31.10.2008

Le facteur racial peut-il faire perdre Obama ?

Depuis quelques semaines, les médias parlent du cas du candidat noir Tom Bradley, en tête de tous les sondages pour l’élection du gouverneur de Californie en 1982, mais qui fut battu d’extrême justesse, pour montrer que rien n’est joué pour Barack Obama.

Une université Américaine a chiffré cet effet à 6% de l’électorat, ce qui pourrait changer l’issue de l’élection de la semaine prochaine. Depuis, les médias fourmillent de reportage montrant des Américains qui assument leur racisme et affirment qu’ils ne voteront jamais pour Barack Obama du fait de sa couleur de peau. Cette triste réalité doit cependant être nuancée. Tout d’abord, il est difficile de ne pas imaginer que les cohortes de racistes blancs se trouvent essentiellement dans les rangs du parti républicain. Ils auraient donc sans doute voter pour John McCain quel que soit le candidat démocrate en face, qu’il soit un homme ou une femme, un blanc ou un noir. En fait, un candidat républicain aurait sans doute beaucoup plus à perdre qu’un candidat démocrate, dont la base est sans doute très peu perméable au racisme. En outre, Barack Obama semble avoir conquis les femmes blanches, dont plus de la moitié déclarent vouloir voter pour lui.

En fait, on peut se demander si le facteur racial n’est finalement pas à l’avantage du démocrate. En effet, si l’électorat blanc semble se repartir de manière proche des grandes tendances nationales, il n’en va pas de même pour l’électorat noir, dont 90% des voix devraient aller au sénateur de l’Illinois. En un sens, on pourrait presque dire que Barack Obama va davantage être le bénéficiaire du vote « raciste » de l’électorat noir que la victime du vote « raciste » d’une partie de l’électorat blanc. C’est d’ailleurs un des paradoxes de cette élection de voir les médias attaquer le racisme des derniers alors que ce sont bien les premiers dont le vote semble beaucoup plus fonction de la couleur de peau des candidats. Certes, la communauté noire a tendance à voter démocrate, mais pas dans ces proportions. Bien sûr, la voie tracée par Barack Obama soulève un grand espoir pour eux, mais elle renvoie leur vote à la seule question raciale.

Finalement, on a l’impression dans cette campagne que le « racisme » des noirs à l’égard de leur candidat n’est pas considéré comme choquant alors que celui de quelques blancs l’est. Cela montre aussi que les rapports raciaux ne sont pas apaisés aux Etats-Unis puisque certaines communautés votent surtout en fonction des origines des candidats et qu’il ne semble pas possible de leur reprocher. Si l’élection de Barack Obama fera sans doute avancer les choses, il faut également espérer que demain, la communauté noire Américaine, par-delà tous les traumatismes qu’elle a subis, parviendra à se déterminer au-delà de la couleur des candidats, ce qui sera un signe de meilleure intégration. En fait, cette élection illustre à nouveau les dérives d’un système où les citoyens semblent davantage membres d’une communauté que citoyens Américains. Il y a encore un bon bout de chemin à faire.

Barack Obama a démontré dans cette campagne de grandes qualités en menant une campagne plus cohérente et plus apaisée que son rival. Son programme correspond bien mieux aux questions qu’affrontent les Etats-Unis. En cela, il mérite de gagner. Paradoxalement, le facteur racial devrait l’y aider.

Source : http://www.lemonde.fr/elections-americaines/article/2008/...

http://fr.wikipedia.org/wiki/Effet_Bradley

19.10.2008

Barack Obama en route vers la victoire

Le dernier débat télévisé de la campagne présidentielle Américaine a eu lieu cette semaine et s’est conclu par une troisième victoire du candidat démocrate. Rien ne semble désormais pouvoir l’arrêter dans sa course vers la Maison Blanche.

Beaucoup de commentateurs ont souligné la qualité de la prestation d’un John McCain très incisif qui a trouvé une formule choc pour se différencier de l’administration en place en disant « Je ne suis pas Georges Bush » et en répliquant au sénateur de l’Illinois que s’il avait voulu débattre avec le président sortant, il lui aurait fallu se présenter il y a quatre ans. Malgré tout, c’est bien Barack Obama qui a été sacré vainqueur, par les sondages comme par les journalistes. Le Washington Post rapporte que "ce que ces débats ont montré à l'Amérique, c'est que Barack Obama, ce gars maigre au drôle de nom, est calme et rassurant avec son propos cohérent et sa voix posée lorsqu'il faut traverser des moments difficiles. Il a été respectueux envers son adversaire mais ferme dans ses choix (…) dans les trois débats, il s'est forgé une stature de président."

Et ce point est sans doute une des deux principales raisons de la réussite du candidat démocrate. Face à un candidat républicain qui n’a pas résisté à utiliser les pires pratiques pour salir son adversaire, Barack Obama a su rester calme, responsable, compensant sa jeunesse et son inexpérience par une attitude digne d’un Chef d’Etat. Mais s’il a su garder son calme dans toutes les occasions, il a su également être ferme dans les débats face à son adversaire, montrant une force de caractère importante pour postuler au bureau ovale. Alors, bien sûr, la conjoncture économique, qui montre les immenses limites du néolibéralisme et de la déréglementation disqualifient des républicains déjà mal en point après huit années de présidence Bush. Mais la façon dont le candidat démocrate a géré les débats avec son adversaire lui a définitivement fait gagner une stature que les primaires avaient déjà laissé entrevoir.

En plus, ces élections montrent la faillite de la stratégie républicaine. Les électeurs n’ont pas apprécié le caractère très négatif de la campagne de John McCain, alors que les démocrates ont été plus responsables. Mieux, alors que sur le terrain les républicains avaient démontré une organisation largement supérieure en 2000 et 2004, arrivant à mobiliser beaucoup plus de militants, cet avantage est du côté des démocrates cette année, avec un réseau de soutiens nettement plus développé et qui devrait jouer un rôle majeur le jour de l’élection. En outre, malgré l’avance colossale dont Barack Obama jouit dans les sondages, l’incertitude qui plane encore sur l’issue de la campagne, du fait du facteur racial et du précédent de 2000, assure une très forte mobilisation d’ici le jour J.

Bref, même si on ne peut jamais être certain du résultat final d’une élection avant que tous les votes aient été exprimés et comptabilisés, il semble désormais impossible que le candidat préféré des européens ne devienne pas le 44ème président des Etats-Unis dans quelques jours.

Source : http://www.lemonde.fr/elections-americaines/article/2008/10/16/debat-presidentiel-barack-obama-vainqueur-d-un-cheveu_1107495_829254_1.html

12.10.2008

Barack Obama, vainqueur d’une sale campagne

Alors que la grave crise économique que traversent les Etats-Unis a permis à Barack Obama de prendre un avantage sans doute définitif pour la victoire, les Républicains tentent le tout pour le tout, cédant à tous les excès pour essayer de disqualifier le sénateur de l’Illinois.

Le moins que l’on puisse dire est que John McCain et son équipe ne reculent devant rien pour attaquer le candidat démocrate. Cette semaine, lors de deux réunions publiques, deux personnalités du parti républicain ont attaqué « Barack Hussein Obama », façon peu subtile et élégante de renforcer la rumeur selon laquelle il serait en fait musulman. Bien sûr, le candidat républicain et sa colistière ont dénoncé cette façon de faire après coup… Mais ces attaques personnelles ne semblent pas émouvoir plus que ça les supporteurs du candidat démocrate. En revanche, elles poussent les militants du parti de l’éléphant à tous les excès, certains le comparant à Satan ou Oussama Ben  Laden… Cette agressivité a toutes les chances de se révéler contre-productive vis à vis des électeurs indépendants qui feront l’élection.

Sur le fond, la campagne des républicains est aussi particulièrement malhonnête puisqu’elle affirme que Barack Obama propose de monter les impôts sur les classes moyennes, alors que son programme ne comporte que la fin des réductions fiscales pour les ménages gagnant plus de 250 000 dollars. On peut se demander pourquoi John McCain poursuit ces attaques sur le sujet, tant les réponses de son concurrent démontrent la vacuité de cette critique, d’autant plus que cette hausse ciblée des impôts permet au démocrate de proposer une baisse des impôts pour les autres ménages... En comparaison, le programme économique du candidat républicain, qui comporte notamment une baisse des impôts sur les entreprises, est en complet décalage avec la crise… C’est pourquoi lors du dernier débat, John McCain a proposé 300 milliards pour reprendre les crédits hypothécaires des ménages.

Mais ce dernier geste compromet la crédibilité du républicain sur la question cruciale de l’économie, tant le financement de son programme est rendu incertain par les hausses de dépenses et les baisses des impôts. Cette campagne présidentielle ne présente pas John McCain sous un beau jour. Celui qui s’était fait un nom sur son franc-parler, sa capacité à travailler avec les démocrates et à ne pas hésiter à critiquer les excès de son propre parti (il avait qualifié son aile religieuse « d’agents de l’intolérance »), a finalement repris toutes les mauvaises manières de l’équipe Bush, avec une partie de l’équipe. Si cela lui a permis de re-souder les républicains derrière lui, cela lui a sans doute fait perdre une partie importante des électeurs indépendants qui auraient pu lui faire gagner l’élection.

Même s’il a très peu d’expérience, Barack Obama a démontré dans cette campagne une capacité à diriger son équipe de manière extrêmement solide mais aussi plus responsable et il a élaboré un programme qui, s’il n’est pas très original, semble mieux répondre aux questions du jour.

Source : http://www.lefigaro.fr/elections-americaines-2008/2008/10/11/01017-20081011ARTFIG00200-mccain-tente-de-doser-ses-critiques-contre-obama-.php

29.09.2008

Un autre regard sur le débat McCain - Obama

Un partout : c’est ainsi que Libération a résumé le débat entre John McCain et Barack Obama. Mais le biais des médias Français pouvait faire penser que le candidat républicain s’en était mieux sorti. Pourtant, les premiers sondages indiquent une victoire nette du jeune sénateur de l’Illinois.

À dire vrai, le visionnage complet du débat de vendredi soir m’avait fait conclure (un peu hâtivement), que c’était le sénateur de l’Arizona qui avait remporté cette première confrontation, il est vrai sur le sujet de prédilection du républicain, la sécurité nationale. Si Barack Obama est largement plus à l’aise dans l’exercice du discours, John McCain est un redoutable débatteur. Il garde tout le temps un grand calme, a un débit posé, un phrasé simple utilisant des exemples concrets, et un sens de la réparti certain. À côté, le candidat démocrate a parfois buté sur les mots et son phrasé beaucoup plus complexe et théorique le rendait sans doute un peu moins intelligible. En outre, cela montre que son expérience est beaucoup plus limitée par rapport à un John McCain qui a cité de multiples anecdotes pour supporter son raisonnement.

Barack Obama a également fait quelques erreurs de fond. Il s’est imprudemment avancé sur le terrain de la pertinence de jugement à l’égard de la guerre en Irak, soulignant qu’il avait été un des seuls à s’opposer à l’invasion de 2003, contrairement à John McCain. Mais cet angle d’attaque est risqué puisque le sénateur républicain a très rapidement critiqué la gestion de la guerre par l’équipe Bush et a longtemps plaidé pour un renforcement des moyens militaires. Cette opération, lancée début 2008 et à laquelle Barack Obama s’est opposée, a pourtant permis de stabiliser la situation et de grandement réduire le nombre de victimes des deux côtés. Depuis cette opération, il est devenu présomptueux de la part du démocrate de revendiquer une supériorité de jugement sur son rival.

En outre, cela a permis à John McCain de se distancier de l’administration Bush en citant extensivement tous les sujets (conduite de la guerre, accords de Kyoto, torture, immigration, financement des campagnes) sur lesquels il s’est opposé à l’équipe sortante. En outre, il a attaqué la naïveté du sénateur de l’Illinois sur l’Iran et sa volonté de discuter avec son président sans conditions et a déploré sa position trop conciliante avec la Russie de Poutine. Barack Obama a aussi assez maladroitement conclu en évoquant le sort des vétérans de guerre, ce qui a permis à John McCain de souligner que ce combat avait été un des premiers qu’il avait menés dans les années 80 et que les vétérans pouvaient lui faire confiance.

Mais alors, pourquoi Barack Obama semble avoir trouvé les faveurs des citoyens Américains ? On peut y voir deux raisons principales. Tout d’abord, l’emphase de John McCain sur son expérience montre sans doute que c’est bien son rival qui représente le changement. Ensuite, sur l’économie, le candidat démocrate a été beaucoup plus convaincant. Quand ce dernier propose de baisser les impôts pour 95% des Américains et de monter ceux des ménages gagnant plus de 250 000 dollars, le candidat républicain soutient qu’il faut baisser les impôts des entreprises ! En outre, les démocrates sont plus crédibles pour dénoncer les excès du monde de la finance, que les républicains ont largement dérégulé.

Barack Obama a définitivement été sauvé par l’économie lors de ce débat tant la réponse à la crise des républicains semble à côté de la plaque. Mais malgré un contexte économique qui lui est largement favorable, il devra se méfier d’un John McCain qui n’a pas dit son dernier mot.

Source : http://www.liberation.fr/actualite/monde/electionam...

http://www.lemonde.fr/elections-americaines/article...

http://www.lemonde.fr/web/vi/0,47-0@2-829254,54-1099250@5...

27.09.2008

L’économie au secours d’Obama

Début septembre, entre les tensions internationales en Géorgie et la nomination de Sarah Palin, la campagne Américaine avait basculé et l’impensable semblait devenir possible : une nouvelle victoire des républicains. Mais la crise économique rebat les cartes en faveur des démocrates.

Comme l’explique très bien The Economist, les Républicains continuent d’aborder les élections en utilisant la stratégie qu’avait initiée Richard Nixon. Elle consiste à dépeindre les démocrates comme les représentants des élites bourgeoises et libérales (au sens Américain, c’est à dire sur les questions de société et non économiques) des grandes villes, coupées de la réalité, méprisantes à l’égard du petit peuple. Cette forme de populisme permet de créer une véritable « guerre culturelle » où s’affrontent à front renversé des républicains défenseurs des valeurs morales des ménages modestes et des démocrates bien éduqués volontiers opposés à l’IVG ou à la peine de mort. Cette présentation de l’offre politique ne manque pas de piquant quand on connaît le parcours des deux candidats, mais elle repose également sur ce qu’ils véhiculent.

À une récente interview sur la crise, John McCain a su répondre avec des mots simples, dénonçant vigoureusement les excès du monde la finance. De son côté, Barack Obama disait la même chose mais d’une manière beaucoup plus littéraire et policée, tendant à renforcer les caricatures que cherchent à véhiculer les républicains. Heureusement pour le candidat démocrate, la campagne de John McCain souffre de deux faiblesses majeures. Les campagnes négatives qu’il fait diffuser sont sans doute beaucoup trop excessives pour un électorat indépendant qui ne peut pas se reconnaître dans les caricatures absurdes et malhonnêtes qui sont faites du candidat démocrate, accusé de tout et n’importe quoi.

Mais surtout, la crise économique est devenue la première préoccupation de la population, ce qui est doublement avantageux pour Barack Obama. Tout d’abord, en période de crise, les électeurs ont tendance à sanctionner l’équipe au pouvoir, comme cela s’était passé en 1992 avec Georges Bush Senior. Ensuite, les démocrates sont plus crédibles que les républicains pour la gestion de l’économie, notamment face à un John McCain qui a fait l’erreur capitale de dire qu’il n’y connaissait pas grand chose… Résultat, en ces temps incertains où les excès du libéralisme plongent l’économie Américaine dans la récession, font monter le chômage et font perdre à des millions d’Américains leur maison, il est peu probable que les Etats-Unis se tournent vers les partisans de la déréglementation.

La crise économique actuelle est le seul moyen pour sortir la campagne Américains de la campagne détestable lancée par le parti républicain, en replaçant l’élection sur de véritables sujets. Barack Obama y a tout gagné, les Etats-Unis et le monde aussi.

Source : http://www.lefigaro.fr/international/2008/09/18/01003-200...

http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/09/18/premier...

The Economist 20 septembre

17.09.2008

Clairs-obscurs de la campagne américaine

Par-delà le suspens qui s’est installé sur le sort d’une élection qui semblait pourtant promise aux démocrates, cette campagne présidentielle montre les excès de la démocratie Américaine.

Et le premier de ces excès est clairement l’abus d’argent. Le système Américain est unique par les dépenses engagées par les différents candidats. Cette année, ce ne sont plus d’un milliard de dollars qui auront été dépensés pendant les primaires et la campagne. En août, Barack Obama a ainsi récolté 66 millions de dollars, environ le double de son rival républicain. Du coup, les candidats inondent les écrans de publicités. On peut pourtant se poser la question du danger qu’il y a à accorder autant d’importance à l’argent. Est-il vraiment souhaitable que le prisme par lequel les citoyens évaluent les candidats soit aussi marqué par de telles campagnes de publicité ?

Et la question est d’autant plus brûlante que ces campagnes deviennent de plus en plus agressives et malhonnêtes. La palme revient aux républicains qui ont osé diffusé un spot affirmant que Barack Obama avait voté une loi en faveur de l’éducation sexuelle en maternelle, alors qu’il s’agissait d’un texte visant à prévenir les enfants des délinquants sexuels ! Les républicains caricaturent volontiers les positions du candidat démocrate, qui répond en attaquant John McCain sur sa méconnaissance de l’économie et sur le fait qu’il ne sait pas envoyer un courriel. Bref, le niveau de la campagne présidentielle est descendu très bas et il est difficile de savoir ce qui sortira de ce combat de boue.

Pourtant, sur le fond, l’interview de Sarah Palin sur ABC a été l’occasion de préciser les contours de ce que serait une administration McCain. Et le moins que l’on puisse dire est que cela n’est guère réjouissant. Le programme économique du candidat républicain, dont l’une des principales mesures est de baisser l’impôt sur les sociétés, ne répond absolument pas aux grandes questions qui se posent au pays avec la crise des subprimes. Et les déclarations de sa vice-présidente sur la politique étrangère laissent songeur, entre le soutien de la candidature de la Géorgie et l’Ukraine à l’OTAN, l’évocation d’une possible guerre avec la Russie, en passant par le déni de toute faute de la Géorgie dans le conflit de cet été. Bref, les républicains ne semblent pas vouloir changer de direction, même s’ils mènent leur pays dans le mur.

Malheureusement, la campagne du candidat démocrate semble avoir du mal à trouver un second souffle. Coup sur coup, ses déclarations très maladroites sur le rouge à lèvres et le cochon et son lapsus sur sa « foi musulmane » montrent une fébrilité inconnue de la part de Barack Obama. Il s’obstine à rapprocher John McCain de Georges Bush sans que cela semble fonctionner et il essaie de protéger le thème du changement que les républicains lui contestent habilement. Ces derniers ont réussi l’exploit de se mettre du côté des gens ordinaires en caricaturant les démocrates et leur candidat en représentant des élites, ce qui est assez incroyable quand on compare l’histoire des deux hommes.

Si les Etats-Unis et le monde ont besoin du programme démocrate, les carences de leur campagne et la nomination de Sarah Palin les ont mis en difficulté. Heureusement, le contexte économique difficile devrait jouer en la faveur de Barack Obama.

Source : http://www.lemonde.fr/elections-americaines/article/2008/...

http://www.lefigaro.fr/elections-americaines-2008/2008/09...

http://www.lemonde.fr/elections-americaines/article/2008/...

http://www.lefigaro.fr/international/2008/09/17/01003-200...

10.09.2008

Le pari gagnant de John McCain ?

Alors que la plupart des médias européens ont vite fait de présenter le choix de Sarah Palin comme une erreur, surtout après les révélations concernant sa fille, les premières données indiquent au contraire que le pari de John McCain semble gagnant.

Les chiffres de l’après convention représentent un avertissement sévère pour Barack Obama. Tout d’abord, le discours de son concurrent a eu une audience légèrement plus importante que le sien, alors que l’attention médiatique était traditionnellement beaucoup moins forte pour les républicains. Et à l’audimat, Sarah Palin a largement battu Joe Biden, qui a été complètement éclipsé par la nomination de la candidate républicaine à la vice-présidence. Ce choix représente un immense coup médiatique qui a complètement rééquilibré l’attention des médias et des Américains, après des mois où les démocrates occupaient le devant de la scène. Et les derniers sondages, qui montrent que John McCain serait passé devant Barack Obama, semblent valider cet incroyable coup de poker.

Si la plupart des médias européens n’ont retenu que les idées droitières de la colistière de McCain, sur l’avortement ou le créationnisme, il ne faut pas oublier que le centre de gravité politique des Etats-Unis est radicalement différent du nôtre… Qui plus est, son premier discours, finalement assez modéré, était très réussi. Si elle a longuement insisté sur les qualités de John McCain elle a surtout attaqué son adversaire démocrate de manière très habile. Elle a questionné sa capacité à agir en le peignant comme un beau parleur « qui a écrit deux fois ses mémoires, mais n’a pas rédigé une seule loi ». Elle a soutenu qu’il n’a jamais rien dirigé, contrairement à elle, et affirmé qu’il « utilise le changement pour promouvoir sa carrière » alors que John McCain fait l’inverse.

Largement moins à l’aise que son concurrent démocrate, le sénateur de l’Arizona a placé son discours sous le signe du « combat » et a largement insisté sur son parcours, notamment son passage dans les geôles communistes. Il a souligné qu’il a toujours su travailler avec les démocrates, ce qui n’est pas un détail sachant que le Sénat et la Chambre des Députés resteront aux mains de ces derniers. Très intelligemment, il a largement insisté sur le changement qu’il est nécessaire d’amener à Washington et soutenu que Sarah Palin pourrait l’aider dans cette tâche. La compétition sur le thème du changement est un moyen très habile de se distancier de Georges Bush sans le critiquer frontalement. Mieux, John McCain a indéniablement le parcours pour être crédible sur cette promesse puisqu’il a toujours été un républicain réformateur (sur l’environnement, l’immigration, le financement de la vie publique…).

Face à cette offensive républicaine, la réaction de Barack Obama consiste à associer John McCain à un Georges Bush profondément impopulaire. Il souligne ainsi que son opposant a voté 90% des textes de l’administration Bush. Malgré tout, le parcours du sénateur de l’Arizona rend difficile l’assimilation au président en exercice tant il s’est opposé à lui. En outre, la starification du candidat démocrate est à double tranchant, par rapport à un candidat républicain qui peut sembler plus humble et au service du pays. Néanmoins, Barack Obama a fort bien souligné les limites du programme économique de John McCain, favorable aux plus riches et aux entreprises, alors que les démocrates veulent augmenter les impôts sur les plus riches pour redistribuer l’argent vers les classes moyennes et populaires. Malheureusement, ce n’est pas son axe de campagne principal aujourd’hui.

John McCain est décidemment un adversaire redoutable pour Barack Obama. Son dernier coup est un grand succès qui met en difficulté les démocrates sur le thème même du changement. Mais le candidat démocrate peut sans doute jouer la carte de l’économie pour reprendre l’avantage.

Source : http://www.lefigaro.fr/elections-americaines-2008/2008/09...

http://www.lefigaro.fr/international/2008/09/05/01003-200...

http://www.lemonde.fr/elections-americaines/article/2008/...

Discours de S.Palin : http://www.lefigaro.fr/elections-americaines-2008/2008/09...

Discours de J.McCain : http://www.lefigaro.fr/elections-americaines-2008/2008/09...

Discours de B.Obama : http://www.lefigaro.fr/elections-americaines-2008/2008/08...

03.09.2008

L’incroyable pari de John McCain

En choisissant Sarah Palin comme sa colistière pour l’élection présidentielle, John McCain démontre à nouveau son côté franc-tireur. Si les médias n’ont retenu qu’une tentative relativement malhabile d’attirer l’électorat d’Hillary Clinton, la réalité est plus complexe.

La problématique de John McCain pour le choix de son colistier était apparemment simple : étant le candidat le plus âgé pour un premier mandat de président, à 72 ans, il devait rassurer les électeurs en prenant une personne qui pouvait apparaître comme un bon remplacement au cas où. Son intérêt limité pour les questions économiques pouvait faire de Mitt Romney un Vice-Président idéal, dans la mesure où ce dernier était à la fois suffisamment jeune, et une bonne connaissance du monde des affaires. Au lieu de cela, le candidat républicain a fait un choix que personne n’avait anticipé : une femme de 44 ans, gouverneur d’Alaska, mère de cinq enfants, dont le dernier, handicapé, est né en avril. Elle est connue pour ses opinions conservatrices mais aussi ses croisades contre la corruption au sein de classe politique de son Etat.

Au premier abord, ce choix peut sembler absurde, comme l’a commenté la grande majorité des médias Français. John McCain risque d’effrayer les électeurs en choisissant une personne qui a si peu d’expérience pour le remplacer en cas de problème. "John McCain a mis l'ancien maire d'une ville de 9 000 habitants ayant zéro expérience à un battement de coeur de la présidence", a ainsi commenté le porte-parole de Barack Obama, comme le rapporte Le Monde. En outre, il paraît extrêmement paradoxal de vouloir chasser les électeurs d’Hillary Clinton avec une femme aux opinions franchement conservatrices. L’annonce de la grossesse de sa fille de 17 ans semble confirmer l’erreur que constitue ce choix. Mais cette présentation des faits oublie les avantages finalement importants de ce choix.

Tout d’abord, le candidat républicain a réussi à faire oublier la convention démocrate en une seule décision. Mais surtout, le débat qui se créé autour de l’inexpérience de Sarah Palin est à double tranchant pour les démocrates. Après tout, elle n’a que trois ans de mois que Barack Obama et une expérience finalement pas moins importante, puisque le sénateur de l’Illinois n’a été élu qu’en 2006… Critiquer son inexpérience peut revenir à émettre des doutes sur un candidat démocrate qui vise le poste au-dessus… Ensuite, ce dernier a axé sa campagne sur le changement. En choisissant quelqu’un d’aussi étranger à Washington, John McCain se positionne à nouveau comme le franc tireur qui peut également revendiquer ce thème. Enfin, même si la majorité des électeurs d’Hillary Clinton se tournera vers le candidat démocrate, le choix d’une femme peut faire venir la petite minorité qui pourrait faire pencher la balance en novembre.

Contrairement à la présentation de la plupart des médias, le choix de John McCain est beaucoup plus habile qu’on ne le croit : il créé un débat à double tranchant sur les capacités d’une quadragénaire peu expérimentée, tout en donnant une touche de changement et de féminité à son ticket.

Source : http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2008/08/30/avec-s...

12.08.2008

Barack Obama à la recherche d’un second souffle

49-45 : le dernier sondage Gallup pour USA Today donne désormais quatre points d’avance à … John McCain. La victoire de Barack Obama  lors des primaires démocrates ne semble pas avoir créé de dynamique forte en sa faveur malgré un contexte très favorable.

Car le contexte actuel est extrêmement favorable au sénateur de l’Illinois. L’administration Bush bat tous les records d’impopularité puisque la cote de confiance du président est aujourd’hui inférieure à celle de Richard Nixon après le Watergate ! L’économie Américaine, si elle a évité la récession jusqu’à présent, souffre de l’effondrement du marché immobilier, dont les prix reculent plus vite que sous la Grande Dépression, et de la hausse de l’inflation. Les Américains expriment, élection après élection, leur désir de confier à nouveau aux démocrates la conduite du pays, après leur victoire aux élections de mi-mandat de 2006. Mieux, John McCain, de l’avis de tous les observateurs, y compris de ses soutiens, mène une campagne médiocre, voir « amateur » selon le jugement sévère de The Economist, soutien traditionnel des républicains.

L’hebdomadaire anglais ose se demander si les démocrates n’auraient pas mieux fait de choisir un homme blanc pour cette élection plutôt que d’hésiter entre une femme et un noir… Mais cette explication est un peu facile et ne doit pas camoufler certaines faiblesses de la candidature de Barack Obama. Tout d’abord, même si sa campagne ne semble guère convaincante, il ne faut pas oublier que les républicains ont choisi le seul candidat qui peut sérieusement l’emporter après deux mandats de Georges Bush, John McCain, parce qu’il a exprimé maintes fois ses désaccords avec l’administration sortante, et parce que sa longue histoire politique plaît aux électeurs indépendants, voire démocrates.

Plusieurs phénomènes semblent affaiblir la position de Barack Obama. Tout d’abord, la folie médiatique qui l’entoure semble finir par devenir contre-productive dans une campagne aussi longue. Le candidat attire toute l’attention, tous les articles, de telle sorte que 76% des Américains déclarent avoir davantage entendu parlé de lui, contre seulement 11% du candidat républicain. Mais surtout, 48% des interviewés déclarent avoir trop entendu parler de lui, signe qu’une certaine lassitude commence à se ressentir. En outre, les Républicains ont fini par trouver un angle d’attaque qui semble faire mal : le statut de star du candidat. Plus que n’importe quel autre candidat depuis longtemps, Barack Obama est sorti du cadre purement politique pour devenir une star, ce qui permet au camp McCain d’attaquer son ego et de suggérer qu’il est surtout au service de ses ambitions personnelles et pas tellement du pays, contrairement à leur candidat.

Malgré tout, Barack Obama conserve de grandes chances de devenir président des Etats-Unis. Les campagnes Américaines sont très longues et comportent par conséquent des hauts et des bas pour chaque candidat. Sa candidature conserve d’immenses forces : un professionnalisme dont même The Economist reconnaît qu’il est largement supérieur à celui de son rival. Sa victoire véhiculerait également un message optimiste pour les Américains comme pour le monde. En outre, il ne faut pas oublier qu’il a réussi à gagner des primaires démocrates plus serrées que jamais et qui représentaient donc une bonne répétition pour la campagne finale. Pour se relancer, The Economist lui suggère de davantage se concentrer sur les préoccupations concrètes des électeurs, des sujets sur lesquels les Républicains sont discrédités.

Si cette faiblesse passagère dans les sondages n’est pas grave en soi pour le candidat démocrate, elle révèle sans doute qu’une deuxième phase de la campagne devra être engagée lors de la convention, ce qui a sans doute été prévu.

Source : The Economist, 9 août

14.07.2008

Barack Obama en route vers la Maison Blanche ?

Crise de l’économie, recentrage politique alors que John McCain semble s’égarer vers la droite : quelques semaines après sa victoire pour la candidature démocrate, Barack Obama semble se rapprocher tous les jours davantage de la présidence des Etats-Unis.

En général, le parcours des candidats Américains est balisé d’avance : gagner les primaires en s’appuyant sur les activistes du parti (syndicats pour les démocrates, aile droite religieuse pour les républicains) avant de re-centrer leur discours pour gagner au niveau national. C’est ainsi qu’en 2000, Georges Bush avait alors barré la route de John McCain par la droite avant de se recentrer avec le concept de « conservatisme compassionnel » face à Al Gore. Mais le scénario des élections de cette année est différent. En effet, les deux protagonistes de l’élection de novembre sont passés malgré l’opposition des activistes de leur parti qui leur préféreraient Hillary Clinton pour les démocrates et Mitt Romney ou Mick Huckabee pour les républicains. Cependant, si Obama recentre son discours, McCain semble s’égarer à droite.

Si Barack Obama peut volontiers apparaître comme un idéaliste, l’après primaire révèle un pragmatique pas toujours encombré d’idéaux. C’est ainsi qu’après avoir promis d’utiliser le financement public, qui fixe néanmoins une limite aux dépenses des candidats, il a fini par y renoncer devant sa capacité à lever beaucoup plus de fonds que son rival. Mais ce n’est pas tout, le candidat qui dénonçait la guerre en Irak et promettait de faire revenir toutes les troupes Américaines en 18 mois, a mis de l’eau dans son vin et y met désormais une condition de stabilité qui lui permet d’adopter un discours plus sécuritaire, à la Clinton. Sur les questions de société, le candidat démocrate entend également recentrer son discours, quitte à ne pas remettre en question la liberté de possession des armes.

Mais le candidat démocrate n’est pas le seul à modifier son discours. De manière beaucoup plus surprenante, le candidat du « franc-parler », John McCain, droitise ses positions. Cette surprise de campagne a fait titrer The Economist « Revenez au centre » dans un message au candidat républicain, qui semble égarer sa campagne et abîmer son image d’honnêteté intellectuelle qui était sans doute son principal atout. C’est ainsi que l’opposant aux baisses d’impôts de Georges Bush a finalement déclaré qu’il souhaitait les prolonger, que l’avocat des accords de Kyoto a fini par proposer une extension de l’exploration pétrolière ainsi qu’une baisse des taxes sur l’essence. Il a même mis de l’eau dans son vin sur l’utilisation de la torture alors qu’il avait fait passer une loi au Sénat sur le sujet !

Et alors que l’économie Américaine semble devoir rentrer en récession, les programmes économiques des deux candidats divergent dans un sens qui devrait être fatal au candidat républicain. John McCain a ainsi adopté un programme dans la continuité de Georges Bush, confirmant les baisses d’impôts de l’actuel président, et y ajoutant une baisse de dix points de l’impôt sur les sociétés. Barack Obama propose un programme plus redistributif puisqu’il propose de revenir sur les réductions d’impôts décidées en 2001, et propose une augmentation de la taxation sur les revenus du capital. Résultat, une étude du Tax Policy Center citée par Alternatives Economiques, montre qu’à l’horizon 2012, les mesures du programme d’Obama augmenteraient de 6% les revenus des 10% les plus pauvres et ferait perdre 3% à ceux des 1% les plus riches contre une hausse respective de 1% et 9,5% pour celui de McCain.

Le virage sur la droite de John McCain est doublement suicidaire : il remet en cause son premier atout, son franc-parler, tout en collant à un Georges Bush plus impopulaire que jamais. Et avec un retournement économique qui favorise les démocrates, Barack Obama semble ne pas pouvoir perdre l’élection.

Source : The Economist 5 juillet, Alternatives économique, http://www.lefigaro.fr/international/2008/07/03/01003-20080703ARTFIG00589-obama-mccain-le-matchdes-programmes.php