22.12.2010
La fin de l’euro provoquerait-elle une grave crise ?
Les mêmes qui promettaient des jours qui chantent avec l’euro affirment aujourd’hui qu’un retour aux monnaies nationales serait une catastrophe. C’est ainsi que Le Figaro se fait l’écho d’une sombre étude publiée par la banque ING quantifiant l’impact d’une sortie de l’euro.
Une apocalypse économique
Il n’y a pas d’autres mots pour qualifier le scénario décrit par Mark Cliffe, responsable de la recherche de la banque : baisse de 10% du PIB sur 3 ans, près de 14% de taux de chômage, un euro à 0,85 dollar, un litre d’essence à 1,75 euros. Pour lui, le franc dévaluerait de 15% par rapport au mark, et la lire de 25%, des chiffres en ligne avec ce que nous annonçons. En revanche, il annonce une dévaluation de 50% pour l’Espagne et jusqu’à 80% pour la Grèce.
En fait, le scénario annoncé s’inspire des évènements en Argentine en 2002, puisque le PIB y avait reculé de 10%, le chômage grimpant à 20%, la pauvreté à 40%, le peso étant dévalué de 72% ! Est évoquée également une pression à la baisse sur les prix et les salaires en Allemagne et en France et l’éventualité d’une conversion des dettes et créances qui étaient en euro favorisant les débiteurs plutôt que les épargnants. Enfin, la fin de l’euro serait la fin de l’Union.
Une vision caricaturale
Il est difficile de ne pas voir dans cet exercice une volonté de défendre à tout prix la monnaie unique plutôt qu’une analyse rationnelle de ce qui se passerait. En effet, l’article évoque les risques que nous prendrions si le « nouveau franc » venait à dégringoler par rapport à l’« ancien euro ». Pourtant, l’étude d’ING confirme nos prévisions selon lesquelles la parité du « nouveau franc » se retrouverait autour du point d’équilibre vis-à-vis de l’euro, en intermédiaire entre le mark et la lire.
En clair, personne de sérieux ne soutient aujourd’hui que le franc serait dévalué par rapport à l’euro. En outre, si la baisse de l’euro à 0,85 dollar est très forte, il faut noter qu’il y a un précédent puisque de début 1999 à fin 2000, l’euro était passé de près de 1,2 dollars à 0,825. Loin de pénaliser l’activité, cette dépréciation avait au contraire permis à la zone euro d’enregistrer sa plus forte croissance annuelle, 3.9% en 2000 et encore 2% en 2001, malgré le krach de la bulle Internet…
Une vision très partielle du cas Argentin
Il faut tout d’abord noter que le cas de l’Argentine est sans doute très extrême par rapport à ce qui se passerait en Europe. Par exemple, la fin de l’union monétaire en Tchécoslovaquie s’est passée de bien meilleure manière. En outre, le papier oublie de souligner que le pays traversait une grave crise depuis 1999 puisque son PIB avait reculé de 10% de 1998 à 2001, avant le défaut et la dévaluation. Et c’est la défense du lien avec le dollar qui avait provoqué cette crise.
Et si le défaut et la dévaluation brutale de début 2002 expliquent en grande partie la violente baisse du PIB de cette année là (-10%), il ne faut pas oublier que cela a permis ensuite à l’économie de rebondir vivement puisque le PIB a progressé de plus de 8% par an les trois années suivantes. En clair, le PIB 2004 était supérieur au PIB 2001. Du coup, on ne voit pas bien pourquoi le PIB reculerait sur trois ans en Europe, surtout pour les pays qui ne dévalueraient pas autant.
Si l’expérience Argentine a été douloureuse et présente des limites (persistance d’une forte inflation notamment), la dévaluation a permis de doubler les exportations de produits industriels et alimentaires de 2002 à 2006 et la croissance est restée forte depuis. Et dans le cas de la France, nous pourrions avoir les avantages de la sortie (hausse des exportations du fait de la dévaluation par rapport au mark et au dollar) sans les inconvénients (pas de défaut du fait de la stabilité du franc par rapport à l’euro).
Bref, une analyse rapide du scénario d’ING permet rapidement d’en pointer les grandes limites. Du coup, on peut se demander s’il n’exprime pas surtout le souhait de la banque que la monnaie unique poursuive son chemin et si ce scénario catastrophe n’est pas surtout destiné à faire peur.
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note | Tags : le figaro, ing, euro, mark cliffe, dévaluations, argentine



