crée…
Ce raisonnement présente deux autres failles. Tout d’abord, il est bien évident que ce sont seulement les plus riches qui peuvent se couvrir et se prémunir d’une hausse des prix. Si Nestlé peut se couvrir, c’est rarement le cas des villageois Africains qui subissent durement les variations inconsidérées des prix ou des éleveurs. En revanche, cela offre un nouveau terrain de jeu pour les spéculateurs, dont on sait qu’il a eu une grande influence dans le pic des prix de 2008.
En outre, le mécanisme d’offre et de demande pose un gros problème. Si les marchés anticipent une hausse des prix, ils vont donc acheter davantage de matières premières, augmentant donc la demande et les prix, dans un nouveau phénomène auto-réalisateur, sans se soucier des conséquences dramatiques de leurs actes. En clair, la marchandisation de la production agricole augmente encore une volatilité des prix assez unique (les prix des biens et des services étant beaucoup plus stables).
Relocalisation et réglementation
Pire encore, la libéralisation, en poussant à la concentration de la production dans un nombre moins important de zones géographiques, accentue la volatilité des récoltes et donc des prix. En effet, plus la concentration est grande, plus les aléas climatiques dans une zone conduisent à des effets importants. Si la production était moins concentrée, un aléa climatique en Russie ou en Australie ne provoquerait pas tant de mouvements sur les marchés agricoles.
En outre, il est bien évident que d’un point de vue écologique, il serait mieux de favoriser la relocalisation de l’agriculture. Si aujourd’hui il peut être rentable de faire parcourir des milliers de kilomètres à certaines productions qui pourraient pourtant être produites dans le pays importateur, c’est uniquement parce que le coût environnemental du transport n’est pas pris en compte (puisque le fuel, notamment pour les bateaux, mais aussi les camions, n’est peu ou pas taxé).
Plus globalement, parce qu’une carence de produits agricoles n’est pas comme une carence de téléviseurs, et qu’elle peut provoquer désolation et famine, il est essentiel de soustraire en partie cette activité des seuls mains du marché, dont les conséquences des excès sont trop dramatiques. L’autosuffisance alimentaire doit pouvoir être considérée comme un objectif pour les pays qui le souhaitent, même si cela consiste à avoir des prix plus élevés et à introduire des restrictions fortes pour les importations.
Enfin, il est essentiel de permettre aux agriculteurs de gagner leur vie par leur travail (et pas par des subventions). C’est pour cela qu’il est malheureux que l’Europe ait mis fin aux prix de soutiens qui garantissaient un revenu décent et minimum. Il est inadmissible que leur dur travail ne leur permette pas de gagner normalement leur vie et qu’ils soient les variables d’ajustement de marchés libéralisés dont profitent à plein les spéculateurs et le monde de la finance.
Relocaliser, introduire des prix minimums, interdire la spéculation, prendre en compte le coût réel du transport : les pistes de réforme sont là, comme le montre la Confédération Paysanne. Mais elles heurtent beaucoup trop la doxa néolibérale défendue par l’Europe et acceptée par nos gouvernants.
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Environnement, Europe | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note | Tags : agriculture, confédération paysanne, alain madelin, marianne 2, spéculation
23.08.2010
L’impact du réveil de la Chine
Marianne 2 a publié cette semaine une interview en trois parties (un, deux et trois) de Valérie Niquet sur la Chine visant à relativiser la puissance de l’Empire du milieu au moment même où il vient de détrôner le Japon du rang de deuxième puissance économique de la planète.
Une mise en perspective intéressante
Cette interview est rafraîchissante dans la mesure où elle modère les nouvelles habituellement exposées par les médias. Certes, la Chine vient de prendre la 2ème place en matière de PIB, mais elle n’est encore que 98ème au monde pour le PIB par habitant. En outre, son succès est à relativiser par la pauvreté d’une grande partie de sa population, qui consomme toujours aussi peu (35% du PIB contre 60% dans les pays occidentaux). En outre, son poids diplomatique est à modérer par sa rivalité profonde avec l’Inde ou le Japon, ce qui n’en fait pas le leader de l’Asie.
En outre, le pays reste tout de même sensible à la conjoncture internationale. Le pays n’est-il pas trop dépendant d’hydrocarbures polluants dont le prix pourrait exploser dans les prochaines années ? Que se passerait-il si dans quelques années, les multinationales décidaient de délocaliser en Inde plutôt que dans l’Empire du milieu ? Quelles seront les conséquences de la politique de l’enfant unique et du déséquilibre démographique ? Enfin, même si la société Chinoise s’est libéralisée depuis une trentaine d’années, le pays n’est pas une démocratie. La transition pourrait être difficile.
La poursuite du grand bond en avant
Mais malgré les points très justes de Valérie Niquet, il faut reconnaître que la puissance d’un pays se mesure aussi à sa démographie et à son poids, indépendant de la richesse par personne. Le Luxembourg ne pèse pas grand-chose sur la scène internationale… Et aujourd’hui, la Chine est donc la 2ème puissance économique de la planète selon le PIB. Et encore, on pourrait argumenter que cela sous-estime la puissance réelle du pays, devenu le premier exportateur mondial ou le premier pays pour les réserves de change (plus de 2000 milliards de dollars).
En outre, la Chine dispose d’atouts forts pour poursuivre sa trajectoire. Son rattrapage est directement inspiré de ceux du Japon ou de la Corée du Sud et on peut donc en déduire qu’il y a de fortes chances que la croissance de la Chine reste forte dans les années à venir. Le pays pourrait de plus en plus utiliser son moteur interne pour croître, comme le montre le fort relèvement du salaire minimum. Bref, le scénario d’une forte croissance pour les deux ou trois décennies à venir amenant la Chine au premier rang économique mondial est tout sauf improbable.
Quelles conséquences pour le monde ?
Un scénario noir serait que le grand bond en avant engendre des tensions nationalistes potentiellement guerrières, notamment vis-à-vis de Taïwan. Ce scénario ne peut pas être balayé d’un revers de main, même si le précédent Japonais montre que l’ascension économique peut être pacifique, y compris pour un pays au passé belliqueux. En effet, on peut se demander comment le géant Chinois se comporterait en cas de pénurie sévère de matières premières…
Le rôle de la Chine sera également particulièrement intéressant pour la refondation du capitalisme. Et si l’Empire du milieu rejoignait l’Europe continentale et le Japon pour pousser un modèle de capitalisme plus souverain, solidaire et dirigiste alors que l’Inde pourrait soutenir le capitalisme plus sauvage promu par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ? La prochaine crise du capitalisme mondial sera peut-être l’occasion d’un tel rapprochement après les échecs du G20.
Bien sûr, la poursuite de la croissance de ce géant ne sera pas sans poser des problèmes, mais le poids de Pékin, déjà considérable dans l’économie mondiale, a toutes les chances de se renforcer fortement dans les années à venir. Et cela pourrait être une opportunité.
10:55 Publié dans Actualités, Economie, International | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : marianne 2, valérie niquet, chine, japon
22.08.2010
Privatisations et service public
Marianne 2 a publié cette semaine un article en deux parties d’Eugène sur les privatisations. Un excellent moyen de comprendre que la privatisation n’est pas forcément la solution et que le secteur public a encore de beaux jours devant lui.
Le bêtisier Français
A dire vrai, il n’y a pas besoin d’aller très loin pour voir que les privatisations ne sont pas forcément la bonne solution. Chez nous, l’entrée en bourse d’EDF et la libéralisation du marché de l’énergie (acceptée par le gouvernement Jospin) avaient été vendus comme un moyen de baisser les prix. On voit bien au contraire que cela pousse les prix à la hausse, réduisant l’écart que la France a encore avec les autres pays européens, pour le plus grand bénéfice des actionnaires de l’ancien monopole public.
Nous avons également le cas de la libéralisation des renseignements téléphoniques (l’ancien 12). Il y a quinze ans, il coûtait 3,65 francs (55 centimes d’euros) pour avoir trois numéros. Aujourd’hui, non seulement il faut se souvenir de numéros à six chiffres, mais chaque numéro coûte désormais la bagatelle d’environ un euro cinquante, soit une multiplication par huit du prix du numéro. Le résultat ne s’est pas fait attendre : -30% d’appels. Seuls les médias et les actionnaires ont gagné.
Le bêtisier international
L’immense intérêt de cet article est de démonter l’argument des néolibéraux pour lesquels le marché est forcément plus efficace que l’Etat. Il ne s’agit pas pour moi de dire l’inverse et que l’Etat est forcément meilleur que le marché. Mais face au dogmatisme de certains, il est utile de rappeler ces exemples désastreux : Amérique Latine, Afrique, Angleterre : le privé n’est pas forcément plus efficace et peut conduire à une baisse du service et une hausse des prix.
Le grand intérêt de cet article vient aussi de la modération de son auteur, qui énonce à la fin les secteurs pour lesquels les privatisations sont a priori à prohiber. On y retrouve grosso modo les services publics traditionnels, le plus souvent des monopoles naturels (santé, éducation, énergie, transports ferroviaires, eau, télécommunications). Au regard de la crise de 2008, l’auteur pose la question légitime du secteur bancaire. Néanmoins, il n’est pas hostile à des concessions, du moment qu’elles sont bien cadrées.
Merci à Eugène et Marianne 2 pour ce bel article qui remet les pendules à l’heure sur la question des services publics en montrant que les privatisations se transforment trop souvent en des rentes privées au détriment du plus grand nombre, tant pour le service que le prix.
10:55 Publié dans Actualités, Blog, Economie | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : privatisations, service public, intérêt général, eugene, marianne 2
09.08.2010
Corrida : la double erreur de la Catalogne
Fin juillet, par 68 voix contre 55, le parlement de Catalogne a voté l’interdiction des corridas sur son territoire à partir de début 2012. Une double défaite, celle des traditions culturelles, mais aussi celle de l’Etat central Espagnol face à ses communautés autonomes rebelles.
La défaite des traditions
Beaucoup voient dans les corridas un spectacle un peu barbare où l’on assiste au « massacre » d’innocentes bêtes jetées en pâture aux matadors. Les opposants cherchent également à agir en France mais pour l’instant, ils ne sont pas écoutés par les autorités. Et heureusement ! Car la façon dont les opposants présentent les choses est extrêmement caricaturale. Ils oublient que les taureaux de combat ne doivent leur existence qu’à la perpétuation des corridas. En outre, il faut noter que ces animaux font l’objet d’un soin peu commun jusqu’à leur dernier combat.
Mieux, quelques taureaux sont graciés à l’issue du combat et deviennent des reproducteurs. Merci à Marianne d’avoir pris le soin d’expliquer le fonctionnement des corridas puis d’avoir donné la parole à Aliocha, qui a très bien souligné la dimension culturelle de la corrida, cet art taurin que seules les personnes qui y ont assisté peuvent comprendre. Comme elle le souligne, il est important de défendre ces traditions que l’uniformisation culturelle du monde tend à vouloir supprimer. La corrida, c’est aussi le témoignage incroyable du courage de ces matadors qui risquent leur vie à chaque faena.
La défaite de l’Etat Espagnol
Mais il y a une deuxième dimension à cette interdiction de la corrida par Barcelone. En effet, comment ne pas y voir un geste de défi de la communauté catalane à l’égard de l’Etat Espagnol. En Espagne, les corridas ont une popularité qu’il est difficile d’imaginer en France. Les matadors sont des stars aussi connues que les joueurs de football (qui y est encore plus populaire que chez nous). Les corridas sont fréquemment diffusées aux heures de grandes écoutes tant elles intéressent les Espagnols. Les cachets des matadors atteignent plusieurs dizaines de milliers d’euros par corrida.
Par ce geste, la Catalogne a sans doute voulu à la fois démontré sa singularité par rapport au reste de l’Espagne et insisté sur sa capacité à définir les règles de vie sur son territoire. Une telle décision est le meilleur moyen d’assurer une publicité maximum à ce vote. Il serait dommage que les parlementaires catalans aient accepté de sacrifier cette belle tradition taurine pour défier à nouveau l’Etat Espagnol. Après la belle victoire de l’Espagne en Coupe du Monde, qui semblait avoir renforcé le sentiment national, la Catalogne rappelle la tentation autonomiste des régions.
Demain, il faut espérer que l’Europe ne s’empare pas de ce dossier pour y imposer à nouveau une vision normative et uniformisatrice du continent qui viendrait à interdire toutes les pratiques culturelles différentes…
10:55 Publié dans Actualités, Europe | Lien permanent | Commentaires (37) | Envoyer cette note | Tags : corrida, catalogne, espagne, aliocha, marianne 2
27.05.2010
Ces banques qui gagnent toujours à la fin
La crise actuelle a eu un immense mérite : montrer aux citoyens les privilèges incroyables dont bénéficient les banques, qui, pour reprendre la formule de The Economist, guère suspect de marxisme, arrivent à collectiviser leurs pertes tout en privatisant leurs profits. Nouveaux exemples.
Critique du plan de soutien Français
Je vous recommande vivement ce très bon papier de Marianne 2 qui dissèque le rapport de la Cour des Comptes sur le plan de soutien de la France aux banques. Nicolas Dupont-Aignan avait dénoncé les conditions accordées par le gouvernement, et notamment le fait de ne pas prendre de participations, accordant seulement une forme de prêt bonifié. Ce choix privait l’Etat de représentants au conseil d’administration, contrairement aux Etats-Unis et à la Grande Bretagne.
Mais outre le fait de priver l’Etat de tout moyen de pression sur les dirigeants des banques, Marianne raconte bien comment cela a privé l’Etat Français de belles plus-values. En effet, si le gouvernement prenait le risque de ne pas être remboursé, il a renoncé de manière incompréhensible à toute possibilité de gain sur cette aide. Il faut noter que si l’Etat avait pris une participation au capital, alors il aurait pu doubler sa mise, un gain pas inutile par les temps qui courent.
Les conséquences de la crise
Mais ce n’est pas tout. Les dirigeants de la planète « réfléchissent » aux conséquences à donner à la crise financière de l’automne 2008. Après 18 mois de réflexion, l’idée qui s’impose, au FMI comme à la Commission Européenne est une taxe sur les banques qui servirait à alimenter un fond de soutien en cas de nouvelles crises. En clair, rien ne sera fait pour éviter les excès passés, mais de l’argent devrait être mis de côté pour aider les banques à traverser les conséquences de leurs futures folies.
Les banques ne sont pas folles. Elles constatent bien que le crédit des Etats occidentaux est largement dégradé et qu’il ne sera peut-être pas possible de compter sur eux lors de la prochaine crise. Il est donc plus prudent, pour elles, de préparer une autre cagnotte. En outre, il est assez évident qu’elles trouveront le moyen de faire payer par leurs clients ce nouvel impôt en augmentant pour la énième fois les frais bancaires facturés aux entreprises et aux particuliers.
Heureusement, la prise de conscience pourrait créer un contexte politique permettant des réformes beaucoup plus radicales des institutions financières. Reste à savoir si cela aura lieu lors d’une nouvelle grande crise ou à froid, par le choix des peuples.
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14.03.2010
Frédéric Lordon contre la Bourse
Dans une interview sur Marianne 2, Frédéric Lordon revient sur sa proposition de fermer la Bourse. Après le système socialisé du crédit et le SLAM, voici une démonstration qu’un intellectuel peut aller au-delà du constat et proposer des solutions.
Un constat très juste
Il est évident que la radicalité de la proposition de Lordon pourra en rebuter plus d’un qui passeront sans doute leur chemin sans même prêter la moindre attention à son analyse. Et ce serait bien dommage. En effet, son constat est particulièrement juste. Beaucoup d’économistes ont montré aujourd’hui que la bourse ne finance plus les entreprises, dans le sens où le versement des dividendes et les rachats d’actions sont aujourd’hui beaucoup plus importants que le capital apporté par les marchés.
Frédéric Lordon souligne également que les exigences de rentabilité demandées par les marchés, toujours croissantes, sont malsaines. En effet, alors qu’on se contentait encore de 5% de rentabilité sur capitaux investis il y a quelques années, la norme est devenue aujourd’hui 15% et nul doute que, sans réforme du système, elle passera à 20, puis 25%... Enfin, la crise financière a bien exposé à quel point cette pression du marché pousse à des comportements court-termistes dangereux.
Frédéric Lordon propose donc une gamme croissante de contraintes à apporter à la Bourse pour éviter ses effets pervers : suppression de la cotation en continu et passage à un fixing mensuel, puis mise en place d’un SLAM (Shareholder Limited Authorized Margin), visant à mettre une limite fixe à la rémunération des actionnaires pour mettre fin à la course sans fin et mortifère vers toujours plus de profits. Enfin, il propose carrément la fermeture de la Bourse.
Une autre voie
Si je partage sans réserve l’analyse de la situation actuelle, je suis plus circonspect sur cette volonté de fermer la bourse qui me rappelle les analyses de Jean-Luc Gréau dans « L’avenir du capitalisme ». La même analyse l’avait également conduit à valoriser les fonds de Private Equity, avant qu’il revienne sur son opinion dans le livre suivant. Comme Frédéric Lordon le souligne lui-même, la Bourse n’a pas été un frein à un développement économique harmonieux pendant les Trente Glorieuses.
En outre, j’ai peur que la suppression de la Bourse ne revienne qu’à casser le thermomètre. En effet, les entreprises conserveraient une valeur, et s’il n’y a pas de marché officiel pour les coter, l’ingéniosité de l’homme y parviendra d’une autre manière. Pratiquement, je ne vois pas comment on pourrait interdire d’évaluer la valeur d’un actif ou son échange, à moins d’être dans un système communiste. En outre, il n’est pas sûr que cette perte de transparence soit au bénéfice de l’économie réelle.
Cependant, son analyse stimule la pensée sur les solutions à apporter pour que le monde financier ne soit plus une sangsue exploitant l’économie réelle à son profit. Le SLAM, ou un système de taxation progressif permettrait sans doute de mettre fin à la course sans fin aux profits. Une taxe Tobin significative (0.1 à 1% et pas le centième de pourcent évoqué par certains) sur l’ensemble des transactions financières réduirait la spéculation et ferait davantage contribuer le monde de la finance à la collectivité.
Frédéric Lordon fait un constat juste et lucide des carences de la bourse aujourd’hui. Si sa proposition de fermer la bourse me semble aller un peu loin, le SLAM, ou une variante couplé à une taxe Tobin pourraient remettre les marchés financiers à une place plus juste.
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