16.04.2011
Immigration, laïcité : ni angélisme, ni agitation, ni stigmatisation
Aujourd’hui, il est difficile de parler d’immigration et de laïcité tellement le débat politique est caricatural. A quoi pourrait ressembler une politique respectant nos principes, ferme et non stigmatisante ?
Angélisme, agitation, stigmatisation
Le Parti Socialiste a toujours été mal à l’aise sur ces questions et c’est bien la raison pour laquelle Nicolas Sarkozy met ces débats sur la table. Toujours prêt à défendre les sans papiers, à combattre les expulsions, le PS semble ne pas s’être remis de la phrase de Michel Rocard « on ne peut pas accueillir toute la misère du monde ». Mais les Français ont du mal à comprendre cette volonté d’accorder des droits supplémentaires alors qu’ils doivent renoncer à une partie des leurs…
A droite, l’UMP vire identitaire avec les déclarations de Claude Guéant. Mais cette agitation verbale est pour le moins paradoxal de la part des personnes en charge de ses questions depuis neuf ans. En effet, Nicolas Sarkozy n’aurait-il pas pu s’apercevoir avant qu’il faut réduire les flux migratoires et que les traités européens le privent d’une grande partie de sa capacité d’action avant ? Les Français ne sont pas dupes de cette agitation électoraliste, qui les pousse dans les bras du FN.
Mais du côté de Marine Le Pen, on navigue sur des fantasmes de « substitution » de la population et d’un nombre d’immigrés présenté comme le plus haut d’Europe alors qu’il est un des plus faibles en réalité, même en s’appuyant sur les statisticiens officiels du FN. En outre, la présidente du FN propose bien cavalièrement de diviser par 20 les flux migratoires, ce qui supposerait de refuser la manne financière et d’influence que représentent les étudiants étrangers.
Immigration et laïcité en version républicaine ?
Tout d’abord, il faut mettre fin aux fantasmes et souligner que l’immigration n’est pas si massive en France. Ensuite, il n’y a pas de danger de substitution. Plus important encore, il faut arrêter la stigmatisation et la généralisation abusive : une grande majorité des musulmans respectent les lois de la République. Il n’y a qu’une minorité d’intégristes, comme dans les autres religions (point important à noter) et face à eux, nous devons veiller au respect des principes de notre République.
Malgré tout, la réduction des flux a du sens sachant qu’il y a un million de chômeurs de plus depuis 2007, ce qui complique l’intégration des immigrés (qui ont plus de mal à trouver un emploi) et remet en cause le motif professionnel. En outre, la crispation actuelle de la société n’arrange pas les choses. Du coup, il faut mettre en place des quotas pour assurer la réduction des flux migratoires sur le prochain mandat pour s’adapter à la situation actuelle et chercher à déconcentrer les immigrés.
On pourrait se mettre d’accord pour diviser par deux les flux migratoires hors étudiants (un atout stratégique pour notre pays), ce qui réduirait le solde net à zéro selon les chiffres de l’INSEE ou le diviserait par trois si on se base sur les chiffres de Michèle Tribalat. Mais pour faire cela, il sera essentiel de rétablir de véritables frontières, avec des douaniers et ainsi sortir de l’espace Schengen, qui ne permet pas à un pays de véritablement maîtriser ses flux migratoires.
En outre, toute remise en cause de la loi de 1905 ou de nos principes républicains de liberté, égalité et fraternité doit être combattue, comme cela a été fait pour la burqa, cette prison mobile pour les femmes. L’Etat ne saurait financer des lieux de culte. Mais on pourrait également se poser la question du concordat qui a été accordé à l’Alsace et à la Moselle. Enfin, au-delà de la burqa, on pourrait même s’interroger sur le voile, dont le principe cadre mal avec nos valeurs.
Il est à espérer qu’il soit encore possible de débattre sereinement, posément et factuellement de ces questions sans que des anathèmes soient jetés à la figure. C’est ce que j’ai essayé de faire.
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16.12.2009
Grandes annonces pour petit emprunt
Avant-hier, Nicolas Sarkozy a annoncé le détail de ce qui est appelé le « grand emprunt » lors d’un discours suivi d’une conférence de presse. Si le président a comme toujours multiplié les superlatifs, la réalité est moins marquante que ses annonces.
Un petit pas dans une bonne direction
Pour être honnête, il y a des éléments positifs dans les annonces du président de la République. En effet, cet emprunt va permettre à la France d’investir davantage dans la recherche et l’éducation supérieure, ce qui ne sera pas un mal pour l’avenir. En outre, il est vrai que les précédents gouvernements avaient trop souvent oublié d’investir dans les universités alors que Nicolas Sarkozy en a fait une priorité absolue de son mandat, consacrant chaque année 1 milliard d’euro de plus à ce budget.
De plus, cela devrait permettre de préserver ces budgets dans les années à venir, élément important sachant que la réduction des déficits risque de peser sur de nombreux ministères. L’idée de créer un grand campus à Saclay semble également une bonne idée pour renforcer la France dans la compétition mondiale sur le terrain de l’éduction supérieure. Enfin, ces initiatives devraient permettre de renforcer les pôles de compétitivité qui avaient été lancés par Dominique de Villepin.
Beaucoup de communication…
Mais comme le constate très justement un communiqué de presse de Nicolas Dupont-Aignan, même si le principe même est positif, cet emprunt souffre de nombreuses limites. La première, qui illustre cependant sa nécessité, est qu’il va servir à financer des dépenses que l’Etat n’assurait plus véritablement. Nicolas Sarkozy trouve un moyen commode de financer une partie du plan université puisqu’il ne semble pas qu’il s’agisse de dépenses additionnelles à celles promises.
Deuxième limite, il ne s’agit pas d’un « grand » emprunt. Au final, comme le gouvernement va utiliser les fonds remboursés par les banques, il n’empruntera que 22 milliards, à peine plus de 10% de ce que l’Etat va emprunter cette année. Mais surtout, comme le souligne très justement le président de Debout la République, il sera très insuffisant pour nous sortir de la stagnation car il n’agit pas sur les causes de la langueur économique, l’euro cher, l’anarchie commerciale et le coût du travail.
D’ailleurs, ce « grand » emprunt a rapidement quitté la une des média. Il faut dire que les tribulations de la commission Rocard-Juppé et d’Henri Guaino avaient largement défloré un sujet qui manquait de véritables annonces pour intéresser les journalistes et la population.
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : grand emprunt, nicolas sarkozy, michel rocard, alain juppé
27.08.2009
Un grand emprunt, pour quoi faire ?
C’est le 22 juin dernier, lors de la réunion du Congrès, que Nicolas Sarkozy avait annoncé ce grand emprunt. Hier, la commission chargée d’identifier les priorités et le montant de l’emprunt a été mise en place.
Un coup de communication
Comme pour la suppression de la publicité sur le service public début 2008, l’annonce du grand emprunt a été un coup de communication de Nicolas Sarkozy. Le président de la République annonce une grande réforme sans avoir vraiment réfléchi sur les modalités. La direction de la politique du pays semble donnée sans véritable travail de fond. Ce grand emprunt montre à nouveau la prédominance de la communication sur la volonté de résoudre de vrais problèmes. Nicolas Sarkozy cherche les annonces qui pourront remplir les titres des journaux et lance des chantiers à peine ébauchés.
Dans le cas du grand emprunt, il faut noter que le discours du président de la République a changé depuis deux mois. À l’origine, ce grand emprunt était chargé de lutter contre la crise, avec un gros temps de retard il est vrai. Finalement, hier, étant donné l’amélioration du contexte économique, il a changé son fusil d’épaule puisqu’il devrait financer les « priorités stratégiques » du pays, « les investissements les plus utiles dans une vision de long terme » : les défis de l’« économie de la connaissance, compétitivité des entreprises, équipements industriels innovants, lutte contre le déclassement ».
La fin et les moyens
Mais ce grand emprunt fourre-tout illustre bien toutes les lacunes de la politique du président. Comment ne pas être surpris que le président ait lancé cette idée en ayant une vision aussi floue de l’emprunt ? Le montant pourrait être compris entre 10 et 100 milliards. On ne sait pas si les Français pourront y souscrire directement. L’objectif, au départ de lutter contre la crise, évolue vers la compétitivité du territoire. Bref, une commission ne sera pas de trop pour clarifier la vision présidentielle, encore qu’on peut s’interroger sur le court-circuitage permanent des ministres par des comités de toutes sortes.
Pire, ce grand emprunt montre les limites de la façon de gouverner du président. Il nous annonce une solution sans même avoir une vision très claire des problèmes. Et quand on lit les quatre défis cités par Nicolas Sarkozy, on est aussi frappé par la diversité des sujets que par l’adéquation très incertaine entre les sujets choisis et la solution d’ors et déjà choisie, du grand emprunt. N’aurait-il pas mieux valu réfléchir à l’économie de la connaissance et à la compétitivité des entreprises et chercher ensuite des solutions pour améliorer la situation de la France, qui pourraient être autre chose qu’un emprunt ?
Ce grand emprunt montre toute la légèreté du président. Comme souvent (publicité sur le service public, exonérations sur les heures supplémentaires), il fait une annonce pour occuper les médias sans réfléchir aux conséquences, charge à des comités d’inventer a posteriori une cohérence à ses propos….
Source : http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/08/26/m-sarko...
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18.08.2009
Après les pin’s de gauche, les pin’s de droite de Nicolas Sarkozy
Il est comme ça Nicolas Sarkozy. Il a besoin de plaire et d’amasser les soutiens, même si c’est au prix de la cohérence. C’est ainsi qu’après avoir attiré Jean-Marie Bockel, Michel Rocard ou Eric Besson dans ses filets, il vient de prendre les chasseurs et Philippe de Villiers…
Un président attrape-tout
L’évolution politique de Nicolas Sarkozy est assez incroyable. Après s’être fait le défenseur du modèle étasunien alors qu’il faisait partie d’un gouvernement qui s’y opposait, il a fini par se raviser en partie dans la dernière ligne droite de la campagne présidentielle. Réceptif à ceux qui annonçaient qu’il perdrait l’élection en se présentant ainsi, il a infléchi son discours en recrutant Henri Guaino, qui lui a apporté une rhétorique républicaine et gaulliste. Se contredire d’un discours à l’autre en fonction du parolier qui lui avait concocté la sérénade pour la cible électorale du moment ne l’a pas effrayé outre mesure...
Avant son élection, Nicolas Sarkozy moquait la proposition de François Bayrou de faire travailler ensemble des personnes de gauche et de droite. Mais après l’élection, il a compris que le président du Modem pourrait être un adversaire bien plus redoutable que n’importe quel socialiste en 2012. Il a donc décidé de copier la proposition de son adversaire pour lui retirer un argument électoral. C’est ainsi qu’il s’est embarqué dans le débauchage (pardon, on dit « ouverture », selon la rhétorique du pouvoir) de personnalités socialistes : Eric Besson, Bernard Kouchner, Jean-Marie Bockel, Jean-Pierre Jouyet, Michel Rocard...
Les carriéristes parlent aux carriéristes
En fait, il n’était pas compliqué de débaucher ces quelques mercenaires. Nicolas Sarkozy détient le pouvoir pour cinq ans, et le Parti Socialiste est truffé d’ambitieux pour qui les honneurs de la République comptent plus que les idéaux ou les combats passés. L’ancien candidat de l’UMP le comprend mieux que les autres, lui qui n’est obsédé que par le pouvoir. Dès lors, il a facilement repéré les frustrés de l’ambition du camp d’en face et les a traité avec tellement d’honneurs que leur ego en souffrance a cédé, quitte à servir celui qu’ils dénonçaient avec tant d’ardeur quelques mois auparavant…
Mais après avoir favorisé l’émergence de deux groupuscules de gauche, Nicolas Sarkozy a compris qu’il avait intérêt à rassembler à droite en vue des élections régionales. C’est pour cela qu’il vient d’intégrer à la majorité les chasseurs et le MPF de Philippe de Villiers. Le député de Vendée n’est pas à une incohérence près, lui qui dénonçait il y a quelques mois encore la politique du président sur la Turquie ou l’OTAN. Mais, après tout, pourquoi s’attacher aux idées quand on peut obtenir des postes en les reniant ? La crédibilité du député souverainiste vient sans doute d’en prendre un coup fatal.
S’il est aisé de comprendre les motivations de Nicolas Sarkozy, qui prépare 2012, le grand écart entre les pin’s du président montre bien qu’il ne s’agit qu’un rassemblement d’ambitieux en déshérence. Pas sûr que ce soit un atout le moment venu…
http://blog.nicolasdupontaignan.fr/index.php/post/2009/08/06/%C2%AB-La-petite-soupe-%C2%BB
10:55 Publié dans Actualités, Parti Socialiste, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : ouverture, nicolas sarkozy, débauchages, philippe de villiers, mpf, cpnt, jean-marie bockel, alain joyandet, michel rocard, eric besson
08.07.2009
Alain Juppé et Michel Rocard remplacent le gouvernement
Ignorant à nouveau son gouvernement, Nicolas Sarkozy a décidé de confier à deux anciens Premier Ministre la mise au point du grand emprunt annoncé il y a quelques jours. Pour le meilleur et pour le pire…
Un véritable emprunt ?
Je faisais partie des sceptiques lors de l’annonce par Nicolas Sarkozy de ce grand emprunt car j’avais l’impression qu’il s’agissait uniquement d’un emprunt pour combler les déficits courants, à la manière de l’emprunt Balladur. Finalement, il semble bien que cet emprunt serve à financer un nouveau plan de relance pour le début de l’année prochaine. Etant donné que j’avais critiqué la taille limitée du premier plan Français, il faut reconnaître que Nicolas Sarkozy semble se montrer pragmatique.
Néanmoins, tant que les détails ne sont pas connus, il est impossible d’évaluer précisément la pertinence du nouveau dispositif. Et plusieurs points semblent déjà inquiétants. Le fait d’attendre 2010 peut sembler surprenant vu que 2009 devrait être le pic de la récession. Il eut été souhaitable d’agir plus tôt, même si le choix d’attendre 2010 peut favoriser un rebond plus fort l’an prochain. On peut également se poser des questions sur le choix des animateurs, très orthodoxes, de la Commission
Les limites de la démarche
Comment interpréter la tribune assez incohérente publiée dans Le Monde par Michel Rocard, qui affirme qu’en votant pour la droite, les électeurs européens ont « voté pour que la crise continue » mais qui va finalement travailler pour cette droite qu’il critique... Il dénonce le manque d’investissement dans l’avenir et le manque de régulation des marchés alors qu’il a passé une bonne partie de sa vie à pousser la gauche vers une conversion assez radicale aux mécanismes de marché et à la déréglementation.
Mais surtout, et cela n’a guère été mis en avant, le choix d’une énième commission est un nouveau soufflet pour le gouvernement. À quoi peuvent donc servir les ministres de l’économie, du budget et plus encore, de la relance s’ils ne semblent même pas associés à la préparation d’un grand emprunt pour financer des investissements pour l’avenir du pays. Le président a encore réduit son gouvernement à pas grand-chose en montrant bien qu’il est le seul décisionnaire.
Le fait que ce grand emprunt serve à financer des dépenses d’investissement est une bonne nouvelle. En revanche, le timing et le choix de faire à nouveau plancher des « experts » en dehors du gouvernement révèle une bien curieuse conception de la République et du rôle du gouvernement.
Source : http://www.lefigaro.fr/economie/2009/07/06/04001-20090706...
http://www.lemonde.fr/opinions/article/2009/07/06/m-rocar...
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : emprunt sarkozy, commission, michel rocard, alain juppé, le monde



