11.06.2010

La stratégie incompréhensible de François Bayrou

Il y a quelques mois, je croyais encore que le président du Modem avait de sérieuses chances pour les élections présidentielles de 2012. Mais faute est de constater que sa stratégie hasardeuse l’en éloigne tous les jours un peu plus. Nouvel exemple.

La descente du centre en godille

A l’origine était la campagne présidentielle de 2007. Contre toute attente, François Bayrou réunit 18% des suffrages exprimés, après avoir  approché la 2ème place dans les sondages. Il parvient même à prolonger sa réussite en entretenant le suspens sur un rapprochement potentiel avec Ségolène Royal. A l’époque déjà, le centre penchait légèrement à gauche même s’il disait qu’il fallait réunir les meilleures compétences de la gauche et de la droite au gouvernement.

L’après présidentielle marque le début de la descente aux enfers, même si on ne s’en rendra compte que deux ans plus tard. Nicolas Sarkozy, qui avait raillé cette proposition de rassemblement dans un même gouvernement, débauche largement des personnalités de gauche, et vole donc la proposition phare du candidat centriste. Sans grand-chose de différent de l’UMP et du PS à dire lors des élections européennes et régionales, le Modem voit son score divisé par quatre en trois ans.

Retour à droite ?

A l’origine, la stratégie de François Bayrou pouvait avoir du sens. Se rapprocher du Parti Socialiste lui permettait d’afficher une majorité présidentielle potentielle en cas de victoire. En outre, son positionnement électoral lui donnant théoriquement une meilleure chance de battre Nicolas Sarkozy au second tour, il aurait pu attirer des électeurs de gauche désireux d’alternatives. Il ne lui manquait qu’une primaire un peu sanglante, hypothèse qui n’était pas la plus improbable.

Mais voilà, ce beau scénario s’éloigne tous les jours un peu plus. Il n’est pas passé d’une posture d’opposant à celle d’une force de propositions alternatives. Il ne parvient pas à maintenir l’ordre au sein de son parti, qui apparaît comme aussi indiscipliné que le Parti Socialiste, alors que ce dernier s’apaise. Et puis, le récent réchauffement de ses relations avec le président de la République, même s’il est sans doute exagéré par les médias, semble totalement venir à contretemps.

Même s’il ne faut jamais dire jamais, l’ascension de Dominique Strauss-Kahn a toutes les chances de rayer l’hypothèse Bayrou pour 2012. Le beau score de 2007 apparaîtra alors pour ce qu’il était : le produit du choix par le PS et l’UMP de candidats trop clivants.

07.09.2009

François Bayrou peut-il plumer la volaille socialiste ?

C’est un évènement dont la portée politique ne semble pas avoir été saisie par tout le monde, mais le rapprochement de François Bayrou avec le Parti Socialiste bouleverse la donne pour 2012…

La fin du « ni-ni »

En 2007, la posture gagnante de François Bayrou avait été de se tenir à égale distance du Parti Socialiste et de l’UMP. S’il avait indiqué une plus grande proximité avec Ségolène Royal qu’avec Nicolas Sarkozy, il n’avait pas franchi le Rubicon du soutien à la candidate socialiste pour le second tour, après bien des rebondissements. Cette posture indépendante avait été reconduite lors des municipales avec des accords différents selon les villes : avec le PS à Nantes, avec l’UMP à Bordeaux par exemple. L’égale distance entre la gauche et la droite était la marque de fabrique de François Bayrou.

Mais cette posture présente une double limite. Les débauchages de Nicolas Sarkozy ont affaibli l’argument selon lequel il était le mieux à même de rassembler des personnes de gauche et de droite. Ensuite, se posait la question de la majorité sur laquelle il pourrait s’appuyer, d’autant plus que le Modem s’est effondré lors des élections européennes et que les perspectives pour les régionales ne semblent guère plus brillantes… Enfin, la stratégie d’indépendance absolue est devenue d’autant plus délicate que François Bayrou se veut un opposant frontal au président de la République.

Les socialistes peuvent-ils se faire plumer ?

Il y a quelques décennies, les communistes espéraient « plumer la volaille socialiste » en s’alliant avec eux. C’est l’inverse qui s’est passé. Mais le rapprochement PS-Modem représente un danger autrement plus important pour les socialistes qui se retrouvent un peu dans la position du PCF de l’époque. L’intérêt pour les socialistes est clair : une alliance avec le Modem est sans doute le seul moyen de pouvoir battre l’UMP, aux régionales comme lors de la présidentielle. Une nouvelle majorité plurielle qui rassemblerait également les centristes peut représenter une alternative solide à Nicolas Sarkozy.

Cependant, une telle alliance n’est pas sans risque. Tout d’abord, François Bayrou sera sans doute le meilleur candidat du second tour. Mais surtout, les primaires laisseront le Parti Socialiste coupé en deux entre partisans et opposants à Ségolène Royal. Six longues années de guerre interne pourraient bien pousser le camp perdant à soutenir le candidat centriste plutôt que le candidat du parti, un peu comme Jacques Chirac en 1974. Est-il vraiment inimaginable que Manuel Valls, suivi par d’autres, appelle à voter François Bayrou dès le premier tour en 2012 pour faire barrage à Nicolas Sarkozy ?

François Bayrou aimerait bien marcher sur les pas de François Mitterrand. En se rapprochant du parti de l’ancien président de la République, il construit peut-être l’alliance qui lui permettra d’entrer à l’Elysée…

Source : http://www.lemonde.fr/politique/article/2009/09/06/francois-bayrou-se-voit-difficilement-faire-alliance-avec-l-ump-pour-les-regionales_1236616_823448.html

08.06.2009

Les élections européennes bouleversent-elles le paysage politique ?

Les Français ont joué un drôle de tour aux prévisionnistes avec le bon score de l’UMP et des Verts et l’effondrement du Parti Socialiste et du Modem. Qu’est-ce que ces résultats disent du paysage politique Français et Européen ?

Les grandes tendances

Les résultats Français ressemblent aux résultats du reste de l’Europe. L’abstention atteint un nouveau sommet, la gauche modérée s’effondre et les Verts atteignent des sommets. Et finalement, ces résultats ont du sens. La force de l’abstention s’explique sans doute en partie par la crise. En effet, il y a six mois, on nous expliquait que l’Europe et l’euro nous protégeaient. Mais l’ensemble des peuples européens constatent que cela est faux puisque le PIB de la zone euro recule deux fois plus vite qu’aux Etats-Unis…

L’effondrement de la gauche, général en Europe, que ce soit pour les partis au pouvoir ou dans l’opposition, montre que les citoyens du continent ont bien compris que ces partis n’ont pas la moindre alternative économique à proposer. Cette sanction est donc méritée. Le succès des écologistes vient à mon sens du fait qu’ils représentent quelque part une véritable alternative à un système qu’ils ont toujours dénoncé. En votant pour les écologistes, les Français ont aussi voté contre un système économique.

Un autre regard

Les 28% de l’UMP représentent visuellement un beau succès. Mais il faut le modérer de deux manières : seulement 4 Français sur 10 ont voté. Et surtout, ce sont les personnes âgées et les CSP élevées, électorat naturel de l’UMP, qui se sont déplacées, favorisant la majorité. Résultat, dans une configuration avec une participation plus importante, le potentiel de Nicolas Sarkozy serait sans doute beaucoup plus limité. En revanche, la sanction à l’égard du Parti Socialiste semble à la fois justifiée et durable.

Le score des Ecologistes doit également être modéré. Après tout, c’est une chose de voter pour un parti aux élections européennes, c’en est une autre de voter pour lui lors des élections présidentielles. Philippe de Villiers pèse toujours beaucoup plus lors des premières que lors des secondes (12% en 1994, moins de 4,7% en 1995, puis 6% en 2004 et 2% en 2007). C’est pour cela qu’il ne faut surestimer les Verts ni sous-estimer un François Bayrou qui gagne une nouvelle cicatrice

Le score du Modem est clairement une énorme déception pour François Bayrou. Sous les 10%, loin derrière les écologistes et le PS, on pourrait croire son destin présidentiel mal-en-point. Mais il faut dire que cette élection était sans doute la plus dure, étant donné qu’il a toujours voté de la même manière que le PS et l’UMP. En outre, sa campagne n’a pas été bonne. Et comme les Français aiment bien les hommes politiques avec des cicatrices, cela ne le disqualifie pas forcément pour 2012...

Et Debout la République ?

À cette heure, nous sommes le grand absent des commentaires qui nous ignorent totalement, alors que les quelques chiffres que nous avons nous placent devant Lutte Ouvrière. La barre des 2% semble à notre portée dans plusieurs régions (Ile de France, Nord et Est notamment) et il faut espérer que le cap des 3% pourra être atteint en Ile de France. De tels résultats seraient un démenti cinglant pour les sondages qui nous annonçaient à 0,5%…

Malheureusement, ces sondages ont sans doute découragé beaucoup d’électeurs de porter leurs voix sur une liste aussi marginale, outre le fait de nous avoir barré la porte de nombreuses émissions. Au final, pour un parti aussi récent, qui présentait à peine une soixantaine de candidats aux législatives de 2007 (dont un quart avait dépassé 1%), cela représente une belle progression, surtout dans un tel désert médiatique. Un bel encouragement pour continuer le combat.

De manière assez amusante, Xavier Bertrand souligne que pour la première fois depuis 1979, la majorité arrive en tête lors des élections européennes. On sait pourtant ce qui arriva deux ans après au président d’alors. Souhaite-il la même chose à Nicolas Sarkozy ?

27.05.2009

Le rideau de fumée de "l’ouverture", ou plutôt des débauchages

C’est le sujet dont tous les médias parlent depuis deux semaines : Claude Allègre serait aux portes du gouvernement, sur le point de prendre la responsabilité d’un MITI à la Française. Mais que cache donc cette volonté de débaucher de nouveaux socialistes ?

Une manœuvre machiavélique

Avec un peu de recul, on se rend compte que ce débat sur l’entrée de l’ancien ministre de l’éducation nationale de Lionel n’est sans doute pas un hasard. En effet, quoi de mieux qu’une bonne polémique sur la possible entrée d’un nouveau socialiste au gouvernement pour escamoter un débat d’idées sur les élections européennes. Car l’UMP ne souhaite pas mener de débat pour éviter d’être mis en face de ses contradictions, que ce soit sur la Turquie ou la PAC, avec le problème de la filière laitière.

Outre le fait d’escamoter le débat d’idées pendant la campagne, ces débauchages qu’on appelle bien paradoxalement « ouverture », ont surtout pour objectif d’affaiblir les adversaires principaux de l’UMP. En effet, le débauchage de quelques mercenaires socialistes, sans scrupules mais pas sans ego, a un double intérêt : provoquer des débats sans fin au sein des socialistes tout en gênant le Modem de François Bayrou qui avait fait de cette ouverture un argument en 2007.

Ce que les débauchages révèlent

Car il faut le répéter : Nicolas Sarkozy n’avait jamais parlé, ni même promis, d’ouverture pendant la campagne présidentielle. Au contraire, l’UMP moquait cette association des talents de gauche et de droite dans une même équipe, la jugeant même impossible. Le virage à 180° a été effectué sous l’œil bien indulgent de la plupart des médias, qui ne rappellent pas cet épisode, pour contrer le succès de François Bayrou, sans doute l’adversaire le plus redoutable du président pour 2012.

Cependant, ces débauchages présentent un certain intérêt. En effet, ils révèlent la proximité idéologique du PS, du Modem et de l’UMP, qui peuvent parfaitement travailler ensemble dans le même gouvernement tant ils sont finalement d’accord sur plus de 90% des sujets, notamment sur la question européenne. Ces trois partis ont soutenu le système économique qui nous a mené au désastre actuel. Ainsi, si les Français cherchent une alternative, ils devront regarder ailleurs.

Les débauchages de personnalités socialistes représentent une des manœuvres les plus machiavéliques de notre histoire politique. Mais elle a l’intérêt de révéler la très grande proximité de pensée des trois principaux partis, UMP, Modem et PS et montre donc que l’alternative devra être cherchée ailleurs.

Source : http://www.lefigaro.fr/politique/2009/05/26/01002-2009052...

12.12.2008

François Bayrou, une alternative limitée

Hier soir, François Bayrou était l’invité principal de l’émission « A vous de juger » d’Arlette Chabot sur France 2. Celui qui se positionne comme l’alternative au Parti Socialiste pour représenter l’opposition à Nicolas Sarkozy y a fait une prestation globalement médiocre.

Le président du Modem n’a pas trop mal démarré l’émission, lorsqu’il était interrogé par Arlette Chabot. Devant les inévitables et prévisibles questions sur son isolement, il a eu beau jeu de mettre en avant son entourage : Marielle de Sarnez, Jean Peyrelevade, Jean-Luc Benhamias ou Corinne Lepage. Il a souligné que les résultats du Modem avaient été plutôt bons aux municipales et que son parti compte de nombreux adhérents. Il a plutôt bien répondu sur la question du Parti Socialiste, soulignant les contradiction de ses chefs qui refusent toute alliance avec le Modem au niveau national mais s’allient avec lui pour les élections locales. Enfin, il a plutôt bien figuré face à un Arnaud Montebourg dont la rhétorique pseudo gauchiste semble tellement datée et artificielle, surtout quand il rejette François Bayrou à droite…

Mais, dans la deuxième partie de l’émission, le député du Béarn a affronté Jean-François Copé dans un débat où il n’a pas brillé. Même si on n’apprécie pas du tout le chef des parlementaires UMP, un ambitieux prêt à tout pour sa carrière, faute est de constater que c’est un bien meilleur débatteur que François Bayrou. Dans tous les domaines, ce dernier a fait une prestation largement inférieure à son rival. Jean-François Copé avait plus d’autorité, connaissait mieux ses dossiers et argumentait de manière plus habile que le candidat à la présidentielle. La mine renfrognée de François Bayrou à la fin du débat avait une bonne raison.

Outre son élocution un peu difficile, qui ne lui donne pas une grande autorité, François Bayrou n’a pas semblé très solide sur les dossiers évoqués. Il a maladroitement évoqué le fait que l’ordre du jour de l’Assemblée devait être partagé alors que cette mesure n’est applicable qu’en mars 2009. Il a reconnu ignorer la date précise de réforme de la nomination du président du Service Public et n’a pas vraiment su répondre aux questions habiles de son rival, qui a en plus montré un grand sens de la réparti. Le président du Modem, lui, s’est enferré dans un aparté sur Pinocchio et un autre sur Guy Mollet guère réussis. Même sa proposition de compte épargne crise (reprise à Georges Bush !!!) n’était pas très convaincant.

Bref, François Bayrou n’a guère brillé. Face à un interviewer qui ne va pas trop loin ou un adversaire à sa taille, il donne le change. Mais face à un rival aussi habile et bien préparé que Jean-François Copé, François Bayrou semble bien léger, à la fois manquant de réparti et pas très solide sur le fond des dossiers. Cela ne remet pas forcément en cause ses chances pour 2012. Après tout, il ne lui faudra pas être le meilleur politique, mais il lui « suffira » de battre le ou la candidate d’un parti socialiste au bout du rouleau après cinq années de guerre intestine et un président sortant qui devra assumer son bilan au lieu de vendre des promesses. Alors, malgré ses limites, et avec du travail, il pourra incarner une forme d’espoir pour le pays.

Hier soir, François Bayrou n’est apparu que comme un pis-aller entre l’UMP et le Parti Socialiste. Malgré tout, il apparaît aujourd’hui comme la principale alternative à Nicolas Sarkozy. Mais ses grandes limites laissent la porte ouverte à des candidats plus solides (Villepin, Dupont-Aignan).

21.03.2008

Clairs-obscurs du Modem

3,7% des suffrages au premier tour des municipales, défaite de son chef à Pau, perte de plusieurs villes, positionnement politique à géométrie variable : le bilan électoral du Modem s’apparente à une véritable déroute selon la majorité des commentateurs. Une analyse trop noire pour être honnête.

A entendre la majorité des journalistes, la stratégie de François Bayrou a échoué : son parti est divisé et s’est déchiré dans de nombreuses villes. A Lyon par exemple, la première équipe a rejoint l’UMP, la seconde le Parti Socialiste et il a fallu monter en catastrophe une troisième équipe. A Toulouse, le ralliement à l’UMP s’est fait dans la douleur. En outre, les fusions avec le PS à Marseille et l’UMP à Toulouse se sont soldées par des échecs au second tour. Enfin, François Bayrou n’a pas gagné son pari d’emporter la mairie de Pau, ce qui peut faire douter de sa capacité à avoir un destin national : il n’est pas devenu roi de Navarre, comment pourrait-il devenir roi de France ? Enfin, le Modem a globalement perdu des élus.

Néanmoins, cette présentation est partielle et partiale. Comme le souligne Marianne, les 3,7% du Modem au niveau national sont un trompe l’œil puisque le parti centriste ne présentait pas des listes dans toutes les villes. En réalité, là où il s’est présenté, le Modem a réalisé près de 16% des voix en moyenne, un score proche du score de François Bayrou au premier tour des présidentielles. En outre, j’ai eu l’occasion de revenir sur le fait que la stratégie d’alliances à géométrie variable du Modem est finalement cohérente avec son parti pris d’indépendance. Le parti de François Bayrou ne serait pas indépendant s’il penchait uniquement dans un sens. Enfin, on constate que le Mouvement Démocrate occupe toujours autant les discussions politiques, ce qui est important pour exister. Avec la quasi-disparition du Front National, le Modem s’impose comme le troisième parti de France.

Malheureusement, François Bayrou a encore du travail à faire. Même si l’UMP semble avoir fait voter en sous-main pour sa rivale socialiste à Pau, comme l’affirme le Canard Enchaîné, il était pour le moins surprenant que le candidat perdant s’en prenne à l’UMP pour expliquer sa défaite. Après tout, François Bayrou s’oppose frontalement à Nicolas Sarkozy et il n’est pas surprenant que le parti présidentiel cherche à le faire battre. Il est complètement illogique de sa part d’attendre ou de demander la moindre faveur de l’UMP. Il est aussi surprenant que François Bayrou n’ait pas répondu favorablement à la proposition d’Alain Juppé de venir le soutenir. Mais le président du Modem a fait de cette aventure du centre indépendant une aventure sans doute un peu trop personnelle pour accepter de l’aide…

Le bilan de ces municipales n’est pas aussi désastreux que ce que beaucoup veulent faire croire pour le Modem, même si on ne peut pas dire que ce soit un franc succès. Même si les scores du Modem restent limités, François Bayrou s’impose néanmoins comme la seule alternative crédible au PS et à l’UMP.

Source : Marianne

14.03.2008

Et si la stratégie du Modem était cohérente ?

L’ensemble des commentateurs politiques a passé la semaine à descendre en flamme la stratégie du Modem en soulignant l’incohérence de ses choix pour le second tour des municipales. Et si cette stratégie était plus cohérente qu’elle n’en avait l’air ?

Alain Duhamel a donné le ton de la semaine en disant qu’il y avait besoin d’un GPS pour suivre la stratégie du Modem de François Bayrou. Il est vrai que la stratégie du Modem est à géométrie variable. A presque chaque vile correspond une situation. On commence par Bordeaux, où le Modem faisait liste commune dès le début avec l’UMP, et Nantes, où il faisait liste commune dès le début… avec le Parti Socialiste, sans oublier les multiples déchirements préélectoraux, comme à Lyon. Depuis cette semaine, la situation s’est complexifiée entre les villes où le Modem reste présent au second tour (Pau, Paris), les villes où il a rejoint la gauche (Marseille) ou la droite (Toulouse). Cette situation est rendue plus difficile par les nouveaux déchirements multiples du parti centriste suite aux choix du second tour, comme à Toulouse.

Cette absence de cohérence dans les choix du parti de François Bayrou peut provoquer des railleries. Mais, dans le fond, quelles étaient les alternatives ? Choisir tout le temps de s’allier avec l’UMP aurait été un retour aux pratiques de l’UDF, ce qui était complètement incohérent avec la volonté d’émancipation de la droite que François Bayou défend. Mais cette volonté d’émancipation ne permet pas non plus de s’allier systématiquement avec le Parti Socialiste puisque le Modem veut se situer à égale distance de la droite et de la gauche. Dès lors, la seule autre solution possible serait de ne s’allier avec personne et de toujours maintenir les listes du Modem au second tour. Mais une telle position ne serait pas vraiment cohérente avec la volonté de François Bayrou de travailler demain avec des personnes de gauche ou de droite.

On peut se demander si certains commentateurs ou journalistes ne font pas semblant d’être stupides en raillant la stratégie du Modem. Car après tout, il n’est pas compliqué de se rendre compte que le parti de François Bayrou n’a pas vraiment d’autres alternatives. Sa stratégie d’indépendance ne lui permet pas de systématiser des accords avec le Parti Socialiste ou l’UMP. Et refuser tout accord ne serait pas non plus cohérent avec sa volonté de travailler avec des hommes politiques d’autres formations. Dès lors, même si la stratégie du Modem est à géométrie variable, elle représente sans doute la stratégie la plus cohérente par rapport au positionnement politique décidé par François Bayrou.

Bien sûr, ces élections municipales sont un moment difficile pour le parti centriste, qui s’est souvent déchiré au niveau local et dont les résultats sont en net repli par rapport aux législatives. Néanmoins, la stratégie suivie était sans doute la seule possible.