14.07.2011

Alerte à la bulle immobilière en France

Même si les prix ont continué d’augmenter à Paris, le marché de l’immobilier commence à donner des signes de retournement en France. Toute la question est : y a-t-il un risque de krach, comme nous en avons connu de 1991 à 1998 ?

La France, championne d’Europe de la bulle immobilière

The Economist vient en effet de publier son indice trimestriel des prix immobiliers, où il ressort que la France affiche la troisième plus forte progression avec une hausse des prix de 8.7%, devancée seulement par Hong Kong et Singapour. La hausse des prix a considérablement ralenti en Chine, à 3.9%, sous l’effet des nombreuses mesures prises par les autorités de Pékin. Beaucoup de marchés européens (Grande-Bretagne, Italie, Espagne) sont orientés à la baisse.

Mais le plus inquiétant reste l’indicateur d’évaluation des prix par rapport aux loyers. Il ressort de cet indice que la France est le troisième marché le plus surévalué au monde derrière Hong Kong et l’Australie. Les prix seraient ainsi 48% supérieurs au ratio de long terme avec les loyers. Le marché chinois ne serait surévalué que de 14%, l’Espagne et la Grande-Bretagne de 39 et 28% encore, les Etats-Unis ayant atteint un certain équilibre après une baisse des prix de plus de 30%.

Faut-il craindre un krach immobilier ?

Le marché immobilier parisien présente des caractéristiques inquiétantes : les prix du mètre carré ont pris la bagatelle de mille euros en six mois, pour atteindre un nouveau sommet 235% plus élevé qu’en 1998 ! Pire, entre temps, les taux sont remontés d’à peine plus de 3% à près de 4%, renchérissant plus encore le coût complet d’achat. Enfin, le niveau des transactions a diminué, signe classique d’un retournement de marché. Bref, tous les indicateurs passent au rouge.

D’ailleurs, les prix sont repartis à la baisse dans certaines régions et même le Centre d’Analyse Stratégique, qui dépend de Matignon, affirme : « les encours totaux de crédit (…) ont doublé entre 1999 et 2010. (…) Il semble aujourd'hui probable que les anticipations à la hausse des prix immobiliers créent une bulle sur le marché immobilier français ». Si les taux longs continuent à progresser, alors le marché immobilier pourrait bien se retourner de manière assez violente.

Plus que jamais, la situation économique semble instable. Les marchés immobiliers présentent de gros risques. En fait, il est malheureux d’avoir créé autant de déductions fiscales qui ne font qu’alimenter des bulles et donc monter les prix, réduisant à néant les aides étatiques.

05.11.2010

Remaniement : Nicolas Sarkozy dans les pas de Mitterrand ?

 

Cela fait des mois que le président de la République chercher à tenir en haleine le pays avec le remaniement ministériel qui devrait avoir lieu ce mois-ci. Petit point sur les dernières spéculations.

Un vrai soap-opéra

Dans un premier temps, le président ne semblait pas pouvoir se passer de son premier ministre, qui a tant enduré et que les Français apprécient. Puis, le locataire de Matignon a semblé entamer une tournée d’adieu en se permettant même quelques pics contre son patron. Ce dernier a alors lancé plusieurs pistes pour son remplacement maris un grandissime favori a rapidement émergé, Jean-Louis Borloo, qui pourrait incarner un virage plus social rendu nécessaire par le conflit sur les retraites.

Malheureusement, malgré le capital sympathie de ce dernier, les Français persistent à lui préférer largement l’actuel hôte des lieux et sa gestion controversée des pénuries d’essence renforce les craintes sur sa capacité à tenir le poste. Du coup, François Fillon semble indiquer que finalement il est disponible et il reçoit alors l’appui de nombreux députés et ministres. Le suspens devrait prendre fin dans quelques semaines avec la nomination du nouveau gouvernement.

Pourquoi une telle manœuvre ?

Si François Fillon est finalement reconduit, on ne saura jamais si l’option Jean-Louis Borloo était réelle ou seulement destinée à entretenir un faux suspens pour donner une impression de surprise au maintien du locataire actuel. Mais il est quand même assez peu probable que le maintien du premier ministre permette de donner un nouveau souffle au quinquennat. Quand à Jean-Louis Borloo, l’écart de popularité avec le président risque d’être encore plus grand qu’aujourd’hui.

Cependant, ce dernier reste une option sérieuse pour trois raisons. Tout montre qu’il s’y prépare, sa présence pourrait être remise en question s’il n’est pas promu et il pourrait contribuer utilement au recentrage de l’image du président. La seule autre solution serait d’opter pour l’effet de surprise avec la nomination d’un lieutenant fidèle (Hortefeux, Guéant ou Châtel). Après des semaines passées sur un faux duel Fillon-Borloo, le président pourrait surprendre. Mais pour quel bénéfice ?

Et si la séquence qui vient de se dérouler renforçait finalement les deux grands favoris ? Un autre choix de la part d’un président impopulaire reviendrait à refuser deux personnalités qui bénéficient d’une bonne image dans l’opinion. Du coup, ils sont sans doute à juste titre les deux grands favoris.

 

05.10.2009

L’après Fillon a commencé

Même si le « pendant Fillon » ne semble jamais avoir commencé, il semble que l’après régionales soit le moment choisi par Nicolas Sarkozy pour changer de locataire à Matignon, afin de préparer la dernière ligne droite en vue des élections présidentielles de 2012. Petite revue des prétendants.

Les 6 prétendants du Figaro

Cette revue d’effectif lancée par le premier soutien à  l’action du président de la République est sans doute un ballon d’essai téléguidé par l’Elysée de manière à tester les réactions des médias. Les six noms proposés ne sont guère enthousiasmants. Christine Lagarde, pourtant longtemps surnommée « Christine Lagaffe » suite à ses nombreuses déclarations médiatiques maladroites (prendre le vélo comme solution à la hausse des prix du pétrole…) ne semble vraiment pas avoir l’épaisseur politique suffisante.

Jean-Louis Borloo a de grands atouts mais est-il apte pour le poste ? Eric Woerth semble également un peu léger pour le poste. Je ne parle même pas de Luc Châtel, qui, s’il est aujourd’hui ministre de l’éducation, paraît également bien léger pour Matignon. Quand à Eric Besson, il s’agit sans doute d’une blague destinée aux socialistes. Seul Brice Hortefeux semble finalement une hypothèse crédible, d’autant plus que les seconds premiers ministres sont en général des fidèles parmi les fidèles.

Chéri, j’ai rétréci Matignon

Il est clair que si Nicolas Sarkozy choisit un des cinq premiers, la transparence du premier ministre risque de s’accentuer encore davantage. Aucun n’a de poids politique suffisant pour exister en dehors de Nicolas Sarkozy tout en ne faisant pas partie du premier cercle du président, ce qui les mettrait dans une position encore pire que celle de François Fillon. Mais cette hypothèse ne me semble pas probable dans la mesure où le président-candidat voudra sans doute s’appuyer sur Matignon pour sa campagne.

Dès lors, le choix le plus probable sera sans doute un fidèle auquel Nicolas Sarkozy pourra faire une confiance absolue. C’est pourquoi le choix de Brice Hortefeux est donc assez probable. L’autre option serait la nomination de Claude Guéant qui aurait alors le titre de la fonction qu’il exerce déjà aujourd’hui. Après tout, un tel choix rappellerait les choix de Pompidou, Barre ou Villepin. A moins que le président ne préfère jouer la carte Xavier Bertrand pour contrer Jean-François Copé.

François Fillon est sans doute le premier ministre le moins marquant de la Cinquième République. Il a atteint un niveau de transparence inédit depuis cinquante ans. Deux solutions pour le remplacer sans faire d’ombre au président : prendre son ombre ou un nain politique…

Source : http://www.lefigaro.fr/politique/2009/10/03/01002-20091003ARTFIG00165-les-cartes-maitresses-de-sarkozy-pour-le-poste-de-premier-ministre-.php

26.05.2009

Chéri, j’ai rétréci le premier ministre !

Cela fait déjà plus de deux ans que François Fillon s’est installé à l’hôtel de Matignon. Pourtant, en deux ans, je ne crois pas avoir consacré le moindre billet à sa seule personne. C’est que le Premier Ministre, qui avait théorisé l’effacement de sa fonction, est allé jusqu’au bout de l’exercice.

Un premier ministre complètement transparent

L’article du Monde est cruel pour l’hôte de Matignon : entre les lignes, on y comprend bien que son importance est complètement négligeable. D’ailleurs, personne ne l’attaque et les critiques contre le gouvernement portent le plus souvent sur Nicolas Sarkozy et autrement sur les ministres. L’ensemble de l’opposition passe par pertes et profits ce premier ministre dont on sait bien qu’il ne décide rien et qu’il ne fait que remplir une fonction momentanément devenue inutile.

À dire vrai, ce n’est pas la première fois que le premier ministre s’efface devant son président. Valéry Giscard d’Estaing a été le premier président à prendre des libertés avec l’esprit et la lettre de la Constitution pour réduire le rôle du chef de gouvernement. Jacques Chirac en avait fait l’amère expérience. Mais du coup, ce dernier avait démissionné avec fracas. Depuis, les autres présidents de la République sont revenus à une lecture plus conforme à l’esprit de la Constitution, avec un vrai premier ministre.

Une popularité de papier

C’est pourquoi tous les commentaires sur la « popularité » de François Fillon sont à la limite du comique. L’inexistence totale du premier ministre devrait inviter à prendre des pincettes dans l’analyse des sondages qui le concernent. En effet, plus que son « action », il faut se demander si ce n’est simplement pas ce que représente François Fillon dans le style (l’opposé de Nicolas Sarkozy) que les Français jugent de manière plus positive que le chef de l’Etat.

D’ailleurs, la fin des débats sur sa succession montre bien l’importance relative qu’aurait son remplacement par Brice Hortefeux, Xavier Bertrand ou Claude Guéant. Nicolas Sarkozy a profondément changé les équilibres de la Cinquième République en rendant inutile le rôle pourtant crucial de premier ministre. Heureusement, ce n’est pas la première fois et l’expérience montre qu’il est parfaitement possible de revenir à la pratique traditionnelle de la Cinquième République.

En entrant à Matignon, François Fillon avait eu des mots particulièrement désagréables et bien peu républicains à l’égard de son prédécesseur. Deux ans après son arrivée à Matignon, l’absence totale de trace qu’il laisse à l’action gouvernementale est une revanche bien savoureuse.

Source : http://www.lemonde.fr/elections-europeennes/article/2009/...

01.04.2008

Objet Politique Non Identifié

Hôtel de l’insomnie ne ressemble à aucun autre livre politique. On pourrait en retenir l’érudition et la passion des poètes et des écrivains de Dominique de Villepin, mais il y a beaucoup plus dans ce livre, plus politique qu’il n’y paraît, une véritable philosophie politique qui donne une dimension supplémentaire à son auteur.

A dire vrai, ce n’est pas sans une certaine appréhension que j’ai attaqué la lecture du dernier livre de Dominique de Villepin. Car les critiques l’ont présenté comme un journal de bord de Matignon complètement déconnecté de l’action politique, une évocation des poètes et des écrivains chers à notre ancien Premier Ministre, qui aurait été l’antidote à la dureté de la fonction. Mais, même s’il ne s’agit pas à proprement parlé d’un livre politique au sens classique du terme, la politique perce entre les évocations de poètes et écrivains. Et par touche subtile, comme dans un tableau impressionniste, Dominique de Villepin peint les contours de la philosophie qui a guidé son action politique.

Il y a beaucoup de gaullisme dans sa vision de la politique. Dominique de Villepin est lui aussi un « rêveur réaliste » épris de grandeur, pour reprendre l’expression de Romain Gary : « Je me refuse à abandonner l’utopie à un pays de nulle part où se perdrait le rêve ». Le politique pour lui, c’est bien le service chevaleresque d’une noble cause : « comme il paraît désuet ce temps de la chevalerie médiévale attachée autant à un homme qu’à un idéal ». On retrouve également chez l’ancien Premier Ministre, un humanisme profond quand il dénonce le mépris grandissant des puissants pour le peuple ou qu’il dénonce les excès d’un « libéralisme alors réduit à la seule logique économique, idéologie de boutiquiers, l’humanisme trahi ». Il soutient qu’ « il y a encore une idée de l’homme à défendre » et que « chaque homme recèle la possibilité d’être de nouveau un autre homme ».

L’ancien Ministre des Affaires Etrangères revient sur les sujets qui lui sont chers. Il constate l’échec de la guerre d’Irak et l’immense écart entre ce que les Etats-Unis avaient annoncé faire et ce qui se passe encore aujourd’hui. Il dénonce l’attitude d’Israël qui ne facilite pas la résolution de la paix au Moyen Orient avec ses murs tout en soulignant les excès d’un « islam dévoyé ». Dominique de Villepin critique également le manque de réactivité de la communauté internationale dans la crise du Darfour. Enfin, il défend le destin commun des pays bordant notre mare nostrum, la Méditerranée, et souligne que sous l’Empire Romain, « certes, il y eut l’unité du pouvoir, l’esprit des lois, mais il y eut également l’attention et le respect des cultures locales, de leurs élites, de leurs langues. L’unité se nourrissait d’une diversité assumée ».

Même s’il n’attaque pas directement Nicolas Sarkozy, certaines phrases montrent l’abîme qui sépare l’approche de la politique des deux hommes. Dominique de Villepin soutient que « le prince est le contraire d’un nanti. Ses qualités sont la simplicité, la sobriété, le silence car c’est bien une faiblesse qu’une parole inconsidérée ». Avant même la polémique sur la commémoration de la Shoah, il soutient que « face à la nécessité d’une égale reconnaissance de toutes les souffrances germent la compétition des mémoires, la surenchère entre les victimes ». Enfin, il poursuit sa dénonciation de la Cour, « antre reptilien fascinant, la Cour est là qui travaille inlassablement les esprits ».

Dominique de Villepin révèle une conception de la politique chevaleresque et toute gaullienne, faite du refus de l’ordinaire. Il dénonce les « hommes de pouvoir si prompts aux compromis à l’heure de la délivrance », « l’esprit de pouvoir (qui) occulte trop souvent l’esprit de mission » pour conclure en se demandant si « l’Histoire se répète-t-elle inexorablement dans un combat secret entre la passion d’agir et l’impératif de survie ». Son parcours le montre, Dominique de Villepin ne fait pas de la politique pour faire carrière, mais pour servir ses idées, un idéal. Il veut servir les autres et pas se servir lui. D’où le décalage permanent avec un personnel politique plus tourné vers la satisfaction d’une ambition personnelle alors que lui est porteur d’une véritable philosophie politique qui ne souffre aucune compromission…

La trajectoire politique de Dominique de Villepin reste une exception qui prend tout son sens à la lecture de son livre. Il était bien cent coudées au-dessus de nos aspirants président de 2007. Espérons que sa trajectoire croisera le destin de notre pays en 2012. Ses récentes déclarations modèrent heureusement sa conclusion « il y a d’autres vies à vivre », qui n’incitait guère à la optimisme sur la poursuite de son action.

Source : Hôtel de l’insomnie, Dominique de Villepin, Plon