22.12.2009
Quand Bruno Le Maire remet en cause la mondialisation
« Nous, en Europe, nous sommes les champions d’un libre échange sans règles, sans contrôles, qui, à mon sens, est allé trop loin et doit être revisité ». Cette critique de l’Europe ne vient pas de Nicolas Dupont-Aignan, mais bien de Bruno Le Maire. Simple posture ou vraie remise en question ?
Une crise sans précédent
Il faut dire que la crise de l’agriculture est aujourd’hui particulièrement sévère. Le revenu des agriculteurs a ainsi baissé de 34% cette année, le ramenant à un niveau inférieur au début des années 1990 ! Et comme parallèlement, le prix des produits agro-alimentaires n’évoluent pas dans le même sens, il est parfaitement légitime que le ministre de l’agriculture affirme « qu’il faut une meilleure répartition de la valeur ajoutée, ce n’est pas normale qu’en période de crise, les seuls à trinquer, ce soient les producteurs ».
Cette nouvelle déclaration semble donc indiquer que la France veut sérieusement remettre en cause les réformes de la PAC, comme l’annonçait la réunion de 22 ministres de l’agriculture à Paris il y a quelques jours. Bruno Le Maire semble de plus en plus sérieux dans sa volonté de revenir sur la libéralisation excessive des marchés agricoles en Europe, au contraire de son prédécesseur, le très complaisant Michel Barnier, qui semblait avoir oublié qu’il ne travaillait plus à la Commission Européenne.
Posture ou remise en question ?
La réunion qui s’est tenue à Paris semble donc être le signe d’une véritable volonté de retour à une Politique Agricole Commune moins libérale et qui prendrait des libertés avec « la concurrence libre et non faussée », le Graal de la Commission. Car ce que nous annonce le ministre de l’agriculture est assez clair. Il prône un retour à la préférence communautaire et une relocalisation de la production, soulignant l’absurdité d’importer des pommes du Chili quand nous en produisons localement.
D’une part, on peut se réjouir qu’un ministre UMP rejoigne les positions de ceux qui dénoncent les ravages du tout-marché depuis près de 20 ans. Au moins, cela contribuera à populariser nos idées. En revanche, on peut toujours rester interrogatif sur la volonté réelle du gouvernement de changer les choses. Nicolas Sarkozy a trop souvent dit tout et son contraire. Là, il semble que la détresse du monde paysan permette une prise de conscience des politiques mais le doute reste permis.
Il faut espérer que les déclarations du ministre soient plus qu’une posture. A priori, cela semble le cas. Heureusement, car il y a urgence à agir pour sauver le monde agricole. Mais, il faudra passer sur le corps de vingt-cinq années de libéralisation sous l’égide de l’Europe.
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20.12.2009
La nomination de Michel Barnier vu de Londres
En France, la nomination de Michel Barnier comme commissaire européen au marché unique, incluant les services financiers, a été présentée comme une grande victoire de Nicolas Sarkozy sur les britanniques. Il est donc particulièrement amusant de lire la version d’outre Manche.
La fable du président
Il faut dire que Nicolas Sarkozy n’a pas lésiné sur les effets de manche lors de l’annonce de la composition de la nouvelle Commission Européenne. Il a présenté le choix de Michel Barnier comme une victoire contre les britanniques, « qui s’étaient franchement opposés à lui » et qui sont donc « les grands perdants » ! Qu’en termes peu diplomatiques (et peu présidentiels diront certains), cela est dit. Pour un peu, on croirait que la France a gagné un nouvel Austerlitz contre notre ennemi héréditaire.
Nicolas Sarkozy a donc expliqué que ce choix était une victoire de la vision Française de la crise, contre la vision anglo-saxonne et que cela montrait que l’Europe suivait son panache et non pas celui des britanniques, à deux doigts d’être désignés seuls responsables de la crise par notre président super-héros. Il était à deux doigts de s’autoproclamer grand chef de l’Europe, d’autant plus qu’il a poussé le choix d’un roumain comme commissaire à l’agriculture.
Une fable, juste une fable
Cette présentation des faits est naturellement totalement abusive. The Economist ironise sur le fait que « la City a sans doute plus à craindre des travaillistes au pouvoir à Londres, qui prévoient de fortement augmenter les taxes » que de Michel Barnier… En effet, un peu de recul permet de voir que la France a plutôt tendance à suivre la Grande Bretagne depuis un an, que ce soit sur le plan de sauvetage des banques, la taxation des bonus, ou même la taxation des transactions financières.
En outre, The Economist souligne que le Directeur Général pour le marché unique sera un britannique. Ensuite, l’hebdomadaire anglais souligne que la représentante de l’Union Européenne en matière de politique étrangère sera également britannique, Catherine Ashton. Enfin, il rappelle qu’une finlandaise libéral a été nommé à l’économie, soulignant que « les Français ont beau exulté plus que les autres, Monsieur Barroso a eu presque tout ce qu’il voulait… ».
Bref, la nomination de Michel Barnier est tout sauf une victoire pour la France, d’autant plus que le député européen ne s’est jamais montré un grand empêcheur de tourner en rond de la politique ultralibérale de la Commission Européenne, notamment quand il était ministre de l’agriculture…
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