25.03.2008
26 ans avec le Général
Jean Mauriac, fils du célèbre écrivain, fut le journaliste accrédité par l’AFP auprès du Général de Gaulle dès la Libération jusqu’à sa mort. Dans ces conversations avec Jean-Luc Barré, il livre son souvenir du grand homme qu’il a toujours admiré.
Le fils de François Mauriac, comme il se présente volontiers, a commencé son métier de journaliste comme correspondant de l’Agence France Presse auprès du Général en 1944 dès son arrivée à Paris. Plus de soixante ans après, il admet volontiers que son nom lui permit de débuter sa carrière à un tel poste. Tant qu’à être suivi par un journaliste, l’entourage du Général préférait qu’il soit issu d’une famille gaulliste (François Mauriac écrivit dans de nombreuses publications de la Résistance et Claude, son frère, assistait le Général à la même époque). C’est ainsi que Jean Mauriac commença à couvrir le Général et qu’il fut le seul journaliste à le suivre dans tous ses déplacements officiels, en étant parfois le seul journaliste présent.
Si le livre contient un premier tiers consacré à la vie des Mauriac, les deux tiers restants sont consacrés aux souvenirs du journaliste sur le Général. Et si Jean Mauriac fut sans doute un grand journaliste reconnu comme tel à l’AFP, il fut également un gaulliste des plus fidèles. De toutes ces pages ressort une admiration profonde pour l’homme qui releva la France en 1940, une admiration née à l’adolescence et qui ne semble jamais avoir perdue les élans que cette période de la vie peut donner. Jean Mauriac nous parle des détails de la vie quotidienne, qui révèle un Charles de Gaulle profondément humain et attentif à toutes les personnes qui l’entourent, comme des tranches d’histoire qu’il a façonnées tout au long de sa vie.
Dans ce livre trop court, il ne peut revenir sur toutes les étapes de l’épopée gaulliste. Il se consacre donc plus particulièrement à la décolonisation et à la dernière année du Général à l’Elysée, évoquant rapidement ses voyages à l’étranger (Mexique, Québec, Etats-Unis) et oubliant certains épisodes importants. Mais le regard qu’apporte l’ancien journaliste de l’AFP est toujours particulièrement intéressant dans la mesure où il cherche à apporter une lumière nouvelle sur des évènements qui posent encore des questions (décolonisation, Baden, référendum de 1969).
C’est ainsi qu’il apporte de nouveaux éléments pour soutenir que le Général a très rapidement compris que l’indépendance était la seule voie pour l’Algérie, dès l’été 1958. Bien sûr, la communication élyséenne évolua petit à petit, mais Jean Mauriac souligne que le Général ne pouvait pas vraiment faire autre chose et que dès 1959, son discours officiel était clair, même si certains refusaient de l’écouter. Il prend également une position très tranchée sur mai 1968 et l’escapade à Baden Baden. Contrairement à une certaine mythologie, il soutient que cet aller-retour n’était pas purement tactique et que le Général ne savait pas forcément s’il reviendrait de ce voyage. C’est l’échange avec le Général Massu qui réussit à le convaincre de revenir. Enfin, même s’il ne prend pas clairement position, il semble accréditer la thèse du suicide politique pour le référendum de 1969, comme Romain Gary.
De la lecture de ce livre reste la profonde admiration que porte Jean Mauriac au Général, ce héros humain qu’il dépeint pendant tout le livre. Car s’il décrit bien la force de l’homme qui a si bien écrit notre histoire, il lui donne une dimension particulière en montrant son humanisme de tous les instants.
Source : Le Général et le journaliste, Jean Mauriac, Fayard
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