24.08.2011

Affaire DSK : l’indécente réaction du PS

Hier, Dominique Strauss-Kahn a été libéré. Au bout d’un feuilleton judiciaire dont les rebondissements n’ont rien eu à envier aux séries hollywoodiennes, il ne sera même pas poursuivi au pénal. Mais le blanc-seing et le soulagement de certains socialistes ne sont pas sans poser de gros problèmes.

Un Dallas judiciaire qui n’épargne pas DSK

Même s’il n’est même pas jugé au pénal et même s’il ne l’était pas au civil, il serait bien abusif de le laver de tout soupçon. Certes, le procureur a préféré mettre fin à ce mauvais feuilleton judiciaire par manque de preuves et du fait de divergences dans les récits de Nafissatou Diallo. Mais, tout d’abord, le manque de preuves est fréquent dans les cas de viol et il est en revanche avéré que DSK a eu un rapport avec la femme de chambre en moins de dix minutes.

D’ailleurs, le procureur souligne que la brièveté de la relation ne plaide pas en faveur de DSK. Ensuite, si l’argument selon lequel la victime présumée aurait menti n’est  pas irrecevable, il faut tout de même souligner qu’il ne faudrait pas non plus accorder un passe-droit aux violeurs de personnes qui ont déjà menti dans leur vie. En outre, on peut imaginer que le choc d’un viol puisse quelque peu perturber sa victime, jusqu’à provoquer quelques contradictions dans le discours…

Bref, Dominique Strauss-Kahn n’est pas innocenté. Il ne sera pas jugé parce que le procureur a jugé trop aléatoire une procédure en pénal où il faut l’unanimité des jurés pour établir la culpabilité d’un accusé. Son rapport ne conclut pas clairement. En outre, toute cette affaire a fait ressortir le côté obscur d’un homme marié, qui, après avoir passé une partie de la nuit avec une call girl, a sauté sur une femme de ménage le lendemain matin, sans parler de l’affaire Banon.

Quand certains socialistes dérapent

C’est pourquoi on peut s’interroger sur les réactions d’un certain nombre de socialistes. Bien sûr, une partie de ces réactions peut être mise sur le compte de la proximité avec DSK. Mais tout de même, étant donné que DSK n’est pas clairement innocenté et qu’un fort doute subsistera sur ce qui s’est passé dans la suite de l’hôtel Sofitel, n’auraient-ils pas du essayer de travailler des éléments de langage plus prudents et moins triomphateurs, qui semblent, à tort, exonérer DSK de toute faute.

Bien sûr, il ne s’agit pas d’accabler leur camarade. Mais entre la mise en cause et certaines déclarations, il y a une grande marge. Comment Martine Aubry peut-elle se déclarer « très heureuse » de cette annonce, qui ne tranche pas définitivement la culpabilité de l’ancien patron du FMI ? Même François Hollande est allé jusqu’à se réjouir de « ce dénouement qui vient après trois mois d'une épreuve insupportable et de rebondissements qui ont été extrêmement durs à vivre ».

Manuel Valls va un peu vite en besogne en affirmant que « l'accusation insupportable de viol ne tenait pas la route ». Sur Marianne 2, Jack Dion a fait un excellent papier qui soutient que « les socialistes n’ont rien compris à l’affaire DSK ». A gauche, une voix a fait entendre sa différence, Marie-Georges Buffet qui a qualifié la décision de « mauvaise nouvelle pour la justice » et « pour les femmes » affirmant que « la vérité n’est pas dite ». Merci à elle de relever le niveau !

Je n’aime pas trop mélanger politique et faits divers, d’où la place relativement faible accordée à l’affaire DSK sur le blog. Je persiste à croire que l’attitude française sur la question est bien plus souhaitable que les excès anglo-saxons, mais uniquement en absence de délits ou de crimes. 

15.07.2011

Des présidentielles entre clarifications et complications

Avec l’élimination définitive de DSK et l’élection d’Eva Joly comme candidate pour les Verts, la situation semble se simplifier. Cependant, les incertitudes des primaires socialistes et de sondages très contradictoires compliquent encore l’analyse de la situation.

Sondages et complications

Coup sur coup, deux sondages ont été publiés et si certaines données sont cohérentes, ce n’est pas le cas d’autres points où les différences peuvent même sembler totalement aberrantes. En effet, les deux sondages (LH2 pour Yahoo et Ipsos pour France Télévisions) indiquent une remontée de Nicolas Sarkozy entre 21 et 24% selon les scénarios. De même, ils confirment l’avance des candidats socialistes sur le président sortant au premier comme au second tour.

Pourtant, pour Ipsos, les deux favoris des primaires socialistes font le même score (29%) alors que LH2 accorde 3 points de moins à la première secrétaire. Mais les deux s’accordent pour un second tour entre Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen en cas de candidature de Ségolène Royal, ce qui devrait définitivement plomber sa seconde tentative. Bizarrement, Ipsos voit Marine Le Pen stable entre 17 et 18% quand LH2 la voit en baisse de 2 à 5 points, entre 15 et 13%.

Pire, les deux sondages présentent des configurations contradictoires pour le centre. Pour LH2, François Bayrou prend les devants avec 10 à 11% (et même 13% avec Ségolène Royal) en gagnant 3 à 4 points, dépassant Jean-Louis Borloo alors qu’Ipsos affirme l’exact inverse, à savoir un essoufflement du président du Modem, à seulement 5% contre 7% pour Eva Joly et 8% pour l’ancien ministre de l’environnement. Les deux s’accordent sur la baisse de Villepin.

D’incertaines conclusions provisoires

Même si Nicolas Sarkozy remonte, ses scores demeurent extrêmement faibles car il est littéralement écrabouillé au second tour par les candidats socialistes et c’est bien lui qui reste menacé pour la présence au second tour. En outre, on ne voit pas bien comment il pourrait renverser la vapeur. Il n’est pas inintéressant de constater le plafonnement ou la baisse de Marine Le Pen, qui ne parvient clairement pas à dépasser l’étiage haut du Front National.

Toute la question réside dans la capacité d’émergence d’un quatrième homme, qui pourrait devenir le troisième, voir même le second. Si l’on croît LH2, François Bayrou pourrait espérer. En effet, il ne faut pas oublier qu’il était parti à 3/4 % en 2007 avant d’atteindre plus de 18% au premier tour. En outre, avec plus de 20% dispersé sur quatre candidats au centre, cet électorat pourrait se cristalliser sur un seul de manière à jouer la qualification pour le second tour.

A moins que la surprise ne vienne d’ailleurs. NDA et Jean-Pierre Chevènement restent faibles, mais c’est totalement logique étant donnée leur faible présence médiatique. Pourtant, leurs idées sont aujourd’hui de plus en plus populaires, comme l’a montré le sondage sur le protectionnisme ou le référendum sur le TCE. Du coup, ils pourraient bien être les surprises de cette élection. Et la jeunesse du président de Debout la République pourrait bien en faire la révélation de 2012.

Si le rejet de Nicolas Sarkozy est confirmé, le maintien du Front National à la périphérie de notre vie politique semble bien confirmé malgré tous les efforts de Marine Le Pen. La surprise viendra-t-elle alors du centre et de son unification ou d’un candidat alternatif ? Le contexte exige théoriquement le second…

07.07.2011

Quand la mondialisation rend la « gauche » antisociale

Hier matin, Manuel Valls était l’invité de Jean-Michel Apathie. Connaissant bien son hôte, il a entamé un couplet sur le nécessaire équilibre des finances publiques, allant même jusqu’à dire qu’il n’était pas réellement possible de financer les emplois jeunes du programme socialiste…

Les « socialistes » antisociaux

La mondialisation néolibérale et la crise placent les gouvernements de gauche dans une drôle de position. C’est un gouvernement socialiste qui fait le sale travail demandé par la troïka technocratique FMI / BCE / Commission Européenne en Grèce. Idem au Portugal. Le gouvernement de Zapatero cherche désespérément à protéger le crédit de son pays auprès des investisseurs. En France, des candidats aux primaires socialistes promettent du sang et des larmes.

Les tenants de la globalisation néolibérale se féliciteront de ce ralliement de la « gauche » à une forme de « réalisme ». Mais cette conversion (qui remonte à 1983 en France) démontre trois choses. Tout d’abord, que sur les questions économiques, il devient bien difficile de distinguer le discours de l’aile modérée du PS de celui de l’UMP. Qui peut croire aujourd’hui que François Hollande ou Manuel Valls sont très différents d’Alain Juppé ou François Fillon ?

Ensuite, cela pose le problème du débat démocratique. En effet, en matière économique, les Français se retrouvent à choisir entre bonnet blanc et blanc bonnet, ce qui n’est pas sain. Enfin, cela démontre que la mondialisation et l’effacement des frontières conduit à réduire le champ des possibles démocratiques, ce qui revient à dire que seul un rétablissement des frontières (sans tomber dans l’autarcie bien sûr) nous permettra de reprendre notre destin en mains.

Du « care » au « racisme social »

La première réaction de la gauche était merveilleusement résumée par le « care » de Martine Aubry. Non seulement cet anglicisme démontrait une soumission à l’ordre économique anglo-saxon. Mais en outre, il illustrait bien le rôle que voulait jouer le PS dans cette jungle qu’est la globalisation néolibérale : une infirmière qui va cajoler les pauvres Français avec de gentilles allocations ou des emplois publics. L’assistance comme un contrepoids à la globalisation.

Malheureusement, si cette politique était possible de 1997 à 2002 quand il y avait une « cagnotte » et que l’euro valait moins d’un dollar, aujourd’hui, le contexte financier est beaucoup plus dur, avec une dette qui atteint 85% du PIB. Du coup, plutôt que de remettre en cause la libéralisation de la finance, du commerce ou l’euro, certains « socialistes » semblent prêts à se transformer en petits soldats sans pitié de la globalisation, dans un tête-à-queue idéologique absolument incroyable.

La fondation Terra Nova, bien consciente du divorce définitif que cela devrait provoquer avec les classes populaires, a donc théorisé une nouvelle stratégie électorale pour la « gauche », abandonnant carrément les ouvriers et les exclus du système au Front National pour privilégier les « inclus » et déplacer le débat sur les sujets de société. Jean-François Kahn vient de signer une remarquable tribune dans le Monde fustigeant cette évolution qu’il qualifie de « racisme social ».

Le Général de Gaulle aurait dit « qu’il n’aimait pas les socialistes parce qu’ils n’étaient pas socialistes » (et « les siens parce qu’ils aimaient trop l’argent »). Encore une fois, ses paroles ne prennent pas une ride et traversent le temps comme les prophéties d’un homme qui savait anticiper l’avenir.

12.06.2011

L’illusion présidentielle de Nicolas Sarkozy

L’élimination de Dominique Strauss-Kahn a provoqué une vague d’optimisme au sein de l’UMP, d’autant plus que le président remonte légèrement dans les sondages. Mais un sondage récent commandé par Marianne amène à fortement relativiser ce sentiment.

Le paradoxe Sarkozy

Le sentiment des Français tel qu’il est rapporté par le sondage est extrêmement paradoxal. En effet, alors que 70% des Français ne souhaitent pas que Nicolas Sarkozy soit réélu (et seulement 28% qui le souhaitent), 57% de nos compatriotes pensent qu’il sera élu ! Il est assez paradoxal qu’une majorité aussi écrasante exprime sa volonté que le président ne soit pas réélu alors qu’une nette majorité pense qu’il le sera. Cela peut exprimer la faiblesse de l’opposition.

Pourtant, François Hollande est donné gagnant avec 60% au second tour (58% pour Martine Aubry). Bref, les Français n’aiment pas du tout le président de la République mais pense quand même qu’il devrait être le meilleur candidat de la campagne à venir. Au final, si elle persistait cette  configuration pourrait encore renforcer le candidat socialiste. En effet, Nicolas Sarkozy conserve paradoxalement la position de favori et les socialistes sont dans la confortable position d’outsider.

La défaite en chantant ?

Mais la position du chef de l’Etat telle qu’elle apparaît aujourd’hui est très faible. Avec 70% des Français qui ne souhaitent pas qu’il soit réélu (53% qui ne le souhaitent pas du tout !), une simple campagne contre l’équipe sortante pourrait bien amener les socialistes au pouvoir s’ils ne font pas de bêtise. La marge dont ils disposent aujourd’hui est tout simplement colossale et inédite à un an de l’élection, comme l’illustre les sondages pour le second tour.

Si on ne peut pas exclure que les socialistes fassent une mauvaise campagne et que Nicolas Sarkozy soit plus professionnel, le maintien de sa stratégie de droitisation, qui a pourtant provoqué une hémorragie d’électeurs UMP vers le FN démontre tout de même les limites d’un président qui ne se remet pas suffisamment en cause et qui vit dans une bulle, à la manière de VGE en 1981. Pire, il deviendra le candidat du passif loin de sa posture commode de 2007.

Bref, il semble bien que Nicolas Sarkozy se dirige vers une défaite sévère l’an prochain. Bien sûr, les socialistes peuvent encore perdre l’élection, mais il faudrait un sacré concours de circonstances pour perdre cette élection alors que 70% des Français veulent qu’il ne soit pas réélu.

28.05.2011

François Hollande, mi Royal 2006, mi Chirac 1994

Cette semaine, François Hollande était l’invité du Grand Journal et de nombreux plateaux. Celui qui est devenu le favori des sondages pour les primaires socialistes est l’attention de tous les médias. Mieux, l’opposition des hiérarques socialistes pourrait l’aider dans sa quête du pouvoir.

Favori malgré lui

Le parcours de François Hollande est une vraie surprise. Je n’étais pas le dernier à le traiter avec dédain avec son régime largement médiatisé. Mais l’élimination de Dominique Strauss-Kahn le met en position de favori. En effet, Martine Aubry, pour s’être trop effacé derrière l’ancien patron du FMI, n’a pas démontré la même envie que son prédécesseur rue de Solférino. Ségolène Royal semble démonétisée et les autres semblent compter pour du beurre pour l’instant.

Par une sacrée ironie de l’histoire, François Hollande se retrouver dans la même position que son ex compagne il y a cinq ans. En effet, il est en tête des sondages, mais suscite l’opposition de la majorité des hiérarques socialistes, qui multiplient les attaques contre lui, avec un mépris assez incroyable si on en croît les révélations publiées par la presse. Martine Aubry, Laurent Fabius, Arnaud Montebourg et les strauss-kahniens semblent le détester cordialement.

Mais François Hollande me fait penser à quelqu’un d’autre : le Jacques Chirac de la pré campagne présidentielle de 1995. En effet, on retrouve chez lui le corrézien sympathique qui n’attaque pas les concurrents. Alors que beaucoup de socialistes lui tirent dessus de manière bien peu élégante, François Hollande refuse de rentrer dans la polémique et dit qu’il estime tous ses camarades (même Martine Aubry) et qu’il aura besoin de tout le monde à l’avenir.

Peut-il aller jusqu’au bout ?

A priori, faire la course en tête est éprouvant, surtout en affrontant la majorité des éléphants et la première secrétaire. Mais, après tout, c’est ce qu’avait réussi Ségolène Royal en 2006, avec un grand succès puisqu’elle avait littéralement écrasé DSK et Fabius au premier tour de la primaire. En outre, la position de premier secrétaire n’avait pas aidé Henri Emmanuelli en 1994. Et même si Ségolène Royal soutient in fine Martine Aubry, cela pourrait paradoxalement l’aider.

En effet, cette opposition de hiérarques peu appréciés peut l’aider en lui donnant l’image d’un « outsider », lui, l’apparatchik socialiste. Ce serait le moyen pour les Français de faire la nique aux dirigeants du Parti Socialiste. Et il faut dire que certains auraient mieux fait de se taire en évoquant le besoin d’une candidature unitaire et en appelant François Hollande à se retirer devant Martine Aubry. A quoi serviraient des primaires si elles sont pipées par des arrangements ?

François Hollande a de vraies carences mais ses faiblesses (le côté trop sympathique, trop « normal ») pourraient être un gros avantage face à la présidence mercuriale, désordonnée et égotique de Nicolas Sarkozy. Face à la machine professionnelle, mais froide, cynique et malhonnête de l’Elysée que les Français ne croient plus, la France pourrait bien se donner à cet élu un peu provincial et sympathique qui a beaucoup enduré, le fils socialiste de Jacques Chirac.

Certes, le costume de président pourrait paraître un peu grand, mais c’est déjà largement le cas avec le Narcisse de l’Elysée. Le cap de la primaire socialiste ne sera pas une sinécure, mais l’alliance des éléphants contre lui pourrait finalement l’aider dans sa conquête du pouvoir.

19.05.2011

Les conséquences politiques de l’affaire DSK

L’élimination désormais quasiment certaine du favori de l’élection présidentielle de 2012 bouleverse la donne. Quelles pourraient être les conséquences pour le paysage politique, au Parti Socialiste, comme pour l’élection qui aura lieu dans onze petits mois ?

François Hollande, nouveau favori au PS

Les évènements récents nous ont permis de clarifier ce qui se tramait réellement au PS. Les journalistes de Marianne, qui avaient vu Dominique Strauss-Kahn fin avril, ont confirmé qu’il était bien candidat, comme Manuel Valls lundi matin sur RTL. Le Figaro affirme même que Ségolène Royal avait prévu de le rallier, du fait de la persistance de ses mauvais sondages, ce qu’elle dément aujourd’hui (mais peut-elle faire autrement ?). Cette fois, j’avais bien anticipé les choses.

Les sondages le disent : l’ancien premier secrétaire est désormais en pôle position pour la nomination socialiste. Bien sûr, le camp qui soutenait DSK regorge de candidats potentiels : Martine Aubry, Laurent Fabius, voir même Bertrand Delanoë. Mais François Hollande dispose désormais de deux atouts majeurs. Tout d’abord, il est parti le premier et a démontré une volonté plus forte que nombre de ses rivaux, qui étaient prêts à s’effacer derrière le patron du FMI.

Mais surtout, l’association de ses rivaux avec ce dernier pourrait se révéler radioactive et faire de Hollande le nouveau sauveur des socialistes. En effet, Martine Aubry semblait prête à confier la France à DSK et si ce dernier n’est pas innocenté, il est difficile d’imaginer que cela n’ait pas de conséquence sur le jugement que les militants porteront sur les soutiens de Dominique Strauss-Kahn. Bref, François Hollande a sans doute pris un avantage encore plus décisif qu’on ne le pense.

Une présidentielle bouleversée ?

Cet événement pourrait contribuer à rendre la présidentielle plus ouverte. En effet, le PS pourrait en sortir affaibli, surtout si le parti se déchire entre de multiples candidatures et une campagne dure entre les différents protagonistes. L’affaiblissement des socialistes pourrait alors renforcer Nicolas Sarkozy, dont la réélection semble moins improbable. Mais elle pourrait également avoir des conséquences pour le centre politique, Bayrou, Borloo, Villepin et les Verts.

En effet, DSK était un candidat redoutable pour le centre dans la mesure où il était beaucoup plus fort auprès de cet électorat que dans l’électorat populaire. On pouvait penser qu’il allait totalement éclipser (voir rendre totalement inutile) les candidats centristes, dissuadant notamment Dominique de Villepin d’y aller. A priori, le paysage devient un petit peu plus favorable à ces candidats, même si une candidature de Martine Aubry leur serait encore plus favorable.

François Hollande ne semble pas autant à même d’attirer l’électorat centriste que DSK. Il est perçu comme un peu plus à gauche que le patron du FMI (ce qui n’est pas difficile), même si ses idées sont très proches. Il sera sans doute un peu moins crédible. En revanche, sa personnalité, plus modeste, et moins dépensière, le rapproche d’un François Bayrou et devrait renvoyer Nicolas Sarkozy à son image « bling bling » qu’il espérait pouvoir modérer face à DSK…

Pour les alternatifs, cela ne change pas forcément grand chose. Si le Parti Socialiste choisit François Hollande, il s’agira d’un candidat exactement sur la même ligne idéologique que DSK, un social libéralisme compassionnel complètement à côté de la plaque par rapport aux enjeux économiques actuels. Et si le centre s’en trouve enhardi, cela n’est pas forcément gênant. La multiplication des candidats de la pensée unique pourrait servir les vraies alternatives, comme NDA.

Bien sûr, il est assez aventureux de faire des pronostics aussi rapidement, mais je crois que François Hollande a désormais toutes les chances de s’imposer comme candidat du Parti Socialiste. Au global, la campagne présidentielle m’en semble un petit peu plus ouverte. 

16.05.2011

Mauvais films politiques

Hier matin, la nouvelle est tombée, stupéfiante : Dominique Strauss-Kahn a été arrêté par la police étasunienne et inculpé pour « agression sexuelle ». Même s’il convient de respecter la présomption d’innocence, cet événement bouleverse la vie politique Française.

La descente aux enfers de DSK

Il y a à peine un mois, DSK était encore l’immense favori des sondages pour la primaire socialiste et pour la présidentielle. Rien ne semblait devoir arrêter celui qui se contentait de quelques signaux pour indiquer qu’il était bien intéressé sans pour autant véritablement rentrer en campagne, de manière à rester en fonction au FMI. Aucun rival socialiste n’avait émergé, Martine Aubry et Ségolène Royal se faisant distancer alors que François Hollande restait loin. Il semblait déjà presque élu.

Dans une séquence d’à peine quelques jours, la situation a été complètement bouleversée. François Hollande, longtemps soutenu par les médias, a fini par percer et devenir son principal rival, non sans un certain succès. Mais c’est surtout une série de trois scandales qui semblent pouvoir aujourd’hui abattre le favori d’hier. Cela a commencé par la Porsche de son conseiller en communication, puis par des « révélations » sur son train de vie.

Puis, le point culminant a été atteint hier avec son arrestation pour « agression sexuelle ». Cela peut rappeler le printemps 2006 où la candidature Villepin avait été définitivement hypothéquée par les protestations contre le CPE et l’affaire Clearstream, qui avait suivi. Ce rebondissement digne d’un film de Hollywood semble avoir de bonnes chances d’abattre la candidature de DSK tant il semble improbable que l’affaire soit réglée avant les primaires.

Un climat étouffant

Et mercredi sort le film « La conquête », sur l’accession au pouvoir de Nicolas Sarkozy. Entre cinéma et réalité, tout se brouille, la politique semble être devenue un mauvais film dont on peut désormais attendre tous les rebondissements. J’avais préféré ne pas parler de la Porsche car même s’il s’agit d’une grosse erreur de communication de la part d’un conseiller en… communication, je ne pense pas que cela ait le moindre intérêt dans le débat public.

L’UMP avait sauté dessus de manière bien indécente, eux qui soutiennent un président qui avait annoncé vouloir se retirer pour « habiter » la fonction au soir du second tour, et qui avait fini sur le yacht de Vincent Bolloré. Quand des aveugles se moquent d’un borgne… La polémique sur son train de vie est aussi assez nauséabonde : oui, lui et sa femme ont de l’argent. Mais cet étalage (contesté par DSK, qui a porté plainte contre France Soir) est-il bien républicain ?

Aujourd’hui, les cartes politiques sont rebattues. Si DSK est très rapidement innocenté et qu’il le veut vraiment, il n’en reviendra que plus déterminé que jamais et pourrait s’en remettre. L’affaire Markovitch n’avait pas empêché Georges Pompidou en 1969. Mais, là, le scandale atteint des proportions inédites qui semblent lourdement hypothéquer ses chances. François Hollande pourrait bien tirer les marrons du feu étant donné le manque de leadership de Martine Aubry.

Quelle triste affaire en tout cas, quelle qu’en soit l’issue. Après quatre ans d’une présidence qui a lourdement déçu les Français, la vie politique Française vient de sombrer dans le fait divers glauque.

03.05.2011

Le mauvais procès fait à Laurent Blanc

C’est peu de dire que les révélations du site Médiapart ont créé un emballement médiatique assez incroyable aboutissant à la suspension d’un dirigeant de la FFF et aux excuses du sélectionneur national. Mais cette polémique a été l’occasion de nombreux abus.

Les deux questions posées par la FFF

Lors de cette réunion de novembre 2010, deux questions semblent avoir attiré l’attention des dirigeants du football Français. La première est celle des binationaux formés par la FFF qui choisissent de défendre d’autre pays comme Didier Drogba ou Ludovic Obraniak. Pour le coup, il semble parfaitement légitime que la FFF se pose des questions sur les moyens de limiter le nombre de joueurs formés en France qui peuvent aller jouer à l’étranger et donc des quotas ou toute autre mesure.

La deuxième question qui semble avoir fait l’objet d’un débat est celle du profil physique des joueurs sélectionnés. Il semblerait que les critères actuels favorisent les jeunes les plus athlétiques, au contraire d’une filière espagnole, qui valorise la technique et l’agilité, avec le succès que l’on sait. Certains dirigeants auraient évoqué le fait que les premiers critères favorisaient les joueurs noirs.

Un traitement médiatique très différencié

Cette affaire constitue un cas d’école dans le traitement de l’information. Certains, comme le Monde ou Libération, ont évoqué des quotas raciaux, mélangeant les deux discussions pour dénoncer le racisme supposé des dirigeants du football Français. En revanche, TF1, dimanche soir, a évoqué la problématique des binationaux de manière équilibrée, rappelant ceux qui avaient choisi la France (Trézéguet) et ceux qui avaient choisi un autre pays (Drogba, …).

Pour le coup, il est profondément malhonnête de la part de certains journalistes de mélanger les deux discussions pour parler de quotas ethniques alors que la discussion sur les quotas ne concernait que les binationaux. En outre, les extraits (partiels) des conversations démontent les gros titres faits par Médiapart, comme le note RTL. Il est difficile de ne pas y voir une volonté de créer un bon gros scandale pour faire du bruit, comme le soutient justement Romain Pigenel.

Il est atterrant de voir la réaction de Chantal Jouanno qui parle de « propos graves » et soutient qu’il y aurait d’autres solutions pour régler le problème des binationaux tout en parlant de manière totalement contradictoire « d’exporter notre savoir-faire ». Pour elle, il n’est sans doute pas grave que la France paie en partie la formation de joueurs qui vont briller dans d’autres sélections et que cela limite également le nombre de joueurs formés pour notre sélection nationale… Martine Aubry a cédé bien facilement à la polémique en jugeant « inacceptable, terrifiant et imbécile » la question des quotas. Rien que cela !

Beaucoup trop de bruit pour rien

En fait, dans les extraits rapportés par Médiapart, Laurent Blanc précise bien qu’il n’y a aucune connotation raciste dans ses propos mais qu’il trouve anormal que la France forme des joueurs qui jouent après pour d’autres pays, ce qui semble être du simple bon sens. Il semble franchement abusif de lui faire un procès en racisme, comme le souligne David Desgouilles.

Enfin, il faut rappeler qu’il s’agissait d’une discussion privée, qui n’avait pas lieu d’être révélée ainsi au grand public. Si certains propos ont été maladroits et ont pu heurter certaines personnes, il faut rappeler qu’ils n’étaient pas tenus en public, mais dans le cadre d’une réunion de travail, ce qui est forcément l’occasion de simplifications et de propos un peu moins policés que devant les médias.

Bref, cette polémique est tout à fait ridicule. Les antiracistes peu précautionneux ont contribué à affaiblir leur cause en montant sur leurs grands chevaux pour des propos qui ne méritaient pas tout le foin qui a été fait. Oui, il faut lutter contre le racisme. Mais, si certaines de ces discussions privées (et qui n’avaient donc pas à être étalées de la sorte) peuvent sembler maladroites prises hors de leur contexte, elles ne sont pas condamnables.

Et face au déluge de réactions aberrantes de la part du Parti Socialiste comme du gouvernement, il faut remercier Nicolas Dupont-Aignan, le seul homme politique à avoir justement apporté son soutien à Laurent Blanc, en dépit de la vendetta irrationnelle d’une partie des médias.

22.03.2011

Cantonales : une répétition pour 2012 ?

Dimanche, une petite moitié des Français appelés aux urnes ont voté pour les élections cantonales. Un scrutin qui confirme les sondages : une déception générale de la politique illustrée par l’abstention,  l’UMP au plus mal, un PS devant par défaut et une percée spectaculaire du FN.

Une confirmation des sondages

Finalement, le vote des Français démontre que les derniers sondages ont du sens. Je vous invite à vous rendre sur le blog de Laurent de Boissieu qui présente un historique des résultats aux élections cantonales, en analysant les résultats de 2004 et de 2008. La percée du FN n’en prend que plus de relief : 15%, soit trois fois plus que les 5% en 2008, dépassant le record de 2004 (12%). En outre, le score moyen monte à 19% dans les cantons où il est présent.

Parallèlement, le score de l’UMP est désastreux : 22% avec la majorité (17% stricto sensu), contre 25% en 2004 et 2008. Le total de la droite (qui inclut des partis d’opposition comme DLR, qui a signé quelques beaux résultats), ressort à 31% contre 37% en 2004 et 41% en 2008 ! Le score du PS est médiocre (25% ou 32% avec les divers gauche), soit moins qu’en 2004 (33.5%) et en 2008 (35%). La gauche de la gauche se maintient à 9%, les Verts doublent leur score à 8%.

Bref, le résultat est assez clair : un désastre absolu pour la majorité présidentielle qui perd dix points en seulement trois ans, au profit intégral du Front National. Le vote des Français est net : ce que perd l’UMP est directement récupéré par le Front National. Le Parti Socialiste ne profite qu’indirectement de la déconfiture des troupes de Nicolas Sarkozy, signe qu’il ne convainc pas du tout les Français puisque les écologistes lui grignotent même quelques électeurs.

L’UMP, entre déni et ubuesque

Il faudra un jour que quelqu’un dise à Nicolas Sarkozy à quel point les éléments de langage qu’il transmet à ses équipes sont totalement grotesques. Le ministre de l’intérieur n’a vraiment pas eu peur du ridicule en additionnant les voix de tous les divers droite à celles de l’UMP mais sans le faire pour le Parti Socialiste, permettant à Martine Aubry et Marine Le Pen d’attaquer cette présentation malhonnête des choses. En niant la réalité, ils perdurent dans l’erreur…

La position présentée par Jean-François Copé pour les seconds tours PS/FN a sans doute atteint le comble du ridicule. En refusant d’appeler à faire barrage au FN tout en indiquant qu’il appelait à ne pas voter pour eux, l’UMP parvient l’exploit de se fâcher avec tout le monde en boycottant le parti de Marine Le Pen, qui n’est pas véritablement moins ostracisé tout en ne rendant pas son pareil à la gauche qui a indiqué clairement qu’elle soutenait l’idée de Front Républicain.

Se faisant, si Copé est devenu le menuisier en chef de la langue de bois, au lieu de l’arrêter, sa position est contredite ou complétée de manière anarchique par ses troupes entre un Xavier Bertrand qui indique qu’il votera blanc et une Valérie Pécresse qui dit qu’elle fera barrage au Front National, tout comme François Fillon. Bref, beaucoup ne suivent pas la position ubuesque proposée par le Secrétaire Général de l’UMP qui semble décidemment jouer la défaite en 2012.

Bref, entre une majorité largement désavouée et perdue dans des discours inaudibles et un Front National qui récupère tous les déçus de Nicolas Sarkozy, le Parti Socialiste devrait gagner par défaut, sans le moindre enthousiasme des Français, faute de mieux.

06.03.2011

Marine Le Pen, fille de Nicolas Sarkozy et du PS

Aujourd’hui, un sondage du Parisien donne Marine Le Pen en tête du premier tour, avec 23% des voix, contre 21% à Nicolas Sarkozy et Martine Aubry. Quelles peuvent être les conséquences de l’ascension du Front National ?

Recomposition au sein des grands partis

Tout d’abord, il faut dénoncer l’indécence de Martine Aubry qui attribue la montée du FN au seul Nicolas Sarkozy. Bien sûr, le président est en partie responsable (débat sur l’identité nationale, sur l’immigration, réforme de l'ISF, bilan de son quinquennat…), mais le PS aussi, par-delà le rôle de François Mitterrand qui dans les années 1980. Le fait que le FN devance le PS démontre les immenses carences des socialistes, leur absence de crédibilité et la vacuité de leur discours.

L’ascension de Marine Le Pen va simplifier la donne au sein des grands partis. Le PS va forcément choisir le candidat qui semble offrir la meilleure chance d’être au second tour, DSK. Tout autre choix reviendrait à prendre le risque d’être éliminé dès le premier tour. Certes, il perdra à gauche, mais il mordra sur l’électorat du centre. Martine Aubry risquerait, elle, de perdre des deux côtés. Mieux, il semble probable que les Verts renonceront à une candidature dans un tel contexte.

A droite, cela pourrait renforcer Nicolas Sarkozy, qui dispose d’un socle de fidèles plus solide pour passer le premier tour, contrairement à ses rivaux. En outre, qui voudrait aujourd’hui y aller à la place du président sortant, qui de toutes les façons, a sans doute déjà fait son choix, comme il transparaît depuis l’automne ? Du coup, il sera aussi plus difficile pour Dominique de Villepin d’y aller, coincé entre DSK et Bayrou, et qui pourrait être accusé de faire le jeu du PS et du FN…

Le FN, l’assurance-vie du PS et de l’UMP

Certes, il serait très humiliant pour les partis qui se partagent le pouvoir d’être éliminés par le Front National du second tour de la présidentielle. Cependant, le Parti Socialiste y a survécu, sans la moindre remise en question. Après tout, l’irruption du FN dans la vie politique de notre pays il y a trente ans n’a rien changé à la bipolarisation du pouvoir. Certes, il y a trois pôles électoraux, mais le pouvoir ne peut être pris que par les socialistes ou l’UMP quelques soient les circonstances.

Mieux, le Front National est le moyen de teinter de manière suspecte toute idée un peu alternative qu’il reprend à son compte : la critique de l’europe ou de l’euro, le protectionnisme, l’idée de frontières… Et son poids rend plus difficile l’émergence d’une alternative républicaine. Que serait devenue la candidature Chevènement sans la présence de Jean-Marie Le Pen en 2002 ? Nul ne le sait… Ce parti protestataire est paradoxalement devenu l’assurance-vie du système.

Une opportunité pour les alternatifs ?

Certains pourront se décourager devant la percée de Marine Le Pen et estimer que NDA, Chevènement ou Mélenchon sont condamnés à des seconds rôles en 2012. Et si c’était le contraire ? Après tout, sa percée dans les sondages reflète deux choses : le ras-le-bol des Français à l’égard des socialistes et de l’UMP mais aussi sa présence médiatique beaucoup plus importante que celle des alternatifs républicains. Or ce second point changera en 2012.

La campagne présidentielle leur permettra d’émerger car le temps de parole des petits candidats est important. Du coup, les Français découvriront qu’il existe des alternatives républicaines à l’UMPS et qu’ils ne sont pas obligés de voter pour un parti extrémiste. Mieux, tout le système médiatique, effrayé par la montée en puissance du FN, pourrait finir par se demander s’il ne serait pas mieux de nous donner un peu plus la parole pour que le FN ne représente pas seul l’alternance.

Marine Le Pen est peut-être le Chavez (de droite) de notre pays. A tous les Lula de se battre pour montrer aux Français qu’il y a d’autres réelles alternatives possibles à l’UMP et au PS car à court terme, elle ne peut pas accéder au pouvoir. Et à moyen terme, qui le souhaite vraiment ?